Société et emploi

IA générative : très utilisée aux États-Unis, mais rarement payante

Aux États-Unis, l’IA générative s’est installée dans les usages, chez les jeunes comme chez les baby-boomers. Pourtant, l’immense majorité des utilisateurs ne paie rien. Le rapport 2025 de Menlo Ventures éclaire ce fossé entre adoption, dépenses et méfiance.

Des adultes utilisent des assistants d’IA, face au choix entre accès gratuit, abonnement et confidentialité.
Illustration : Actu.ai

L’intelligence artificielle générative a franchi un cap aux États-Unis : elle n’est plus réservée aux technophiles, aux étudiants ou aux métiers du numérique. Selon le rapport 2025 de Menlo Ventures, réalisé avec Morning Consult, 61 % des adultes américains ont employé un outil de ce type au cours des six derniers mois. Mais derrière cette adoption rapide se cache un paradoxe économique majeur : la plupart des utilisateurs restent sur des versions gratuites.

L’étude décrit ainsi un marché où l’usage se banalise plus vite que la disposition à payer. Les assistants capables de rédiger un texte, de résumer un document, de répondre à une question ou de créer une image ont trouvé leur place dans de nombreux gestes quotidiens. Pourtant, seuls 3 % des utilisateurs d’IA souscrivent à un plan payant. Pour les entreprises du secteur, l’enjeu n’est donc plus seulement de faire essayer leurs outils, mais de convaincre qu’ils apportent une valeur suffisamment forte, régulière et fiable pour justifier un abonnement.

Une adoption qui dépasse les seuls jeunes adultes

Le rapport repose sur une enquête en ligne menée auprès de plus de 5 000 adultes américains. Son premier enseignement est clair : l’IA générative a atteint une diffusion très large dans la population. Le chiffre de 61 % ne signifie pas que tous ces adultes utilisent un assistant chaque jour ou dans le cadre de leur travail. Il indique en revanche qu’une majorité y a eu recours au moins une fois pendant les six mois précédant l’enquête.

Les écarts entre générations existent, mais ils ne dessinent pas une fracture nette entre jeunes utilisateurs et générations plus âgées totalement éloignées de ces outils. La génération Z arrive logiquement en tête, suivie des millennials. Cependant, une part importante de la génération X et des baby-boomers déclare elle aussi avoir utilisé une IA générative.

GénérationPart ayant utilisé une IA générative au cours des six derniers mois
Génération Z76 %
Millennials70 %
Génération X59 %
Baby-boomers45 %

Ces résultats montrent que l’IA est devenue une technologie grand public. Une personne peut y recourir pour reformuler un courrier, chercher des idées de repas, préparer un voyage, expliquer une notion scolaire, résumer un long texte ou simplement poser une question. Les usages sont suffisamment variés pour toucher des publics aux habitudes et aux niveaux de familiarité numérique très différents.

Les parents et les foyers aisés sont particulièrement utilisateurs

L’enquête relève également un usage notable chez les parents : 79 % d’entre eux déclarent utiliser une IA au moins une fois par mois. Ce résultat ne permet pas de déterminer précisément les usages concernés, mais il souligne à quel point ces services peuvent s’intégrer aux contraintes du quotidien, qu’il s’agisse d’organisation, d’aide aux devoirs, de recherche d’informations ou de préparation de contenus.

Le revenu joue aussi sur l’adoption. Parmi les personnes gagnant plus de 100 000 dollars par an, 74 % utilisent des outils d’IA. Cette proportion descend à 53 % chez les personnes dont les revenus sont inférieurs à 50 000 dollars. L’écart est important, mais le second chiffre mérite autant d’attention : même dans les foyers aux revenus les plus modestes de cette comparaison, plus d’une personne sur deux indique avoir recours à l’IA.

Plusieurs facteurs peuvent éclairer cette différence sans faire disparaître l’ampleur de l’adoption globale. Les ménages les plus favorisés disposent souvent davantage d’équipements, d’abonnements numériques et d’occasions d’utiliser ces outils dans leur travail. Mais l’existence de versions gratuites réduit fortement la barrière d’entrée pour le grand public. Elle contribue à faire de l’IA un service largement accessible, sans pour autant garantir que cette accessibilité se traduise par des revenus pour les éditeurs.

IA générative : l’usage progresse plus vite que les abonnements

Une adoption massive

  • 61 % des adultes américains ont utilisé une IA générative en six mois.
  • 76 % des membres de la génération Z y ont eu recours.
  • 79 % des parents déclarent l’utiliser au moins une fois par mois.
  • Les versions gratuites abaissent fortement la barrière d’entrée.

Une monétisation limitée

  • Seuls 3 % des utilisateurs souscrivent à un plan payant.
  • ChatGPT convertirait 5 % de ses utilisateurs en abonnés.
  • Les outils généralistes captent 81 % des 12 milliards de dollars dépensés.
  • Les offres gratuites couvrent souvent les besoins occasionnels.

Pourquoi seulement 3 % des utilisateurs paient-ils ?

Le contraste est saisissant. D’un côté, Menlo Ventures évalue le potentiel du marché de l’IA grand public à 432 milliards de dollars. De l’autre, la proportion d’utilisateurs convertis en abonnés payants n’est que de 3 %. L’écart ne reflète pas nécessairement un désintérêt pour la technologie. Il montre plutôt que l’usage occasionnel ou modéré peut souvent être satisfait par une offre gratuite.

Cette logique est centrale dans les services numériques reposant sur le modèle freemium : une version sans frais permet de découvrir l’outil, tandis que les fonctionnalités plus avancées, des limites d’utilisation plus élevées ou un accès prioritaire sont réservés aux abonnés. Or, lorsqu’un utilisateur obtient déjà une réponse convenable pour un besoin ponctuel, il peut ne pas percevoir l’intérêt immédiat de payer chaque mois.

Le cas de ChatGPT illustre ce défi. Malgré son rôle de pionnier dans l’IA générative grand public, le service ne convertirait que 5 % de ses utilisateurs en abonnés payants selon le rapport. Ce taux est supérieur à la moyenne de 3 % relevée dans l’étude, mais il reste faible au regard de l’audience et de la notoriété de l’outil.

Pour convaincre davantage d’utilisateurs, les acteurs de l’IA devront démontrer des bénéfices concrets que les offres gratuites ne suffisent pas à fournir. Cela peut passer par un gain de temps mesurable, une meilleure qualité de réponse, des capacités adaptées à une tâche précise ou une intégration fluide dans des outils déjà utilisés au quotidien. La difficulté est qu’un abonnement récurrent entre directement en concurrence avec de nombreux autres services numériques auxquels les ménages consacrent déjà une partie de leur budget.

Les assistants généralistes captent l’essentiel des dépenses

Les consommateurs qui dépensent pour l’IA privilégient très nettement les outils généralistes. Les applications capables d’aider sur un grand nombre de tâches, comme ChatGPT ou Gemini, concentrent environ 81 % des 12 milliards de dollars consacrés aux outils d’IA par les consommateurs selon Menlo Ventures.

À l’inverse, les outils plus spécialisés totalisent 2 milliards de dollars. Cette catégorie peut couvrir des services conçus pour un besoin précis, par exemple l’écriture, la création visuelle, l’apprentissage ou une activité professionnelle donnée. Leur défi est double : ils doivent d’abord se faire connaître dans un environnement dominé par quelques assistants polyvalents, puis prouver qu’ils font nettement mieux qu’un outil généraliste sur une tâche particulière.

La préférence pour les assistants généralistes tient aussi à leur simplicité. Une même interface permet de poser des questions, rédiger, traduire, préparer une liste, générer des idées ou analyser un contenu. Pour un utilisateur débutant, cette polyvalence évite de multiplier les inscriptions et les abonnements. Elle donne aux grandes plateformes un avantage de distribution considérable, mais elle laisse également une place aux applications spécialisées lorsque leur expertise répond à un besoin suffisamment fréquent ou exigeant.

Les freins restent nombreux chez les 39 % de non-utilisateurs

L’adoption majoritaire ne doit pas masquer le fait que 39 % des répondants n’utilisent pas d’IA générative. Leurs réserves ne reposent pas sur un seul motif. Elles touchent autant à la relation avec la technologie qu’à la sécurité des données, à la qualité des réponses et à la place de la décision humaine.

La principale objection recensée est la préférence pour une interaction humaine, citée par 80 % des personnes concernées. Ce résultat rappelle qu’un outil rapide n’est pas nécessairement considéré comme un substitut souhaitable à une personne, notamment lorsqu’il faut écouter, conseiller, comprendre une situation complexe ou prendre une décision importante.

La confidentialité arrive également au premier plan : 71 % des non-utilisateurs se préoccupent de la sécurité de leurs données personnelles. Ces inquiétudes sont particulièrement importantes avec des outils qui invitent les internautes à saisir des questions, des documents, des demandes professionnelles ou des informations privées. Avant d’utiliser un service, il est donc essentiel de comprendre ses paramètres de confidentialité et d’éviter de lui transmettre des données sensibles sans savoir comment elles seront traitées.

La confiance dans les réponses constitue un autre obstacle majeur. 58 % des répondants concernés disent ne pas faire confiance aux informations produites par une machine. Cette prudence est compréhensible : une IA générative peut formuler une réponse très convaincante tout en commettant une erreur, en simplifiant à l’excès un sujet ou en ne tenant pas compte d’un contexte indispensable. Elle doit être considérée comme un outil d’assistance, non comme une autorité automatique.

Enfin, 53 % des personnes interrogées estiment qu’une décision doit rester humaine, 48 % indiquent ne pas savoir comment utiliser ces outils et 40 % perçoivent des biais dans leurs réponses. Ces freins montrent que la diffusion de l’IA ne se jouera pas uniquement sur la performance technique. L’explication des usages, la transparence, la protection des données et la possibilité de garder un contrôle humain compteront tout autant.

Ce que révèle vraiment le fossé entre utilisation et paiement

Le rapport dessine un secteur déjà très présent dans les pratiques, mais encore en quête de modèle économique durable auprès du grand public. L’attention se porte souvent sur les nouveaux modèles, leurs prouesses ou leurs limites. Or, l’étude de Menlo Ventures rappelle une question plus concrète : quelles fonctions les consommateurs jugent-ils assez utiles pour payer durablement ?

Les chiffres invitent aussi à distinguer trois réalités. La première est l’essai, facilité par les services gratuits et la curiosité suscitée par l’IA. La deuxième est l’usage récurrent, déjà visible dans certaines catégories de population comme les parents. La troisième est le paiement, qui suppose un niveau de confiance et d’utilité supérieur. Passer de la première à la troisième étape est loin d’être automatique.

Pour les utilisateurs, cette situation entretient une offre abondante et souvent accessible sans frais. Pour les entreprises, elle crée une pression forte pour différencier leurs services. Elles devront rendre leurs outils plus fiables, plus simples à prendre en main, plus respectueux des données personnelles et plus pertinents dans des situations concrètes. Le marché potentiel de 432 milliards de dollars évoqué dans l’étude reste donc une projection, pas un revenu acquis.

Ce qu’il faut surveiller

Dans les prochains mois, plusieurs évolutions permettront de mesurer si le fossé entre adoption et monétisation se réduit. Il faudra d’abord observer la capacité des éditeurs à transformer les usages ponctuels en habitudes régulières. Les offres payantes devront fournir une valeur identifiable, au-delà d’une réponse rapide ou d’un texte généré à la demande.

La confiance sera l’autre variable décisive. Les inquiétudes sur la confidentialité, les erreurs, les biais et le maintien d’une décision humaine ne disparaîtront pas avec la seule multiplication des fonctionnalités. Les entreprises qui sauront expliquer clairement les limites de leurs systèmes et offrir des garanties lisibles sur les données disposeront d’un atout important.

L’IA générative est donc déjà omniprésente dans une grande partie de la société américaine, mais son économie grand public demeure inachevée. L’enjeu ne consiste plus seulement à attirer des millions d’utilisateurs : il est de répondre à leurs attentes sans négliger les raisons très concrètes qui poussent encore une large minorité à s’en détourner.

Questions fréquentes

Quelle part des Américains utilise l’IA générative ?

Selon l’enquête de Menlo Ventures menée avec Morning Consult auprès de plus de 5 000 adultes américains, 61 % des répondants ont utilisé un outil d’IA générative au cours des six derniers mois. Ce chiffre mesure un usage sur cette période, et non une utilisation quotidienne ou nécessairement professionnelle.

Combien d’utilisateurs d’IA paient un abonnement ?

Le rapport estime que seuls 3 % des utilisateurs d’IA souscrivent à une offre payante. ChatGPT ferait un peu mieux, avec un taux de conversion de 5 % de ses utilisateurs. Les versions gratuites répondent souvent aux besoins des personnes qui utilisent ces outils de manière ponctuelle ou modérée.

Qui utilise le plus l’intelligence artificielle aux États-Unis ?

La génération Z affiche le taux d’adoption le plus élevé, à 76 %, suivie des millennials à 70 %. L’usage reste toutefois important dans les générations plus âgées : 59 % des membres de la génération X et 45 % des baby-boomers déclarent avoir utilisé une IA générative. Les parents se distinguent aussi, avec 79 % d’utilisateurs mensuels.

Pourquoi certaines personnes refusent-elles d’utiliser l’IA générative ?

Les non-utilisateurs citent d’abord leur préférence pour une interaction humaine, à 80 %. Viennent ensuite les inquiétudes sur la sécurité des données personnelles, mentionnées par 71 %, et le manque de confiance dans les informations générées, à 58 %. Une partie des répondants veut également que les décisions restent humaines.

Quels outils d’IA reçoivent le plus de dépenses des consommateurs ?

Les outils généralistes, capables de répondre à de nombreuses demandes dans une même interface, dominent les dépenses. Des services comme ChatGPT ou Gemini concentrent environ 81 % des 12 milliards de dollars consacrés à l’IA par les consommateurs selon le rapport. Les outils spécialisés totalisent pour leur part 2 milliards de dollars.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Menlo Ventures, rapport 2025 sur l’état de l’IA grand publicmenlovc.com
  2. Morning Consult, institut partenaire de l’enquêtemorningconsult.com