Culture et médias

The Velvet Sundown : pourquoi ce groupe créé par IA bouscule Spotify

Après avoir attiré 1,1 million de fans sur Spotify, The Velvet Sundown revendique une musique produite avec l’IA et une direction artistique humaine. Ses deux albums, publiés en juin 2025, placent la transparence, les droits et l’authenticité au centre du débat sur la création musicale.

Un groupe anonyme en studio devant une console de mixage et des motifs sonores évoquant l’IA.
Illustration : Actu.ai

The Velvet Sundown n’est pas devenu visible grâce à une longue campagne de promotion, à des concerts ou à une histoire de groupe documentée. En quelques semaines, ce projet à l’esthétique inspirée des années 1970 a attiré 1,1 million de fans sur Spotify, tout en laissant planer le doute sur l’identité de ses musiciens. Le 5 juillet 2025, le mystère a pris une autre dimension : sa biographie Spotify a revendiqué une origine fondée sur l’intelligence artificielle.

À première vue, l’affaire pourrait ressembler à une curiosité de plus dans un secteur déjà bouleversé par les outils génératifs. Mais la trajectoire de The Velvet Sundown concentre plusieurs questions devenues centrales pour la musique : faut-il indiquer clairement qu’un morceau a été généré par une IA ? Quelle place reste-t-il à la direction humaine ? Et comment les plateformes de streaming peuvent-elles traiter un afflux de titres créés à très grande vitesse ?

Une ascension express, deux albums et beaucoup de doutes

The Velvet Sundown a publié deux albums en juin 2025. Cette cadence, associée à sa popularité rapide sur Spotify, a alimenté les interrogations des auditeurs. L’univers visuel du projet, qui évoque les années 1970, ainsi que des publications ambiguës sur les réseaux sociaux ont renforcé les soupçons : certains messages semblaient affirmer une identité conventionnelle, tandis que d’autres entretenaient le doute sur sa nature réelle.

Ce flou n’était donc pas seulement une conséquence de l’arrivée de l’IA dans la musique. Il faisait partie de la réception même du projet. Dans l’industrie musicale, une identité artistique est habituellement incarnée par des interprètes identifiables, des biographies, des concerts, des crédits et une discographie progressivement construite. The Velvet Sundown a fait l’inverse : faire exister les chansons, l’imagerie et l’audience avant de préciser le cadre de leur création.

RepèreCe qui est connu au 10 juillet 2025Ce que cela soulève
Juin 2025The Velvet Sundown publie deux albumsLa rapidité de production interroge le rôle des outils génératifs
Quelques semainesLe projet atteint 1,1 million de fans sur SpotifyLes plateformes peuvent donner une visibilité massive à une identité artistique peu documentée
5 juillet 2025La biographie Spotify revendique l’usage de l’IAL’origine des œuvres devient un élément central de la communication
Juillet 2025Deezer signale certains contenus potentiellement générés par algorithmeLa demande de transparence gagne les services de streaming

Le cas n’établit pas que toute musique populaire créée à l’aide d’une IA serait trompeuse, ni qu’une œuvre utilisant un outil génératif serait dépourvue de travail humain. Il montre en revanche combien l’absence d’informations claires peut devenir un sujet en soi lorsque la musique, les visuels et l’identité publique sont diffusés simultanément à grande échelle.

Ce que The Velvet Sundown revendique exactement

Dans sa biographie mise à jour le 5 juillet, The Velvet Sundown présente son projet comme une alliance entre musique synthétique et direction artistique humaine. La formule est volontairement large. Elle place l’intelligence artificielle au cœur de la production, tout en affirmant qu’une intervention humaine organise l’orientation créative du projet.

Le groupe résume cette démarche par une phrase qui donne le ton : « Ce n’est pas une farce, c’est un miroir ». L’ambition affichée n’est donc pas seulement de proposer un catalogue de morceaux, mais de provoquer une discussion sur ce que le public considère comme authentique. Le projet entend questionner la création artistique et l’identité à un moment où les outils capables de produire de la musique, des paroles et des images deviennent accessibles à un nombre croissant d’utilisateurs.

Cette déclaration ne détaille toutefois ni les outils employés ni la répartition précise entre les interventions humaines et algorithmiques. Or cette nuance compte. Dire qu’une œuvre est « créée avec l’IA » peut recouvrir des réalités très différentes : générer une première ébauche musicale, écrire des paroles, fabriquer une voix de synthèse, sélectionner parmi de nombreuses propositions, réaliser une pochette ou assembler l’ensemble dans une direction cohérente.

Pourquoi l’authenticité est devenue le sujet principal

L’authenticité en musique ne se réduit pas à une opposition simple entre humain et machine. Depuis longtemps, les artistes utilisent des instruments électroniques, des boîtes à rythmes, des logiciels d’enregistrement, l’auto-tune ou des bibliothèques de sons. La nouveauté de l’IA générative tient à sa capacité à produire, en quelques instants, des éléments qui ressemblent à des chansons complètes : mélodie, arrangement, chant, texte et parfois visuel promotionnel.

Le changement est aussi une question d’échelle. Là où une production traditionnelle suppose généralement du temps, des compétences musicales et un travail de studio, un système automatisé peut multiplier les essais et les publications. Cette abondance modifie la manière dont les auditeurs découvrent les titres, mais aussi la concurrence pour l’attention sur les plateformes.

Pour le public, l’enjeu n’est pas nécessairement de refuser toute œuvre assistée par ordinateur. Il est d’avoir suffisamment d’éléments pour savoir ce qu’il écoute. Un auditeur peut apprécier un morceau indépendamment de son mode de fabrication. Il peut aussi considérer que l’interprétation, l’expérience vécue par les artistes ou la traçabilité des crédits font partie intégrante de la valeur d’une chanson. Sans information fiable, ce choix devient difficile.

The Velvet Sundown : intention affichée et questions ouvertes

Ce que le projet revendique

  • Une musique fondée sur l’intelligence artificielle.
  • Une direction artistique humaine.
  • Deux albums publiés en juin 2025.
  • Une démarche présentée comme un miroir des mutations de la création.

Ce qui reste à préciser

  • Les outils d’IA réellement utilisés.
  • La part exacte des interventions humaines dans chaque morceau.
  • Les personnes ou entités créditées pour la production.
  • Les conditions de création, de propriété et de distribution des œuvres.

Deezer met en avant la transparence face au volume de titres

La situation de The Velvet Sundown intervient alors que les plateformes font face à un flux croissant de musique générée par des algorithmes. Deezer a choisi de signaler certains morceaux pour lesquels une génération algorithmique a été identifiée. Cet avertissement ne tranche pas la qualité artistique d’un titre et ne dit pas, à lui seul, quelle part exacte de travail humain a accompagné la production. Il vise d’abord à informer l’auditeur sur la nature potentiellement artificielle du contenu.

Les chiffres communiqués par Deezer donnent la mesure du phénomène : la plateforme indique recevoir plus de 20 000 pistes créées par des algorithmes chaque jour. Elles représenteraient plus de 18 % des contenus mis en ligne. Même en tenant compte du fait qu’un volume ne préjuge pas de l’écoute réelle de ces morceaux, cette proportion montre que la musique générative ne relève plus d’un usage marginal.

Pour un service de streaming, cette montée en puissance pose au moins trois défis :

  • identifier les contenus générés ou fortement assistés par IA, sans se fier uniquement à l’auto-déclaration des personnes qui les mettent en ligne ;
  • informer les utilisateurs de façon compréhensible, sans assimiler automatiquement l’IA à une fraude ;
  • préserver un environnement où les artistes humains peuvent encore être découverts et rémunérés dans un catalogue toujours plus dense.

La position prudente de Spotify

Spotify, sollicité par l’AFP au sujet de The Velvet Sundown, n’a pas souhaité s’exprimer directement sur ce groupe. La plateforme a néanmoins indiqué qu’elle ne cherchait pas à soutenir des projets exclusivement générés par l’IA. Une porte-parole a aussi rappelé que « tous les morceaux sont créés, détenus et mis en ligne par des tierces parties autorisées ».

Cette réponse décrit le fonctionnement de la distribution sur la plateforme : Spotify ne compose pas les chansons proposées dans son catalogue et les reçoit par l’intermédiaire d’acteurs autorisés à les diffuser. Mais elle ne répond pas à toutes les questions soulevées par The Velvet Sundown. Le fait qu’un titre soit mis en ligne par une tierce partie autorisée ne renseigne pas, par exemple, sur les conditions de création du morceau, le niveau d’intervention humaine, les données utilisées pour entraîner un outil ou l’existence d’éventuelles ressemblances avec des œuvres préexistantes.

La différence entre la démarche de Deezer et la réponse de Spotify illustre deux approches complémentaires, mais incomplètes. D’un côté, un signalement destiné aux auditeurs. De l’autre, un rappel du cadre de distribution et de propriété déclaré par les déposants. Dans les deux cas, l’enjeu est de concilier l’ouverture qui a fait le succès du streaming avec une information fiable dans un environnement où l’origine d’un titre peut être difficile à établir.

Des musiciens préoccupés par les droits et la dilution des œuvres

L’essor de la musique générée par IA nourrit une inquiétude grandissante chez de nombreux musiciens. Leur crainte ne porte pas uniquement sur l’arrivée d’un nouvel outil de création. Elle concerne également la possibilité qu’un très grand nombre de titres automatisés encombrent les catalogues, captent l’attention et rendent plus difficile la découverte des artistes qui vivent de leur musique.

La question des droits d’auteur est tout aussi sensible. Elle recouvre plusieurs sujets distincts : les œuvres et enregistrements qui ont pu servir à entraîner les systèmes, les droits attachés aux morceaux produits avec une IA, l’identité de la personne ou de l’entité responsable d’une publication, et la rémunération éventuelle des créateurs. Présenter une œuvre comme générée par IA ne suffit pas à résoudre ces sujets.

Des artistes comme Kate Bush se mobilisent pour défendre les droits des créateurs face à ces évolutions. La publication d’origine évoque également des artistes britanniques, dont Damon Albarn, engagés dans un projet appelant à réfléchir aux conséquences de l’IA sur leurs œuvres. Leur mobilisation rappelle que le débat dépasse la seule nouveauté technologique : il concerne les conditions dans lesquelles les artistes peuvent continuer à créer, être identifiés et être rémunérés.

Ce qu’il faut surveiller après le cas The Velvet Sundown

Au 10 juillet 2025, The Velvet Sundown est surtout un révélateur. Le projet ne résume pas à lui seul la musique générée par IA, mais il met en scène les tensions du secteur avec une efficacité rare : une audience importante, des albums publiés rapidement, une identité volontairement ambiguë et une revendication explicite d’artificialité.

La première évolution à surveiller concerne la transparence. Les plateformes pourraient être amenées à préciser leurs méthodes de détection, leurs règles d’étiquetage et les informations demandées aux personnes qui publient de la musique. Pour les artistes comme pour les auditeurs, savoir qui est derrière une œuvre et comment elle a été produite pourrait devenir aussi important que le genre musical ou le nom d’un label.

La deuxième concerne les droits. Les règles devront distinguer la simple assistance technique, la génération majoritaire d’un morceau et l’imitation éventuelle d’un style, d’une voix ou d’un répertoire existant. Enfin, la troisième porte sur la place de la médiation humaine : sélection, intention, interprétation et relation avec le public. C’est précisément sur ce terrain que The Velvet Sundown entend se présenter comme un « miroir ».

L’IA ne condamne pas mécaniquement la création musicale humaine. En revanche, elle oblige l’industrie à définir plus clairement ce qu’elle entend par création, crédit, propriété et information du public. The Velvet Sundown aura au moins rendu cette discussion impossible à ignorer.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que The Velvet Sundown ?

The Velvet Sundown est un projet musical présent sur Spotify qui revendique une création fondée sur l’intelligence artificielle, accompagnée d’une direction artistique humaine. Après avoir publié deux albums en juin 2025, il a précisé cette démarche dans sa biographie Spotify le 5 juillet 2025.

The Velvet Sundown est-il vraiment un groupe créé par IA ?

Le projet l’affirme lui-même dans sa biographie Spotify : il se présente comme une alliance entre musique synthétique et direction artistique humaine. Cette déclaration confirme une place centrale de l’IA, mais elle ne détaille pas les outils employés ni la répartition précise du travail entre humains et algorithmes.

Pourquoi The Velvet Sundown a-t-il suscité autant de doutes ?

Son succès rapide, ses deux albums publiés en quelques semaines, son esthétique évoquant les années 1970 et des messages contradictoires sur les réseaux sociaux ont nourri les spéculations. Les auditeurs se demandaient si les musiciens et les visuels correspondaient à un groupe traditionnel ou à un projet généré artificiellement.

Pourquoi Deezer signale-t-il certaines musiques générées par IA ?

Deezer affiche un avertissement sur certains contenus potentiellement générés par des algorithmes afin d’informer les utilisateurs. La plateforme indique recevoir plus de 20 000 pistes de ce type par jour, soit plus de 18 % des mises en ligne. Ce signalement vise la transparence, pas un jugement sur la qualité des morceaux.

La musique créée avec une IA pose-t-elle des problèmes de droits d’auteur ?

Oui, plusieurs questions restent ouvertes : les données utilisées pour entraîner les systèmes, les droits sur le morceau produit, la responsabilité de la personne qui le diffuse et la rémunération des créateurs. Le simple fait d’indiquer qu’une œuvre utilise l’IA ne permet pas de résoudre l’ensemble de ces enjeux.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. AFP, dépêche sur The Velvet Sundown et la musique générée par IAwww.afp.com
  2. Deezer Newsroom, informations sur la détection et le volume de contenus générés par IAnewsroom-deezer.com
  3. Spotify Newsroom, informations officielles de la plateformenewsroom.spotify.com