Entreprises et marchés

OpenAI et CoreWeave : le contrat à 11,9 milliards qui redistribue les cartes

OpenAI a conclu avec CoreWeave un accord de fourniture de puissance de calcul pouvant atteindre 11,9 milliards de dollars sur cinq ans. Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas d’un investissement financier d’OpenAI dans CoreWeave, mais d’un contrat d’infrastructure assorti d’une attribution d’actions au bénéfice d’OpenAI.

Des ingénieurs inspectent des serveurs GPU dans un vaste centre de données dédié à l’intelligence artificielle.
Illustration : Actu.ai

La bataille de l’intelligence artificielle ne se joue pas seulement dans les laboratoires ou dans les interfaces de conversation. Elle se mène aussi dans les centres de données, là où des dizaines de milliers de processeurs graphiques travaillent sans interruption pour entraîner et faire fonctionner les grands modèles. C’est sur ce terrain très concret qu’OpenAI vient de franchir une étape importante en concluant un vaste accord avec CoreWeave, fournisseur américain de cloud spécialisé dans les charges de travail d’IA.

Annoncé en mars 2025, le contrat peut représenter jusqu’à 11,9 milliards de dollars sur cinq ans. Son ampleur attire naturellement l’attention, tout comme son contexte : OpenAI est depuis plusieurs années étroitement associé à Microsoft, qui a investi massivement dans l’entreprise et héberge une part déterminante de ses activités dans Azure. L’accord avec CoreWeave ne signifie pas pour autant une rupture avec Microsoft. Il témoigne plutôt d’un changement de dimension : pour poursuivre ses ambitions, OpenAI cherche à sécuriser bien plus de capacité de calcul qu’un seul partenaire ne peut commodément lui fournir.

Une précision est essentielle. Malgré certaines présentations initiales, OpenAI n’investit pas financièrement dans CoreWeave au sens où il n’y injecte pas du capital. Dans le cadre de leur accord, c’est CoreWeave qui prévoit d’attribuer à OpenAI environ 350 millions de dollars d’actions. Il s’agit donc d’un contrat commercial assorti d’une composante en titres, et non d’une prise de participation d’OpenAI dans son nouveau fournisseur.

Un contrat de calcul, pas une simple alliance de façade

CoreWeave fournit de la puissance de calcul à la demande. Son activité repose notamment sur des grappes de GPU, ces processeurs particulièrement adaptés aux calculs parallèles requis par l’apprentissage automatique et l’IA générative. Là où un cloud généraliste propose une très large palette de services informatiques, CoreWeave se concentre sur des infrastructures conçues pour des usages intensifs comme l’entraînement de modèles, l’inférence, le rendu graphique et le calcul scientifique.

L’accord avec OpenAI porte sur la fourniture de cette infrastructure. Selon les informations communiquées dans le cadre de l’opération, le contrat s’étend sur cinq ans et pourrait générer jusqu’à 11,9 milliards de dollars de revenus pour CoreWeave. OpenAI devient ainsi l’un de ses clients les plus importants à venir.

Le choix de CoreWeave répond à une contrainte désormais centrale pour les entreprises d’IA : disposer de calcul ne consiste pas uniquement à louer quelques serveurs lorsque le besoin apparaît. Les modèles les plus ambitieux demandent des capacités considérables, réservées longtemps à l’avance, alimentées en électricité et reliées par des réseaux très rapides. Il faut pouvoir les mobiliser pour des phases d’entraînement qui peuvent durer des semaines ou des mois, puis pour servir les utilisateurs à grande échelle.

ÉlémentCe que prévoit l’accord entre OpenAI et CoreWeave
Nature de l’opérationContrat de fourniture d’infrastructure cloud spécialisée pour l’IA
Durée annoncéeCinq ans
Valeur potentielleJusqu’à 11,9 milliards de dollars
Actions associéesCoreWeave doit attribuer à OpenAI environ 350 millions de dollars d’actions
Besoin couvertPuissance de calcul, notamment fondée sur des GPU pour les charges de travail d’IA
Enjeu stratégiqueDiversifier et sécuriser les capacités nécessaires aux modèles et produits d’OpenAI

Pourquoi OpenAI cherche-t-il d’autres capacités que celles de Microsoft ?

Microsoft demeure un partenaire central d’OpenAI. Depuis le début de leur alliance, le groupe de Redmond a apporté des investissements majeurs et son cloud Azure a constitué l’infrastructure essentielle aux produits et aux travaux d’OpenAI. Les utilisateurs professionnels qui accèdent aux modèles d’OpenAI via les services cloud de Microsoft restent ainsi au cœur de l’offre Azure.

Mais les deux groupes avaient déjà fait évoluer leur relation en janvier 2025. Microsoft conserve un droit de premier refus pour fournir de nouvelles capacités à OpenAI. En parallèle, l’entreprise de Sam Altman peut développer des capacités supplémentaires, en particulier pour la recherche et l’entraînement de ses modèles. Cette évolution ouvre la voie à des fournisseurs tiers, sans effacer la place de Microsoft.

L’accord avec CoreWeave est la manifestation la plus visible de cette diversification. Pour OpenAI, elle apporte plusieurs avantages potentiels : réduire le risque de dépendre d’une infrastructure unique, réserver davantage de GPU et disposer d’options supplémentaires au moment où la demande mondiale explose. La multiplication des modèles, des assistants et des agents logiciels accroît en effet les besoins à deux moments distincts : lors de l’entraînement, puis à chaque requête envoyée par les utilisateurs.

La diversification ne doit toutefois pas être interprétée comme la preuve d’une autonomie immédiate. Construire, exploiter et financer des centres de données à très grande échelle est une opération longue et coûteuse. OpenAI reste profondément lié à Microsoft par leurs accords technologiques et commerciaux. La nouveauté tient surtout à l’élargissement de son approvisionnement en calcul.

Accord OpenAI-CoreWeave : ce qu’il est et ce qu’il n’est pas

Ce que l’accord prévoit

  • Un contrat de fourniture de capacités cloud spécialisées pour l’IA.
  • Une valeur potentielle de 11,9 milliards de dollars sur cinq ans.
  • L’accès d’OpenAI à davantage de calcul fondé sur des GPU.
  • Une attribution prévue d’environ 350 millions de dollars d’actions CoreWeave à OpenAI.
  • Une diversification des infrastructures mobilisables par OpenAI.

Ce qu’il ne signifie pas

  • Un investissement financier d’OpenAI dans CoreWeave.
  • Une rupture immédiate entre OpenAI et Microsoft.
  • La fin du rôle d’Azure dans les produits et travaux d’OpenAI.
  • La transformation automatique de CoreWeave en concurrent équivalent à un cloud généraliste.
  • Une garantie immédiate de meilleurs services ou de prix plus bas pour les utilisateurs.

CoreWeave, le spécialiste du cloud GPU au centre du jeu

Fondée comme une entreprise spécialisée dans l’informatique accélérée, CoreWeave a profité de la ruée vers les GPU. Son modèle consiste à acheter et exploiter des équipements de calcul, puis à les louer à des entreprises ayant besoin de puissance pour l’IA. Cette spécialisation lui permet de se présenter comme une solution adaptée à des charges de travail difficiles à absorber avec des infrastructures informatiques classiques.

L’entreprise a déposé son dossier d’introduction en Bourse aux États-Unis au début de mars 2025. Ses documents financiers montrent à la fois la vigueur de sa croissance et la concentration de ses risques. CoreWeave a réalisé 1,9 milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2024. Mais Microsoft représentait alors 62 % de ses revenus, une dépendance significative à un seul client.

Ce dernier point donne à l’accord avec OpenAI une résonance particulière. CoreWeave n’est pas seulement un fournisseur susceptible de compléter Azure pour OpenAI : il fait aussi déjà partie de l’écosystème d’approvisionnement de Microsoft. Autrement dit, l’opération dessine moins un affrontement binaire qu’un réseau de dépendances croisées. Microsoft est à la fois le partenaire historique d’OpenAI, un acteur majeur du cloud et un client crucial de CoreWeave.

Pour CoreWeave, décrocher OpenAI constitue une validation commerciale forte au moment où l’entreprise cherche à convaincre les marchés financiers de la solidité de son activité. Un engagement pluriannuel de cette taille améliore la visibilité sur ses revenus futurs. En contrepartie, il augmente aussi les exigences d’exécution : l’entreprise doit effectivement déployer les équipements, les capacités électriques et les réseaux nécessaires pour honorer le contrat.

Ce que cela change réellement pour Microsoft

Le réflexe serait de voir dans CoreWeave un concurrent direct d’Azure, et donc dans cet accord un revers pour Microsoft. La réalité est plus nuancée. Azure reste un cloud généraliste mondial, doté de services de données, de sécurité, de développement, d’hébergement et d’intelligence artificielle. CoreWeave propose avant tout une capacité de calcul très ciblée, organisée autour des GPU et des besoins propres à l’IA.

L’accord rappelle néanmoins une vérité économique : la puissance de calcul est devenue un actif stratégique indépendant. Un acteur qui conçoit les meilleurs modèles peut difficilement s’en remettre entièrement à la capacité disponible d’un seul fournisseur, surtout lorsque les calendriers d’entraînement sont serrés et que les GPU les plus avancés sont disputés par les entreprises technologiques, les laboratoires et les jeunes pousses.

Microsoft doit donc composer avec une relation plus complexe avec OpenAI. Le groupe conserve des atouts considérables, dont Azure, ses produits intégrant l’IA et ses liens commerciaux avec OpenAI. Mais il ne peut plus être considéré comme l’unique réponse aux besoins de calcul de son partenaire. Cette situation peut pousser Microsoft à continuer d’accroître ses propres capacités, à sécuriser davantage de matériel et à développer ses modèles et services internes.

Pourquoi le calcul est devenu le nerf de la guerre de l’IA

Les grands modèles de langage ne sont pas des logiciels ordinaires. Leur développement requiert des corpus de données, des équipes de recherche, des algorithmes, mais aussi des infrastructures physiques. Un entraînement mobilise des milliers de GPU, des systèmes de refroidissement, des réseaux à haut débit et une alimentation électrique stable. Lorsque le modèle est prêt, son utilisation quotidienne par des millions de personnes exige encore des ressources importantes.

Cette économie du calcul explique la place de plusieurs catégories d’acteurs : les concepteurs de puces, les exploitants de centres de données, les fournisseurs d’électricité, les opérateurs cloud et les créateurs de modèles. Elle explique aussi pourquoi les contrats de capacité peuvent atteindre plusieurs milliards de dollars sans correspondre à l’achat d’un produit grand public.

Pour les utilisateurs, cette compétition d’infrastructure peut avoir des effets indirects. Davantage de capacité peut aider un fournisseur à améliorer la disponibilité de ses services, à accélérer certaines réponses ou à entraîner des modèles plus performants. Mais elle ne garantit ni une baisse immédiate des prix ni une amélioration automatique des capacités. Entre les GPU loués et le produit final, il reste le travail de recherche, d’ingénierie, de sécurité et de mise sur le marché.

Ce qu’il faut surveiller après l’accord

Dans les prochains mois, la question principale sera l’exécution. CoreWeave devra montrer qu’il peut convertir ce contrat en capacité opérationnelle tout en gérant les lourds investissements nécessaires aux centres de données. Son entrée en Bourse, envisagée dans un marché attentif à la rentabilité des infrastructures d’IA, constituera un test important pour son modèle.

Il faudra aussi observer la manière dont OpenAI répartit ses charges de travail entre Azure, CoreWeave et les capacités supplémentaires qu’il entend développer. La distinction entre l’entraînement des futurs modèles, l’exécution de services existants et la recherche avancée sera déterminante pour comprendre l’équilibre réel entre ses partenaires.

Enfin, l’accord met en lumière une tendance plus vaste : les laboratoires d’IA cherchent à contrôler davantage leur chaîne d’approvisionnement, sans forcément devenir eux-mêmes des exploitants de cloud. À mesure que le calcul devient rare, cher et stratégique, les contrats pluriannuels, les réservations de GPU et les partenariats avec des spécialistes comme CoreWeave pourraient devenir aussi déterminants que les annonces de nouveaux modèles.

Questions fréquentes

OpenAI a-t-il investi dans CoreWeave ?

Non, l’opération annoncée en mars 2025 est d’abord un contrat commercial : CoreWeave doit fournir à OpenAI de la capacité de calcul pour l’IA pendant cinq ans, pour un montant pouvant atteindre 11,9 milliards de dollars. CoreWeave prévoit en outre d’attribuer environ 350 millions de dollars de ses actions à OpenAI. Le flux d’actions va donc de CoreWeave vers OpenAI.

Quel est le montant de l’accord entre OpenAI et CoreWeave ?

La valeur potentielle du contrat annoncé est de 11,9 milliards de dollars sur cinq ans. Cette somme correspond à des services d’infrastructure et de calcul que CoreWeave doit fournir à OpenAI. Il ne s’agit pas d’un chèque unique versé par OpenAI, mais d’un engagement commercial pluriannuel lié à des capacités de cloud pour l’intelligence artificielle.

OpenAI quitte-t-il Microsoft pour CoreWeave ?

Non. Microsoft reste un partenaire majeur d’OpenAI et Azure conserve un rôle central dans ses activités. L’accord avec CoreWeave montre que l’entreprise diversifie ses sources de calcul, notamment pour faire face à ses besoins croissants. Depuis janvier 2025, OpenAI peut développer des capacités supplémentaires tout en laissant à Microsoft un droit de premier refus sur de nouvelles capacités.

Pourquoi OpenAI a-t-il besoin de tant de GPU ?

Les grands modèles d’IA exigent des quantités considérables de calcul. Les GPU permettent d’effectuer en parallèle les opérations mathématiques nécessaires à l’entraînement des réseaux de neurones et au traitement des requêtes des utilisateurs. Pour un acteur comme OpenAI, il faut réserver de la capacité à la fois pour préparer les futurs modèles et pour assurer le fonctionnement quotidien de ses services.

Quel lien existe entre Microsoft et CoreWeave ?

CoreWeave est un fournisseur spécialisé dans le cloud GPU, tandis que Microsoft exploite Azure, l’un des grands clouds mondiaux. Les documents financiers de CoreWeave montrent que Microsoft représentait 62 % de son chiffre d’affaires en 2024. L’accord avec OpenAI ajoute donc un niveau de complexité : Microsoft est à la fois le partenaire historique d’OpenAI et un client important de CoreWeave.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. CoreWeave, dossier d’introduction en Bourse et informations financières déposées auprès de la SECwww.sec.gov/edgar/browse/?CIK=1769628
  2. OpenAI, annonce sur l’évolution du partenariat avec Microsoft, janvier 2025openai.com/index/openai-and-microsoft