Figure vise 1,5 milliard de dollars pour accélérer ses robots humanoïdes
La start-up Figure serait en discussions pour réunir 1,5 milliard de dollars et atteindre une valorisation de 39,5 milliards, selon Bloomberg. Après avoir déjà séduit Microsoft, OpenAI et Nvidia, elle veut accélérer le développement de robots humanoïdes destinés d’abord aux entreprises, puis, à terme, aux foyers.

Les robots-humanoides/">robots humanoïdes restent pour l’essentiel au stade des démonstrations, des pilotes industriels et des promesses technologiques. Pourtant, les montants désormais évoqués autour de ce marché donnent la mesure des attentes. La start-up américaine Figure serait en discussions pour lever 1,5 milliard de dollars, selon Bloomberg, avec l’objectif d’atteindre une valorisation de 39,5 milliards de dollars. Une opération qui, si elle se concrétisait à ces conditions, placerait l’entreprise parmi les sociétés les plus valorisées de la jeune industrie de la robotique humanoïde.
Cette somme ne constitue pas un financement bouclé. Les négociations sont en cours et les modalités peuvent encore évoluer. Mais l’information illustre l’appétit d’investisseurs pour une idée longtemps cantonnée à la science-fiction : des machines à deux bras et deux jambes, capables de se déplacer dans les espaces conçus pour les humains et d’exécuter des tâches utiles dans des entrepôts, des usines, des commerces ou, plus tard, à domicile.
Une levée envisagée à une valorisation hors norme
Figure cherche donc à réunir 1,5 milliard de dollars afin de renforcer à la fois sa recherche et sa capacité à produire des robots humanoïdes. Le montant est exceptionnel pour une entreprise de ce secteur, où le développement est particulièrement coûteux : il faut financer le matériel, les batteries, les capteurs, les actionneurs qui donnent du mouvement aux articulations, les logiciels et l’entraînement des systèmes d’intelligence artificielle.
La valorisation visée, 39,5 milliards de dollars, doit être lue avec prudence. Une valorisation est une estimation de la valeur d’une entreprise lors d’une transaction donnée, souvent calculée à partir du prix payé par les nouveaux investisseurs. Ce n’est ni son chiffre d’affaires ni son bénéfice. Dans le cas de Figure, il s’agit en outre d’un objectif rapporté alors que les discussions ne sont pas finalisées.
| Étape financière | Montant | Valorisation évoquée | Situation à la date du 15 février 2025 |
|---|---|---|---|
| Série B, février 2024 | 675 millions de dollars | 2,6 milliards de dollars | Financement annoncé |
| Nouvelle opération envisagée | 1,5 milliard de dollars | 39,5 milliards de dollars | Discussions rapportées par Bloomberg |
L’écart entre les deux valorisations résume l’emballement autour de la robotique dite « incarnée ». Cette expression désigne une intelligence artificielle qui ne se contente pas de produire du texte ou des images sur un écran, mais perçoit un environnement physique, choisit une action et commande un corps robotique. Transformer cette ambition en produit fiable reste toutefois un défi bien plus complexe que réussir une vidéo de démonstration.
Le précédent tour de table avait attiré les géants de l’IA
Figure n’arrive pas sans soutien dans cette course. En février 2024, l’entreprise avait annoncé une levée de 675 millions de dollars en série B, à une valorisation de 2,6 milliards de dollars. Microsoft, OpenAI et Nvidia comptaient parmi les acteurs ayant manifesté leur intérêt dans ce financement, aux côtés d’investisseurs spécialisés.
Leur présence est significative, car un robot humanoïde dépend de plusieurs briques technologiques devenues stratégiques. Nvidia est un fournisseur central de puissance de calcul pour l’entraînement et l’exécution de modèles d’IA. Microsoft est l’un des grands groupes mondiaux du cloud et de l’intelligence artificielle. OpenAI est, de son côté, un acteur majeur des modèles capables de traiter et de générer du langage, des images ou des raisonnements.
Pour Figure, ces soutiens financiers et technologiques pouvaient aider à résoudre une équation difficile : doter un corps mécanique de capacités de perception et de décision suffisamment solides pour accomplir une tâche sans programmation détaillée de chaque geste. Voir une boîte, identifier où la saisir, estimer sa position, la prendre sans l’écraser puis la déposer au bon endroit exige de coordonner vision, mouvement et anticipation en quelques fractions de seconde.
Le fondateur et directeur général de Figure, Brett Adcock, affiche une ambition claire : intégrer des humanoïdes aux opérations commerciales dès que possible. Cette priorité industrielle est cohérente avec l’état de maturité du secteur. Dans une entreprise, les tâches peuvent être mieux délimitées, les lieux plus standardisés et les robots surveillés par des équipes formées. Une maison est au contraire pleine d’obstacles imprévus, d’objets fragiles, d’animaux, d’enfants et de situations singulières.
Figure 02, la deuxième génération du robot
En août 2024, Figure a dévoilé Figure 02, son robot humanoïde de deuxième génération. L’entreprise le présente comme une plateforme capable d’accomplir diverses tâches dans des contextes commerciaux et domestiques. Cette présentation a marqué une étape importante dans sa stratégie : il ne s’agit plus seulement d’imaginer un humanoïde, mais de faire évoluer une deuxième génération de machine intégrant matériel et intelligence artificielle.
L’objectif affiché est de rapprocher les capacités physiques du robot de situations concrètes. Cela suppose notamment de progresser sur plusieurs fronts :
- la perception de l’espace et des objets grâce aux caméras et aux capteurs ;
- la dextérité des mains, indispensable pour manipuler des éléments de formes variées ;
- l’équilibre et la locomotion, afin d’évoluer sans chute dans un environnement réel ;
- la compréhension des consignes et l’adaptation quand l’environnement ne correspond pas exactement à ce qui était attendu.
La différence entre une démonstration et un déploiement industriel tient souvent à la répétabilité. Un robot doit accomplir un même geste de très nombreuses fois, sans incident, à une cadence utile et à un coût acceptable. Il doit aussi pouvoir être entretenu, rechargé et arrêté en sécurité. Ces contraintes expliquent pourquoi les annonces de robots domestiques doivent être distinguées d’une commercialisation effective à grande échelle.
Figure estime que ses produits pourraient être prêts pour des usages domestiques dans quelques années. Il ne s’agit pas d’un calendrier ferme. À la date de publication, l’entreprise met avant tout l’accent sur les applications commerciales, là où l’utilité peut être mesurée plus directement et où le cadre d’utilisation est plus maîtrisable.
Figure : le financement déjà obtenu et l’opération envisagée
Février 2024
- 675 millions de dollars levés lors d’une série B.
- Valorisation annoncée de 2,6 milliards de dollars.
- Microsoft, OpenAI et Nvidia figuraient parmi les soutiens cités.
- L’entreprise consolide alors ses moyens de recherche et développement.
Février 2025
- 1,5 milliard de dollars recherchés selon Bloomberg.
- Valorisation visée de 39,5 milliards de dollars.
- Les termes restent susceptibles d’évoluer avant une éventuelle finalisation.
- L’ambition porte sur l’accélération de robots humanoïdes commerciaux et domestiques.
Pourquoi l’IA est devenue le nerf de la guerre robotique
Construire une machine qui marche est déjà une prouesse d’ingénierie. Construire une machine qui comprend ce qu’elle voit et sait quoi faire d’une instruction ordinaire est l’autre moitié du problème. C’est sur ce terrain que les progrès rapides de l’intelligence artificielle suscitent l’espoir d’un saut en avant pour les humanoïdes.
Les modèles d’IA peuvent aider un robot à relier des mots, des images et des actions. Une consigne comme « range les objets sur l’étagère » ne doit pas être transformée en une longue liste de coordonnées écrites à la main. Le système doit reconnaître les objets concernés, évaluer une prise possible, choisir un emplacement et corriger son geste si quelque chose bouge ou résiste.
Mais l’intelligence artificielle appliquée à la robotique ne peut se satisfaire d’une réponse approximative. Une erreur dans un chatbot peut se limiter à une information erronée. Une erreur dans un robot qui manipule une charge ou circule près de personnes peut avoir des conséquences matérielles ou physiques. La sécurité, la fiabilité et la possibilité de reprendre le contrôle sont donc des conditions fondamentales de l’adoption.
Figure annonce une stratégie plus indépendante d’OpenAI
Brett Adcock a indiqué que Figure entendait se séparer de son accord de collaboration avec OpenAI. Il explique cette décision par un « breakthrough majeur » en intelligence artificielle robotique, développé entièrement en interne. Le dirigeant a également promis de nouvelles démonstrations de la technologie de l’entreprise dans les mois suivants.
Ce changement est stratégique. Dans un secteur où l’IA peut devenir le facteur de différenciation le plus important, maîtriser sa propre technologie permet à une entreprise de contrôler plus directement ses choix techniques, ses données, ses améliorations et son calendrier de développement. Cela ne permet pas encore de juger des performances réelles de l’approche revendiquée par Figure. Les démonstrations et, surtout, les déploiements répétés dans des conditions de travail ordinaires seront déterminants.
La fin annoncée d’une collaboration opérationnelle doit aussi être distinguée du soutien financier antérieur d’acteurs associés à Figure. Un partenariat technologique, un investissement et une relation commerciale sont des réalités différentes, avec des modalités propres qui ne sont pas détaillées publiquement dans les informations disponibles.
Une concurrence qui s’accélère autour des humanoïdes
Figure n’est pas seule à parier sur ce marché. Meta a annoncé la création d’une équipe consacrée aux robots humanoïdes intelligents, signe que les grands groupes technologiques observent désormais de près la convergence entre IA, matériel et robotique. Les noms d’Apple et d’OpenAI sont eux aussi régulièrement associés à l’intérêt croissant des entreprises technologiques pour les robots et les interfaces physiques avec l’IA.
Cette dynamique ne garantit pas que les humanoïdes deviendront rapidement des produits de masse. Elle montre en revanche que les investisseurs et les groupes établis considèrent la robotique comme une extension possible de la révolution actuelle de l’IA générative. Après les assistants conversationnels et les outils de création, l’enjeu serait de confier à des machines des tâches réalisées dans le monde physique.
Brett Adcock a aussi souligné l’intérêt des investisseurs pour Figure sur le marché secondaire. Dans un message public, il a déclaré que l’entreprise avait été la neuvième société la plus recherchée sur ce marché en janvier. Ce type d’indicateur reflète une demande pour des titres non cotés, mais ne remplace ni une levée officiellement conclue ni une preuve de succès commercial.
Ce qu’il faut surveiller avant de parler de robots dans chaque foyer
La possible levée de 1,5 milliard de dollars donnerait à Figure des moyens considérables pour recruter, concevoir de nouvelles générations de robots et préparer leur fabrication. Elle ne lèverait pas automatiquement les principaux verrous du secteur. Le passage d’un prototype prometteur à une flotte de machines utiles reste l’étape décisive.
Plusieurs éléments permettront de mesurer les progrès réels de Figure dans les mois et les années à venir :
- la confirmation, ou non, de la levée de fonds et de sa valorisation finale ;
- des démonstrations montrant des tâches variées, sans scénario trop rigide ;
- des déploiements commerciaux durables et mesurables ;
- la capacité du robot à travailler en sécurité aux côtés de personnes ;
- le coût total d’utilisation, incluant achat, maintenance, énergie et supervision humaine.
La perspective de robots capables d’aider dans les entreprises puis au domicile est tangible, mais elle demeure conditionnelle. Figure veut accélérer cette trajectoire avec un financement spectaculaire. Le vrai test ne sera pas seulement de faire marcher un humanoïde ou de lui faire saisir un objet : ce sera de démontrer qu’il peut rendre un service fiable, sûr et économiquement pertinent, jour après jour.
Questions fréquentes
Combien Figure veut-elle lever pour ses robots humanoïdes ?
Figure serait en discussions pour lever 1,5 milliard de dollars, selon Bloomberg. Cette opération n’était pas annoncée comme finalisée au 15 février 2025, et ses conditions pouvaient donc encore changer. La start-up viserait une valorisation de 39,5 milliards de dollars, très supérieure aux 2,6 milliards évoqués lors de sa série B de février 2024.
Qu’est-ce que le robot Figure 02 ?
Figure 02 est le robot humanoïde de deuxième génération présenté par Figure en août 2024. L’entreprise le destine à des tâches commerciales et envisage à terme des usages domestiques. Son développement associe un corps robotique, des capteurs, des systèmes de vision et une intelligence artificielle destinée à comprendre l’environnement et à coordonner les mouvements.
Quels investisseurs soutiennent Figure ?
Lors de sa levée de série B de 675 millions de dollars en février 2024, Figure a attiré l’intérêt de Microsoft, OpenAI et Nvidia, entre autres soutiens. Ces entreprises sont importantes pour l’écosystème de l’IA, du cloud et du calcul. Leur présence ne signifie toutefois pas qu’elles pilotent les choix opérationnels de Figure.
Pourquoi Figure veut-elle arrêter sa collaboration avec OpenAI ?
Brett Adcock a annoncé l’intention de mettre fin à l’accord de collaboration avec OpenAI. Il l’attribue à une percée majeure en intelligence artificielle robotique développée entièrement en interne par Figure. À cette date, la portée technique précise de cette avancée et les modalités détaillées de la séparation n’avaient pas été rendues publiques.
Quand les robots humanoïdes arriveront-ils dans les maisons ?
Figure estime que ses robots pourraient être prêts pour une utilisation domestique dans quelques années, sans avancer de date de commercialisation ferme. Avant une diffusion dans les foyers, ils devront prouver leur sécurité, leur autonomie, leur capacité à gérer des situations imprévues et leur coût d’utilisation. Les usages commerciaux devraient constituer une première étape plus contrôlée.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Figure, site officiel de l’entreprisewww.figure.ai
- Figure, présentation officielle du robot humanoïde Figure 02 via PR Newswirewww.prnewswire.com/news-releases/figure-unveils-figure-02-its-second-generation-humanoid-setting-new-standards-in-ai-and-robotics-302214889.html
- Bloomberg Technology, informations sur les discussions de financement rapportées par Bloombergwww.bloomberg.com/technology
- Meta, site institutionnel du groupeabout.meta.com
- OpenAI, site officielopenai.com



