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Project Waterworth : Meta veut relier l’Inde au monde avec 50 000 km de câble

Meta a présenté Project Waterworth, une infrastructure sous-marine de plus de 50 000 km appelée à connecter cinq continents. L’Inde y occupe une place centrale, dans un contexte de coopération renforcée avec les États-Unis. Voici ce que ce chantier promet, et ce qu’il ne garantit pas encore.

Navire câblier déployant un câble sous-marin destiné à relier l’Inde à plusieurs continents
Illustration : Actu.ai

Le réseau mondial paraît immatériel lorsqu’on envoie un message sur WhatsApp, consulte Instagram ou regarde une vidéo. Pourtant, ses échanges intercontinentaux reposent sur des infrastructures physiques très concrètes, posées au fond des mers. Le 14 février 2025, Meta a dévoilé Project Waterworth, un projet de câble sous-marin de plus de 50 000 kilomètres. L’entreprise le présente comme le plus long système de ce type jamais construit et lui assigne une fonction stratégique : renforcer les routes numériques entre l’Inde, les États-Unis et plusieurs autres régions du monde.

La longueur annoncée dépasse la circonférence de la Terre, qui approche 40 000 kilomètres. Mais la dimension du chantier ne se résume pas à ce chiffre spectaculaire. Project Waterworth doit ouvrir de nouveaux corridors de données, apporter davantage de capacité aux réseaux existants et diversifier des itinéraires aujourd’hui essentiels aux échanges économiques, aux services en ligne et aux communications quotidiennes. Pour Meta, dont Facebook, Instagram et WhatsApp dépendent d’une connectivité internationale stable, posséder ou financer de telles infrastructures devient un enjeu industriel de premier plan.

Project Waterworth en chiffres

Le projet est conçu comme une infrastructure mondiale, et non comme une liaison directe unique entre deux pays. Meta prévoit de relier cinq grands continents, en citant notamment les États-Unis, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, ainsi que d’autres zones stratégiques. L’entreprise évoque un investissement pluriannuel de plusieurs milliards de dollars, sans détailler publiquement la répartition du financement ni la date précise de mise en service.

CaractéristiqueCe que Meta annonce en février 2025
Longueur totalePlus de 50 000 km
Portée géographiqueCinq grands continents
Pays et régions citésÉtats-Unis, Inde, Brésil, Afrique du Sud et autres régions clés
Architecture24 paires de fibres optiques
Profondeur maximale de poseJusqu’à 7 000 mètres
Objectif réseauCréer trois nouveaux corridors océaniques et renforcer la fiabilité des échanges de données
Calendrier de mise en serviceAucune date définitive n’a été communiquée au moment de l’annonce

Le choix de 24 paires de fibres est un point technique important. Une paire correspond à deux fibres optiques, utilisées pour faire circuler les données dans les deux sens. Meta affirme que Waterworth sera le premier système sous-marin à utiliser une telle architecture, là où les systèmes récents reposent habituellement sur 16 paires. Plus le nombre de paires est élevé, plus l’infrastructure peut transporter de données, sous réserve des équipements installés à ses extrémités et des accords commerciaux permettant d’en exploiter la capacité.

Pourquoi Meta investit dans les câbles sous-marins

Les câbles sous-marins constituent l’ossature discrète de l’Internet international. Les données entre continents ne passent pas principalement par satellite : elles empruntent des fibres optiques sous les océans, capables de transporter des volumes considérables avec une latence adaptée aux usages numériques modernes. Messageries, appels vidéo, stockage en ligne, plateformes de contenus, services cloud et échanges entre entreprises s’appuient tous, directement ou indirectement, sur ce réseau physique.

Pour Meta, l’enjeu est double. Le groupe doit accompagner la hausse continue des échanges sur ses applications, notamment les contenus vidéo et les communications entre utilisateurs situés sur des continents différents. Il cherche aussi à améliorer la résilience de ses propres services. Multiplier les routes possibles entre les régions limite la dépendance à un petit nombre de passages océaniques et peut réduire les conséquences d’une panne sur un axe unique.

L’entreprise décrit Waterworth comme un moyen de renforcer la capacité et la fiabilité des « autoroutes numériques » mondiales. Le projet prévoit l’ouverture de trois nouveaux corridors océaniques, c’est-à-dire de grands itinéraires de connectivité sous-marine. Pour les plateformes en ligne, l’intérêt ne se limite donc pas à acheminer davantage de trafic. Il consiste également à disposer d’un réseau plus diversifié, dans un monde où les usages numériques deviennent une infrastructure économique à part entière.

Ce type de projet ne signifie toutefois pas que Meta contrôle à lui seul l’accès à Internet dans les pays reliés. Le câble apporte de la capacité sur les longues distances. Pour qu’elle bénéficie aux internautes, cette capacité doit ensuite être distribuée par les opérateurs télécoms, les fournisseurs d’accès, les centres de données et les réseaux terrestres nationaux.

Quel rôle pour l’Inde dans ce projet ?

L’Inde est l’un des marchés les plus importants pour Meta et un pays central dans la croissance mondiale des usages numériques. En plaçant le pays sur l’itinéraire de Waterworth, Meta veut renforcer les connexions entre l’Inde, les États-Unis et d’autres régions. L’annonce intervient dans un contexte diplomatique particulier : le 13 février 2025, les États-Unis et l’Inde ont publié une déclaration commune à l’occasion de la visite du Premier ministre indien Narendra Modi aux États-Unis.

Dans ce texte, les deux pays saluent l’annonce de Meta, en soulignant l’intérêt du projet pour la connectivité numérique entre l’Inde, les États-Unis et d’autres lieux dans le monde. L’Inde y exprime également son intention d’investir dans la maintenance, la réparation et le financement de câbles sous-marins traversant l’océan Indien, en travaillant avec des fournisseurs considérés comme fiables.

Cette précision mérite d’être distinguée de Waterworth lui-même. La déclaration indo-américaine ne détaille pas une participation financière indienne spécifiquement affectée au câble de Meta. Elle pose plus largement une orientation stratégique : développer la capacité du pays à entretenir et sécuriser les infrastructures sous-marines de l’océan Indien.

Cette région est particulièrement importante, car elle relie l’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Europe par de nombreuses voies maritimes et numériques. Un pays qui dispose de davantage de points d’atterrissement, de compétences de réparation et de routes alternatives est mieux placé pour limiter les effets d’un incident sur ses échanges de données internationaux.

Comment un câble peut-il améliorer la connexion Internet ?

Un câble sous-marin ne se traduit pas automatiquement par un Internet plus rapide pour chaque foyer. Son effet se situe d’abord au niveau des grands réseaux. Il peut offrir une capacité supplémentaire aux opérateurs, aux plateformes et aux fournisseurs de cloud, réduire les risques de congestion sur certaines routes et permettre de répartir le trafic sur plusieurs itinéraires.

Dans le cas de l’Inde, Waterworth pourrait soutenir les ambitions numériques du pays de plusieurs façons :

  • en augmentant les possibilités de transport de données entre l’Inde et les autres continents ;
  • en renforçant la redondance des liaisons, utile lorsqu’un autre câble est indisponible ;
  • en donnant aux acteurs télécoms et numériques davantage d’options pour acheminer leurs flux internationaux ;
  • en accompagnant la croissance des services en ligne destinés aux entreprises comme au grand public.

Les gains concrets dépendront néanmoins de plusieurs facteurs : les lieux précis d’atterrissement, les capacités louées ou exploitées par les opérateurs, la qualité des réseaux terrestres et le niveau de concurrence sur le marché local. Waterworth est une brique majeure de l’infrastructure mondiale, mais il ne remplace ni les réseaux mobiles, ni la fibre à domicile, ni les politiques publiques nécessaires pour étendre l’accès au numérique.

Project Waterworth : promesse d’infrastructure et effets réels

Ce que Meta annonce

  • Plus de 50 000 kilomètres de câble reliant cinq grands continents.
  • Une architecture de 24 paires de fibres, une première pour un système sous-marin.
  • Trois nouveaux corridors océaniques pour diversifier les routes de données.
  • Un routage et un enfouissement renforcés dans les zones les plus exposées.
  • Une pose pouvant atteindre 7 000 mètres de profondeur.

Ce que le projet ne garantit pas à lui seul

  • Une amélioration immédiate de la connexion de chaque foyer indien.
  • Un accès identique à la capacité du câble pour tous les opérateurs.
  • L’absence totale de coupures, d’accidents ou de besoins de réparation.
  • Une date de mise en service, qui n’était pas précisée en février 2025.
  • Le remplacement des réseaux terrestres, mobiles ou de la fibre locale.

Une infrastructure pensée pour les profondeurs et les risques physiques

Les câbles sous-marins sont robustes, mais ils ne sont pas invulnérables. Les zones proches des côtes sont les plus sensibles : ancres de navires, activités de pêche et mouvements du fond marin peuvent endommager les équipements. Une coupure impose alors de localiser l’incident, d’envoyer un navire spécialisé, de remonter le câble et d’effectuer une réparation avant de le redéposer.

Meta indique que Project Waterworth utilisera un routage inédit et des méthodes d’enfouissement améliorées dans les zones à haut risque. L’objectif est de mieux protéger les portions les plus exposées, notamment dans les eaux peu profondes proches des côtes. Le groupe prévoit aussi d’installer certaines sections jusqu’à 7 000 mètres de profondeur. À de telles profondeurs, la pose et toute éventuelle intervention exigent des moyens techniques considérables.

La sécurité d’un réseau ne repose pas uniquement sur la solidité matérielle du câble. Elle dépend aussi de la diversité de ses itinéraires. Si plusieurs liaisons empruntent exactement le même passage maritime ou aboutissent au même point d’atterrissement, un incident local peut affecter plusieurs réseaux simultanément. L’ouverture de nouveaux corridors permet précisément de mieux répartir ce risque, même si aucune infrastructure ne peut éliminer totalement les pannes ou les accidents.

Une pièce importante de la compétition numérique mondiale

Project Waterworth illustre l’évolution du rôle des grandes entreprises technologiques. Les plateformes ne se contentent plus de développer des logiciels ou des applications : elles investissent dans les centres de données, les puces, les réseaux et désormais les grandes artères physiques qui transportent les données à travers le monde.

Cette intégration peut rendre leurs services plus fiables, mais elle confirme aussi le poids croissant de quelques groupes privés dans l’infrastructure numérique mondiale. Pour les États, la question est donc à la fois économique et stratégique. Disposer de liaisons internationales diversifiées favorise l’activité numérique, tout en réduisant les dépendances à certains itinéraires, fournisseurs ou zones de transit.

Pour l’Inde, l’intérêt dépasse les applications de Meta. Le pays cherche à consolider sa place dans l’économie numérique mondiale, à développer ses capacités technologiques et à assurer la continuité de ses communications internationales. L’investissement annoncé par Meta et les intentions exprimées dans la déclaration conjointe avec les États-Unis vont dans cette direction, sans que les modalités précises de déploiement soient encore connues.

Ce qu’il faut surveiller avant la mise en service

L’annonce de Meta fixe une ambition, mais de nombreuses étapes séparent un projet de câble de son exploitation commerciale. Il faudra suivre le tracé exact, les pays d’atterrissement, les autorisations nécessaires, les entreprises chargées de la fabrication et de la pose, ainsi que le modèle d’accès retenu pour les opérateurs et partenaires.

Le calendrier sera également déterminant. En février 2025, Meta n’a pas communiqué de date définitive de mise en service pour Project Waterworth. Construire plus de 50 000 kilomètres de câble implique des études de fonds marins, des procédures réglementaires dans plusieurs juridictions, la production des équipements et une succession d’opérations maritimes complexes.

Enfin, la promesse de résilience devra être évaluée à l’aune de l’exploitation réelle. La capacité annoncée, la redondance des routes et les techniques de protection constituent des atouts importants sur le papier. Leur effet concret dépendra de la manière dont le câble sera intégré aux réseaux terrestres, aux autres infrastructures sous-marines et aux besoins des utilisateurs dans les régions qu’il desservira.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Project Waterworth de Meta ?

Project Waterworth est un projet de câble sous-marin annoncé par Meta le 14 février 2025. Long de plus de 50 000 kilomètres, il doit connecter cinq grands continents, dont l’Inde, les États-Unis, le Brésil et l’Afrique du Sud. Meta le présente comme le plus long système de câble sous-marin jamais construit.

Project Waterworth sera-t-il vraiment le plus long câble sous-marin du monde ?

Meta affirme que son projet dépassera 50 000 kilomètres et sera le plus long câble sous-marin au monde. Cette qualification correspond à l’ambition annoncée pour le système une fois construit. À la date de l’annonce, il s’agit encore d’un chantier à réaliser, avec des étapes techniques et réglementaires importantes.

Quand le câble Waterworth sera-t-il opérationnel ?

Au 15 février 2025, Meta n’avait pas communiqué de date définitive de mise en service. Un projet de cette ampleur doit obtenir des autorisations dans plusieurs pays, définir ses points d’atterrissement, fabriquer les équipements et effectuer des opérations de pose en mer sur plusieurs itinéraires.

Comment Waterworth peut-il aider la connectivité Internet en Inde ?

Le câble doit apporter de nouvelles capacités de transport de données entre l’Inde et d’autres régions du monde, en particulier les États-Unis. Il pourrait réduire la congestion de certaines routes et offrir davantage d’itinéraires de secours. Les bénéfices pour les internautes dépendront ensuite des opérateurs, des réseaux locaux et des conditions d’accès à cette capacité.

Pourquoi les câbles sous-marins sont-ils enfouis près des côtes ?

Les zones côtières peu profondes concentrent des risques physiques, notamment les ancres de navires et certaines activités maritimes. Meta prévoit des techniques d’enfouissement améliorées pour Waterworth dans les zones à haut risque. Cette protection vise à réduire les dommages, sans supprimer complètement la nécessité d’interventions et de réparations spécialisées.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Meta, annonce officielle de Project Waterworthabout.fb.com
  2. Maison-Blanche, déclaration conjointe des dirigeants des États-Unis et de l’Inde du 13 février 2025www.whitehouse.gov