OpenAI veut devenir une PBC sans abandonner le contrôle de son nonprofit
OpenAI prévoit de transformer sa branche commerciale en Public Benefit Corporation, tout en maintenant le contrôle de son organisation nonprofit. Sam Altman défend une structure capable de financer des besoins immenses en calcul, sans renoncer à la mission fondatrice : faire bénéficier l’humanité de l’intelligence artificielle.

OpenAI cherche à résoudre une équation devenue centrale dans l’intelligence artificielle : comment financer des infrastructures toujours plus coûteuses sans faire passer au second plan une mission conçue, à l’origine, dans un cadre philanthropique ? Le 5 mai 2025, l’entreprise a précisé son projet de restructuration. Sa branche commerciale doit devenir une Public Benefit Corporation, ou PBC, tandis que l’organisation nonprofit historique est appelée à rester en position de contrôle.
Pour Sam Altman, directeur général d’OpenAI, il ne s’agit pas de faire d’OpenAI une entreprise comme les autres. « OpenAI n’est pas une entreprise ordinaire et ne le sera jamais », affirme-t-il. Derrière cette formule se trouve une question concrète : les modèles d’IA les plus avancés nécessitent des centres de données, des puces, de l’électricité, des équipes de recherche et des dispositifs de sécurité dont les coûts changent d’échelle. OpenAI veut donc modifier sa structure pour pouvoir mobiliser les capitaux nécessaires, sans abandonner sa finalité déclarée : développer une IA bénéfique pour l’humanité.
Une mission née dans le monde nonprofit
OpenAI a été créée en 2015 comme organisation à but non lucratif. Sa charte place au cœur de son projet l’idée que l’intelligence artificielle générale, souvent désignée par le sigle AGI, devrait bénéficier à toute l’humanité. L’AGI est un concept encore théorique : il désigne une intelligence artificielle capable d’accomplir un très large éventail de tâches intellectuelles, plutôt qu’un outil spécialisé dans un seul domaine.
En 2019, OpenAI avait déjà fait évoluer son organisation en créant une structure commerciale à profits plafonnés. Ce montage devait lui permettre de rémunérer salariés et investisseurs tout en limitant les gains financiers et en maintenant l’organisation nonprofit au-dessus de l’ensemble. Il répondait à une réalité : l’entraînement de modèles de pointe demande des investissements que les subventions et dons traditionnels ne suffisent pas à couvrir.
Le modèle à profits plafonnés est aujourd’hui jugé trop contraignant et trop complexe par OpenAI. L’entreprise explique que cette limite est devenue difficile à appliquer dans un secteur où les acteurs privés, les partenaires technologiques et les financeurs sont nombreux. Le projet annoncé en mai 2025 consiste donc à faire évoluer l’entité commerciale vers une PBC.
| Date | Évolution de la structure d’OpenAI | Objectif affiché |
|---|---|---|
| 2015 | Création d’OpenAI comme organisation nonprofit | Faire avancer une IA bénéfique pour l’humanité |
| 2019 | Mise en place d’une branche commerciale à profits plafonnés | Lever davantage de fonds tout en encadrant le rendement financier |
| 5 mai 2025 | Annonce d’un projet de conversion de la branche commerciale en PBC | Accéder à des capitaux plus importants en préservant la mission d’intérêt général |
Pourquoi OpenAI a besoin de capitaux considérables
Le moteur de cette transformation est financier. Sam Altman évoque des montants qui pourraient représenter des centaines de milliards de dollars, voire des milliers de milliards de dollars, pour répondre à la demande et poursuivre le développement de systèmes d’IA très avancés. Ce ne sont pas des sommes annoncées comme un budget précis, mais un ordre de grandeur avancé pour illustrer l’ampleur des besoins futurs.
Cette inflation des coûts ne vient pas d’un seul poste. Il faut financer la puissance de calcul utilisée pour entraîner les modèles, puis celle requise pour les faire fonctionner à grande échelle. À cela s’ajoutent les données, la recherche, la cybersécurité, l’évaluation des risques et le déploiement de produits utilisés par un public mondial. Plus les modèles gagnent en capacités, plus l’infrastructure nécessaire pour les développer et les exploiter devient stratégique.
Dans cette perspective, un statut de PBC offrirait à OpenAI une forme plus familière pour les investisseurs. La société pourrait lever des fonds dans un cadre proche de celui d’une entreprise classique, sans être définie uniquement par la recherche du profit. L’objectif est d’éviter qu’une mission très ambitieuse soit limitée par un accès insuffisant au financement.
Le pari comporte néanmoins une tension évidente. Les investisseurs qui apportent de très grandes sommes attendent généralement une visibilité sur le fonctionnement de l’entreprise et sur la création de valeur. Or la mission d’OpenAI peut exiger de ralentir un déploiement, de consacrer des ressources à la sécurité ou de privilégier un accès plus large plutôt qu’une rentabilité immédiate. La gouvernance devra précisément permettre d’arbitrer entre ces impératifs.
Qu’est-ce qu’une Public Benefit Corporation ?
Une Public Benefit Corporation est une forme d’entreprise prévue par le droit de certains États américains, notamment le Delaware, où de nombreuses sociétés technologiques sont enregistrées. Elle reste une entreprise commerciale et peut accueillir des investisseurs. Sa particularité est d’inscrire également dans ses statuts une finalité d’intérêt public.
Ses dirigeants ne sont donc pas censés raisonner uniquement en fonction du rendement financier des actionnaires. Ils doivent aussi prendre en compte la mission d’intérêt public de l’entreprise et les intérêts des personnes ou groupes affectés par ses activités. Ce statut ne constitue pas, à lui seul, une garantie automatique de comportement éthique. Il crée toutefois une obligation de gouvernance et un cadre juridique plus explicite que celui d’une société commerciale ordinaire.
Pour OpenAI, la promesse est de relier plus clairement deux dimensions souvent présentées comme opposées : la capacité à investir massivement et l’engagement à développer une technologie au service de l’intérêt général. L’organisation souligne que le nonprofit conserverait le contrôle de la PBC et en deviendrait un actionnaire important.
Cette précision est essentielle. Une PBC n’est pas une association caritative : elle peut être rentable, rémunérer des salariés et accueillir des capitaux. Le rôle annoncé de l’organisation nonprofit est donc le mécanisme censé empêcher la mission originelle d’être dissoute dans la logique financière.
OpenAI : du modèle à profits plafonnés à la Public Benefit Corporation
Structure à profits plafonnés
- Mise en place par OpenAI en 2019 pour financer sa croissance.
- Rendement des investisseurs limité par un plafond défini à l’avance.
- Organisation nonprofit placée au-dessus de la branche commerciale.
- Modèle jugé devenu trop complexe dans un écosystème de l’IA plus vaste.
Public Benefit Corporation envisagée
- Forme commerciale pouvant attirer des capitaux à grande échelle.
- Mission d’intérêt public intégrée à la gouvernance de l’entreprise.
- Organisation nonprofit annoncée comme détentrice du contrôle et actionnaire important.
- Aucune garantie automatique : l’efficacité dépendra des règles de gouvernance concrètes.
Le nonprofit restera-t-il réellement aux commandes ?
Dans son annonce, OpenAI assure que l’organisation nonprofit historique restera en contrôle. Elle doit aussi détenir une participation importante dans la future PBC, dont la valeur sera déterminée avec l’appui de conseillers financiers indépendants. Le modèle envisagé ne correspond donc pas à une privatisation complète d’OpenAI : le nonprofit doit continuer à exercer une influence décisive sur l’entité commerciale.
C’est sur ce point que se concentreront les interrogations. Dire qu’un nonprofit est « en contrôle » ne renseigne pas, à lui seul, sur l’ensemble des règles pratiques : composition des instances de décision, droits de vote, nature des décisions soumises à approbation ou moyens de faire prévaloir la mission en cas de désaccord avec des investisseurs. La valeur de l’engagement dépendra de ces garde-fous concrets.
Sam Altman présente ce maintien du nonprofit comme une continuité, non comme un habillage. Il affirme que cette organisation devra devenir « la plus grande et la plus efficace organisation nonprofit de l’histoire ». L’ambition est de mettre ses ressources au service de projets d’intérêt général, notamment dans la santé, l’éducation et les sciences, en plus de sa fonction de gouvernance.
Une telle promesse est difficile à évaluer avant la mise en œuvre de la nouvelle structure. Elle pose néanmoins une question utile au grand public : comment mesurer l’utilité sociale d’une entreprise d’IA ? Par le nombre de personnes qui accèdent à ses outils, par l’argent consacré à des projets d’intérêt général, par les restrictions appliquées aux usages dangereux, ou par la capacité de ses dirigeants à renoncer à certains revenus lorsque les risques sont trop élevés ? La réponse ne se résumera pas à un statut juridique.
L’IA démocratique, entre accès élargi et responsabilité
Sam Altman défend une vision qu’il décrit comme une « IA démocratique ». L’idée est que les bénéfices des systèmes les plus puissants ne devraient pas être réservés à un petit nombre d’entreprises, d’États ou de détenteurs de capital. OpenAI veut permettre à un maximum de personnes de profiter des capacités de l’IA, avec l’espoir qu’elles servent à résoudre des problèmes dans de nombreux secteurs.
« Nous faisons confiance à l’humanité », déclare le dirigeant. Cette confiance s’accompagne toutefois d’une responsabilité particulière. Mettre des outils plus puissants entre les mains d’un public vaste peut favoriser l’apprentissage, la recherche, la création ou l’accès à des services. Mais cela peut aussi accroître les risques de fraude, de désinformation, d’atteintes à la vie privée ou d’automatisation de comportements malveillants.
L’accès ne signifie donc pas nécessairement l’absence de limites. Pour une entreprise qui ambitionne de développer des systèmes très généraux, la démocratisation implique de définir qui peut utiliser quoi, dans quelles conditions et avec quelles protections. Elle suppose aussi de veiller à ce que les bénéfices ne soient pas captés par les seules organisations disposant des plus grandes capacités de calcul.
OpenAI a par ailleurs indiqué vouloir rendre accessible un modèle à poids ouverts. Cette orientation ne découle pas mécaniquement de la restructuration, mais elle s’inscrit dans le débat plus large sur la diffusion des capacités de l’IA. Un modèle à poids ouverts permet à des tiers d’étudier et d’adapter plus facilement le système, tout en soulevant ses propres questions de sécurité et de contrôle des usages.
La sécurité restera le test principal de la nouvelle structure
OpenAI affirme que la sécurité et l’alignement de l’IA avec les valeurs humaines restent au centre de son projet. L’alignement désigne l’ensemble des méthodes visant à faire en sorte qu’un système se comporte conformément aux objectifs, règles et limites définis par les humains. Il ne s’agit pas d’un problème définitivement résolu : plus les systèmes deviennent capables, plus il est nécessaire de tester leurs comportements inattendus.
L’entreprise cite notamment le recours à de nouvelles méthodes de red teaming. Cette pratique consiste à demander à des spécialistes de chercher activement les failles d’un système, ses usages abusifs possibles ou ses réponses dangereuses. Au lieu de se contenter de vérifier qu’un outil fonctionne dans des conditions idéales, les équipes tentent de le pousser dans ses retranchements.
Le red teaming ne peut pas garantir qu’aucun risque n’apparaîtra après le lancement d’un modèle. Il permet en revanche d’identifier des problèmes avant une diffusion plus large et de concevoir des protections adaptées. Dans le cadre de la future PBC, la question sera de savoir si les impératifs de sécurité disposent d’un poids réel face à la pression de livrer rapidement des produits et de rentabiliser les infrastructures.
Ce qu’il faut surveiller
Au 7 mai 2025, la conversion en PBC est un projet annoncé, pas une restructuration déjà achevée. Les prochains éléments importants seront les modalités précises de la nouvelle gouvernance, la participation attribuée au nonprofit et les mécanismes qui lui permettront de préserver la mission d’intérêt général.
Il faudra également observer la manière dont OpenAI traduit son objectif d’IA démocratique dans ses produits. L’accès élargi à des outils performants peut prendre plusieurs formes : services grand public, outils professionnels, programmes destinés à l’éducation ou à la recherche, ou encore diffusion de modèles à poids ouverts. Chacune implique des compromis différents entre accessibilité, coût, contrôle et sécurité.
Enfin, cette réorganisation sera suivie bien au-delà d’OpenAI. Elle illustre un défi auquel sont confrontés de nombreux laboratoires d’IA : les technologies susceptibles d’avoir un impact considérable sur l’économie et la société exigent aussi des ressources industrielles gigantesques. La question n’est donc pas seulement de savoir qui finance l’IA, mais quelles règles permettent de s’assurer que les décisions prises au nom de cette technologie restent compatibles avec l’intérêt collectif.
Questions fréquentes
Pourquoi OpenAI veut-il changer de structure en 2025 ?
OpenAI explique avoir besoin de financements beaucoup plus importants pour développer et exploiter des systèmes d’IA de pointe. Sam Altman évoque des besoins pouvant se chiffrer en centaines de milliards, voire en milliers de milliards de dollars. La PBC doit faciliter la levée de capitaux tout en conservant une mission d’intérêt public.
OpenAI va-t-il cesser d’être une organisation nonprofit ?
Non, selon le projet présenté le 5 mai 2025. La branche commerciale d’OpenAI doit devenir une Public Benefit Corporation, mais l’organisation nonprofit historique doit rester en contrôle de cette entité et en détenir une participation importante. Les modalités détaillées de ce contrôle seront déterminantes pour évaluer la réforme.
Qu’est-ce qu’une Public Benefit Corporation ou PBC ?
Une Public Benefit Corporation est une entreprise commerciale qui inscrit aussi une finalité d’intérêt public dans sa gouvernance. Elle peut rechercher des bénéfices et accueillir des investisseurs, mais ses dirigeants doivent tenir compte de sa mission publique et des personnes affectées par son activité, pas seulement de l’intérêt financier des actionnaires.
La restructuration d’OpenAI va-t-elle modifier ChatGPT pour les utilisateurs ?
L’annonce porte d’abord sur la structure financière et juridique d’OpenAI, pas sur une modification immédiate de ChatGPT. À terme, les nouveaux financements pourraient soutenir davantage de capacité de calcul et de nouveaux produits. Mais les effets concrets pour les utilisateurs dépendront des futurs choix de prix, d’accès, de sécurité et de déploiement.
Comment OpenAI compte-t-il préserver la sécurité de l’IA après sa restructuration ?
OpenAI affirme que la sécurité et l’alignement avec les valeurs humaines restent prioritaires. L’entreprise mentionne notamment le red teaming, une méthode qui consiste à faire rechercher activement les failles et usages dangereux d’un système. Le point clé sera de vérifier que ces exigences gardent un poids réel dans la future gouvernance commerciale.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- OpenAI, annonce sur l’évolution de la structure de l’organisation, 5 mai 2025openai.com/index/evolving-our-structure
- OpenAI, charte de l’organisation et mission relative à l’AGIopenai.com/charter
- Delaware Code, dispositions relatives aux Public Benefit Corporationsdelcode.delaware.gov/title8/c001/sc15/index.html



