Modèles et LLM

Qwen 2.5-Max : Alibaba revendique l’avantage sur DeepSeek V3

Alibaba place son nouveau modèle Qwen 2.5-Max devant DeepSeek V3 dans plusieurs évaluations de référence, dont Arena-Hard, LiveBench et GPQA-Diamond. Préentraîné sur plus de 20 000 milliards de tokens, ce modèle de type Mixture-of-Experts vise à conjuguer raisonnement, code et facilité d’intégration pour les développeurs.

Deux professionnels comparent les réponses de modèles de langage sur du code et des questions complexes.
Illustration : Actu.ai

Les grands modèles de langage ne se distinguent plus seulement par leur taille ou leur capacité à rédiger un texte fluide. En janvier 2025, la compétition se joue aussi sur le raisonnement, la programmation, la qualité des réponses face à des questions difficiles et l’aptitude à répondre aux préférences humaines. C’est sur ce terrain qu’Alibaba avance ses pions avec Qwen 2.5-Max, dont le groupe revendique de meilleurs résultats que DeepSeek V3 dans plusieurs benchmarks de référence.

L’annonce mérite attention pour deux raisons. D’une part, elle illustre la montée en puissance rapide des acteurs chinois dans les modèles généralistes. D’autre part, elle rappelle qu’un classement ne constitue pas, à lui seul, un verdict définitif : chaque benchmark observe une facette précise des capacités d’une IA. Comprendre ce que mesurent ces tests est donc aussi important que regarder qui arrive en tête.

Ce qu’Alibaba annonce face à DeepSeek V3

Alibaba affirme que Qwen 2.5-Max surpasse DeepSeek V3 dans plusieurs évaluations importantes : Arena-Hard, LiveBench et GPQA-Diamond figurent notamment parmi celles citées. Le groupe indique également avoir comparé son modèle à d’autres systèmes majeurs, dont GPT-4o et Claude 3.5 Sonnet, avec un avantage revendiqué dans la plupart des tâches retenues.

Cette formulation appelle une distinction essentielle. Les résultats publiés par l’éditeur renseignent sur les performances du modèle dans un protocole donné, avec les réglages et les versions qu’il a choisis. Ils constituent un signal utile pour suivre les progrès techniques, mais ne permettent pas d’affirmer qu’un modèle est universellement supérieur à tous les autres, dans toutes les langues, pour tous les métiers et toutes les contraintes de coût ou de rapidité.

Dans le cas présent, la comparaison met en avant trois familles de compétences : la qualité perçue des réponses conversationnelles, le raisonnement sur des questions exigeantes et les capacités de programmation. Ce sont précisément des domaines devenus centraux pour les assistants IA utilisés au quotidien comme pour les outils intégrés dans les logiciels professionnels.

Évaluation citéeCe qu’elle cherche à évaluerCe que cela peut indiquer
Arena-HardLa préférence pour des réponses à des requêtes particulièrement difficilesLa pertinence, la clarté et l’alignement avec ce qu’attend un utilisateur
LiveBenchDes compétences générales sur des jeux de questions régulièrement renouvelésLa capacité à répondre à des problèmes variés et récents
GPQA-DiamondDes questions scientifiques complexes, conçues pour être difficiles même pour des spécialistesLe raisonnement et la robustesse sur des questions de haut niveau
LiveCodeBenchLa résolution de tâches de programmation sur des problèmes actualisésL’aptitude à générer, comprendre et corriger du code
MMLU-ProDes problèmes couvrant de nombreuses disciplines, à un niveau avancéLa largeur des connaissances et la résolution de questions structurées

Qwen 2.5-Max, un modèle Mixture-of-Experts

Qwen 2.5-Max appartient à la famille des modèles dits Mixture-of-Experts, souvent abrégée en MoE. Le principe consiste à répartir le travail entre plusieurs sous-réseaux spécialisés, appelés experts. Pour chaque partie d’une requête, un mécanisme sélectionne les experts jugés les plus pertinents, au lieu de mobiliser l’intégralité du modèle à chaque calcul.

Cette approche ne signifie pas qu’un modèle répond avec une collection de petites IA indépendantes. Il s’agit d’une architecture unique, organisée pour activer sélectivement une partie de ses paramètres. Son intérêt potentiel est d’augmenter les capacités du système tout en évitant que chaque réponse ne réclame le coût de calcul maximal. C’est une voie empruntée par plusieurs modèles de premier plan, particulièrement lorsque les éditeurs cherchent à concilier puissance et déploiement à grande échelle.

Alibaba indique que Qwen 2.5-Max a été préentraîné sur plus de 20 000 milliards de tokens. Un token est une unité de texte traitée par le modèle. Selon la langue et le mot rencontré, il peut correspondre à un mot entier, une partie de mot, un signe de ponctuation ou un fragment de code. Ce volume donne une indication de l’ampleur des données textuelles et techniques parcourues pendant l’entraînement, sans révéler à lui seul leur qualité, leur diversité ni leur origine.

Le groupe met aussi en avant deux étapes de post-entraînement : le Supervised Fine-Tuning, ou SFT, et le Reinforcement Learning from Human Feedback, ou RLHF.

  • Le SFT consiste à entraîner le modèle sur des exemples de réponses attendues. Il l’aide à adopter un format utile, à suivre des consignes et à mieux organiser ses explications.
  • Le RLHF s’appuie sur des retours et préférences humaines afin d’orienter le comportement du modèle vers des réponses généralement jugées plus pertinentes, plus sûres ou plus agréables à lire.

Ces étapes sont déterminantes pour l’expérience utilisateur. Un modèle peut posséder de vastes connaissances, tout en restant peu pratique s’il interprète mal les demandes, répond de manière confuse ou refuse de façon incohérente. Les scores d’Arena-Hard, qui s’intéressent aux préférences sur des réponses complexes, sont particulièrement liés à cette dimension.

Pourquoi les benchmarks sont devenus décisifs

Les benchmarks sont des batteries de tests standardisées. Ils permettent de comparer plusieurs modèles sur des tâches similaires, plutôt que de se fier uniquement à des démonstrations choisies par les entreprises. Pour les développeurs, les chercheurs et les entreprises, ils constituent un premier filtre utile lorsqu’il faut sélectionner un modèle pour un assistant, un outil d’analyse documentaire ou une fonction de génération de code.

Mais les tests ont leurs angles morts. Un modèle peut très bien réussir un questionnaire académique et être moins convaincant dans une conversation longue avec des documents propres à une entreprise. À l’inverse, un système apprécié dans une arène conversationnelle peut être moins adapté à un usage où chaque réponse doit suivre des règles rigides, être traçable ou produire du code exécutable sans modification.

La question de la contamination des données complique aussi l’exercice. Si les questions d’un benchmark ont circulé dans les données d’entraînement, un modèle pourrait obtenir un excellent score en ayant retrouvé des schémas déjà vus, plutôt qu’en raisonnant réellement sur un problème inédit. Des évaluations comme LiveBench et LiveCodeBench cherchent justement à limiter ce risque en renouvelant leurs épreuves.

Enfin, les résultats dépendent de paramètres rarement neutres : formulation de l’invite, outils éventuellement autorisés, longueur maximale de la réponse, température qui règle le degré de variation, ou encore version précise du modèle. Deux utilisateurs peuvent donc obtenir des expériences différentes avec une même technologie.

Qwen 2.5-Max : ce que les résultats indiquent, et ce qu’ils ne prouvent pas

Les signaux favorables à Qwen

  • Alibaba revendique un avantage sur DeepSeek V3 dans Arena-Hard, LiveBench et GPQA-Diamond.
  • Le modèle est préentraîné sur plus de 20 000 milliards de tokens.
  • L’architecture Mixture-of-Experts vise à combiner capacité élevée et calcul sélectif.
  • Qwen Chat et l’API Alibaba Cloud facilitent l’essai et l’intégration du modèle.

Les questions qui demeurent

  • Les scores publiés ne suffisent pas à classer un modèle pour tous les usages réels.
  • Les benchmarks n’évaluent pas directement le coût, la latence ou le traitement des données.
  • La qualité en français et sur des documents métier doit être testée dans chaque contexte.
  • Un résultat élevé en code ou en science ne remplace pas la vérification humaine.

Ce que les résultats ne permettent pas encore de trancher

La communication d’Alibaba donne une photographie favorable de Qwen 2.5-Max, mais elle ne répond pas à toutes les questions pratiques. Les benchmarks mentionnés ne disent pas directement quel modèle est le plus économique à utiliser, le plus rapide à répondre, le plus fiable en français ou le mieux adapté à un secteur réglementé. Ils ne mesurent pas non plus, à eux seuls, la qualité du support technique, la stabilité d’une API ou les garanties de traitement des données.

La performance sur le code mérite également d’être interprétée avec prudence. LiveCodeBench est un indicateur précieux pour évaluer une aptitude à résoudre des problèmes de programmation. Pourtant, développer une application réelle demande aussi de comprendre une base de code existante, de respecter des contraintes de sécurité, d’écrire des tests, de documenter les choix et de corriger les erreurs après exécution. Un score élevé ne dispense jamais d’une revue humaine du code généré.

De même, de bonnes réponses à GPQA-Diamond peuvent signaler une capacité de raisonnement scientifique solide, mais elles ne transforment pas un agent conversationnel en expert infaillible. Les grands modèles de langage peuvent produire une réponse plausible mais erronée, citer des éléments inventés ou échouer sur une nuance décisive. Dans la recherche, la santé, le droit ou la finance, toute sortie doit donc être vérifiée avec des sources et des professionnels compétents.

Qwen Chat et l’API : à qui s’adresse le modèle ?

Alibaba propose Qwen 2.5-Max dans Qwen Chat, une interface permettant d’échanger directement avec le modèle. Cet accès vise les personnes qui souhaitent tester ses réponses sur des recherches, des consignes longues ou des formats de requêtes plus complexes, sans avoir à développer une application.

Pour les équipes techniques, le modèle est également disponible via l’API d’Alibaba Cloud. Une API est une interface qui permet à un logiciel d’appeler les capacités d’un modèle depuis un site, une application mobile, un outil interne ou un service automatisé. L’objectif n’est plus seulement de discuter avec une IA dans une fenêtre de chat : il s’agit de l’intégrer à un parcours utilisateur ou à un flux de travail.

Alibaba met en avant une compatibilité avec l’écosystème OpenAI. Dans la pratique, cela signifie que des développeurs habitués à certaines conventions d’intégration largement répandues peuvent réduire l’effort nécessaire pour expérimenter avec Qwen 2.5-Max. Cette compatibilité est stratégique : la qualité du modèle compte, mais la simplicité de l’adoption pèse tout autant lorsqu’une entreprise doit évaluer plusieurs fournisseurs.

Avant un déploiement, les organisations devront néanmoins examiner plusieurs éléments concrets : les conditions tarifaires, la localisation et la gouvernance des données, les limites d’utilisation, les modalités de sécurité ainsi que les performances du modèle sur leurs propres documents et leurs propres langues de travail.

Une rivalité qui dépasse un simple classement

Le duel mis en avant entre Qwen 2.5-Max et DeepSeek V3 est représentatif d’une accélération plus large. Les laboratoires et grandes entreprises ne cherchent plus uniquement à entraîner des modèles plus grands. Ils améliorent les données, les méthodes de post-entraînement, les architectures comme les Mixture-of-Experts et les outils qui rendent les modèles réellement exploitables.

Pour Alibaba, les résultats annoncés servent donc deux objectifs. Ils renforcent la visibilité de la gamme Qwen auprès des utilisateurs de modèles de pointe, tout en soutenant l’attractivité de son offre cloud auprès des développeurs. Pour le public, cette rivalité peut se traduire par davantage de choix, mais aussi par une multiplication de promesses difficiles à comparer sans méthode.

L’enjeu de fond concerne le raisonnement. Les éditeurs veulent des modèles capables non seulement de poursuivre une phrase de manière convaincante, mais aussi de décomposer un problème, d’utiliser correctement des contraintes, de produire une réponse vérifiable et de reconnaître plus souvent leurs limites. Les techniques de post-entraînement citées par Alibaba sont au cœur de cette ambition.

Ce qu’il faut surveiller

À la date du 31 janvier 2025, Qwen 2.5-Max s’impose comme un concurrent sérieux dans la course aux modèles généralistes, au regard des performances revendiquées par Alibaba. La prochaine étape ne se jouera pas seulement sur de nouveaux tableaux de scores.

Il faudra observer si les progrès annoncés se confirment dans des évaluations indépendantes et reproductibles, sur des cas d’usage variés et dans plusieurs langues. La qualité réelle des réponses longues, la fiabilité de la génération de code, la résistance aux erreurs factuelles et le coût d’exploitation seront tout aussi décisifs.

Pour les développeurs comme pour les entreprises, la leçon est simple : Qwen 2.5-Max mérite d’être testé, notamment lorsque le raisonnement, les requêtes complexes ou le code sont centraux. Mais le bon choix ne découle pas d’un unique benchmark. Il repose sur une évaluation concrète, menée avec les contraintes, les données et les objectifs propres à chaque projet.

Questions fréquentes

Qwen 2.5-Max est-il meilleur que DeepSeek V3 ?

Alibaba affirme que Qwen 2.5-Max dépasse DeepSeek V3 dans plusieurs benchmarks, notamment Arena-Hard, LiveBench et GPQA-Diamond. Cela constitue un indicateur favorable, mais pas une preuve de supériorité universelle. Le meilleur choix dépend aussi de la langue, du type de tâches, du prix, de la rapidité et des contraintes de chaque projet.

Qu’est-ce qu’un modèle Mixture-of-Experts comme Qwen 2.5-Max ?

Un modèle Mixture-of-Experts, ou MoE, contient plusieurs sous-réseaux spécialisés. À chaque étape d’une requête, un mécanisme sélectionne les experts les plus utiles au lieu d’activer toute l’architecture. Cette organisation peut permettre d’augmenter les capacités du modèle tout en maîtrisant la quantité de calcul nécessaire pour générer une réponse.

Que mesurent Arena-Hard, LiveBench et GPQA-Diamond ?

Arena-Hard s’intéresse à la préférence pour des réponses à des demandes difficiles. LiveBench évalue diverses compétences sur des épreuves renouvelées. GPQA-Diamond rassemble des questions scientifiques particulièrement exigeantes. Ensemble, ces tests éclairent la conversation, les connaissances et le raisonnement, mais ils ne mesurent pas tous les critères utiles dans un environnement professionnel réel.

Comment utiliser Qwen 2.5-Max ?

Qwen 2.5-Max est proposé dans Qwen Chat pour une utilisation directe en conversation. Les développeurs peuvent aussi y accéder par l’API d’Alibaba Cloud afin de l’intégrer à une application ou à un outil interne. Alibaba met en avant une compatibilité avec les conventions de l’écosystème OpenAI, susceptible de simplifier les expérimentations techniques.

Pourquoi faut-il vérifier les réponses d’un grand modèle de langage ?

Même un modèle performant dans les benchmarks peut se tromper, omettre une condition importante ou formuler une information inexacte de façon très convaincante. Les résultats de test ne garantissent pas l’absence d’erreurs factuelles. Pour le code, la science, le droit, la santé ou toute décision sensible, une vérification humaine et documentaire reste indispensable.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Alibaba Cloud, plateforme et documentation autour des modèles Qwenwww.alibabacloud.com