Robotique et matériel

Qualcomm prépare des CPU de serveurs compatibles avec les GPU Nvidia pour l’IA

Qualcomm veut revenir dans les centres de données avec des processeurs sur mesure capables de communiquer rapidement avec les GPU Nvidia. L’annonce, faite le 19 mai 2025, place le spécialiste des puces mobiles face à Intel et AMD, sur un marché remodelé par les besoins de l’intelligence artificielle.

Technicien devant un serveur associant processeur central et accélérateurs d’IA dans un centre de données
Illustration : Actu.ai

Les centres de données qui font tourner les services d’intelligence artificielle ne reposent pas uniquement sur les très convoités GPU. Ils ont aussi besoin de processeurs centraux capables d’alimenter, d’orchestrer et de relier efficacement ces accélérateurs. C’est sur ce maillon stratégique que Qualcomm entend se repositionner : le fabricant américain prépare des CPU de serveurs sur mesure compatibles avec la technologie d’interconnexion de Nvidia.

Annoncée le 19 mai 2025, cette orientation remet Qualcomm dans une compétition qu’il avait délaissée après des tentatives dans les années 2010. L’enjeu dépasse la simple sortie d’une nouvelle puce. En se rapprochant de l’écosystème de Nvidia, dont les GPU dominent les infrastructures d’IA, Qualcomm cherche à rendre ses futurs processeurs pertinents pour les opérateurs de très grands centres de données et les entreprises qui conçoivent leurs propres serveurs.

Ce que Qualcomm a annoncé pour les centres de données

Qualcomm travaille sur des processeurs centraux personnalisés, aussi appelés CPU, destinés aux centres de données. Ces composants doivent pouvoir s’intégrer étroitement aux GPU Nvidia grâce à une technologie de communication à haute vitesse proposée par Nvidia, connue sous le nom de NVLink Fusion.

L’idée est de permettre à un CPU conçu par Qualcomm et à des accélérateurs Nvidia de fonctionner dans une même infrastructure avec des échanges de données plus directs et plus rapides que dans une configuration moins intégrée. Pour les charges de travail d’intelligence artificielle, ce lien compte autant que la puissance brute des puces : déplacer d’énormes volumes de données entre le processeur, la mémoire et les GPU peut devenir un point de ralentissement.

L’annonce ne signifie pas que Qualcomm fabriquera des GPU Nvidia, ni que Nvidia concevra le CPU de Qualcomm. Chacun conserve son rôle. Qualcomm veut fournir le processeur central du serveur, tandis que Nvidia apporte ses GPU et sa technologie d’interconnexion. Il s’agit donc d’une compatibilité technique pensée pour les architectures de calcul d’IA.

ÉlémentCe qui est annoncé au 19 mai 2025Ce qui reste inconnu
Produit de QualcommDes CPU personnalisés pour centres de donnéesLeur nom commercial et leur architecture détaillée
Intégration avec NvidiaUne compatibilité avec la technologie NVLink FusionLes configurations précises de serveurs concernées
Clients potentielsDes discussions avec Meta et un protocole d’accord avec HumainLes volumes, prix et contrats commerciaux définitifs
DisponibilitéUn projet de développement engagéToute date de lancement ou de livraison

Pourquoi le lien entre CPU et GPU est décisif pour l’IA

Dans un serveur traditionnel, le CPU assure une grande variété de tâches : exécution du système d’exploitation, gestion des réseaux, organisation des données, coordination des applications et contrôle des autres composants. Un GPU, lui, est particulièrement adapté aux calculs massivement parallèles. Cette spécialisation l’a rendu central pour l’entraînement et l’utilisation des grands modèles d’intelligence artificielle.

Mais un GPU ne travaille pas isolément. Pour alimenter des modèles d’IA, le serveur doit continuellement préparer des données, répartir les opérations et transférer les résultats. Quand les calculs sont distribués sur de nombreux GPU, les communications entre puces prennent encore plus d’importance. Une interconnexion adaptée cherche à limiter les temps d’attente et à rendre l’ensemble plus cohérent.

Nvidia a fait de cette couche technique un élément important de son offre. La société ne fournit pas seulement des GPU, elle développe aussi les moyens de les connecter entre eux et avec les autres composants d’un serveur. Avec NVLink Fusion, elle ouvre cette interconnexion à des acteurs qui souhaitent proposer leur propre processeur ou leur propre puce spécialisée tout en restant reliés à l’écosystème Nvidia.

Pour Qualcomm, c’est une façon de ne pas arriver seul sur un marché dominé par des architectures déjà éprouvées. La promesse est de proposer un CPU conçu selon les besoins d’un client, sans obliger celui-ci à renoncer aux GPU Nvidia utilisés pour ses travaux d’IA.

CPU et GPU : deux rôles complémentaires dans un serveur d’IA

CPU personnalisé de Qualcomm

  • Il exécute le système, organise les données et coordonne les opérations du serveur.
  • Il est envisagé pour des centres de données et pourrait être adapté aux besoins d’un client.
  • Il doit communiquer avec les GPU Nvidia via la technologie d’interconnexion annoncée.
  • Ses performances, sa consommation et sa date de disponibilité ne sont pas encore publiques.

GPU et interconnexion de Nvidia

  • Le GPU accélère les calculs massivement parallèles utilisés par l’intelligence artificielle.
  • Nvidia domine le marché des GPU employés dans les infrastructures d’IA.
  • NVLink Fusion vise à relier ses GPU à des CPU ou puces personnalisés compatibles.
  • Cette technologie ne remplace pas le CPU, elle organise leurs échanges au sein du système.

Un retour après les tentatives des années 2010

Qualcomm n’est pas un nouvel entrant absolu dans les processeurs de serveurs. L’entreprise avait déjà exploré ce secteur au début des années 2010 avec des puces fondées sur l’architecture Arm. Cette architecture, largement employée dans les smartphones, peut aussi être utilisée dans des serveurs. Elle se distingue de l’architecture x86, historiquement dominante dans les centres de données et portée notamment par Intel et AMD.

Ces premiers efforts n’avaient toutefois pas abouti durablement. Qualcomm avait mis fin à ses projets de processeurs pour centres de données, dans un contexte de contraintes financières et de défis juridiques. Sortir une puce de serveur ne suffit pas : il faut aussi convaincre les exploitants de centres de données, assurer la compatibilité avec les systèmes et logiciels utilisés, disposer d’outils de développement robustes et garantir une disponibilité durable.

Le rachat, en 2021, d’une équipe de concepteurs de puces issus d’Apple a redonné de l’élan à cette ambition. Cette opération a permis à Qualcomm de renforcer son savoir-faire dans les CPU haute performance. Elle s’inscrivait déjà dans une stratégie plus large de diversification au-delà des modems et processeurs destinés aux téléphones mobiles.

Le contexte de 2025 est aussi très différent de celui des années 2010. À l’époque, le marché des serveurs était surtout structuré autour de l’informatique classique et du cloud. Désormais, les capacités de calcul nécessaires à l’IA générative et à l’analyse de données poussent les entreprises à repenser l’intégralité de leurs infrastructures, du processeur à l’alimentation électrique.

Meta et Humain, des pistes pour des puces sur mesure

Qualcomm ne vise pas nécessairement un produit identique pour tous les clients. L’entreprise a engagé des discussions avec Meta Platforms au sujet de processeurs adaptés à ses centres de données. Meta fait partie des groupes technologiques qui exploitent des infrastructures informatiques considérables, notamment pour ses plateformes en ligne et ses projets d’intelligence artificielle.

Aucune annonce de contrat définitif avec Meta n’a été communiquée. Ces discussions montrent néanmoins l’intérêt de Qualcomm pour un modèle de développement sur mesure. Pour les géants du cloud et les grandes entreprises technologiques, une puce personnalisée peut permettre d’adapter plus finement le matériel à certains usages, aux logiciels maison et aux contraintes énergétiques de leurs installations.

Qualcomm a également signé un protocole d’accord avec Humain, une entreprise saoudienne spécialisée dans l’intelligence artificielle, afin de développer un processeur personnalisé. Un tel accord établit une intention de collaboration, mais ne vaut pas encore lancement commercial ni commande ferme. Les caractéristiques du processeur envisagé, son calendrier et les conditions de production n’ont pas été détaillés.

Un marché où Intel et AMD restent des concurrents majeurs

Le retour de Qualcomm se produit dans un marché très concurrentiel. Intel et AMD sont les deux grands acteurs historiques des CPU pour serveurs. Leurs processeurs sont présents dans une très grande partie des infrastructures existantes et bénéficient d’un écosystème logiciel mûr, d’une longue expérience industrielle et de relations installées avec les fabricants de serveurs.

Qualcomm ne peut donc pas se contenter d’afficher une compatibilité avec les GPU Nvidia. Pour convaincre, ses futurs processeurs devront répondre à plusieurs attentes concrètes : performances, consommation électrique, fiabilité, outils logiciels, disponibilité en volume et coût global de fonctionnement. Dans un centre de données, une amélioration énergétique peut avoir autant de poids qu’un gain de vitesse, car elle affecte à la fois la facture électrique et les besoins de refroidissement.

L’intégration avec Nvidia peut toutefois constituer un argument important. Les exploitants qui ont déjà construit leurs infrastructures d’IA autour des GPU Nvidia peuvent être intéressés par un CPU conçu pour fonctionner étroitement avec cette base. Le développement de plateformes associant plusieurs spécialistes est une tendance forte du secteur : plutôt qu’un seul fournisseur pour tous les composants, les clients cherchent des combinaisons adaptées à leurs besoins.

Cette évolution renforce aussi la position de Nvidia comme acteur d’infrastructure. En rendant son interconnexion accessible à des CPU conçus par d’autres entreprises, Nvidia peut étendre son écosystème au-delà de ses propres produits, tout en préservant le rôle central de ses GPU dans les systèmes d’IA.

Ce que l’annonce ne permet pas encore de conclure

Au 19 mai 2025, Qualcomm n’a annoncé ni modèle précis, ni date de disponibilité, ni niveau de performance de ses futurs CPU. Il n’est donc pas possible de les comparer techniquement aux processeurs proposés par Intel ou AMD. Il serait également prématuré d’en déduire une baisse de coût, un gain d’efficacité énergétique mesuré ou une adoption assurée par les grands opérateurs de cloud.

La notion de processeur personnalisé implique par ailleurs que plusieurs versions pourraient exister selon les besoins des clients. Un CPU destiné à un très grand réseau social, à une entreprise d’IA ou à un opérateur de cloud ne répond pas forcément aux mêmes contraintes. Cette stratégie peut créer des opportunités, mais elle suppose également de maîtriser des cycles de conception longs et des volumes de production parfois spécifiques.

Le projet illustre néanmoins une réalité importante : dans l’IA, le CPU redevient un enjeu stratégique. Même si les GPU concentrent l’attention, les performances globales d’un centre de données dépendent de la façon dont tous les composants travaillent ensemble. La compétition ne se joue plus seulement sur une puce isolée, mais sur l’architecture complète du système.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

Les prochaines annonces de Qualcomm devront préciser la nature de ses processeurs, les clients effectivement engagés et leur calendrier de déploiement. La confirmation d’un partenariat commercial avec Meta, ou la concrétisation du projet avec Humain, donnerait une indication plus nette de la capacité de Qualcomm à transformer son ambition en activité industrielle.

Il faudra aussi observer la réponse d’Intel et d’AMD, qui disposent déjà de gammes de CPU pour serveurs et développent leurs propres stratégies autour de l’IA. Enfin, l’adoption de NVLink Fusion par d’autres concepteurs de puces dira si l’ouverture de l’interconnexion de Nvidia devient un nouveau standard de fait pour les infrastructures de calcul à haute performance.

Pour Qualcomm, le défi est clair : passer d’une expertise reconnue dans les puces basse consommation et les appareils mobiles à une présence crédible dans les salles informatiques les plus exigeantes du monde. L’annonce du 19 mai 2025 constitue une étape stratégique, mais le succès dépendra désormais de produits concrets, de clients confirmés et de leur capacité à fonctionner à grande échelle.

Questions fréquentes

Que prépare Qualcomm avec Nvidia pour les centres de données ?

Qualcomm développe des processeurs centraux personnalisés pour serveurs. Ces CPU doivent être compatibles avec la technologie NVLink Fusion de Nvidia afin de communiquer rapidement avec les GPU de l’entreprise. Qualcomm ne fabrique pas les GPU Nvidia : le projet porte sur l’intégration de deux catégories de puces complémentaires dans des systèmes d’IA.

Quand les processeurs Qualcomm pour serveurs seront-ils disponibles ?

Au 19 mai 2025, Qualcomm n’a communiqué aucune date de commercialisation ou de livraison. L’entreprise n’a pas non plus détaillé le nom, les performances ou les caractéristiques techniques de ses futurs processeurs. Il est donc impossible de savoir quand les premiers serveurs équipés de ces CPU pourront être déployés.

Pourquoi un CPU est-il utile avec les GPU Nvidia pour l’intelligence artificielle ?

Les GPU réalisent très efficacement les calculs parallèles nécessaires aux modèles d’IA, mais ils doivent être alimentés en données et coordonnés par le reste du serveur. Le CPU gère notamment le système, les applications et les transferts de données. Une liaison rapide entre CPU et GPU peut réduire les attentes et améliorer l’efficacité de l’ensemble.

Qualcomm avait-il déjà fabriqué des processeurs pour centres de données ?

Qualcomm avait lancé des efforts dans les années 2010 autour de processeurs de serveurs basés sur l’architecture Arm, avant d’abandonner ces projets. L’entreprise revient aujourd’hui sur ce marché après avoir renforcé ses compétences en CPU, notamment grâce à l’acquisition en 2021 d’une équipe de concepteurs de puces issus d’Apple.

Meta et Humain utiliseront-ils les futurs CPU de Qualcomm ?

Qualcomm a engagé des discussions avec Meta Platforms sur des processeurs pour centres de données, sans annoncer de contrat définitif. L’entreprise a aussi signé un protocole d’accord avec la société saoudienne d’IA Humain pour développer un processeur sur mesure. Ces étapes montrent un intérêt industriel, mais ne confirment pas encore un déploiement commercial.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Nvidia, actualités et annonces sur les infrastructures d’IA et NVLinknvidianews.nvidia.com
  2. Qualcomm, communiqués et actualités de l’entreprisewww.qualcomm.com/news/releases
  3. Reuters, rubrique technologiewww.reuters.com/technology