CoreWeave peut-il dépasser Palantir d’ici 2030 dans la course boursière de l’IA ?
Palantir profite de l’engouement pour ses logiciels d’IA, mais CoreWeave mise sur le socle matériel indispensable à cette révolution : la capacité de calcul. À la date du 22 juin 2025, les prévisions de revenus favorisent déjà CoreWeave. Reste à savoir si cette croissance pourra justifier un rattrapage boursier durable face à Palantir.

À première vue, Palantir et CoreWeave appartiennent à la même grande vague boursière de l’intelligence artificielle. Pourtant, elles ne vendent pas la même chose et ne captent pas la valeur au même endroit. Palantir commercialise des logiciels qui aident des organisations à exploiter leurs données. CoreWeave fournit la puissance informatique sur laquelle les modèles d’IA sont entraînés et utilisés. Cette différence est décisive pour comprendre pourquoi certains investisseurs voient dans CoreWeave un possible rival boursier de Palantir à l’horizon 2030.
À la date du 22 juin 2025, l’écart de taille reste considérable. Palantir vaut alors 326 milliards de dollars en Bourse, soit près de quatre fois la valorisation de CoreWeave. Mais l’intérêt de cette comparaison ne réside pas seulement dans l’écart actuel : il tient au rythme de croissance attendu dans une industrie où le besoin de calcul, d’électricité et de centres de données augmente avec le déploiement de l’IA générative.
Parler d’un titre qui « dépasse » un autre ne doit toutefois pas être confondu avec une certitude. Il s’agit d’une hypothèse de marché fondée sur des prévisions de chiffre d’affaires, de bénéfices et de valorisation. Or, ces trois éléments peuvent évoluer très vite.
Palantir et CoreWeave ne jouent pas le même rôle dans l’IA
Palantir Technologies s’est imposé auprès des administrations, du secteur de la défense et des grandes entreprises avec des plateformes logicielles destinées à organiser, relier et analyser de vastes ensembles de données. Sa plateforme d’intelligence artificielle, AIP, vise à permettre aux clients de connecter leurs données à des modèles d’IA, puis de simuler des scénarios ou d’assister la prise de décision à partir d’informations actualisées.
Dans ce modèle, la valeur vient en grande partie du logiciel, de l’intégration des données du client et de la capacité à déployer l’outil dans des environnements complexes. Une entreprise qui adopte profondément une plateforme de données peut difficilement en changer du jour au lendemain. Cette relation de long terme est un atout important pour Palantir.
CoreWeave se situe un étage plus bas dans la chaîne technologique. L’entreprise fournit une infrastructure cloud spécialisée, c’est-à-dire qu’elle met à disposition des capacités de calcul à la demande. Son offre repose notamment sur des GPU Nvidia, des processeurs graphiques devenus centraux pour l’intelligence artificielle moderne.
Contrairement à un processeur classique, très à l’aise pour exécuter une suite d’instructions les unes après les autres, un GPU peut effectuer de nombreux calculs similaires en parallèle. Cette propriété est particulièrement utile pour les réseaux de neurones : lors de l’entraînement d’un modèle ou de la génération d’une réponse, il faut manipuler d’immenses tableaux de nombres et répéter un très grand nombre d’opérations.
CoreWeave ne fabrique donc pas ces puces. Son métier consiste à acquérir, installer et exploiter les infrastructures nécessaires pour les rendre accessibles à ses clients par le cloud. Cela comprend les serveurs, les réseaux, le stockage, les logiciels d’orchestration, le refroidissement et l’alimentation électrique des centres de données.
Pourquoi les GPU et les centres de données sont devenus un enjeu économique majeur
L’essor des assistants conversationnels, de la génération d’images, des logiciels de programmation assistée et des outils d’analyse prédictive a remis l’infrastructure au centre de l’économie de l’IA. Avant qu’un modèle puisse répondre à un utilisateur, il faut l’entraîner sur une quantité massive de données, puis le faire fonctionner, opération que l’on appelle l’inférence.
Ces deux étapes nécessitent des ressources matérielles importantes. Elles expliquent les investissements massifs des entreprises technologiques dans les centres de données et les accélérateurs de calcul. Pour un fournisseur comme CoreWeave, cette situation crée une opportunité : si les entreprises ne souhaitent pas acheter elles-mêmes tous les équipements nécessaires, elles peuvent en louer l’usage.
Le cabinet McKinsey & Company estime que les dépenses mondiales consacrées aux centres de données pourraient atteindre 6 700 milliards de dollars d’ici 2030. Cette projection englobe les investissements nécessaires pour répondre à la demande de puissance de calcul, dont une large part est liée à l’IA. Elle donne une idée de l’ampleur du marché potentiel, mais ne constitue pas une garantie de revenus pour un acteur particulier.
Les centres de données ne sont pas pour autant des actifs simples à exploiter. Ils exigent des capitaux considérables, des livraisons de matériel, de l’énergie disponible et des capacités de refroidissement adaptées. Leur rentabilité dépend aussi du taux d’utilisation des machines : des GPU coûteux qui restent inutilisés pèsent lourdement sur les comptes.
Les chiffres qui alimentent l’hypothèse d’un rattrapage
L’argument en faveur de CoreWeave repose d’abord sur une croissance anticipée beaucoup plus rapide. Les prévisions de Wall Street évoquées au moment de la publication suggèrent que l’entreprise pourrait générer davantage de revenus que Palantir dès 2025. Elles anticipent également un chiffre d’affaires de CoreWeave multiplié par plus de trois en deux ans, alors que celui de Palantir ne doublerait pas sur la même période.
Ces comparaisons ne signifient pas que CoreWeave est déjà plus rentable, plus solide ou plus chère que Palantir. Elles indiquent que le marché attend une accélération très forte de son activité. C’est précisément ce type d’écart entre la taille actuelle et la croissance attendue qui peut transformer rapidement le regard des investisseurs.
| Indicateur à la date du 22 juin 2025 | Palantir | CoreWeave |
|---|---|---|
| Position dans la chaîne de valeur | Logiciels, données et déploiement de l’IA | Infrastructure cloud et capacités GPU |
| Évolution de l’action en 2025, selon la publication d’origine | +82 % | Non précisée |
| Valorisation boursière | 326 milliards de dollars | Près de quatre fois inférieure à celle de Palantir |
| Prévision de chiffre d’affaires pour 2025 | Inférieure à celle de CoreWeave selon Wall Street | Supérieure à celle de Palantir selon Wall Street |
| Dynamique de revenus envisagée sur deux ans | Ne doublerait pas | Serait multipliée par plus de trois |
Il faut néanmoins garder une distinction fondamentale à l’esprit : le chiffre d’affaires mesure les ventes, tandis que la capitalisation boursière mesure la valeur que le marché attribue à une société. Une entreprise peut vendre davantage qu’une autre tout en restant moins valorisée, si les investisseurs considèrent que ses marges, ses risques, sa dette ou la pérennité de sa croissance sont moins favorables.
La valorisation élevée de Palantir est au cœur du débat
La hausse de Palantir témoigne de l’enthousiasme suscité par AIP et par la capacité du groupe à signer des contrats auprès d’organisations variées. L’analyste Dan Ives fait partie de ceux qui voient une trajectoire particulièrement favorable pour l’entreprise, allant jusqu’à envisager son entrée dans le club des sociétés valorisées à 1 000 milliards de dollars.
Mais cette ambition explique aussi la prudence de certains observateurs. Lorsque la Bourse attribue une valorisation très élevée à une entreprise, elle suppose que celle-ci maintiendra une croissance exceptionnelle pendant longtemps. La moindre déception sur les revenus, les marges ou les nouveaux contrats peut alors provoquer une correction brutale du cours.
La publication d’origine souligne que le ratio cours-bénéfice de Palantir dépasse les niveaux observés lors de la bulle internet de la fin des années 1990. Ce ratio compare le prix payé par les investisseurs au bénéfice généré par l’entreprise. Il est souvent utilisé pour apprécier les attentes déjà intégrées dans un cours, même s’il ne suffit pas à lui seul pour déterminer si une action est chère ou bon marché.
Une valorisation élevée n’est pas une preuve que Palantir est condamnée à reculer. Elle signifie en revanche que le marché place la barre haut. Pour continuer à progresser, l’entreprise devra démontrer que sa croissance commerciale et l’adoption de ses offres d’IA justifient ces attentes.
Deux manières de capter la valeur de l’intelligence artificielle
Palantir : la couche logicielle
- Vente de plateformes pour exploiter des données complexes et déployer des usages d’IA.
- Présence historique auprès d’organisations publiques, de défense et de grandes entreprises.
- AIP vise à relier les données d’un client à des modèles d’IA et à des simulations opérationnelles.
- Valorisation de 326 milliards de dollars au 22 juin 2025, qui implique des attentes de croissance élevées.
CoreWeave : la puissance de calcul
- Location de capacités cloud spécialisées pour les charges de travail d’intelligence artificielle.
- Infrastructure reposant notamment sur des GPU Nvidia destinés à l’entraînement et à l’inférence.
- Prévisions de revenus 2025 supérieurs à ceux de Palantir selon Wall Street.
- Croissance attendue très rapide, mais activité intensive en capitaux et dépendante des infrastructures.
Les partenariats peuvent accélérer CoreWeave, sans éliminer les risques
CoreWeave bénéficie d’une place stratégique dans une période de pénurie relative de puissance de calcul spécialisée. L’entreprise travaille avec de grands acteurs technologiques, parmi lesquels Microsoft, Amazon et Google sont cités dans la publication d’origine. Ces relations illustrent l’importance prise par les fournisseurs d’infrastructure capables de proposer rapidement des ressources GPU à grande échelle.
Pour les clients, louer de la capacité de calcul peut offrir une souplesse précieuse. Ils évitent de financer immédiatement l’intégralité d’un parc de serveurs, tout en accédant à du matériel récent. Pour CoreWeave, l’enjeu est de transformer cette demande en contrats suffisamment longs et rentables pour amortir ses infrastructures.
Cette stratégie comporte toutefois des fragilités propres à l’activité. Un fournisseur de cloud spécialisé doit engager beaucoup de capitaux avant de percevoir les revenus associés. Il dépend aussi de l’accès aux GPU, de la disponibilité énergétique, de l’évolution des prix de location et de la concentration éventuelle de ses clients. Enfin, les très grands fournisseurs de cloud disposent eux-mêmes de moyens importants et développent leurs propres offres d’IA.
Ce que signifie réellement « dépasser Palantir » d’ici 2030
Pour que CoreWeave dépasse Palantir en Bourse d’ici 2030, plusieurs conditions devraient être réunies. La société devrait d’abord concrétiser les prévisions de très forte croissance de son chiffre d’affaires. Elle devrait ensuite prouver que cette croissance peut devenir durablement rentable, malgré les dépenses liées aux équipements et aux centres de données.
Dans le même temps, Palantir devrait croître moins vite que les attentes déjà reflétées dans son cours, ou voir sa valorisation se normaliser. Un rattrapage de CoreWeave ne dépend donc pas uniquement de ses propres performances : il dépend de l’écart entre les performances réelles des deux groupes et les anticipations des investisseurs.
L’horizon 2030 est particulièrement incertain dans un secteur aussi mouvant. La demande de calcul peut continuer à exploser, mais les progrès dans l’efficacité des modèles pourraient aussi réduire le nombre de GPU nécessaires pour certaines tâches. De nouveaux fournisseurs d’infrastructure, de nouvelles puces ou des changements dans les stratégies des grands groupes du cloud peuvent également modifier la répartition de la valeur.
Ce qu’il faut surveiller d’ici 2030
La comparaison entre CoreWeave et Palantir résume deux façons d’investir dans l’intelligence artificielle : par les applications et les logiciels d’un côté, par l’infrastructure de calcul de l’autre. Palantir doit convertir l’intérêt pour AIP en revenus et bénéfices récurrents à la hauteur de sa valorisation. CoreWeave doit démontrer que son expansion très rapide ne se fait pas au détriment de sa rentabilité ou de sa capacité à financer ses équipements.
Les lecteurs qui suivent ces entreprises devront regarder en priorité quatre éléments : la progression effective du chiffre d’affaires, l’évolution des marges et de la rentabilité, la durée et la diversité des contrats clients, ainsi que les dépenses d’infrastructure. L’accès à l’électricité et aux GPU restera aussi un paramètre central.
Le potentiel de CoreWeave est porté par une intuition simple : sans puissance de calcul, l’IA ne peut pas fonctionner à grande échelle. Mais une intuition industrielle ne suffit pas à prédire un cours de Bourse. À la date de publication, la possibilité que CoreWeave dépasse Palantir reste un scénario ambitieux, non une certitude, dans une course où la technologie, les coûts et les attentes financières évoluent en permanence.
Questions fréquentes
CoreWeave peut-il vraiment dépasser Palantir en Bourse d’ici 2030 ?
C’est possible, mais rien ne permet de l’affirmer avec certitude au 22 juin 2025. CoreWeave devrait maintenir une croissance très rapide, améliorer durablement sa rentabilité et convaincre les investisseurs que son modèle d’infrastructure mérite une valorisation plus élevée. Palantir devrait parallèlement croître moins vite que les attentes très élevées déjà intégrées dans son cours.
Quelle est la différence entre CoreWeave et Palantir ?
CoreWeave fournit principalement l’infrastructure de calcul utilisée pour l’IA, notamment des capacités cloud reposant sur des GPU Nvidia. Palantir vend des logiciels qui aident les organisations à connecter leurs données, analyser des situations et déployer des usages d’intelligence artificielle. Les deux entreprises peuvent être présentes dans des projets complémentaires plutôt que concurrents.
Pourquoi les GPU Nvidia sont-ils si importants pour l’intelligence artificielle ?
Les GPU peuvent réaliser un grand nombre de calculs en parallèle. Cette caractéristique les rend particulièrement adaptés à l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle et à leur fonctionnement quotidien, appelé inférence. La forte demande pour ces processeurs explique les investissements dans les centres de données et l’intérêt porté aux fournisseurs de cloud spécialisés comme CoreWeave.
Pourquoi la valorisation de Palantir inquiète-t-elle certains investisseurs ?
Avec une capitalisation de 326 milliards de dollars au 22 juin 2025 et une action en hausse de 82 % depuis le début de l’année selon la publication d’origine, Palantir bénéficie déjà d’attentes élevées. Son ratio cours-bénéfice est présenté comme supérieur aux niveaux de la bulle internet. Cela peut accroître le risque de correction si les résultats déçoivent les marchés.
Les revenus de CoreWeave peuvent-ils être supérieurs à ceux de Palantir sans que l’action CoreWeave vaille plus cher ?
Oui. Le chiffre d’affaires correspond aux ventes, alors que la valeur boursière reflète les bénéfices attendus, les risques, la dette, les marges et la confiance des investisseurs. Une entreprise peut donc réaliser plus de revenus tout en restant moins valorisée si son activité demande davantage de capitaux ou si ses bénéfices futurs paraissent moins prévisibles.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- CoreWeave, espace investisseurs et publications financièresinvestors.coreweave.com
- Palantir Technologies, informations financières et dépôts réglementairesinvestors.palantir.com/financials/sec-filings/default.aspx
- McKinsey & Company, analyse sur les investissements mondiaux dans les centres de donnéeswww.mckinsey.com/industries/technology-media-and-telecommunications/our-insights/the-cost-of-compute-a-7-trillion-dollar-race-to-scale-data-centers
- Nvidia, présentation des technologies de calcul accéléré pour l’IAwww.nvidia.com/en-us/data-center



