Régulation et éthique

OpenAI contre-attaque Elon Musk et dénonce une campagne de harcèlement

Le bras de fer entre OpenAI et Elon Musk change de nature. L’entreprise accuse son cofondateur d’avoir mené une campagne destinée à la déstabiliser, tandis que le milliardaire lui reproche d’avoir abandonné sa mission d’intérêt général. Un procès devant jury est envisagé au printemps 2026.

Deux dirigeants anonymes face à face autour de documents juridiques et d’un ordinateur lié à l’intelligence artificielle.
Illustration : Actu.ai

L’affrontement entre Elon Musk et OpenAI ne se limite plus à une divergence sur la direction prise par l’un des laboratoires d’intelligence artificielle les plus influents. Début avril 2025, OpenAI a choisi de répondre frontalement à son ancien cofondateur devant la justice californienne. L’entreprise l’accuse d’avoir orchestré une série de manœuvres destinées à la fragiliser, allant de la pression juridique aux campagnes publiques de dénigrement.

Ces accusations restent, à ce stade, des allégations formulées dans le cadre d’une procédure judiciaire. Elles n’ont pas été établies par un tribunal. Mais elles montrent combien le différend a changé d’échelle : d’un désaccord entre figures de la tech, il est devenu une bataille sur la propriété, la gouvernance et la finalité même d’une entreprise qui revendique de développer une IA bénéfique à l’humanité.

D’un projet non lucratif à un acteur valorisé 300 milliards de dollars

OpenAI a été créée en 2015 sous la forme d’une organisation à but non lucratif. Elon Musk et Sam Altman figurent parmi ses cofondateurs. L’ambition affichée était alors de conduire la recherche en intelligence artificielle dans l’intérêt général, en évitant que les capacités les plus avancées soient concentrées entre les mains d’un seul acteur privé.

Elon Musk a quitté le conseil d’administration d’OpenAI en 2018. Depuis, l’organisation a considérablement changé de dimension. Elle a notamment mis en place, en 2019, une structure hybride : une entité non lucrative chargée de la mission et du contrôle, ainsi qu’une branche destinée à attirer les capitaux nécessaires à la recherche et à l’exploitation de ses technologies. Ce modèle a permis de financer des besoins devenus considérables, notamment en calcul informatique, en infrastructures et en recrutement.

En mars 2025, OpenAI a annoncé une levée de fonds de 40 milliards de dollars, la valorisant à 300 milliards de dollars. Microsoft compte parmi les partenaires et investisseurs essentiels de l’entreprise. Pour OpenAI, ce financement répond à une réalité industrielle : entraîner et déployer des modèles d’IA de pointe exige des moyens financiers et techniques exceptionnels.

Pour Elon Musk, au contraire, cette trajectoire illustre un reniement. Il soutient qu’OpenAI s’est éloignée de son objectif fondateur et qu’elle privilégie désormais une logique commerciale, au bénéfice notamment de ses investisseurs et partenaires.

Pourquoi Elon Musk poursuit-il OpenAI ?

Elon Musk a engagé une première action en justice contre OpenAI, Sam Altman et d’autres responsables en février 2024. Il y dénonçait un éloignement de la mission originelle de l’organisation. Cette procédure a été abandonnée en juin 2024, avant qu’une nouvelle plainte ne soit déposée en août de la même année.

Son argument central est le suivant : la création et l’essor d’une structure lucrative, ainsi que les liens étroits noués avec Microsoft, auraient rompu avec la promesse initiale de développer une IA sûre au bénéfice de tous. Musk estime que les avancées les plus importantes d’OpenAI ne devraient pas devenir les instruments d’une entreprise guidée par la recherche de profit.

Cette position s’inscrit dans une critique plus large, régulièrement exprimée par le dirigeant de Tesla et de X, sur les risques liés à l’intelligence artificielle générale. Musk affirme agir pour protéger l’intérêt public face à une technologie dont les conséquences pourraient être majeures.

OpenAI conteste toutefois cette lecture. L’entreprise souligne que sa mission de sûreté et de bénéfice collectif demeure au cœur de son projet, tout en considérant qu’elle ne peut financer ses travaux sans une structure capable de mobiliser des investissements massifs. Autrement dit, les deux parties ne donnent pas le même sens à l’engagement pris en 2015 : Musk y voit une limite contraignante au développement commercial, OpenAI y voit une mission compatible avec un financement privé encadré.

Une offre de rachat à 97,4 milliards de dollars qui a ravivé le conflit

Le bras de fer a connu un épisode spectaculaire en février 2025. Elon Musk a conduit une offre de 97,4 milliards de dollars pour acquérir OpenAI. Cette proposition visait l’entité non lucrative qui contrôle l’organisation, une précision importante dans un dossier où la structure juridique est au centre des débats.

Sam Altman l’a rejetée sans délai. Sur X, il a répondu avec ironie en proposant à son tour de racheter Twitter, devenu X, pour 9,74 milliards de dollars. Elon Musk avait acquis Twitter pour 44 milliards de dollars en 2022.

Au-delà de la formule, l’épisode a renforcé l’idée d’un conflit de contrôle. Pour Musk, l’offre pouvait être présentée comme un moyen de ramener OpenAI vers sa vocation d’origine. Pour OpenAI, elle s’inscrivait dans une stratégie plus vaste de pression et de déstabilisation au moment où l’entreprise cherche à faire évoluer son organisation et à financer ses ambitions.

Date ou périodeÉvénement marquantCe qu’il révèle
2015Création d’OpenAI avec une mission d’intérêt généralLe projet naît dans le cadre d’une organisation non lucrative
2018Elon Musk quitte le conseil d’administrationLes divergences sur la trajectoire de l’organisation s’installent
Février 2024Première plainte de Musk contre OpenAILe conflit devient judiciaire
Juin 2024Retrait de la première procédureLe litige n’est pas réglé sur le fond
Août 2024Nouveau recours engagé par MuskLes accusations contre OpenAI sont relancées
Février 2025Offre de rachat de 97,4 milliards de dollarsLa bataille porte aussi sur le contrôle de l’organisation
Mars 2025Levée de 40 milliards de dollars, valorisation de 300 milliardsOpenAI confirme son poids économique croissant
Printemps 2026Procès devant jury prévuLa justice devra examiner les griefs des deux camps

Que reproche exactement OpenAI à Elon Musk ?

Dans les documents déposés en Californie, OpenAI accuse Elon Musk d’avoir employé des tactiques abusives pour nuire à l’organisation. L’entreprise évoque des campagnes de dénigrement dans l’espace public, des démarches judiciaires qu’elle juge infondées et des demandes de documents internes qu’elle considère excessives.

Le mot de « harcèlement » doit ici être compris dans son sens procédural et accusatoire : OpenAI soutient que l’accumulation des actions de Musk aurait pour objectif de perturber son activité et de lui causer un préjudice. La société demande donc au tribunal d’ordonner la cessation de ce qu’elle qualifie de conduite illégale et d’obtenir réparation des dommages qu’elle estime avoir subis.

La défense d’OpenAI repose sur une idée simple : Elon Musk ne chercherait pas seulement à faire trancher un désaccord de principe sur la mission de l’entreprise, mais tenterait de reprendre une influence ou un contrôle qu’il n’exerce plus depuis son départ. Musk rejette implicitement cette interprétation en présentant son combat comme une défense de l’engagement initial d’OpenAI envers l’humanité.

Ce sont précisément ces intentions, les documents fondateurs, les échanges entre dirigeants et les effets réels des initiatives de Musk que le procès devra examiner. Dans un contentieux de cette nature, les déclarations publiques comptent, mais elles ne suffisent pas : le tribunal devra déterminer quels engagements étaient juridiquement opposables et si les actes reprochés ont causé un dommage démontrable.

Deux visions opposées de l’avenir d’OpenAI

La position d’Elon Musk

  • OpenAI devrait rester fidèle à sa vocation non lucrative d’origine.
  • La proximité avec les investisseurs et Microsoft trahirait la mission initiale.
  • L’offre de 97,4 milliards de dollars est présentée comme une reprise de contrôle nécessaire.
  • La sûreté de l’IA ne devrait pas être subordonnée à une logique de rendement financier.

La position d’OpenAI

  • Le financement privé est nécessaire pour développer une IA de pointe à grande échelle.
  • La mission de sûreté et de bénéfice collectif reste compatible avec une structure hybride.
  • Les actions de Musk relèveraient d’une stratégie de pression et de déstabilisation.
  • L’organisation demande au tribunal de faire cesser les pratiques qu’elle juge illégales.

Une affaire emblématique des tensions de gouvernance dans l’IA

Le dossier OpenAI dépasse les relations personnelles, pourtant très visibles, entre Sam Altman et Elon Musk. Il pose une question devenue centrale dans l’IA : comment concilier une mission de sûreté et d’intérêt général avec la course aux investissements, aux puces électroniques et aux centres de données ?

Les modèles d’IA les plus avancés nécessitent des ressources que peu d’organisations peuvent réunir seules. Cela pousse les laboratoires à signer des partenariats industriels et à lever des montants considérables. Mais plus ces entreprises prennent de la valeur, plus leur gouvernance est scrutée. Le public, les régulateurs, les salariés et les investisseurs veulent savoir qui décide, selon quelles règles, et au nom de quels intérêts.

OpenAI a déjà traversé une crise de gouvernance majeure en 2023, lorsque son conseil d’administration a temporairement écarté Sam Altman. L’épisode avait provoqué une mobilisation de nombreux employés et s’était achevé par le retour du dirigeant. Il a révélé la fragilité d’une structure où coexistent une mission non lucrative, des impératifs commerciaux et des personnalités très puissantes.

Le modèle d’OpenAI est-il devenu entièrement lucratif ?

Dire qu’OpenAI serait simplement passée du non lucratif au lucratif serait réducteur. À la date du 12 avril 2025, l’entreprise repose sur une organisation hybride, dont l’entité non lucrative conserve un rôle de contrôle. OpenAI cherche toutefois à adapter sa structure afin de soutenir son développement et de répondre aux besoins financiers de ses recherches.

C’est cette évolution qui nourrit une partie du litige. Elon Musk estime que la recherche de financement et la perspective de rendements pour les investisseurs sont incompatibles avec l’esprit de la fondation initiale. OpenAI répond qu’un laboratoire développant des systèmes aussi coûteux ne peut rester compétitif sans accès à des capitaux privés.

La difficulté, pour l’entreprise, consiste donc à convaincre sur deux fronts. Elle doit démontrer aux investisseurs qu’elle dispose d’une structure suffisamment claire et pérenne. Elle doit aussi montrer au public que la recherche de financement n’efface pas ses engagements de sûreté. Ces deux exigences peuvent coexister, mais elles créent une tension permanente lorsque les montants en jeu atteignent plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Ce qu’il faut surveiller d’ici au procès de 2026

Le procès devant jury, attendu au printemps 2026, pourrait fournir des réponses importantes, sans pour autant résoudre toutes les questions éthiques soulevées par le dossier. Plusieurs éléments seront particulièrement suivis.

D’abord, la justice devra apprécier la portée des textes et promesses associés à la création d’OpenAI. Une mission affichée publiquement peut-elle être invoquée comme une obligation contractuelle par l’un des fondateurs ? La réponse dépendra des documents, des accords et des circonstances propres à cette affaire.

Ensuite, le tribunal devra examiner les accusations croisées. Musk devra étayer ses griefs sur la transformation d’OpenAI. De son côté, OpenAI devra démontrer que les actions de son adversaire dépassent le cadre normal d’un désaccord juridique et relèvent bien d’une conduite fautive ayant causé un préjudice.

Enfin, l’affaire sera observée par tout l’écosystème de l’IA. Les jeunes laboratoires comme les géants technologiques y verront un test grandeur nature des modèles de gouvernance mêlant objectif d’intérêt général, structures commerciales et investisseurs privés. Quelle que soit l’issue, ce conflit rappelle qu’en intelligence artificielle, la question décisive n’est pas uniquement ce que les modèles peuvent faire. C’est aussi de savoir qui les finance, qui les contrôle et à qui ils doivent rendre des comptes.

Questions fréquentes

Pourquoi Elon Musk est-il en conflit avec OpenAI ?

Elon Musk, cofondateur d’OpenAI en 2015, estime que l’entreprise s’est éloignée de sa mission initiale d’intérêt général en développant une activité lucrative et en s’appuyant sur de grands investisseurs, dont Microsoft. OpenAI soutient au contraire que ces financements sont nécessaires à ses travaux et que sa mission de sûreté demeure inchangée.

OpenAI accuse-t-elle Elon Musk de harcèlement ?

Oui. Dans sa réponse judiciaire déposée en Californie, OpenAI affirme qu’Elon Musk a mené une campagne de pression comprenant, selon elle, des actions en justice abusives, des demandes internes excessives et des attaques publiques. Il s’agit d’accusations d’OpenAI, qui devront être examinées par la justice et ne constituent pas un jugement établi.

Quel était le montant de l’offre de rachat d’Elon Musk pour OpenAI ?

En février 2025, Elon Musk a conduit une offre de 97,4 milliards de dollars visant OpenAI. Sam Altman l’a immédiatement rejetée. L’offre concernait l’entité non lucrative qui contrôle l’organisation, un point crucial puisque le litige porte justement sur la mission et la gouvernance héritées de la création d’OpenAI.

OpenAI est-elle une entreprise à but lucratif ou une organisation non lucrative ?

À la date du 12 avril 2025, OpenAI repose sur une structure hybride. Une entité non lucrative est associée à une branche capable d’attirer des capitaux privés pour financer la recherche et le déploiement de l’IA. C’est précisément cette articulation entre mission d’intérêt général et financement commercial que conteste Elon Musk.

Quand le procès entre Elon Musk et OpenAI doit-il avoir lieu ?

Un procès devant jury est prévu au printemps 2026. Il devra notamment examiner les accusations de Musk sur le respect de la mission d’origine d’OpenAI, ainsi que les griefs d’OpenAI concernant les pratiques qu’elle attribue à son ancien cofondateur. Le calendrier et l’issue peuvent encore évoluer au fil de la procédure.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, site officiel et communications de l’entrepriseopenai.com
  2. Reuters, couverture de l’offre de rachat et du contentieux OpenAI-Elon Muskwww.reuters.com
  3. Cour fédérale du district nord de Californie, informations judiciaireswww.cand.uscourts.gov