Société et emploi

OpenAI veut faire de ChatGPT un compagnon d’études sur les campus

OpenAI ambitionne de faire de ChatGPT un outil aussi courant sur les campus qu’une adresse électronique universitaire. Si certains établissements adoptent déjà ChatGPT Edu, enseignants et chercheurs alertent sur les erreurs factuelles, la dépendance cognitive et le risque d’appauvrissement des échanges humains.

Étudiant comparant une réponse d’IA avec ses livres dans une bibliothèque universitaire
Illustration : Actu.ai

L’intelligence artificielle générative est en train de s’inviter dans un lieu où l’on apprend précisément à chercher, vérifier, argumenter et douter : l’université. Pour OpenAI, les campus constituent un terrain stratégique. L’entreprise veut faire de ChatGPT un outil quotidien des étudiants, non seulement pour expliquer un cours, mais aussi pour organiser leur travail, préparer un entretien ou explorer des pistes de recherche.

Cette promesse est séduisante. Un assistant disponible à toute heure peut reformuler une notion difficile, proposer un plan de révision ou aider à dépasser la page blanche. Mais la généralisation de ces outils pose une question plus profonde que celle de la fraude aux devoirs : un étudiant apprend-il encore réellement lorsqu’une machine accomplit une partie de son raisonnement à sa place ? Au 7 juin 2025, l’enseignement supérieur cherche encore la bonne réponse.

OpenAI veut s’installer durablement dans la vie universitaire

OpenAI intensifie ses démarches auprès des universités afin d’intégrer ChatGPT à leur environnement numérique. Son ambition est qu’un étudiant reçoive, dès son inscription, un accès personnel à l’IA, sur le modèle d’une adresse électronique fournie par l’établissement. L’outil ne serait donc plus une application extérieure utilisée de manière informelle : il deviendrait un service associé au parcours universitaire.

Dans cette vision, ChatGPT pourrait cumuler plusieurs fonctions :

  • expliquer ou résumer des documents de cours ;
  • accompagner les révisions avec des questions adaptées au niveau de l’étudiant ;
  • aider à structurer un mémoire ou à préparer une présentation ;
  • fournir un premier appui pour la recherche de stage ou d’emploi ;
  • orienter vers des ressources et des pistes de travail.

Le mot important est celui de personnalisation. Un assistant qui connaît le contexte d’un cours, les consignes d’un professeur et le niveau d’avancement d’un étudiant pourrait, en théorie, fournir une aide plus utile qu’un moteur de recherche généraliste. C’est l’idée du tutorat personnalisé, souvent avancée pour justifier l’arrivée de l’IA dans l’éducation.

Cette promesse ne signifie pas pour autant qu’un chatbot est un enseignant. Un professeur observe les hésitations, identifie une incompréhension qui n’est pas formulée, adapte sa pédagogie et évalue le cheminement intellectuel. Un modèle de langage, lui, produit avant tout du texte plausible à partir d’une consigne. Il peut être très convaincant, y compris lorsqu’il se trompe.

ChatGPT Edu : pourquoi certaines universités franchissent le pas

Le service ChatGPT Edu est conçu pour les établissements d’enseignement supérieur. Il vise à proposer un cadre d’usage institutionnel plutôt qu’une multiplication de comptes individuels, souvent créés avec des données et des pratiques difficiles à encadrer par les universités.

L’Université du Maryland et l’Université Duke font partie des établissements cités comme engagés avec ce service premium. Leur intérêt illustre un basculement : après avoir tenté d’interdire ou de limiter les outils génératifs, certaines universités préfèrent désormais les intégrer, avec des règles d’usage, afin de mieux accompagner les étudiants et les enseignants.

Usage envisagé sur un campusApport possible pour l’étudiantPoint de vigilance pour l’université
Explication d’un coursReformuler une notion, créer des exemples, s’entraînerVérifier les erreurs et les simplifications abusives
RévisionGénérer des quiz et proposer un rythme de travailÉviter que l’étudiant délègue toute sa mémorisation
RédactionAider à trouver un plan ou à clarifier un texteDistinguer l’aide autorisée de la production à la place de l’étudiant
Recherche d’emploiPréparer un CV, une lettre ou un entretienPréserver l’authenticité du parcours et des candidatures
Accompagnement administratifRépondre aux questions fréquentes à toute heureNe pas remplacer les services humains pour les situations complexes

L’adoption d’un outil institutionnel peut apporter un avantage pratique : elle offre un point de départ commun aux étudiants, y compris à ceux qui ne connaissent pas les outils d’IA ou ne peuvent pas payer un abonnement. Elle ne résout toutefois pas le problème central. Pour être utile à l’apprentissage, l’IA doit être utilisée comme un interlocuteur à questionner, non comme une autorité dont il suffirait de recopier la réponse.

Les erreurs de l’IA restent un obstacle majeur

Le scepticisme des enseignants ne repose pas uniquement sur la crainte de la triche. Les chatbots peuvent fournir des informations inexactes, imprécises ou entièrement fabriquées. Ces erreurs sont souvent appelées « hallucinations », un terme imagé qui désigne des réponses inventées avec assurance.

Dans un contexte universitaire, le danger varie selon la matière. Une erreur dans une fiche de révision d’histoire peut induire un étudiant en erreur. En droit, en médecine, en ingénierie ou dans les sciences, elle peut fausser un raisonnement, conduire à citer une décision inexistante ou à appliquer une règle de manière erronée. Plus la discipline exige de précision, plus la vérification des réponses devient indispensable.

Une évaluation évoquée dans le débat sur l’usage de ces outils a testé des modèles à partir d’un manuel de droit des brevets. Elle a conclu qu’environ 25 % des cas indiqués par le modèle d’OpenAI étaient inacceptables et nuisibles pour l’apprentissage. Ce chiffre ne permet pas, à lui seul, de résumer les capacités de tous les modèles ni tous les usages de ChatGPT. Il rappelle en revanche une règle simple : une réponse fluide et détaillée n’est pas une preuve de fiabilité.

Pour les étudiants, la bonne pratique consiste à traiter l’IA comme une première aide, puis à contrôler systématiquement les éléments vérifiables : références, citations, définitions, calculs, dates, jurisprudence et résultats scientifiques. Pour les enseignants, l’enjeu est aussi pédagogique : montrer comment repérer une affirmation douteuse, plutôt que se contenter de demander aux étudiants de ne pas utiliser l’outil.

Une aide au raisonnement ou une dépendance cognitive ?

Le second risque concerne moins la vérité des réponses que l’effort intellectuel. Lorsqu’un étudiant demande à un chatbot de résumer un texte, de construire une problématique et de rédiger une conclusion, il peut gagner du temps. Mais il peut aussi éviter les opérations mentales qui permettent justement d’apprendre : sélectionner l’information, comparer des sources, formuler une hypothèse, accepter l’incertitude et défendre un point de vue.

Des recherches et des alertes récentes soulignent ce risque de dépendance cognitive. À force de solliciter un chatbot pour chaque difficulté, un étudiant peut prendre l’habitude de chercher une réponse immédiate au lieu de construire son propre raisonnement. Cette facilité peut encourager une forme de paresse intellectuelle, particulièrement problématique dans les études où l’objectif n’est pas seulement de rendre un devoir, mais d’acquérir des méthodes durables.

Il serait pourtant réducteur d’opposer un usage de l’IA forcément néfaste à une absence d’IA forcément vertueuse. Tout dépend de la tâche confiée à l’outil. Demander à ChatGPT de générer dix questions sur un chapitre, puis y répondre sans aide et corriger ses erreurs, peut soutenir une révision active. Lui demander de livrer directement une dissertation complète réduit beaucoup plus fortement la part de travail intellectuel de l’étudiant.

Assistant IA et tuteur humain : des rôles qui ne se confondent pas

Ce qu’un chatbot peut apporter

  • Disponible à toute heure pour répondre aux questions courantes.
  • Reformule rapidement une notion et propose des exercices.
  • Aide à structurer un plan de travail ou une révision.
  • Peut offrir un premier soutien pour un CV ou un entretien.

Ce qu’un tuteur humain apporte

  • Évalue le raisonnement réel et les progrès de l’étudiant.
  • Adapte son accompagnement aux difficultés observées.
  • Apporte une relation, de l’encouragement et du contexte.
  • Assume une responsabilité pédagogique que le chatbot n’a pas.

Pourquoi le tuteur humain ne peut pas être remplacé

L’enseignement est aussi une relation. Un tuteur ou un professeur ne transmet pas uniquement une information : il encourage, détecte un découragement, reformule selon la personnalité de l’étudiant et crée un espace où il est possible de poser une question embarrassante. Les échanges avec les pairs jouent également un rôle majeur dans l’apprentissage, notamment à travers les débats, les travaux de groupe et la confrontation des idées.

Un chatbot peut simuler un dialogue patient et disponible. Il ne possède toutefois ni expérience vécue, ni responsabilité pédagogique, ni compréhension émotionnelle authentique de la personne à laquelle il répond. Son utilisation massive pourrait donc réduire certaines occasions de demander de l’aide à un enseignant ou de discuter avec d’autres étudiants.

Le risque n’est pas nécessairement une disparition brutale des relations humaines sur les campus. Il est plus diffus : si l’outil devient le réflexe par défaut pour chaque question, l’étudiant peut moins souvent se tourner vers les personnes qui l’entourent. Or une université ne se résume pas à l’accès à des contenus. Elle est aussi un lieu de discussion, de mentorat et de construction d’un réseau social et professionnel.

Google et xAI se disputent aussi les étudiants

OpenAI n’est pas seul à identifier le potentiel du marché étudiant. xAI, l’entreprise d’Elon Musk, a proposé son assistant Grok gratuitement durant des périodes d’examen. Cette stratégie donne aux étudiants l’occasion de tester l’outil au moment où la demande d’aide est la plus forte.

De son côté, Google met à disposition des étudiants sa suite d’IA Gemini jusqu’à la fin de l’année universitaire 2025-2026, selon les conditions annoncées par l’entreprise. L’offre s’inscrit dans une logique concurrentielle claire : convaincre les futurs diplômés d’adopter un environnement d’IA avant leur entrée sur le marché du travail.

Ces initiatives peuvent élargir l’accès à des fonctions jusque-là réservées aux abonnements payants. Elles soulèvent aussi un sujet d’équité. Si l’accès à l’IA devient déterminant pour réviser, rédiger ou candidater, les établissements doivent s’interroger sur les inégalités entre étudiants équipés, étudiants non équipés et étudiants qui refusent d’utiliser ces services.

Ce qu’il faut surveiller dans les universités

La question n’est plus de savoir si les étudiants utiliseront l’IA générative. Beaucoup y ont déjà recours, parfois discrètement, pour leurs devoirs comme pour leur orientation professionnelle. Le véritable enjeu est de déterminer les règles qui permettront d’en faire un outil d’apprentissage plutôt qu’une machine à produire des réponses.

Plusieurs points devraient guider les universités :

  • définir clairement ce qui est autorisé, interdit ou devant être déclaré dans chaque type de travail ;
  • former les étudiants à vérifier les réponses plutôt qu’à leur faire confiance par défaut ;
  • adapter l’évaluation pour mieux valoriser le raisonnement, l’oral, les brouillons et la justification des choix ;
  • maintenir un accès réel aux enseignants, aux tuteurs et aux services d’accompagnement ;
  • examiner les conditions d’accès et de traitement des données avant tout déploiement institutionnel.

L’offensive d’OpenAI sur les campus révèle une transformation plus large : l’IA pourrait devenir une couche ordinaire de la vie universitaire, au même titre que les plateformes de cours ou les messageries. Sa valeur ne se mesurera pas au nombre de comptes créés, mais à sa capacité à aider les étudiants à mieux comprendre, mieux vérifier et mieux penser par eux-mêmes.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que ChatGPT Edu ?

ChatGPT Edu est une offre d’OpenAI destinée aux établissements d’enseignement supérieur. Elle vise à permettre aux universités de proposer un accès institutionnel à l’IA générative pour des usages comme l’aide aux cours, la recherche, la préparation de documents ou l’accompagnement des étudiants. Son déploiement ne dispense pas les établissements de fixer leurs propres règles d’usage.

Les étudiants peuvent-ils utiliser ChatGPT pour leurs devoirs ?

Cela dépend des règles fixées par chaque enseignant et chaque université. Une aide à la compréhension, à la reformulation ou à la préparation peut être autorisée dans certains cours, tandis que faire rédiger un devoir à sa place peut être interdit. En cas de doute, l’étudiant doit demander si l’usage de l’IA doit être déclaré et dans quelles limites.

ChatGPT donne-t-il toujours des réponses fiables pour les études ?

Non. ChatGPT peut produire des informations erronées, inventer des références ou présenter un raisonnement faux de façon très convaincante. Les réponses doivent être vérifiées dans des sources académiques, des manuels, des textes officiels ou auprès d’un enseignant, en particulier pour les dates, les citations, les calculs et les matières juridiques ou scientifiques.

L’intelligence artificielle rend-elle les étudiants moins autonomes ?

Elle peut réduire l’autonomie si elle est utilisée pour éviter systématiquement l’effort de lecture, d’analyse et de rédaction. À l’inverse, un usage encadré peut soutenir le travail : demander des questions d’entraînement, comparer une réponse avec son propre raisonnement ou identifier les points à approfondir. La différence tient à la place laissée à l’activité intellectuelle de l’étudiant.

Pourquoi Google et xAI proposent-ils des outils d’IA aux étudiants ?

Les étudiants forment un public stratégique : ils utilisent intensivement les outils numériques aujourd’hui et les retrouveront dans leur futur travail. Les offres de Google autour de Gemini et les accès promotionnels de xAI à Grok permettent aux entreprises de faire connaître leurs assistants sur les campus, tout en répondant à une forte demande d’aide pendant les études et les examens.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, présentation de ChatGPT Eduopenai.com/index/introducing-chatgpt-edu
  2. Duke AI, initiatives de l’université autour de l’intelligence artificielleai.duke.edu
  3. Google, offre Google AI Pro et Gemini destinée aux étudiantsblog.google/products/gemini/google-ai-pro-students-learning
  4. UNESCO, orientations pour l’usage de l’IA générative dans l’éducation et la rechercheunesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000386693