Société et emploi

ChatGPT lance le mode Étudier, une aide qui ne résout pas la triche

Depuis le 29 juillet 2025, ChatGPT propose un mode Étudier conçu pour guider les élèves plutôt que leur livrer une réponse toute faite. Fondé sur le questionnement, l’outil peut soutenir la réflexion, mais il ne bloque ni les réponses rédigées ni le retour au chatbot classique.

Une élève compare ses notes manuscrites à un assistant conversationnel sur son ordinateur.
Illustration : Actu.ai

ChatGPT veut désormais se faire plus professeur particulier que distributeur de corrigés. Le 29 juillet 2025, OpenAI a mis en ligne un mode baptisé Étudier, dont la promesse est simple : aider l’utilisateur à raisonner, à progresser étape par étape et à trouver une réponse par lui-même. Une orientation qui répond à une préoccupation centrale des enseignants, des parents et des élèves depuis l’arrivée des assistants conversationnels : comment tirer parti de l’IA sans transformer les devoirs en production automatisée ?

La réponse apportée par OpenAI reste toutefois incomplète. Le mode Étudier est un choix d’utilisation, pas une barrière technique. Il peut orienter une conversation vers l’apprentissage, mais l’élève garde la possibilité de demander une rédaction complète ou de basculer vers le ChatGPT classique. Entre soutien pédagogique et outil de contournement, la différence dépend donc encore largement de la manière dont la technologie est employée.

Le mode Étudier de ChatGPT, qu’est-ce que c’est ?

Le mode Étudier est une nouvelle façon d’échanger avec ChatGPT. Au lieu de répondre immédiatement à une question scolaire, le chatbot cherche d’abord à faire participer l’utilisateur. Il pose des questions, demande des précisions et invite l’élève à expliquer ce qu’il sait déjà ou ce qu’il pense du problème posé.

La fonction est accessible à tous les utilisateurs de ChatGPT, qu’ils disposent ou non d’un abonnement. Elle n’est cependant pas activée par défaut. L’utilisateur doit donc volontairement choisir ce mode lorsqu’il souhaite l’employer.

L’idée s’inspire de la méthode socratique, une démarche d’apprentissage fondée sur le questionnement. Plutôt que de transmettre une solution prête à l’emploi, l’accompagnateur amène progressivement son interlocuteur à définir les termes d’un sujet, à identifier une difficulté, à justifier son raisonnement puis à corriger ses éventuelles incohérences. Dans une salle de classe, ce rôle est souvent tenu par l’enseignant lors d’un échange oral. ChatGPT tente ici d’en reproduire une partie dans une conversation écrite.

Cette différence est importante. Trouver une réponse en quelques secondes et comprendre comment on y arrive ne recouvrent pas la même compétence. Pour un exercice de mathématiques, par exemple, l’intérêt d’une aide pédagogique est de rendre visibles les étapes du raisonnement. Pour une dissertation, il s’agit de faire émerger une problématique, de distinguer des arguments et d’apprendre à structurer une démonstration. C’est précisément sur ce terrain que le nouveau mode entend se placer.

Comment ChatGPT guide-t-il l’élève ?

Le fonctionnement repose sur une conversation plus interactive qu’une simple demande suivie d’une réponse. Face à un sujet de dissertation de philosophie tel que « Notre avenir dépend-il de la technique ? », l’outil ne commence pas nécessairement par proposer un plan. Il peut d’abord demander à l’élève son avis, l’inviter à préciser ce qu’il entend par « avenir » ou par « technique », puis l’aider à dégager les tensions du sujet.

Cette première étape a une utilité concrète : elle pousse l’élève à produire une matière personnelle avant de recevoir une aide. Une dissertation n’est pas seulement une succession de paragraphes correctement formulés. Elle suppose d’interpréter le sujet, de construire une question et de défendre une position nuancée. Un assistant qui demande « que pensez-vous de cette idée ? » peut donc, en principe, soutenir ce travail de formulation.

Moment du travail scolaireCe que vise le mode ÉtudierRisque si l’élève ne s’implique pas
Comprendre un sujetFaire définir les notions et repérer les enjeuxReprendre des définitions sans les comprendre
Chercher des argumentsFaire émerger une première réponse personnelleAttendre que l’IA fournisse les idées à utiliser
Construire une introductionAvancer par étapes et clarifier la structureObtenir une formulation prête à rendre
Vérifier un raisonnementRepérer les lacunes et demander des justificationsConfondre une réponse fluide avec une réponse juste

L’approche peut être particulièrement pertinente lorsque l’élève est bloqué au début d’un devoir. Le chatbot peut alors jouer un rôle de relance : demander ce que l’utilisateur a retenu du cours, proposer de décomposer une consigne ou suggérer de confronter deux idées. Bien utilisé, ce dialogue peut aider à sortir de la page blanche sans confisquer entièrement le travail intellectuel.

Mais cette promesse dépend d’un élément difficile à automatiser : la volonté de l’utilisateur. Si celui-ci répond de façon minimale, accepte toutes les suggestions sans les discuter ou utilise l’outil uniquement pour obtenir une formulation plus élégante, le dialogue perd une grande partie de son intérêt pédagogique.

Pourquoi le risque de triche demeure-t-il ?

Le principal problème tient à la souplesse même du dispositif. Le mode Étudier encourage une démarche active, mais il ne l’impose pas jusqu’au bout. Lors d’un essai sur le sujet de dissertation consacré à la technique, ChatGPT a d’abord invité l’utilisateur à exprimer son point de vue. Au moment de préparer l’introduction, l’outil a ensuite proposé deux possibilités : la rédiger phrase par phrase ou la rédiger entièrement.

Cette seconde option fait basculer l’expérience. Une introduction intégralement rédigée, même obtenue après quelques questions préalables, peut être copiée, légèrement modifiée puis présentée comme un travail personnel. Or, dans un devoir noté, la question n’est pas seulement de savoir si l’élève comprend le texte final. Il faut aussi pouvoir apprécier sa capacité à concevoir et rédiger lui-même une réponse.

Le mode Étudier ne ferme pas non plus l’accès au chatbot dans sa version habituelle. Un utilisateur qui ne souhaite pas suivre les relances peut revenir à une requête beaucoup plus directe : demander un plan, une synthèse, une correction ou un texte complet. Le nouveau mode ne peut donc pas, à lui seul, empêcher la triche.

ChatGPT classique ou mode Étudier : deux logiques d’usage

Mode Étudier

  • Privilégie les questions et les relances avant la réponse.
  • Encourage l’élève à exprimer son point de vue et son raisonnement.
  • Peut accompagner la construction d’un devoir étape par étape.
  • Reste facultatif et peut proposer une rédaction complète.

ChatGPT classique

  • Répond plus directement à une demande formulée par l’utilisateur.
  • Peut fournir rapidement un plan, une explication ou un texte rédigé.
  • Est pratique pour obtenir une aide immédiate, mais moins propice au questionnement.
  • Peut être détourné pour produire un travail présenté comme personnel.

La nuance est essentielle : une IA capable de rédiger n’est pas automatiquement un outil de fraude. Elle peut servir à reformuler une leçon, à générer des questions de révision, à expliquer une notion difficile ou à repérer une faiblesse dans un brouillon. En revanche, son usage devient problématique lorsqu’elle se substitue au travail que l’exercice devait précisément permettre d’évaluer.

Un outil facultatif, donc difficile à imposer

Le fait que le mode ne soit pas activé automatiquement limite sa capacité à devenir une réponse générale aux inquiétudes scolaires. Un élève motivé peut choisir cette voie pour réviser plus activement. Un autre peut l’ignorer. Dans les conditions décrites par cette fonctionnalité, ni le parent ni l’enseignant ne disposent d’un mécanisme qui imposerait l’usage exclusif du mode Étudier pendant les devoirs réalisés à la maison.

Le contrôle ne peut donc pas reposer uniquement sur l’interface. Il passe aussi par des règles explicites : ce qui est autorisé pour préparer un exercice, ce qui doit être signalé lorsqu’une IA a été utilisée, et ce qui est interdit dans une évaluation. Ces règles gagnent à être adaptées au type de travail demandé. Demander à un élève d’utiliser ChatGPT pour comparer plusieurs formulations n’a pas la même portée que lui demander de rendre une dissertation générée par l’outil.

Le dialogue familial peut également jouer un rôle utile. Il ne s’agit pas seulement de surveiller un écran, mais d’expliquer pourquoi l’apprentissage suppose des efforts, des essais et des erreurs. Un élève qui reçoit immédiatement une réponse convaincante peut avoir l’impression d’avoir résolu un problème. Pourtant, la capacité à le résoudre seul lors d’un examen, à l’oral ou dans une situation nouvelle ne se construit pas par simple lecture d’un texte généré.

L’école doit aussi faire évoluer ses méthodes d’évaluation

L’arrivée d’outils comme ChatGPT oblige les établissements à distinguer davantage l’évaluation du résultat et celle du processus. Un devoir rendu à domicile peut être enrichi, corrigé ou entièrement produit avec une assistance numérique. Cela ne signifie pas qu’il faut abandonner tous les travaux écrits, mais qu’il devient nécessaire de mieux documenter la manière dont ils ont été réalisés.

Plusieurs pratiques pédagogiques peuvent réduire l’intérêt de la triche automatisée : demander un brouillon commenté, organiser une courte défense orale du travail, faire expliciter les choix d’arguments ou consacrer davantage de temps à des exercices réalisés en classe. L’objectif n’est pas de traquer chaque usage de l’IA, mais de vérifier que l’élève maîtrise réellement ce qu’il rend.

L’IA peut aussi devenir un objet d’apprentissage. Comparer une réponse de ChatGPT avec un cours, relever une imprécision, discuter d’un plan proposé ou identifier une formulation trop générique sont des exercices utiles pour développer l’esprit critique. À condition que l’enseignant fixe le cadre, l’outil peut alors nourrir une compétence devenue essentielle : savoir utiliser une réponse automatisée sans lui accorder une confiance aveugle.

Ce qu’il faut surveiller pour l’IA à l’école

Le lancement du mode Étudier montre qu’OpenAI reconnaît la nécessité de concevoir des assistants moins centrés sur la réponse instantanée. C’est un signal important, car la qualité d’un outil éducatif ne se mesure pas seulement à sa capacité à produire du contenu, mais à celle de faire progresser l’utilisateur.

Pour autant, il serait prématuré d’y voir une solution à la triche scolaire. L’efficacité réelle du mode dépendra de l’engagement des élèves, du niveau d’encadrement par les adultes et de la façon dont les écoles feront évoluer leurs évaluations. Le défi n’est pas de choisir entre interdire l’IA ou l’accepter sans condition. Il consiste à définir des usages qui préservent ce que l’école cherche à mesurer : la compréhension, l’autonomie et la capacité à penser par soi-même.

À court terme, le mode Étudier peut offrir un cadre plus constructif aux élèves qui veulent réellement apprendre. Mais tant que l’accès à des réponses toutes faites restera à portée de clic, la responsabilité restera partagée entre les concepteurs de l’outil, les établissements, les familles et les utilisateurs eux-mêmes.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le mode Étudier de ChatGPT ?

Le mode Étudier est une fonctionnalité de ChatGPT lancée le 29 juillet 2025. Au lieu de livrer d’emblée une réponse, elle pose des questions et propose des relances pour aider l’utilisateur à raisonner. Son principe s’inspire d’une démarche socratique : guider la réflexion plutôt que fournir seulement un résultat final.

Le mode Étudier de ChatGPT est-il gratuit ?

Oui. Au moment de son lancement, OpenAI a rendu le mode Étudier accessible à tous les utilisateurs de ChatGPT, y compris ceux qui n’ont pas d’abonnement. Il faut toutefois le sélectionner volontairement : le mode n’est pas activé automatiquement lorsque l’on ouvre une nouvelle conversation.

Le mode Étudier empêche-t-il les élèves de tricher ?

Non. Il peut encourager une utilisation plus pédagogique de ChatGPT, mais il ne bloque pas les demandes de contenu rédigé. L’élève peut notamment revenir au fonctionnement classique du chatbot pour solliciter une réponse directe. La fonctionnalité ne constitue donc pas, à elle seule, un dispositif anti-triche.

ChatGPT peut-il rédiger une dissertation entière en mode Étudier ?

Le mode est conçu pour accompagner les différentes étapes d’un devoir, mais il présente aussi des options qui peuvent conduire à une production très aboutie. Lors d’un exercice de dissertation, ChatGPT a par exemple proposé de rédiger une introduction phrase par phrase ou intégralement. Cette souplesse entretient le risque d’un usage inadapté.

Comment utiliser ChatGPT pour réviser sans tricher ?

Le meilleur usage consiste à demander des explications, des questions de révision, une vérification de raisonnement ou un retour sur un brouillon déjà écrit. Il est préférable de rédiger d’abord ses propres idées, puis de confronter le résultat à l’outil. Pour un travail évalué, il faut aussi respecter les consignes précises de l’enseignant.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, présentation du mode Étudier de ChatGPT, 29 juillet 2025openai.com/index/chatgpt-study-mode
  2. Le HuffPost, rubrique Tech, essai du mode Étudierwww.huffingtonpost.fr/tech