IA : pourquoi les 18-25 ans l’utilisent désormais chaque semaine
Une étude de Heaven auprès de 251 jeunes de 18 à 25 ans montre que l’IA s’installe dans les études, le travail et la recherche d’informations. ChatGPT domine, tandis que l’usage quotidien progresse fortement. Mais cette adoption rapide pose aussi la question de la fiabilité des réponses et de l’emploi.

L’intelligence artificielle n’est plus, pour une grande partie des jeunes adultes, une curiosité réservée aux passionnés de technologie. Elle devient un réflexe pour chercher une information, préparer un devoir, traduire un texte, imaginer une image ou choisir une destination. En janvier 2025, plus de trois jeunes de 18 à 25 ans sur quatre utilisent des outils d’IA chaque semaine, selon l’étude Born AI de l’agence Heaven.
Cette progression ne se résume pas à l’arrivée de nouveaux services. Elle traduit surtout une évolution des habitudes : les assistants conversationnels et les générateurs de contenus prennent place dans des activités très ordinaires. L’étude permet de mesurer cette installation rapide, tout en rappelant les questions qu’elle soulève, notamment sur la qualité des informations obtenues et sur l’avenir du travail.
Une enquête sur les 18-25 ans, pas sur toutes les générations Y et Z
L’étude Born AI repose sur les réponses de 251 personnes âgées de 18 à 25 ans. L’échantillon respecte des quotas de genre et de localisation. Près de 40 % des répondants sont lycéens ou étudiants, tandis que 60 % sont salariés ou en recherche d’emploi. Ce profil permet donc d’observer des usages à la fois scolaires, universitaires et professionnels.
Le titre de l’étude évoque les générations Y et Z, mais son terrain porte en pratique sur les 18-25 ans. Ses résultats renseignent donc avant tout les habitudes des jeunes adultes, majoritairement rattachés à la génération Z, et non celles de l’ensemble des millennials, souvent associés à la génération Y. C’est une distinction importante : l’enquête ne compare pas les générations entre elles et ne permet pas d’affirmer que ces comportements sont identiques chez tous les adultes.
Comme toute enquête déclarative, elle décrit ce que les répondants disent faire et percevoir. Elle ne mesure pas directement le temps passé sur chaque outil, la qualité des résultats obtenus ni les effets concrets sur les notes, la productivité ou les recrutements. Elle offre en revanche un indicateur utile de la vitesse à laquelle ces services entrent dans les pratiques quotidiennes.
L’IA est largement adoptée et son usage devient plus fréquent
En janvier 2025, 86 % des jeunes interrogés déclarent avoir utilisé au moins un service d’intelligence artificielle au cours des six mois précédents. C’est un point de plus qu’en juin 2024. La diffusion des outils semble donc déjà très avancée dans cette tranche d’âge.
Le changement le plus net concerne la fréquence d’utilisation. L’IA ne sert plus seulement à résoudre ponctuellement une question ou à tester une nouveauté : elle accompagne de plus en plus les routines de travail, d’études et de loisirs. La part des jeunes qui y recourent chaque jour atteint 39 %, contre 21 % en juin 2024.
| Indicateur | Juin 2024 | Janvier 2025 | Ce que cela montre |
|---|---|---|---|
| Utilisation d’au moins un service d’IA sur les six derniers mois | 85 % | 86 % | L’adoption est déjà très élevée et progresse encore légèrement. |
| Utilisation quotidienne de l’IA | 21 % | 39 % | L’usage quotidien a fortement augmenté en quelques mois. |
| Utilisation au moins hebdomadaire | Non précisé | Plus de 75 % | L’IA s’inscrit dans une routine pour une large majorité. |
Dans ce paysage, ChatGPT conserve une place centrale, avec 76,4 % d’adoption parmi les répondants. Son format conversationnel, qui permet d’interroger un outil avec des phrases ordinaires puis d’enchaîner les demandes, correspond à une grande variété de besoins : obtenir une explication, résumer un sujet, reformuler un passage ou préparer une liste d’idées.
Le deuxième outil cité est My AI de Snapchat, utilisé par 46,8 % des jeunes interrogés. Sa présence directement dans une application sociale fréquemment utilisée illustre un phénomène clé : l’IA n’est pas seulement recherchée sur un site ou une application spécialisée, elle est aussi intégrée aux environnements numériques déjà familiers.
Les générateurs d’images occupent une place plus réduite, mais leur évolution est notable. Midjourney est utilisé par 14,23 % des répondants, devant DALL-E à 9,39 %. Heaven associe notamment cette progression de Midjourney à une accessibilité renforcée par son interface web.
La recherche d’informations devient le premier usage
La première raison invoquée pour utiliser l’IA est sans ambiguïté : 89,2 % des jeunes répondants s’en servent pour rechercher des informations. L’outil conversationnel devient ainsi une porte d’entrée vers la connaissance, au même titre qu’un moteur de recherche, avec une différence majeure : il formule directement une réponse synthétique plutôt que de présenter d’abord une liste de pages à consulter.
Cette attente est suffisamment forte pour que ChatGPT ait lancé sa fonction Search à la fin du mois d’octobre 2024. Pour les utilisateurs, l’intérêt est évident : poser une question dans ses propres mots, demander une explication adaptée à son niveau, ou poursuivre la conversation pour préciser une réponse. L’outil peut aussi aider à structurer une recherche en suggérant des pistes, des mots-clés ou des angles d’analyse.
Mais cette facilité a une contrepartie. Une réponse rédigée avec assurance peut contenir une erreur, simplifier abusivement un sujet complexe ou mélanger des informations de qualité inégale. C’est particulièrement important pour les actualités, la santé, le droit, les finances ou la politique. Dans ces domaines, une IA peut aider à comprendre et à préparer une recherche, mais elle ne doit pas dispenser de vérifier les faits, leur date, leur origine et leur contexte.
Les usages déclarés par les 18-25 ans confirment que l’IA dépasse déjà le seul cadre de la recherche documentaire.
| Principaux usages de l’IA | Part des répondants |
|---|---|
| Recherche d’informations | 89,2 % |
| Études et travail | 83,6 % |
| Création artistique, images, textes ou musiques | 74,8 % |
| Recommandations personnalisées | 65,7 % |
| Divertissement | 59,1 % |
Études et travail : écrire, traduire, corriger plus vite
Les études et le travail constituent le deuxième grand terrain d’usage, cité par 83,6 % des répondants. Dans ces contextes, l’IA agit surtout comme un outil d’assistance à la production et à la compréhension. Les jeunes interrogés l’utilisent notamment pour la rédaction de textes, citée par 59,4 % d’entre eux, et pour la traduction, à 57,8 %.
La recherche d’informations et la correction de textes font également partie des quatre principaux usages scolaires ou professionnels. La correction est citée par 54,6 % des répondants. Il peut s’agir de repérer des fautes, de demander une reformulation, d’améliorer la clarté d’un message ou de comparer plusieurs façons d’exprimer une idée.
Ces fonctions répondent à une promesse simple : gagner du temps sur les tâches répétitives et disposer rapidement d’un premier brouillon. Elles peuvent être utiles pour débloquer une page blanche, préparer un plan, expliquer une notion ou adapter un texte à un destinataire. Toutefois, l’outil ne connaît ni les attentes précises d’un enseignant, ni le contexte complet d’une mission professionnelle, ni les règles propres à une organisation.
Le bon usage consiste donc à conserver un rôle actif : relire, vérifier les données, reprendre le raisonnement et assumer le résultat final. Demander à l’IA de rédiger ne remplace pas la compréhension du sujet. Dans un devoir comme dans un document professionnel, la valeur ajoutée humaine reste dans le jugement, la vérification et la capacité à prendre une décision adaptée à une situation réelle.
Culture, actualité, cuisine et santé : des demandes très concrètes
Les sujets recherchés montrent à quel point les outils d’IA s’intègrent à la vie courante. La culture et l’histoire arrivent en tête, avec 63 % des jeunes qui y effectuent des recherches. Viennent ensuite la pop culture, incluant les séries, les films, les jeux vidéo et la musique, à 58 %, puis les actualités, à 55 %.
La cuisine intéresse 54 % des répondants et la santé, 51 %. Ces thèmes se prêtent bien à un échange conversationnel : demander une recette à partir d’ingrédients disponibles, obtenir une explication sur une œuvre, préparer un itinéraire culturel ou clarifier un terme médical. Ils exigent pourtant des degrés de prudence différents. Une suggestion de menu n’a pas les mêmes conséquences qu’un conseil touchant à la santé.
L’étude relève aussi des demandes liées aux sorties, aux voyages et aux décisions d’achat. L’IA est alors utilisée comme un outil de recommandation, capable de classer des options selon un budget, des préférences ou des contraintes. Un répondant sur six indique même y recourir pour clarifier son positionnement politique. Ce chiffre témoigne de l’élargissement des demandes adressées à ces services, jusque dans des choix personnels et civiques.
Dans ces situations, le principal risque est de transformer un assistant en arbitre. Une IA peut aider à comparer, résumer des arguments contradictoires ou formuler des questions utiles. Elle ne peut pas décider à la place de l’utilisateur de ses priorités, de ses valeurs ou de son niveau de tolérance au risque.
Un gain de temps apprécié, mais des inquiétudes sur l’emploi
Les répondants associent d’abord l’IA à un bénéfice pratique. 72 % identifient un gain de temps dans leurs tâches quotidiennes et 71 % estiment qu’elle simplifie leurs recherches. Ces deux résultats expliquent largement l’accélération de l’usage : l’outil est adopté moins pour son caractère spectaculaire que pour sa capacité à fournir rapidement un point de départ, une synthèse ou une proposition de texte.
Plus de 58 % des jeunes interrogés considèrent par ailleurs que les contenus produits par l’IA, tels que les textes, sont presque impossibles à distinguer de ceux créés par des humains. Ce ressenti révèle les progrès perçus de ces outils, mais il ne signifie pas que les contenus générés sont équivalents sur le fond. Un texte peut paraître naturel tout en manquant de sources, de nuances, de cohérence ou d’originalité.
L’optimisme ne fait pas disparaître les inquiétudes. 30 % des répondants craignent que l’IA remplace des emplois. Cette préoccupation coexiste avec une attitude globalement favorable : plus de 60 % déclarent envisager d’utiliser davantage l’IA en 2025 qu’en 2024. Pour cette génération, l’IA apparaît donc simultanément comme un outil d’efficacité et comme une transformation potentielle du marché du travail.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains usages
Le premier indicateur à suivre sera la poursuite, ou non, de la hausse des usages quotidiens. Passer de 21 % à 39 % en quelques mois montre que l’IA a déjà franchi un seuil d’habitude pour une partie des jeunes adultes. Si cette tendance se poursuit, les questions d’apprentissage, de qualité de l’information et de dépendance aux recommandations deviendront encore plus centrales.
Le deuxième enjeu concerne les compétences. Savoir formuler une demande claire, confronter plusieurs réponses, repérer une imprécision et vérifier une affirmation sont appelés à compter autant que la maîtrise technique d’un outil. L’enjeu n’est pas seulement d’utiliser l’IA, mais de savoir quand elle est pertinente, quand elle doit être contrôlée et quand il vaut mieux chercher une source spécialisée ou demander l’avis d’une personne compétente.
Enfin, l’étude Born AI invite à ne pas réduire l’IA à un logiciel pour rédiger plus vite. Chez les 18-25 ans, elle devient aussi un compagnon de recherche, de création, de recommandation et parfois de réflexion personnelle. Cette proximité explique son succès. Elle rend d’autant plus nécessaire une utilisation lucide, dans laquelle le confort de la réponse immédiate ne l’emporte pas sur l’esprit critique.
Questions fréquentes
Quels outils d’IA sont les plus utilisés par les 18-25 ans ?
Dans l’étude Born AI de Heaven, ChatGPT est l’outil le plus adopté, avec 76,4 % des répondants. My AI de Snapchat arrive ensuite à 46,8 %. Pour la génération d’images, Midjourney est cité par 14,23 % des jeunes, devant DALL-E à 9,39 %. Les assistants conversationnels dominent donc nettement les usages déclarés.
Comment les jeunes utilisent-ils l’IA pour les études et le travail ?
Les 18-25 ans interrogés utilisent l’IA pour rédiger des textes, traduire, rechercher des informations et corriger leurs productions. La rédaction est citée par 59,4 % des répondants et la traduction par 57,8 %. L’IA peut accélérer la préparation d’un document, mais elle ne garantit ni l’exactitude des informations ni l’adéquation aux consignes.
Les jeunes remplacent-ils les moteurs de recherche par l’IA ?
L’étude montre que 89,2 % des répondants utilisent l’IA pour rechercher des informations, ce qui en fait leur premier usage déclaré. Cela ne signifie pas nécessairement que les moteurs de recherche disparaissent. Les assistants offrent surtout une réponse synthétique et conversationnelle, tandis que les sources originales restent indispensables pour vérifier une information importante.
Les jeunes ont-ils peur que l’IA remplace leur emploi ?
Oui, 30 % des jeunes interrogés déclarent craindre un remplacement des emplois par l’IA. Cette inquiétude n’empêche pas une perception globalement positive : plus de 60 % envisagent de l’utiliser davantage en 2025 qu’en 2024. L’IA est ainsi perçue à la fois comme une aide pour gagner du temps et comme un facteur de transformation du travail.
L’étude de Heaven est-elle représentative de toutes les générations Y et Z ?
Elle doit être lue avec prudence. L’enquête repose sur 251 répondants âgés de 18 à 25 ans, avec des quotas de genre et de localisation. Elle décrit donc les usages de cette tranche d’âge, majoritairement rattachée à la génération Z. Elle ne permet pas de comparer directement ces comportements avec ceux de l’ensemble de la génération Y ou d’autres groupes d’âge.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Heaven, agence à l’origine de l’étude Born AIheaven.paris
- Blog du Modérateur, présentation et ressources sur ChatGPTwww.blogdumoderateur.com/tools/chatgpt



