LinkedIn visé par une plainte sur l’usage de messages privés pour l’IA
Une plainte déposée à San José le 21 janvier 2025 met LinkedIn en cause pour l’usage présumé de messages privés et de données InMail dans l’entraînement de l’IA. Les plaignants visent des millions d’abonnés Premium et contestent la transparence des réglages de confidentialité.

Sur un réseau professionnel, une conversation privée peut contenir bien davantage qu’une simple prise de contact : une négociation, une recherche d’emploi, un projet d’entreprise ou des informations commerciales sensibles. C’est cette frontière entre l’espace public du profil et la messagerie personnelle qui se retrouve au centre d’une plainte visant LinkedIn, la filiale de Microsoft.
Déposée le 21 janvier 2025 devant un tribunal fédéral de San José, en Californie, cette action entend représenter des millions d’utilisateurs de l’offre LinkedIn Premium. Elle accuse la plateforme d’avoir partagé ou exploité des messages privés et des données InMail à des fins de formation de systèmes d’intelligence artificielle, sans consentement explicite. À ce stade, il s’agit d’allégations formulées dans une plainte : elles n’ont pas été établies par un jugement.
Une action collective qui cible les abonnés Premium
La procédure engagée contre LinkedIn prend la forme d’une action collective proposée, un mécanisme courant aux États-Unis lorsqu’un grand nombre de personnes estiment avoir subi un préjudice similaire. Les plaignants cherchent ici à réunir les clients Premium de la plateforme potentiellement concernés par les pratiques décrites dans le dossier.
Le dépôt d’une plainte n’équivaut toutefois ni à une condamnation ni à la reconnaissance automatique d’un groupe d’utilisateurs. Le tribunal devra notamment examiner si les arguments juridiques sont suffisamment solides et si les conditions sont réunies pour traiter les demandes collectivement. LinkedIn pourra contester les faits, l’interprétation de ses politiques ou encore la possibilité de représenter l’ensemble des abonnés visés.
La localisation de l’affaire n’est pas anodine. San José se trouve au cœur de la Silicon Valley, région où sont régulièrement jugés des litiges majeurs sur les plateformes numériques, les données personnelles et les conditions d’utilisation des services en ligne.
Ce que les plaignants reprochent à LinkedIn
Le grief principal porte sur la nature des informations qui auraient été utilisées pour l’intelligence artificielle. Selon les plaignants, LinkedIn aurait partagé leurs messages privés et leurs données InMail sans obtenir leur accord explicite, dans le but d’entraîner des systèmes d’IA.
InMail désigne le dispositif de messagerie payant de LinkedIn, qui permet notamment de contacter des membres avec lesquels l’utilisateur n’est pas directement connecté. Ces messages peuvent être utilisés par des recruteurs, des candidats, des commerciaux ou des professionnels cherchant à développer leur réseau. Ils ne sont pas assimilables aux contenus volontairement publiés sur un profil ou dans un fil d’actualité.
L’entraînement d’un système d’IA consiste, de façon générale, à faire analyser de très grands ensembles de données afin que le modèle repère des régularités et améliore certaines capacités, par exemple la génération de texte, la recherche d’informations ou le classement de contenus. Cette opération ne signifie pas nécessairement qu’un message donné sera ensuite affiché à d’autres utilisateurs. Mais elle soulève une question distincte et fondamentale : une plateforme peut-elle traiter ce contenu à cette fin, et dans quelles conditions les personnes concernées en ont-elles été informées ?
Les plaignants estiment que des informations auraient été exploitées avant le 18 septembre 2024. Leur argument ne repose donc pas seulement sur l’existence d’outils d’intelligence artificielle, mais aussi sur le calendrier des réglages proposés aux utilisateurs et des documents de confidentialité publiés par LinkedIn.
| Date ou période | Élément au cœur de la plainte | Ce que cela implique dans le dossier |
|---|---|---|
| Août 2024 | Mise en place, selon les plaignants, d’un paramètre permettant de choisir le partage de données pour améliorer la plateforme | La question du consentement et de la possibilité de refuser est posée |
| Avant le 18 septembre 2024 | Utilisation présumée de messages et de données InMail pour l’IA | Les plaignants soutiennent que cette utilisation a précédé une information suffisamment claire |
| 18 septembre 2024 | Modification de la politique de confidentialité et ajout d’une précision dans une foire aux questions | Le texte indique que la désactivation ne touche pas les entraînements déjà réalisés |
| 21 janvier 2025 | Dépôt de la plainte fédérale à San José | Le litige entre dans sa phase judiciaire initiale |
Pourquoi le changement de politique de confidentialité est contesté
Le point le plus sensible de la plainte concerne une formulation ajoutée à la politique de confidentialité de LinkedIn le 18 septembre 2024. Une précision insérée dans la foire aux questions indiquait que le fait de désactiver l’option de partage des données n’affectait pas les entraînements déjà effectués.
Pour les plaignants, cette phrase est déterminante. Ils y voient l’indice que des données auraient déjà été utilisées et que le réglage proposé aux membres ne permettrait pas de revenir sur ce traitement passé. Ils soutiennent également que l’évolution de la politique a pu viser à limiter les conséquences de pratiques antérieures.
LinkedIn devra naturellement pouvoir présenter sa propre lecture de cette chronologie et de la portée de ses paramètres. Une politique de confidentialité est à la fois un document d’information pour les utilisateurs et, dans ce type de conflit, une pièce juridique examinée mot à mot. Les juges pourront s’intéresser à la visibilité des informations, à leur compréhension par un utilisateur ordinaire, à la date exacte de leur entrée en vigueur et aux données auxquelles elles s’appliquaient.
Les allégations de la plainte et ce qui reste à démontrer
Ce qu’allèguent les plaignants
- Des messages privés et des données InMail auraient servi à entraîner des systèmes d’IA.
- Les utilisateurs Premium n’auraient pas donné de consentement explicite à cet usage.
- Des données auraient été exploitées avant le 18 septembre 2024.
- La modification de la politique de confidentialité aurait limité la portée du refus proposé aux utilisateurs.
Ce que la procédure doit établir
- Quelles données précises ont été concernées et pendant quelle période.
- Quel était le traitement effectif des messages et leur rôle dans l’entraînement de l’IA.
- Quelles informations et quels choix de confidentialité étaient accessibles aux abonnés.
- Si les pratiques alléguées relèvent du Stored Communications Act et d’une violation contractuelle.
Ce que la justice devra établir
L’affaire ne se résume pas à une opposition générale entre intelligence artificielle et vie privée. Plusieurs questions concrètes devront être tranchées si la procédure se poursuit : quelles catégories de données ont réellement été concernées, quel usage précis en a été fait, quelles informations étaient fournies aux abonnés et quel consentement pouvait être déduit de leurs réglages ou de leur contrat.
La plainte invoque notamment le Stored Communications Act, une loi fédérale américaine qui encadre certains accès et divulgations de communications électroniques stockées. Dans le dossier présenté, les plaignants estiment que ce texte peut s’appliquer aux messages privés et aux informations InMail concernés.
Le montant global des dommages réclamés n’est pas précisé. La plainte indique toutefois que chaque plaignant pourrait obtenir jusqu’à 1 000 dollars en cas de succès au titre du Stored Communications Act fédéral. Ce montant n’est pas automatique : il dépendrait de l’issue de l’affaire, de l’application de la loi aux faits retenus et, le cas échéant, de la reconnaissance de l’action collective par le tribunal.
Des demandes liées à une éventuelle violation de contrat sont également évoquées, sans chiffrage détaillé. C’est un enjeu fréquent dans les litiges numériques : les utilisateurs acceptent des conditions générales, mais la justice doit déterminer si les pratiques reprochées correspondent réellement à ce qui leur a été annoncé.
Une frontière essentielle entre profil public et messagerie privée
LinkedIn repose largement sur le partage volontaire d’informations professionnelles. Un membre peut rendre publics son parcours, ses compétences, ses publications ou ses commentaires. Ces contenus publics nourrissent la visibilité des profils et l’utilité même du réseau.
La messagerie privée obéit à une logique différente. Elle crée une attente de confidentialité plus forte, même lorsqu’elle est utilisée dans un cadre professionnel. Un utilisateur peut raisonnablement distinguer ce qu’il choisit de publier devant l’ensemble du réseau de ce qu’il envoie à une personne précise, à un recruteur ou à un prospect.
C’est pourquoi l’affaire pourrait dépasser le seul cas de LinkedIn. Les plateformes déploient de plus en plus de fonctions assistées par l’IA, qu’il s’agisse de rédiger des messages, de résumer des échanges, de recommander des contacts ou d’améliorer la recherche. Ces services ont besoin de données pour être développés et évalués. Mais la provenance de ces données, leur caractère privé et les règles de consentement deviennent des facteurs de confiance aussi importants que la qualité technique des outils.
L’enjeu est particulièrement sensible pour les abonnés Premium, puisque la plainte les place au centre de l’affaire. Le fait de payer pour des fonctionnalités supplémentaires ne crée pas à lui seul un régime juridique particulier de confidentialité, mais il renforce l’attention portée aux engagements de la plateforme envers ses clients.
Quel rôle pour Microsoft et les régulateurs ?
LinkedIn est une filiale de Microsoft. L’affaire touche donc indirectement le groupe, même si la plainte vise les pratiques de la plateforme professionnelle. Microsoft est déjà l’un des acteurs les plus suivis dans la course à l’intelligence artificielle, ce qui donne à toute controverse sur les données une résonance particulière auprès des utilisateurs, des investisseurs et des autorités.
L’acquisition d’Activision Blizzard par Microsoft, finalisée pour près de 69 milliards de dollars, illustre l’ampleur et la diversité du groupe. Elle ne constitue pas un élément du litige LinkedIn, mais rappelle que la gestion des données personnelles est un sujet de gouvernance qui concerne de nombreuses activités d’un même conglomérat technologique.
Les régulateurs observent avec une attention croissante la manière dont les grandes entreprises expliquent l’usage des données dans leurs produits d’IA. Si les allégations étaient confirmées, elles pourraient nourrir les appels à des règles plus strictes sur la transparence, les choix de refus et la traçabilité des données utilisées pour l’entraînement. À la date du 23 janvier 2025, aucune réponse détaillée de LinkedIn aux griefs présentés dans la plainte n’est rapportée.
Que peuvent faire les utilisateurs de LinkedIn ?
Pour les utilisateurs, cette affaire rappelle d’abord un principe simple : les paramètres de confidentialité méritent d’être vérifiés régulièrement, surtout lorsqu’une plateforme ajoute des fonctions d’intelligence artificielle ou modifie ses conditions d’utilisation.
Quelques réflexes peuvent aider à mieux comprendre les choix disponibles :
- consulter les réglages liés à l’utilisation des données et aux fonctionnalités d’IA dans son compte ;
- lire les mises à jour de politique de confidentialité, en particulier les passages consacrés aux données utilisées pour améliorer un service ;
- distinguer les informations destinées à être visibles publiquement des échanges envoyés dans une messagerie ;
- éviter de transmettre dans un message des données particulièrement sensibles lorsque cela n’est pas nécessaire.
Désactiver une option ne permet pas toujours d’effacer un traitement déjà intervenu. C’est précisément l’un des points soulevés par la plainte. Les utilisateurs qui s’interrogent sur leur situation doivent donc regarder le libellé actuel des paramètres, mais aussi les explications données sur leur effet dans le temps.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois
La première étape sera procédurale. Le tribunal fédéral de San José devra examiner les arguments des parties et décider si l’affaire peut avancer sous la forme d’une action collective. La définition exacte du groupe concerné sera centrale : elle déterminera quels abonnés Premium pourraient être inclus et sur quelle période.
Il faudra aussi suivre les éléments apportés sur le parcours des données. Le débat portera notamment sur la distinction entre messages privés, données InMail, contenus publics et informations utilisées pour l’entraînement de l’IA. Cette précision factuelle sera indispensable avant toute conclusion sur l’ampleur réelle des pratiques reprochées.
Enfin, l’affaire constituera un test de transparence pour l’ensemble du secteur. Les utilisateurs n’attendent pas seulement des plateformes qu’elles innovent avec l’IA. Ils attendent aussi de savoir clairement quelles données alimentent ces outils, à quel moment elles sont utilisées et quels choix leur restent réellement possibles.
Questions fréquentes
Pourquoi LinkedIn est-il poursuivi en janvier 2025 ?
La plainte déposée le 21 janvier 2025 accuse LinkedIn d’avoir partagé ou utilisé des messages privés et des données InMail de clients Premium afin d’entraîner des systèmes d’intelligence artificielle. Les plaignants soutiennent que cette utilisation est intervenue sans consentement explicite. Ces accusations devront encore être examinées par un tribunal fédéral.
Quels utilisateurs de LinkedIn sont concernés par cette action collective ?
La procédure cherche à représenter des millions de clients LinkedIn Premium potentiellement concernés. Cela ne signifie pas que tous les abonnés Premium ont nécessairement vu leurs messages utilisés, ni qu’ils seront automatiquement inclus dans un éventuel groupe de plaignants. Le tribunal devra définir la portée de l’action collective si elle est autorisée à se poursuivre.
Quelles données LinkedIn est-il accusé d’avoir utilisées pour l’IA ?
Les données mentionnées dans la plainte sont les messages privés et les informations InMail. Les InMail sont des messages permettant notamment de contacter des membres hors de son réseau direct. Le dossier soulève donc une différence importante entre les contenus publiés volontairement sur un profil LinkedIn et les échanges censés rester entre leurs destinataires.
Les abonnés LinkedIn Premium peuvent-ils recevoir 1 000 dollars ?
La plainte évoque la possibilité d’une indemnisation pouvant aller jusqu’à 1 000 dollars par plaignant au titre du Stored Communications Act fédéral. Ce montant n’est ni acquis ni automatique. Il dépendrait de la reconnaissance des demandes par la justice, de l’application de cette loi aux faits et de l’éventuelle certification de l’action collective.
Comment vérifier les paramètres de confidentialité de LinkedIn ?
Les utilisateurs peuvent consulter les réglages de leur compte liés au partage de données et aux fonctions d’intelligence artificielle, puis lire les explications associées dans la politique de confidentialité. Il est utile de vérifier la date d’application des options proposées. La plainte rappelle qu’un refus activé aujourd’hui ne présume pas nécessairement de l’usage passé des données.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Reuters, information sur la plainte visant LinkedIn pour l’usage présumé de messages privés dans l’entraînement de l’IAwww.reuters.com
- LinkedIn, politique de confidentialitéwww.linkedin.com/legal/privacy-policy
- U.S. House of Representatives, chapitre 121 du titre 18 du Code des États-Unis, Stored Wire and Electronic Communications and Transactional Records Accessuscode.house.gov/view.xhtml?path=/prelim@title18/part1/chapter121&edition=prelim



