Liam Booth-Smith rejoint Anthropic, sous surveillance après Downing Street
L’ancien chef de cabinet de Rishi Sunak, Liam Booth-Smith, devient responsable des affaires externes d’Anthropic. Cette arrivée, après une rencontre officielle avec l’entreprise à Downing Street, est encadrée par des restrictions de l’Acoba destinées à prévenir les conflits d’intérêts et toute apparence de lobbying.

Le passage du pouvoir politique vers les entreprises technologiques est devenu un sujet sensible à mesure que l’intelligence artificielle s’installe dans les politiques publiques. La nomination de Liam Booth-Smith chez Anthropic concentre ces interrogations : l’ancien chef de cabinet de Rishi Sunak, devenu pair conservateur, rejoint une entreprise qu’il avait rencontrée dans le cadre de ses fonctions à Downing Street.
Le nouveau poste n’est pas interdit en soi. Mais il est assorti de conditions fixées par l’Advisory Committee on Business Appointments, plus connu sous l’acronyme Acoba. Pendant deux ans après son départ du gouvernement, Booth-Smith ne pourra pas faire du lobbying au nom d’Anthropic. Un encadrement qui vise moins à empêcher le recrutement qu’à éviter qu’une connaissance acquise au sommet de l’État ne se transforme, trop vite, en avantage privé.
Un ancien collaborateur de Rishi Sunak aux affaires externes d’Anthropic
Liam Booth-Smith a rejoint Anthropic comme responsable des affaires externes. L’entreprise est active dans le domaine de l’intelligence artificielle, un secteur devenu stratégique pour les États, notamment en raison de ses applications dans les services publics, la recherche, l’éducation, l’économie ou encore la sécurité.
Avant ce recrutement, Booth-Smith a été chef de cabinet du Premier ministre conservateur Rishi Sunak. Il est également entré à la Chambre des lords l’année précédente. Cette double trajectoire, à la fois politique et professionnelle, explique l’attention portée à son arrivée dans une entreprise d’IA qui cherche à développer sa présence au Royaume-Uni.
Le titre de responsable des affaires externes recouvre généralement les relations d’une entreprise avec son environnement institutionnel, politique et public. Dans un secteur aussi encadré que l’IA, ces fonctions peuvent être particulièrement importantes. Les gouvernements réfléchissent en effet aux règles applicables aux modèles d’IA, à la protection des données, aux conditions de déploiement dans l’administration et aux dispositifs de sûreté.
Une rencontre à Downing Street en mai 2023
Le lien entre Liam Booth-Smith et Anthropic ne date pas de son recrutement. En mai 2023, il a assisté, en qualité d’observateur, à une réunion organisée par Rishi Sunak avec l’entreprise à 10 Downing Street.
Cette rencontre s’inscrivait dans une période où le gouvernement britannique affichait sa volonté de faire du Royaume-Uni un acteur majeur de l’intelligence artificielle. D’anciens contacts professionnels ont indiqué que Rishi Sunak soutenait l’idée d’un pays en tête de la course internationale dans ce domaine.
Le contexte est essentiel. Les entreprises d’IA ont besoin de dialoguer avec les pouvoirs publics, car les décisions gouvernementales peuvent peser sur leur activité : règles de sécurité, accès aux marchés publics, politique industrielle, attractivité des talents ou encore implantation locale. De leur côté, les gouvernements cherchent à comprendre des technologies complexes et à favoriser l’innovation sans renoncer à la protection du public.
Cette proximité nécessaire peut cependant nourrir un doute lorsque les interlocuteurs changent de camp. Le risque n’est pas seulement celui d’une décision explicitement biaisée. Il concerne aussi l’apparence d’influence : un ancien conseiller peut-il être perçu comme disposant d’un accès privilégié à l’exécutif, même s’il respecte formellement les règles ? C’est précisément ce type de situation que l’Acoba examine.
| Élément | Ce qui est établi dans le cas de Liam Booth-Smith | Enjeu de transparence |
|---|---|---|
| Fonction gouvernementale | Il a été chef de cabinet de Rishi Sunak | Il a travaillé au plus près du pouvoir exécutif britannique |
| Rencontre avec Anthropic | Il a assisté comme observateur à une réunion en mai 2023 | L’entreprise était déjà connue dans le cadre de ses fonctions publiques |
| Nouveau poste | Il devient responsable des affaires externes d’Anthropic | La fonction est liée à l’environnement institutionnel de l’entreprise |
| Encadrement | L’Acoba prévoit deux ans sans lobbying pour Anthropic | Éviter l’utilisation immédiate de contacts ou d’informations issus du gouvernement |
Ce que l’Acoba interdit pendant deux ans
L’Acoba est le comité consultatif britannique chargé d’examiner certaines nominations professionnelles envisagées par d’anciens responsables publics. Son rôle est de formuler des conditions destinées à prévenir les conflits d’intérêts et à préserver la confiance dans les institutions.
Dans le cas de Liam Booth-Smith, le comité a fixé une restriction claire : il ne doit pas s’engager dans des activités de lobbying pour Anthropic pendant deux ans après avoir quitté le gouvernement. Anthropic a confirmé qu’aucune activité de cette nature ne serait menée par Booth-Smith durant cette période et que l’entreprise respecterait les recommandations de l’Acoba.
Le comité a également souligné deux précautions fondamentales. Booth-Smith ne doit pas utiliser des informations privilégiées obtenues pendant son passage au gouvernement. Il ne doit pas non plus exploiter les relations qu’il a pu nouer afin d’influencer les politiques publiques au bénéfice d’Anthropic.
Il n’a par ailleurs pas été rapporté qu’il ait participé à des décisions commerciales ou contractuelles concernant Anthropic lorsqu’il était au gouvernement. Ce point compte : plus un responsable public a été impliqué dans un dossier spécifique, plus la possibilité de rejoindre l’organisation concernée peut poser problème.
Il faut distinguer le lobbying d’un échange institutionnel ordinaire. Une entreprise peut vouloir expliquer son activité, répondre à une consultation ou participer à un débat public. Le problème apparaît lorsqu’un ancien responsable utilise son influence, réelle ou supposée, pour obtenir un traitement favorable ou peser sur une décision au nom de son employeur.
Ce que les restrictions autorisent ou écartent
Ce que le poste permet
- Occuper la fonction de responsable des affaires externes chez Anthropic.
- Travailler pour une entreprise d’intelligence artificielle implantée au Royaume-Uni.
- Respecter les règles de transparence liées à son siège à la Chambre des lords.
- Exercer ses missions sans utiliser d’informations privilégiées issues du gouvernement.
Ce que l’encadrement exclut
- Mener du lobbying pour Anthropic auprès du gouvernement pendant deux ans.
- Utiliser des informations obtenues lors de ses fonctions à Downing Street.
- Exploiter ses relations gouvernementales pour influencer une politique publique.
- Créer une confusion entre son rôle chez Anthropic et ses obligations de pair.
Pourquoi le cumul avec un siège à la Chambre des lords interroge
La situation de Liam Booth-Smith suscite une attention supplémentaire parce qu’il siège à la Chambre des lords. Les membres de cette chambre participent au travail législatif britannique et peuvent intervenir dans les débats qui concernent directement la régulation de l’intelligence artificielle.
Les pairs sont soumis à un Code de conduite et à des obligations de transparence concernant leurs intérêts. Leur statut ne les exonère donc pas des règles applicables à leur activité professionnelle. Anthropic a indiqué que Booth-Smith respecterait à la fois les recommandations de l’Acoba et le Code de conduite de la Chambre des lords.
Gabe Winn, directeur général de la société de lobbying Blakeney, a toutefois exprimé des doutes sur la possibilité d’exercer un rôle d’affaires externes au sein d’une entreprise d’IA tout en étant pair. Son interrogation porte sur la lisibilité de la frontière entre un rôle professionnel, les prises de parole publiques et l’influence politique qu’un membre de la Chambre des lords peut être supposé détenir.
Cette préoccupation ne signifie pas qu’une règle a été enfreinte. Elle illustre une difficulté récurrente de la vie publique : les normes juridiques et déontologiques peuvent encadrer les comportements, sans faire disparaître toutes les questions de perception. Pour une entreprise intervenant dans un domaine aussi stratégique que l’IA, cette perception peut compter autant que la conformité formelle.
L’IA, un secteur où les relations avec l’État sont inévitables
L’arrivée d’un ancien collaborateur de Downing Street chez Anthropic révèle aussi la place particulière qu’occupe désormais l’IA. Une entreprise technologique peut vendre des produits et services à des clients privés, mais elle évolue aussi dans un environnement largement façonné par les pouvoirs publics.
Pour l’intelligence artificielle, les sujets de discussion sont nombreux : comment évaluer les risques des systèmes les plus puissants, quelles obligations imposer aux fournisseurs, comment encadrer l’usage de données, quels outils autoriser dans les administrations et quelles garanties exiger avant un déploiement à grande échelle.
Anthropic cherche à établir une présence au Royaume-Uni et à promouvoir ses services dans un large éventail d’applications, y compris en coopération avec le gouvernement britannique. Cette ambition rend la séparation entre expertise, dialogue public et influence d’autant plus importante.
Le Royaume-Uni veut tirer parti de l’IA pour soutenir l’innovation et la croissance, mais les autorités doivent aussi conserver une capacité de contrôle indépendante. Cette tension ne concerne pas une seule entreprise. Elle se retrouve partout où des acteurs technologiques disposent d’une expertise que les administrations cherchent à mobiliser, tout en étant susceptibles d’être concernés par les règles élaborées par ces mêmes administrations.
Ce qu’il faut surveiller
Les prochains mois permettront surtout d’observer l’application concrète des conditions imposées à Liam Booth-Smith. La question centrale sera de savoir comment Anthropic définira son rôle d’affaires externes pendant la période de deux ans, notamment lorsqu’il s’agira de contacts avec le gouvernement britannique.
La transparence sera déterminante. Plus les responsabilités respectives de l’entreprise, de son responsable des affaires externes et du pair de la Chambre des lords seront clairement séparées, plus il sera possible d’évaluer le respect des engagements pris.
Cette affaire rappelle enfin que la gouvernance de l’IA ne se joue pas uniquement dans les laboratoires ou au Parlement. Elle se joue aussi dans les passerelles entre ces univers. Les règles d’après-mandat, les déclarations d’intérêts et l’encadrement du lobbying deviennent des instruments concrets pour concilier l’expertise du secteur privé avec l’indépendance attendue de la décision publique.
Questions fréquentes
Quel poste Liam Booth-Smith occupe-t-il chez Anthropic ?
Liam Booth-Smith est devenu responsable des affaires externes d’Anthropic. L’ancien chef de cabinet de Rishi Sunak rejoint donc une entreprise d’intelligence artificielle dans une fonction liée à son environnement institutionnel et public. Anthropic cherche notamment à développer sa présence au Royaume-Uni.
Pourquoi Liam Booth-Smith ne peut-il pas faire de lobbying pour Anthropic ?
L’Acoba a fixé une période de deux ans après son départ du gouvernement pendant laquelle Liam Booth-Smith ne doit pas mener de lobbying pour Anthropic. Cette condition vise à éviter qu’un ancien responsable public mette immédiatement à profit ses contacts gouvernementaux ou des informations obtenues dans ses anciennes fonctions.
Liam Booth-Smith avait-il déjà rencontré Anthropic à Downing Street ?
Oui. En mai 2023, il a assisté en tant qu’observateur à une réunion organisée à Downing Street par Rishi Sunak, alors Premier ministre, à laquelle participait Anthropic. Ce précédent contact explique pourquoi son recrutement est examiné au regard des règles britanniques de prévention des conflits d’intérêts.
Un membre de la Chambre des lords peut-il travailler pour une entreprise d’IA ?
Le fait d’être pair n’empêche pas en lui-même d’exercer une activité professionnelle. En revanche, les membres de la Chambre des lords doivent respecter un Code de conduite et des obligations de transparence sur leurs intérêts. Dans ce cas, Anthropic affirme que Liam Booth-Smith respectera aussi les recommandations de l’Acoba.
Cette nomination prouve-t-elle un conflit d’intérêts entre Anthropic et le gouvernement britannique ?
Non. La nomination et les réserves exprimées ne constituent pas la preuve d’un conflit d’intérêts ou d’une infraction. Elles montrent qu’un risque d’influence, ou d’apparence d’influence, existe lorsqu’un ancien collaborateur de Downing Street rejoint une entreprise active dans un secteur fortement lié aux décisions gouvernementales.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- The Guardian, rubrique Technology, article sur la nomination de Liam Booth-Smith, 25 juin 2025www.theguardian.com/technology
- Gouvernement britannique, Advisory Committee on Business Appointmentswww.gov.uk
- Parlement du Royaume-Uni, Chambre des lordswww.parliament.uk/business/lords
- Anthropic, site officielwww.anthropic.com



