Entreprises et marchés

Nvidia dépasse les attentes, mais la Chine pèse déjà sur sa croissance

Nvidia a largement dépassé les attentes au premier trimestre de son exercice 2026, portée par les investissements mondiaux dans l’intelligence artificielle. Mais les nouvelles restrictions américaines sur les puces H20 destinées à la Chine entraînent une charge immédiate et amputent déjà les prévisions de ventes du groupe.

Serveurs de centre de données et puces d’IA illustrant la croissance mondiale de Nvidia malgré les restrictions chinoises.
Illustration : Actu.ai

Le marché avait été prévenu que les restrictions américaines sur les exportations vers la Chine pèseraient lourdement sur Nvidia. Il n’en fallait pas moins pour que les résultats publiés le 28 mai 2025 frappent les esprits : la demande mondiale en matériel d’intelligence artificielle reste suffisamment intense pour permettre au groupe californien de dépasser les prévisions, malgré un choc immédiat sur une partie de ses activités.

Au premier trimestre de son exercice fiscal 2026, clos le 27 avril 2025, Nvidia a dégagé 44,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires. L’entreprise ne fait pas pour autant disparaître le problème chinois. Elle a inscrit une charge de 4,5 milliards de dollars, liée à des stocks excédentaires et à des engagements d’achat concernant ses puces H20, et anticipe un manque à gagner de 8 milliards de dollars pour le trimestre suivant.

Des résultats qui dépassent les attentes du marché

Le chiffre d’affaires trimestriel de Nvidia progresse de 69 % sur un an. C’est un rythme moins spectaculaire que les envolées observées à certains trimestres précédents, mais il serait difficile de le qualifier de ralentissement ordinaire pour une entreprise qui atteint déjà des volumes de revenus aussi élevés.

Le moteur de cette expansion est sans surprise la branche des centres de données. Elle a généré 39,1 milliards de dollars, contre l’équivalent de 34,7 milliards d’euros selon les conversions retenues à cette date, soit une hausse de 73 % par rapport au même trimestre de l’exercice précédent. Cette activité inclut notamment les puces, systèmes et équipements achetés par les grands opérateurs de cloud et les entreprises qui construisent des infrastructures d’IA.

IndicateurPremier trimestre fiscal 2026Évolution ou prévision
Chiffre d’affaires total44,1 milliards de dollars+69 % sur un an
Chiffre d’affaires des centres de données39,1 milliards de dollars+73 % sur un an
Charge liée aux puces H204,5 milliards de dollarsStocks et engagements d’achat excédentaires
Prévision de chiffre d’affaires au trimestre suivant45 milliards de dollarsInclut un impact attendu de 8 milliards lié à la H20
Marge brute non-GAAP attendue72 %Après 73,5 % au trimestre précédent

Pour comprendre l’importance de ces chiffres, il faut distinguer les deux grands usages des processeurs d’IA. L’entraînement consiste à faire apprendre un modèle à partir de très grandes quantités de données. L’inférence correspond ensuite au moment où ce modèle répond à une requête, génère un texte, analyse une image ou exécute une autre tâche pour un utilisateur. Les deux opérations nécessitent une puissance de calcul considérable lorsqu’elles sont déployées à très grande échelle.

Jensen Huang, directeur général de Nvidia, attribue les performances du groupe à la vigueur de la demande mondiale en infrastructures d’IA, en particulier chez les principaux fournisseurs de services cloud. Il souligne également que la génération de jetons en inférence a été multipliée par dix en un an. Dans le vocabulaire des modèles de langage, les jetons sont les unités de texte traitées ou produites par le système. Leur hausse traduit l’intensification des usages de l’IA générative.

Pourquoi l’action Nvidia a grimpé après la publication

Après l’annonce, l’action Nvidia a gagné près de 5 % dans les échanges après la clôture de Wall Street. Elle ne se trouvait alors plus qu’à environ 8 % de son sommet historique atteint en janvier 2025.

Les marchés ne jugent pas uniquement un résultat sur son niveau absolu. Ils comparent ce qui est annoncé aux attentes déjà intégrées dans le cours de Bourse. Or, Nvidia devait convaincre sur un point délicat : sa capacité à maintenir une croissance très élevée après le durcissement des contrôles à l’exportation vers la Chine.

Pour Josh Gilbert, analyste chez eToro Australie, la publication confirme la robustesse de la demande. C’est ce signal qui a rassuré les investisseurs : les dépenses consacrées aux centres de données et à l’IA ne semblent pas avoir été stoppées par les contraintes rencontrées sur un marché spécifique, même très important.

Cette réaction ne signifie pas que le risque a disparu. Elle montre plutôt que, à ce stade, les investisseurs considèrent que l’ampleur du marché mondial de l’IA peut absorber une partie du manque à gagner chinois. C’est une distinction essentielle : une entreprise peut publier de très bons résultats tout en faisant face à une dégradation réelle de ses perspectives sur une zone géographique donnée.

Blackwell, la nouvelle génération au centre de la stratégie

Nvidia a indiqué que Blackwell, sa nouvelle génération de puces dédiées à l’IA, était désormais en production à grande échelle. Ce passage est stratégique. Dans le secteur des semi-conducteurs, présenter une puce ne suffit pas : il faut être capable de la fabriquer en volume, de l’intégrer dans des systèmes complexes et de la livrer aux clients sans heurts majeurs.

Les centres de données ne commandent généralement pas un processeur isolé. Ils achètent des ensembles qui associent puces de calcul, mémoire, réseau et logiciels. Nvidia cherche précisément à capter une part croissante de cette valeur en proposant des plateformes complètes pour construire et exploiter des infrastructures d’IA.

La montée en puissance de Blackwell arrive dans une période où les entreprises technologiques cherchent à répondre à deux besoins simultanés : entraîner des modèles plus capables et réduire le coût de leur utilisation quotidienne. Une architecture plus performante peut permettre de traiter davantage de calcul avec moins de matériel ou d’énergie par tâche, mais elle implique également un renouvellement coûteux des équipements pour les clients.

La Chine, un manque à gagner immédiat et une incertitude durable

L’élément le plus sensible de la publication concerne les puces H20, conçues pour le marché chinois dans le cadre de précédentes règles américaines. De nouvelles restrictions d’exportation imposées par le gouvernement des États-Unis ont toutefois considérablement réduit la possibilité de les vendre en Chine.

Nvidia a enregistré au premier trimestre une charge de 4,5 milliards de dollars, soit environ 4 milliards d’euros, liée à l’excédent de stocks non vendus et aux engagements associés à la H20. Ce montant est une conséquence comptable immédiate de l’impossibilité de commercialiser les produits comme prévu.

Il faut aussi le distinguer du chiffre de 8 milliards de dollars, environ 7,1 milliards d’euros, avancé pour le trimestre en cours. Cette seconde somme correspond à des revenus que Nvidia estime ne pas pouvoir réaliser en raison des restrictions, et non à une charge déjà enregistrée de même nature. La nuance compte pour lire les comptes du groupe : l’une concerne le coût d’inventaires et d’engagements devenus problématiques, l’autre les ventes futures perdues.

Jensen Huang a estimé que le marché chinois de l’IA, évalué à 50 milliards de dollars, était devenu effectivement fermé à l’industrie américaine dans ce contexte réglementaire. Nvidia étudie des alternatives à la H20 et doit obtenir les autorisations gouvernementales nécessaires avant toute commercialisation de nouveaux produits concernés.

La dynamique mondiale face au frein chinois

Ce qui soutient Nvidia

  • 44,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires au premier trimestre fiscal 2026.
  • Les revenus des centres de données progressent de 73 % sur un an.
  • Blackwell est entré en production à grande échelle.
  • Les grands fournisseurs de cloud continuent d’investir dans l’infrastructure d’IA.
  • Le Moyen-Orient offre de nouveaux projets de centres de calcul.

Ce qui pèse sur Nvidia

  • Les ventes de puces H20 vers la Chine sont limitées par les règles américaines.
  • Une charge de 4,5 milliards de dollars a été enregistrée sur les stocks et engagements H20.
  • Nvidia prévoit 8 milliards de dollars de revenus H20 non réalisés au trimestre suivant.
  • Le marché chinois de l’IA, estimé à 50 milliards de dollars, est jugé effectivement fermé.
  • La marge brute non-GAAP attendue recule à 72 %.

Une croissance mondiale qui ne supprime pas le problème de rentabilité

Pour le deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2026, Nvidia prévoit un chiffre d’affaires d’environ 45 milliards de dollars. Cette perspective reste élevée, mais elle intègre déjà l’impact estimé de 8 milliards de dollars lié aux restrictions sur la H20.

La société anticipe une marge brute non-GAAP de 72 %, contre 73,5 % au trimestre précédent. La marge brute mesure ce qu’il reste des revenus après les coûts directs nécessaires pour produire les biens vendus. Une marge non-GAAP est calculée selon une présentation ajustée, qui écarte certains éléments comptables afin de donner une lecture différente de l’activité courante.

La légère baisse attendue rappelle que la croissance du chiffre d’affaires ne se traduit pas automatiquement par une progression identique de la rentabilité. Le lancement à grande échelle d’une nouvelle génération de produits, l’évolution du mélange de ventes et les conséquences des restrictions commerciales peuvent modifier les marges, même lorsque la demande demeure forte.

Le Moyen-Orient, une nouvelle zone de développement

Nvidia cherche parallèlement à diversifier ses relais de croissance. Le groupe a renforcé ses activités au Moyen-Orient, notamment en Arabie saoudite, au moyen de partenariats destinés à développer des usines d’IA dans la région. Ces projets s’inscrivent dans un contexte de grands investissements technologiques soutenus par la présidence américaine.

Pour Nvidia, l’intérêt est double. Ces infrastructures peuvent ouvrir des débouchés hors des marchés historiques des États-Unis, de l’Europe et de l’Asie orientale. Elles permettent aussi à des pays qui souhaitent disposer de capacités de calcul souveraines ou régionales de s’équiper pour développer leurs propres services d’IA.

Les analystes voient dans le Moyen-Orient un possible tremplin pour la prochaine phase de croissance du fabricant de puces. Cette perspective ne compense pas mécaniquement la perte du marché chinois, tant les clients, les règles et les volumes diffèrent. Elle illustre néanmoins une réalité du secteur : les infrastructures d’IA sont devenues un enjeu économique et stratégique pour un nombre croissant d’États.

Ce qu’il faut surveiller après ces résultats

Les prochains trimestres permettront d’évaluer si Nvidia réussit à préserver son élan sur trois fronts. Le premier est industriel : la production de Blackwell à grande échelle devra soutenir les livraisons sans créer de goulots d’étranglement. Le deuxième est financier : le marché suivra la trajectoire des marges, après le recul anticipé à 72 % en non-GAAP.

Le troisième est géopolitique. Les règles américaines d’exportation ne déterminent pas seulement ce que Nvidia peut vendre aujourd’hui en Chine. Elles influencent aussi la conception de futures puces, les demandes d’autorisations et la façon dont les clients chinois organisent leurs achats de matériel.

Au 29 mai 2025, les résultats confirment donc une chose : Nvidia demeure portée par une demande mondiale exceptionnelle pour l’infrastructure d’IA. Mais ils mettent aussi en lumière la limite de cette dynamique. La croissance ne protège pas une entreprise des effets concrets d’une décision réglementaire quand cette décision ferme l’accès à un marché évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Questions fréquentes

Pourquoi l’action Nvidia a-t-elle progressé après ses résultats de mai 2025 ?

L’action a gagné près de 5 % après la clôture car Nvidia a publié des résultats supérieurs aux attentes, avec 44,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Les investisseurs ont surtout retenu la vigueur persistante des commandes pour les centres de données et l’IA, malgré le manque à gagner attendu sur les ventes vers la Chine.

Quel chiffre d’affaires Nvidia a-t-elle réalisé au premier trimestre fiscal 2026 ?

Nvidia a réalisé 44,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires au premier trimestre de son exercice fiscal 2026, clos le 27 avril 2025. Ce montant représente une hausse de 69 % sur un an. Sa branche des centres de données a généré à elle seule 39,1 milliards de dollars, en progression de 73 %.

Quel est l’impact des restrictions américaines sur les puces Nvidia H20 en Chine ?

Les restrictions limitent la vente des puces H20 de Nvidia en Chine. L’entreprise a inscrit une charge de 4,5 milliards de dollars liée à des stocks et engagements d’achat excédentaires. Elle prévoit aussi de perdre 8 milliards de dollars de revenus potentiels au trimestre suivant, faute de pouvoir expédier ces produits comme prévu.

Pourquoi Blackwell est-elle importante pour la croissance de Nvidia ?

Blackwell est la nouvelle génération de puces d’IA de Nvidia, désormais en production à grande échelle au 29 mai 2025. Sa disponibilité en volume est essentielle pour répondre aux commandes des fournisseurs de cloud et des centres de données. Elle doit servir à l’entraînement des modèles comme à leur utilisation quotidienne, appelée inférence.

Quelles sont les prévisions de Nvidia pour le trimestre suivant ?

Nvidia prévoit environ 45 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour le deuxième trimestre de son exercice fiscal 2026. Cette estimation prend déjà en compte un impact négatif de 8 milliards de dollars lié aux restrictions sur la H20 en Chine. Le groupe anticipe une marge brute non-GAAP de 72 %.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Nvidia, résultats financiers du premier trimestre de l’exercice fiscal 2026nvidianews.nvidia.com/news/nvidia-announces-financial-results-for-first-quarter-fiscal-2026
  2. Nvidia, relations investisseursinvestor.nvidia.com
  3. Reuters, rubrique technologiewww.reuters.com/technology