Entreprises et marchés

Résultats d’Alphabet : Search et Cloud font mieux que prévu au premier trimestre

Alphabet a signé un premier trimestre 2025 supérieur aux attentes, avec 90,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires. La publicité sur Google Search reste le principal moteur, tandis que Google Cloud profite de la demande en IA. Ces résultats n’effacent pas les risques liés aux tarifs douaniers et à l’évolution de la recherche en ligne.

Un analyste observe des données de recherche et de cloud devant des serveurs informatiques.
Illustration : Actu.ai

Alphabet reste avant tout une entreprise de publicité, mais ses résultats publiés le 24 avril 2025 montrent que l’intelligence artificielle commence aussi à renforcer ses relais de croissance. Au premier trimestre, la maison mère de Google a dépassé les attentes du marché grâce à la solidité de Google Search et à l’accélération de Google Cloud. Une démonstration importante à un moment où le groupe doit convaincre qu’il peut transformer ses investissements massifs dans l’IA en revenus durables.

Les montants ci-dessous sont exprimés en dollars, la devise utilisée dans les comptes d’Alphabet. Il s’agit du premier trimestre 2025, et non de 2023. Cette précision est essentielle : les 90,2 milliards de dollars souvent cités correspondent au chiffre d’affaires du groupe, pas à son bénéfice.

Un trimestre meilleur qu’attendu pour Alphabet

Alphabet a enregistré 90,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en progression de 12 % sur un an. Son bénéfice net a atteint 34,5 milliards de dollars, pour un bénéfice par action de 2,81 dollars. Ces chiffres ont été bien accueillis par les investisseurs, car ils confirment que le cœur économique de Google, la publicité liée au moteur de recherche, conserve une croissance élevée malgré la montée des assistants conversationnels et des nouveaux usages de l’IA générative.

Le chiffre le plus surveillé était celui de Google Search. L’activité appelée dans les comptes « Google Search & other » a rapporté 50,7 milliards de dollars, soit 9,8 % de plus qu’au premier trimestre 2024. À elle seule, elle représente un peu plus de 56 % des revenus totaux du groupe.

ActivitéChiffre d’affaires au T1 2025Évolution sur un anCe qu’il faut en retenir
Alphabet, total90,2 milliards de dollars+12 %Le groupe dépasse les prévisions du marché.
Google Search & other50,7 milliards de dollars+9,8 %La recherche sponsorisée reste le premier moteur de revenus.
Publicité YouTube8,93 milliards de dollars+10 %La vidéo continue de croître, légèrement sous les attentes des analystes.
Google Cloud12,3 milliards de dollars+28 %La demande en infrastructure et en IA accélère fortement.
Other Bets, qui inclut Waymo450 millions de dollars-9 %Ce chiffre ne correspond pas aux revenus de Waymo seule.

La performance de Search revêt une portée particulière. Dans ce modèle, les annonceurs paient pour apparaître en bonne place lorsqu’un internaute formule une requête commerciale, par exemple pour trouver un produit, un hôtel ou un service. Plus les requêtes sont nombreuses et pertinentes, plus l’espace publicitaire de Google a de la valeur.

Google déploie dans son moteur les AI Overviews, des réponses synthétiques générées par IA qui apparaissent, pour certaines requêtes, au-dessus des liens habituels. L’objectif est de répondre plus directement aux questions complexes, en combinant et en résumant des informations issues du Web.

Lors de la présentation des résultats, Alphabet a indiqué que les AI Overviews étaient utilisées par 1,5 milliard d’utilisateurs par mois. Ce chiffre illustre l’ampleur prise par cette évolution de l’interface de recherche. Il ne faut toutefois pas en tirer une conclusion trop rapide sur les recettes : Alphabet ne fournit pas de montant de revenus spécifiquement attribuable à cette fonctionnalité.

L’enjeu est double pour Google. D’un côté, des réponses plus utiles peuvent encourager les internautes à effectuer davantage de recherches et à rester dans l’écosystème Google. De l’autre, elles changent la manière dont les utilisateurs voient les liens et les annonces, ce qui impose au groupe de préserver l’efficacité publicitaire de ses pages de résultats.

Pour les éditeurs de sites, cette évolution est également sensible. Lorsqu’une synthèse répond à une question sans nécessiter de clic, une partie du trafic peut ne plus parvenir jusqu’aux sites à l’origine des informations. Google doit donc arbitrer entre l’amélioration de l’expérience de recherche, les attentes des internautes, les besoins des annonceurs et la visibilité des créateurs de contenus.

Les résultats du trimestre apportent un premier élément de réponse économique : l’arrivée des résumés IA ne s’est pas traduite, à ce stade, par un effondrement de l’activité Search. Mais il serait prématuré d’y voir une garantie pour la suite. Le déploiement des AI Overviews reste progressif et les habitudes de recherche évoluent sur plusieurs années, pas sur un seul trimestre.

Google Search et Google Cloud, deux moteurs aux rôles différents

Google Search

  • 50,7 milliards de dollars de revenus au premier trimestre 2025.
  • Croissance de 9,8 % sur un an.
  • Premier contributeur au chiffre d’affaires d’Alphabet.
  • Dépend directement des budgets des annonceurs et de l’activité commerciale.
  • Les AI Overviews transforment progressivement l’expérience de recherche.

Google Cloud

  • 12,3 milliards de dollars de revenus au premier trimestre 2025.
  • Croissance de 28 % sur un an.
  • 2,18 milliards de dollars de bénéfice d’exploitation.
  • Profite de la demande des entreprises pour le cloud et l’IA générative.
  • Nécessite des investissements importants dans les centres de données et les puces.

Google Cloud transforme la demande en IA en activité rentable

L’autre grande satisfaction du trimestre est venue de Google Cloud. La division a généré 12,3 milliards de dollars de revenus, en hausse de 28 % sur un an. Elle bénéficie de la demande des entreprises pour les services de calcul à distance, le stockage de données, la cybersécurité, les outils d’analyse et, de plus en plus, les produits d’IA générative.

Google Cloud commercialise notamment des infrastructures capables d’entraîner ou de faire fonctionner des modèles d’IA. Ses clients peuvent utiliser des puces spécialisées, des outils de développement et des modèles proposés dans l’environnement Google. Cette offre place Alphabet face à des concurrents majeurs du cloud, qui cherchent eux aussi à convertir la ruée vers l’IA en contrats d’entreprise récurrents.

La croissance du chiffre d’affaires n’est pas le seul signal positif. Le bénéfice d’exploitation de Google Cloud a atteint 2,18 milliards de dollars, contre 900 millions de dollars un an plus tôt. Cela équivaut à une hausse d’environ 142 %. La division ne se contente donc plus de grandir : elle gagne sensiblement en rentabilité.

Cette progression aide à comprendre la stratégie dite « full stack » d’Alphabet. Le groupe développe des modèles d’IA, conçoit une partie de son infrastructure technique, opère des centres de données, vend des services cloud aux entreprises et intègre l’IA dans ses produits grand public. Cette intégration peut constituer un avantage, mais elle est coûteuse : l’entreprise doit continuer à investir très lourdement dans ses capacités informatiques pour rester compétitive.

YouTube progresse, tandis que Waymo reste difficile à isoler dans les comptes

La publicité YouTube a rapporté 8,93 milliards de dollars, soit une hausse d’environ 10 % sur un an. Cette performance confirme la place de YouTube parmi les principales plateformes publicitaires mondiales. L’essor de YouTube TV et des podcasts contribue à élargir les usages de la plateforme, même si le résultat trimestriel se situe légèrement sous les prévisions des analystes.

Le cas de Waymo demande davantage de prudence. L’activité de véhicules autonomes fait partie du segment comptable Other Bets, qui a déclaré 450 millions de dollars de chiffre d’affaires, en baisse de 9 % sur un an. Ce montant ne représente donc pas les revenus de Waymo à lui seul : il agrège plusieurs projets d’Alphabet en dehors de Google.

Waymo reste un projet stratégique et technologique, mais il est encore dans une phase d’expansion et d’investissement. Ses performances ne peuvent pas être déduites directement de la seule ligne Other Bets. Pour les investisseurs, le poids financier immédiat de cette activité demeure sans commune mesure avec celui de Search, de YouTube ou de Google Cloud.

Les tarifs douaniers américains, un risque pour les annonceurs asiatiques

Les bons résultats n’empêchent pas Alphabet de signaler un risque externe : l’évolution de la politique commerciale américaine. Philipp Schindler, le directeur commercial du groupe, a prévenu que les changements autour de l’exemption dite de minimis pourraient peser sur les recettes publicitaires.

Cette règle permettait à des envois de faible valeur, jusqu’à 800 dollars, d’entrer aux États-Unis avec une procédure douanière simplifiée et sans droits de douane. Sa suppression annoncée pour certains flux, notamment en provenance de Chine et de Hong Kong, risque d’augmenter les coûts de détaillants qui expédient directement aux consommateurs américains.

Pourquoi cela concerne-t-il Google ? De nombreux commerçants basés en Asie-Pacifique font de la publicité afin d’acquérir rapidement des clients aux États-Unis. Si leurs marges se réduisent à cause de nouveaux droits de douane ou de formalités plus coûteuses, ils peuvent diminuer leurs budgets marketing. Alphabet n’a pas chiffré précisément l’effet potentiel, mais reconnaît qu’il pourrait créer un frein pour son activité publicitaire en 2025.

Ce point rappelle une réalité souvent oubliée : même un groupe numérique mondial dépend de la santé de ses annonceurs. Les revenus de Google reflètent non seulement la qualité de ses produits, mais aussi les décisions d’achat des ménages, le commerce international et la confiance des entreprises.

Pourquoi l’action Alphabet a réagi favorablement

Après la publication des comptes, l’action Alphabet a gagné environ 5 % dans les échanges après la clôture de Wall Street. La réaction traduit le soulagement des marchés face à une croissance de Search plus robuste que prévu et à la rentabilité grandissante de Google Cloud.

Elle intervient toutefois dans un contexte plus contrasté. Depuis le début de 2025, l’action Alphabet restait en baisse d’environ 16 % avant cette réaction, pénalisée par les inquiétudes économiques plus larges et par les interrogations sur le coût de la course à l’IA.

Le conseil d’administration a aussi autorisé un nouveau programme de rachat d’actions de 70 milliards de dollars. Alphabet a par ailleurs relevé son dividende trimestriel de 5 %, à 21 cents par action. Un rachat d’actions n’est pas une promesse de dépenser immédiatement toute cette somme, mais il donne au groupe la possibilité de réduire le nombre d’actions en circulation et de redistribuer une partie de sa trésorerie aux actionnaires.

Ce qu’il faut surveiller après ces résultats

La première question est celle de la monétisation des nouveaux usages de recherche. Les AI Overviews séduisent un public massif, mais Alphabet devra démontrer dans la durée qu’elles préservent la valeur de la publicité, sans dégrader excessivement la visibilité des sites tiers.

La deuxième porte sur Google Cloud. Avec une croissance de 28 % et un bénéfice d’exploitation en forte hausse, la division apparaît comme le relais le plus tangible à la publicité. Sa trajectoire dépendra de la capacité d’Alphabet à répondre à la demande des entreprises tout en maîtrisant les dépenses d’infrastructure nécessaires à l’IA.

Enfin, l’environnement économique reste déterminant. Les restrictions commerciales américaines pourraient affecter les dépenses de certains annonceurs, en particulier les détaillants d’Asie-Pacifique. Alphabet aborde cette période avec des résultats solides et plusieurs moteurs de croissance, mais la publicité sur Search, son activité la plus rentable, demeure le baromètre essentiel de sa capacité à traverser les incertitudes de 2025.

Questions fréquentes

Pourquoi l’action Alphabet a-t-elle progressé après les résultats du premier trimestre 2025 ?

L’action a gagné environ 5 % après la clôture, car Alphabet a dépassé les attentes du marché. Les investisseurs ont salué la croissance de 9,8 % de Google Search et celle de 28 % de Google Cloud, ainsi que la forte amélioration de la rentabilité de cette dernière division.

Combien Google Search a-t-il rapporté à Alphabet au premier trimestre 2025 ?

L’activité « Google Search & other » a généré 50,7 milliards de dollars entre janvier et mars 2025, contre environ 46,2 milliards un an plus tôt. Cette hausse de 9,8 % confirme que la publicité liée au moteur de recherche reste de très loin la principale source de revenus d’Alphabet.

Les AI Overviews de Google font-elles baisser les revenus publicitaires ?

Les résultats du premier trimestre 2025 ne montrent pas de recul des revenus de Google Search, qui ont progressé de 9,8 %. Les AI Overviews comptent 1,5 milliard d’utilisateurs mensuels, mais Alphabet ne publie pas de recettes séparées pour cette fonctionnalité. Son impact durable sur les annonces et le trafic des sites reste donc à surveiller.

Pourquoi Google Cloud est-il important pour Alphabet ?

Google Cloud diversifie les revenus d’Alphabet au-delà de la publicité. La division a atteint 12,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 28 %, et 2,18 milliards de dollars de bénéfice d’exploitation. Elle vend aux entreprises des capacités de cloud, de données et d’intelligence artificielle.

Quel effet la fin de l’exemption de minimis peut-elle avoir sur Google ?

La fin annoncée de cette exemption douanière pour certains petits envois vers les États-Unis peut augmenter les coûts de détaillants asiatiques. Si ces entreprises réduisent leurs dépenses marketing pour protéger leurs marges, Google pourrait subir un frein sur une partie de ses revenus publicitaires en 2025.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Alphabet Investor Relations, résultats du premier trimestre 2025abc.xyz/investor
  2. Securities and Exchange Commission, documents financiers d’Alphabetwww.sec.gov/edgar/browse/?CIK=1652044
  3. Reuters, couverture économique et financière internationalewww.reuters.com