Cinq outils AppSec avec IA à connaître pour sécuriser les applications en 2025
La sécurité applicative doit suivre des logiciels livrés toujours plus vite, composés de code maison, de bibliothèques externes, d’API et désormais de fonctions d’IA générative. Apiiro, Mend.io, Burp Suite, PentestGPT et Garak illustrent cinq approches complémentaires pour détecter, hiérarchiser et corriger les failles.

Les applications ne sont plus de simples programmes installés sur un serveur. Elles s’appuient sur des bibliothèques open source, des conteneurs, des API, des services cloud, des outils d’intégration continue et, de plus en plus, des modèles d’intelligence artificielle. Cette imbrication accélère l’innovation, mais elle multiplie aussi les endroits où une erreur de configuration, une dépendance vulnérable ou une modification de code peut créer un risque.
C’est le rôle de l’AppSec, pour « application security » ou sécurité applicative, de réduire ces risques tout au long de la vie d’un logiciel. L’enjeu n’est pas seulement de trouver le plus grand nombre possible de défauts. Il faut surtout déterminer lesquels sont réellement exploitables, lesquels exposent des données ou des fonctions critiques, puis aider les équipes à les corriger assez tôt pour éviter un blocage juste avant la mise en production.
L’intelligence artificielle promet précisément d’améliorer cette phase de tri et de contextualisation. En analysant de grands volumes de signaux techniques, elle peut faire ressortir des anomalies, associer une alerte à un changement de code ou proposer une correction. Cette sélection de cinq outils AppSec en 2025 couvre toutefois des besoins distincts : gestion des risques logiciels, analyse de dépendances, test web, sécurité offensive encadrée et protection des applications à base de grands modèles de langage.
Pourquoi l’IA change la sécurité des applications
Les méthodes historiques de sécurité applicative reposent en grande partie sur des règles, des signatures connues et des scans effectués à des étapes précises du développement. Elles restent indispensables. Mais dans un environnement où les mises à jour peuvent être fréquentes, une équipe peut vite être submergée par des alertes qui n’ont pas la même gravité.
L’apport attendu de l’IA est double. D’une part, elle peut repérer des combinaisons de signaux qu’un contrôle isolé ne verrait pas facilement : une modification dans un dépôt de code, une autorisation trop large dans le cloud et une ressource sensible exposée, par exemple. D’autre part, elle peut fournir une recommandation plus directement exploitable pour la personne qui doit résoudre le problème.
Cette logique s’inscrit dans le DevSecOps : intégrer la sécurité dans les pratiques quotidiennes des développeurs et des équipes d’exploitation, plutôt que la reléguer à une vérification finale. Les points de contrôle sont alors placés dans les dépôts de code, les environnements de développement, les pipelines CI/CD, qui automatisent les tests et les déploiements, et la surveillance de la production.
Cinq outils, cinq périmètres de sécurité
Les cinq noms retenus ne sont pas des substituts parfaits les uns aux autres. Ils interviennent à des moments différents du cycle de vie logiciel et n’observent pas tous les mêmes objets. Une entreprise peut d’ailleurs combiner plusieurs familles d’outils selon ses applications et son niveau de maturité.
| Outil | Périmètre principal | Apport mis en avant dans cette sélection | Utilisateurs concernés |
|---|---|---|---|
| Apiiro | Risques de la chaîne d’approvisionnement logicielle | Analyse contextuelle du code, du cloud, des accès et des pipelines | Équipes sécurité, développement et plateforme |
| Mend.io | Code source, open source et conteneurs | Couverture unifiée et remédiation contextualisée | Développeurs et responsables AppSec |
| Burp Suite | Applications web et API | Tests de pénétration, analyse du trafic et scans plus intelligents | Testeurs de sécurité et analystes |
| PentestGPT | Sécurité offensive assistée par IA générative | Raisonnement conversationnel autour de scénarios de test autorisés | Pentesteurs, analystes et apprenants encadrés |
| Garak | Applications fondées sur les LLM et les agents | Recherche de risques tels que l’injection de prompts ou les fuites d’informations | Équipes construisant des produits d’IA générative |
Apiiro, relier les alertes au risque métier
Apiiro se distingue par une approche d’intelligence des risques appliquée à la chaîne d’approvisionnement logicielle. Plutôt que de s’en tenir à un scan isolé du code, l’outil cherche à relier plusieurs sources de données : contrôles de source, pipelines CI/CD, configurations cloud et modèles d’accès utilisateur.
Cette vue d’ensemble est importante parce qu’une vulnérabilité n’a pas la même conséquence selon l’endroit où elle se trouve. Un défaut dans un composant peu utilisé, sans accès à une donnée sensible, ne réclame pas forcément le même traitement qu’une modification associée à un service exposé, à des privilèges importants ou à une fonction commerciale critique.
L’analyse full-stack contextualisée mise en avant par Apiiro vise donc à relier les changements techniques, les actions de développement et le contexte de l’entreprise. L’objectif est de faire passer les équipes d’une accumulation de signaux à une priorisation plus stratégique : corriger d’abord ce qui présente l’impact potentiel le plus élevé.
Mend.io, couvrir le code et ses dépendances
Mend.io répond à un problème récurrent dans le développement moderne : une application contient bien plus que le code écrit directement par son équipe. Elle mobilise souvent des bibliothèques open source, des composants tiers et des images de conteneurs. Chacun peut introduire une vulnérabilité ou une dépendance obsolète.
La plateforme propose une couverture unifiée du code source, de l’open source, des conteneurs et de la logique fonctionnelle générée par l’IA. Cette dernière dimension devient particulièrement pertinente à mesure que les assistants de programmation se généralisent. Du code produit rapidement doit toujours être relu, testé et intégré avec les mêmes exigences de sécurité que du code écrit manuellement.
Le positionnement de Mend.io ne se limite pas à la détection. La solution met aussi l’accent sur une remédiation rapide, automatisée et contextualisée. Pour les équipes d’ingénierie, la valeur d’une alerte dépend largement de sa capacité à déboucher sur une action claire, sans imposer des recherches manuelles interminables pour identifier le composant concerné ou une version corrigée.
Burp Suite, l’outil de test web enrichi par l’automatisation
Burp Suite est un outil de référence pour les professionnels qui testent la sécurité des applications web. Il est particulièrement associé au travail de test de pénétration, c’est-à-dire à l’évaluation autorisée d’un système pour identifier les faiblesses qu’un attaquant pourrait chercher à exploiter.
Son intérêt tient à l’articulation entre un examen manuel, mené par un spécialiste, et des capacités d’automatisation. Dans les environnements web modernes, les parcours utilisateurs, les API et les échanges de données peuvent être complexes. Un outil utile doit être capable de capturer, d’observer et d’analyser le trafic, tout en laissant l’analyste investiguer les comportements les plus sensibles.
L’évolution alimentée par l’IA évoquée dans cette sélection vise des scans plus intelligents et une meilleure détection des anomalies à partir de motifs de trafic et de comportements utilisateurs. Cela peut renforcer l’efficacité des tests face à des applications dynamiques ou riches en API. Cela ne dispense pas pour autant d’un regard humain : comprendre une logique métier, valider un impact et écarter un faux positif demandent souvent une expertise qui dépasse l’analyse automatisée.
PentestGPT, l’IA générative au service des tests autorisés
PentestGPT illustre l’arrivée de l’IA générative dans les pratiques de sécurité offensive. Son principe est d’assister le raisonnement lors d’un test de pénétration, avec une interaction conversationnelle qui peut aider un analyste à structurer un scénario complexe ou à interpréter les étapes d’une évaluation.
Dans cette sélection, l’outil est présenté comme capable de s’éloigner des seuls scanners à règles préétablies afin de simuler des tactiques d’adversaires contemporains et d’envisager des chemins d’attaque. Cette capacité de raisonnement contextuel peut être utile pour explorer les interactions entre plusieurs composants plutôt que de traiter chaque alerte indépendamment.
Son intérêt est aussi pédagogique pour des professionnels de la sécurité, des testeurs et des développeurs, à condition que l’usage reste cadré. Un test de pénétration doit toujours reposer sur une autorisation explicite, un périmètre défini et des règles d’engagement précises. L’assistance d’un modèle génératif n’annule ni les obligations légales ni les procédures de sécurité d’une organisation.
Garak, tester les risques propres aux grands modèles de langage
Avec Garak, le sujet se déplace vers la sécurité des applications qui intègrent elles-mêmes l’IA générative. Un chatbot de service client, un assistant interne connecté à des documents ou un agent chargé d’automatiser une tâche métier n’exposent pas exactement les mêmes surfaces de risque qu’une application web classique.
Les grands modèles de langage, aussi appelés LLM, reçoivent des instructions en langage naturel et produisent des réponses à partir de leurs données d’entraînement et du contexte qui leur est fourni. Ils peuvent être manipulés par des entrées malveillantes, être amenés à révéler des informations qu’ils ne devraient pas traiter ou produire des contenus inattendus. Les garde-fous ne doivent donc pas se limiter à l’interface de discussion : ils doivent aussi concerner les données, les outils auxquels le modèle accède et les permissions qui lui sont accordées.
Garak est conçu pour examiner ce type d’interfaces et rechercher des faiblesses spécifiques, notamment les injections de prompts et les risques de confidentialité. Une injection de prompt consiste à formuler une instruction destinée à détourner le comportement attendu du modèle, par exemple en tentant de contourner ses consignes ou d’influencer l’usage de données fournies en contexte. Pour les organisations qui déploient des LLM, cet examen complète les contrôles AppSec traditionnels, sans les remplacer.
Sécurité applicative classique et sécurité des applications à LLM
AppSec classique
- Analyse le code, les dépendances, les conteneurs, les configurations et les API.
- Recherche les vulnérabilités connues, les erreurs de développement et les mauvaises configurations.
- S’intègre aux dépôts, aux pipelines CI/CD et aux outils de suivi des incidents.
- S’appuie sur des scans automatisés, complétés par des tests manuels.
Sécurité des LLM
- Évalue le comportement d’un modèle, ses instructions et ses connexions à des données ou outils.
- Recherche notamment les injections de prompts et les risques de divulgation d’informations.
- Vérifie les garde-fous autour des assistants, chatbots et agents génératifs.
- Complète les contrôles classiques sans sécuriser à elle seule l’application entière.
Quels critères pour choisir un outil AppSec utilisant l’IA ?
Le terme « meilleurs outils » doit être manié avec prudence. Le meilleur produit est celui qui répond au risque concret d’une organisation et qui peut être intégré à ses pratiques existantes. Une plateforme très complète mais ignorée par les développeurs aura moins d’effet qu’un contrôle plus simple, correctement branché aux outils de travail quotidiens.
Avant de choisir, il faut notamment examiner les points suivants :
- Le périmètre technique : code propriétaire, dépendances open source, conteneurs, cloud, applications web, API ou LLM ne requièrent pas tous les mêmes contrôles.
- La qualité de la priorisation : un outil doit aider à distinguer une alerte théorique d’un problème réellement urgent selon l’exposition et l’importance de l’application.
- Les possibilités de remédiation : une recommandation actionnable, adaptée au langage ou au composant concerné, réduit le temps entre la détection et la correction.
- L’intégration aux flux DevOps : les résultats doivent pouvoir remonter dans les dépôts, les pipelines CI/CD et les systèmes de suivi utilisés par les équipes.
- La surveillance continue : une application reste exposée après son déploiement. Les changements de configuration et les comportements anormaux doivent pouvoir être observés dans la durée.
L’IA ne retire pas la responsabilité humaine
L’automatisation peut réduire les tâches répétitives : rechercher une dépendance vulnérable, repérer une configuration incohérente, enrichir une alerte avec son contexte ou suggérer une piste de correction. Pour autant, l’outil ne connaît pas nécessairement toutes les contraintes d’une entreprise, ses règles métier ou les effets d’un changement sur les utilisateurs.
Une recommandation générée par IA doit donc être revue avant son application, surtout lorsqu’elle touche à l’authentification, aux droits d’accès, aux données personnelles ou à un système de production. Il faut aussi considérer le risque inverse : si un outil AppSec collecte le code, les journaux ou des configurations, son déploiement exige lui-même une évaluation sérieuse des accès, de l’hébergement et de la confidentialité des données analysées.
La bonne organisation ne consiste pas à opposer l’expertise humaine aux outils intelligents. Elle consiste à répartir les rôles. La machine traite un grand volume de signaux et facilite le triage. Les développeurs, les équipes sécurité et les responsables métier arbitrent les priorités, vérifient les résultats et assument les décisions qui peuvent affecter le produit ou ses utilisateurs.
Ce qu’il faut surveiller en 2025
La montée en puissance du code généré par IA et des applications intégrant des LLM oblige la sécurité applicative à élargir son champ. Protéger uniquement le code et l’infrastructure ne suffit plus lorsque l’application peut interroger des documents internes, appeler des services externes ou exécuter des actions en réponse à une instruction formulée en langage naturel.
Les entreprises devront donc suivre deux mouvements en parallèle. Le premier concerne la maturation des outils d’AppSec classiques, qui cherchent à mieux contextualiser les vulnérabilités et à s’intégrer sans friction dans les chaînes de développement. Le second concerne l’émergence de contrôles dédiés aux modèles génératifs, aux agents et aux interfaces conversationnelles.
Apiiro, Mend.io, Burp Suite, PentestGPT et Garak montrent cette diversification. Ils ne promettent pas une sécurité automatique, mais ils donnent des moyens différents de repérer plus tôt les failles, de mieux les hiérarchiser et de vérifier que l’innovation logicielle ne se fait pas au détriment de la protection des données et des utilisateurs.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un outil AppSec basé sur l’IA ?
Un outil AppSec basé sur l’IA aide à protéger les applications en analysant du code, des dépendances, des configurations, du trafic ou des comportements. L’IA peut améliorer la détection, le classement des alertes et les conseils de remédiation. Elle ne remplace pas les contrôles de sécurité classiques ni l’expertise nécessaire pour valider les résultats.
Quels sont les meilleurs outils AppSec avec IA en 2025 ?
Cette sélection cite Apiiro pour l’intelligence des risques logiciels, Mend.io pour le code et les dépendances, Burp Suite pour les tests web, PentestGPT pour l’assistance aux tests de pénétration autorisés et Garak pour les risques propres aux grands modèles de langage. Ils répondent à des usages différents et peuvent être complémentaires.
Burp Suite est-il utile pour tester les API modernes ?
Oui. Burp Suite reste pertinent pour analyser la sécurité d’applications web dynamiques et riches en API. Ses capacités de test et d’analyse du trafic permettent aux spécialistes d’examiner les échanges entre un client et un serveur. L’automatisation accélère le travail, mais l’interprétation des résultats et l’étude de la logique métier restent cruciales.
À quoi sert Garak pour une application utilisant un LLM ?
Garak sert à examiner les interfaces qui reposent sur des grands modèles de langage ou des agents génératifs. Il aide à rechercher des risques particuliers, comme les injections de prompts et les problèmes de confidentialité. Il doit être employé en complément de protections plus larges sur les accès, les données fournies au modèle et les actions autorisées.
Les outils AppSec utilisant l’IA peuvent-ils corriger les vulnérabilités seuls ?
Ils peuvent proposer des correctifs, automatiser certaines remédiations et fournir un contexte utile aux développeurs. Toutefois, une correction doit être testée et validée par des personnes compétentes, car elle peut avoir des conséquences sur le fonctionnement, les permissions ou la conformité de l’application. La responsabilité finale reste humaine.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Apiiro, plateforme de gestion des risques liés au code et à la chaîne logicielleapiiro.com
- Mend.io, sécurité du code, de l’open source et des conteneurswww.mend.io
- PortSwigger, Burp Suite pour la sécurité des applications webportswigger.net/burp
- Dépôt GitHub du projet PentestGPTgithub.com/GreyDGL/PentestGPT
- Dépôt GitHub de Garak, outil d’évaluation de sécurité des LLMgithub.com/NVIDIA/garak



