Il Foglio AI : un quotidien italien teste une édition rédigée par l’intelligence artificielle
Le quotidien italien Il Foglio lance Il Foglio AI, une édition expérimentale dont textes et titres sont générés par une IA. Publiée du mardi au vendredi pendant un mois, elle conserve une intervention humaine limitée aux questions adressées au système et à la relecture.

En mars 2025, le quotidien italien Il Foglio ouvre un terrain d’expérimentation particulièrement visible pour la presse : une édition baptisée Il Foglio AI, présentée comme entièrement générée par intelligence artificielle. L’enjeu ne se limite pas à produire des textes plus vite. En confiant aussi les titres et la rédaction des articles à un système d’IA, le journal met à l’épreuve une question essentielle : que reste-t-il du travail journalistique lorsque l’écriture elle-même est automatisée ?
Le projet est annoncé comme une première mondiale par le titre italien. Il ne s’agit pas du remplacement immédiat de l’édition ordinaire, mais d’un test organisé sur une durée définie. Cette précision compte : une démonstration éditoriale, même ambitieuse, ne permet pas à elle seule de conclure que l’IA peut remplir toutes les missions d’une rédaction.
Il Foglio AI, une expérimentation menée pendant un mois
Il Foglio AI doit paraître du mardi au vendredi pendant un mois, parallèlement à la version habituelle d’Il Foglio. Le supplément est annoncé en kiosque et en version numérique. Selon le dispositif décrit par le journal, l’intelligence artificielle produit les éléments les plus visibles d’un quotidien : les articles et leurs titres.
Le rédacteur en chef, Claudio Cerasa, a indiqué que l’ensemble du contenu émanait de l’IA. L’objectif affiché est d’observer concrètement ce que cette technologie change à la fabrication de l’information et à sa présentation au public. Le choix d’un format régulier, sur plusieurs semaines, permet de dépasser le simple article isolé généré par un outil conversationnel : il s’agit de soumettre une publication entière à une logique de production assistée par machine.
| Élément | Modalités annoncées pour Il Foglio AI |
|---|---|
| Support | Une édition expérimentale publiée en parallèle du journal habituel |
| Durée | Un mois |
| Rythme | Du mardi au vendredi |
| Contenus | Articles, analyses, commentaires et titres générés par IA |
| Intervention des journalistes | Questions adressées au système et relecture des réponses |
| Finalité | Explorer l’impact de l’IA sur la production journalistique |
Le caractère inédit du projet tient donc à son ambition éditoriale. L’IA ne sert pas seulement d’outil ponctuel pour reformuler une phrase, proposer un résumé ou corriger un texte déjà écrit. Elle devient le moteur annoncé de la rédaction de cette édition particulière.
Que signifie réellement une édition « entièrement générée par IA » ?
L’expression peut prêter à confusion. Dans le cas d’Il Foglio AI, les journalistes ne disparaissent pas du processus. Leur rôle est toutefois circonscrit : ils posent des questions à l’IA, puis relisent les réponses générées avant leur publication. Ils n’interviennent donc pas directement dans la rédaction des articles telle qu’elle est présentée par le journal.
Cette différence est décisive. Un texte généré par IA n’est pas nécessairement un texte publié sans regard humain. La relecture peut permettre d’identifier une formulation maladroite, une incohérence ou une affirmation manifestement problématique. Mais elle soulève immédiatement une autre interrogation : une relecture suffit-elle à vérifier chaque fait, chaque source et chaque nuance d’un article produit par un système automatique ?
Les modèles de langage génératifs sont conçus pour produire une suite de mots plausible à partir d’une consigne. Ils peuvent rédiger dans un ton donné, organiser une argumentation, synthétiser des éléments ou proposer un titre. En revanche, la fluidité d’un texte ne garantit pas sa justesse. Un système peut présenter une information erronée avec une grande assurance, omettre un contexte déterminant ou rapprocher des faits qui ne devraient pas l’être.
Le projet d’Il Foglio est précisément intéressant parce qu’il rend cette frontière visible. Il ne faut pas opposer mécaniquement une machine qui écrirait seule et des journalistes qui ne feraient rien. L’expérience met plutôt en scène une nouvelle répartition des tâches : l’IA formule, les humains interrogent et relisent.
Il Foglio AI : la répartition annoncée entre système et rédaction
Ce que l’IA génère
- Les textes des articles publiés dans l’édition expérimentale
- Les titres associés aux contenus
- Des analyses et des commentaires annoncés par le journal
- Des réponses formulées à partir des questions qui lui sont posées
Ce que font les journalistes
- Interroger le système d’intelligence artificielle
- Relire les réponses avant leur publication
- Encadrer l’expérience au sein du journal
- Maintenir l’édition habituelle en parallèle du supplément IA
L’écriture n’est qu’une partie du travail journalistique
Un journal ne se réduit pas à la capacité de rédiger des paragraphes cohérents. Avant l’écriture viennent le choix des sujets, l’évaluation de leur importance, la recherche d’informations, la vérification, la confrontation de points de vue et la hiérarchisation des faits. Après l’écriture viennent encore l’édition, le titrage, la responsabilité de publication et, si nécessaire, la correction.
Dans Il Foglio AI, l’IA est annoncée comme productrice des textes et des titres. La portée exacte de l’expérience dépendra donc de ce que la relecture humaine recouvre dans la pratique. Relire peut signifier contrôler la langue et la cohérence générale. Cela peut aussi impliquer de vérifier méthodiquement les faits avant publication. Or ces deux opérations n’ont ni le même coût, ni la même exigence professionnelle.
Le problème est particulièrement sensible pour l’actualité. Une information peut évoluer rapidement, être incomplète ou être rapportée de façon contradictoire par plusieurs sources. Un texte généré à partir d’une consigne peut donner une impression de synthèse immédiate, mais la qualité journalistique repose sur la capacité à distinguer ce qui est établi, ce qui est contesté et ce qui reste inconnu.
Il faut aussi considérer la question de l’angle. Choisir un sujet et décider de la place qu’il occupe dans un journal ne relève pas seulement d’une optimisation technique. Ces choix reflètent une ligne éditoriale, une appréciation de l’intérêt public et une responsabilité vis-à-vis des lecteurs. L’expérience italienne invite donc à ne pas réduire le métier de journaliste à la seule production de texte.
Fiabilité, sources et transparence : les points de vigilance
L’annonce d’Il Foglio AI alimente un débat plus large sur l’usage de l’IA dans les médias. Le premier enjeu est celui de la fiabilité. Pour qu’un lecteur puisse accorder sa confiance à un article, il doit pouvoir compter sur des informations exactes et sur une méthode de vérification solide. Lorsqu’une IA participe à la production, la rédaction doit être en mesure d’empêcher la diffusion d’erreurs, y compris quand celles-ci sont formulées de manière convaincante.
Le deuxième enjeu concerne les sources. Un système génératif peut rédiger une réponse sans montrer spontanément comment il a établi les faits qu’il affirme. Dans une démarche journalistique, savoir d’où vient une information est pourtant indispensable : cela permet de l’évaluer, de la recouper et de corriger une éventuelle erreur. Le projet d’Il Foglio pose ainsi, de façon très concrète, la question de la traçabilité des contenus produits par IA.
Le troisième enjeu est celui de la transparence. En identifiant explicitement son édition comme Il Foglio AI, le quotidien rend visible l’expérience auprès de son public. Cette clarté est importante. Un lecteur n’évalue pas de la même façon un texte rédigé par un journaliste, un texte assisté par IA ou un texte généré par IA puis relu par une rédaction. L’information sur le processus de fabrication fait elle-même partie de la relation de confiance.
Enfin, l’automatisation soulève un enjeu de diversité éditoriale. Si de nombreux médias recouraient aux mêmes outils et aux mêmes méthodes de génération, le risque serait de voir se multiplier des textes formatés de façon similaire. Le pluralisme ne dépend pas uniquement du nombre de contenus publiés, mais aussi de la variété des enquêtes, des angles, des voix et des approches.
Une expérience qui ne tranche pas l’avenir de la profession
L’initiative d’Il Foglio ne démontre pas, à elle seule, qu’une intelligence artificielle peut remplacer une rédaction. Elle offre en revanche un cas d’observation à grande échelle, sur un rythme de publication régulier. Les lecteurs pourront juger la lisibilité des textes, la pertinence des sujets traités et la capacité de l’édition à restituer une actualité complexe sans la simplifier à l’excès.
Pour les professionnels des médias, l’intérêt est également organisationnel. L’IA peut modifier la répartition du temps de travail : elle peut servir à générer rapidement une première proposition de texte, tandis que les journalistes consacrent davantage d’attention à l’enquête, à l’expertise, à l’interview et à la vérification. Mais le gain de temps espéré n’est réel que si le contrôle humain ne devient pas, lui-même, plus long et plus difficile que la rédaction initiale.
L’expérience met aussi en lumière une question de responsabilité. Lorsqu’un article est erroné, qui doit expliquer l’erreur au lecteur ? Dans les faits, c’est le journal qui a choisi de publier le texte. La présence d’une IA dans la chaîne de production ne change pas cette attente fondamentale : une rédaction doit pouvoir justifier ses choix et corriger ses contenus.
Le projet ne doit donc pas être lu uniquement sous l’angle du remplacement. Il peut aussi être compris comme un test des limites actuelles de l’IA dans un domaine où la forme, la vitesse et la fiabilité ne peuvent être dissociées.
Ce qu’il faut surveiller pendant l’expérience
Au cours du mois de publication d’Il Foglio AI, plusieurs critères permettront d’apprécier la portée de l’initiative. Le premier sera la qualité concrète des contenus : les articles apportent-ils des informations fiables, des analyses utiles et un contexte suffisant ? Le deuxième sera la nature réelle de la supervision humaine : la relecture se limite-t-elle à une validation formelle ou comprend-elle un contrôle approfondi des affirmations publiées ?
Il faudra également observer la réaction des lecteurs. Le fait de savoir qu’un article est généré par IA modifie-t-il la confiance accordée au journal ? Cette transparence crée-t-elle de la curiosité, de la prudence ou du rejet ? Les réponses varieront sans doute selon les sujets traités, car les exigences ne sont pas identiques pour un commentaire général, une analyse politique ou une information sensible.
Enfin, la principale leçon pourrait être moins technologique que journalistique. En automatisant l’écriture, Il Foglio oblige à définir plus précisément ce qui fait la valeur humaine d’un média : vérifier plutôt que seulement produire, hiérarchiser plutôt que simplement résumer, assumer une ligne éditoriale et répondre devant le public. C’est sur ces critères, davantage que sur la seule fluidité d’un texte, que l’expérience devra être évaluée.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Il Foglio AI ?
Il Foglio AI est une édition expérimentale du quotidien italien Il Foglio. Le journal la présente comme générée par intelligence artificielle : les articles, analyses, commentaires et titres sont produits par un système d’IA. Les journalistes interviennent en posant des questions au système et en relisant les réponses avant publication.
Pendant combien de temps Il Foglio AI est-il publié ?
L’expérience est prévue pendant un mois. L’édition Il Foglio AI doit paraître du mardi au vendredi, en parallèle de l’édition habituelle d’Il Foglio. Elle est annoncée à la fois en kiosque et en version numérique, ce qui permet au journal d’observer les réactions de son lectorat dans les conditions d’une publication réelle.
Les journalistes d’Il Foglio sont-ils remplacés par l’intelligence artificielle ?
Non, le dispositif présenté ne fait pas disparaître les journalistes. Ils ne rédigent pas directement les contenus de l’édition IA, mais ils interrogent le système et relisent les réponses générées avant publication. L’expérience déplace donc une partie du travail vers la formulation des demandes et le contrôle éditorial des textes.
Pourquoi une IA ne suffit-elle pas à faire du journalisme ?
Une IA peut produire un texte fluide et structuré, mais elle ne garantit pas que les informations sont exactes, complètes ou correctement contextualisées. Le journalisme implique notamment la vérification des faits, l’évaluation des sources, le recoupement des déclarations et la responsabilité de publication. Une relecture humaine est donc déterminante, surtout pour l’information d’actualité.
Il Foglio est-il vraiment le premier journal entièrement généré par IA ?
Il Foglio présente son initiative comme une première mondiale. Cette revendication porte sur une édition complète et régulière dont les articles et les titres sont générés par IA, et non sur l’usage ponctuel d’outils d’intelligence artificielle dans une rédaction. L’expérience doit être appréciée à l’aune de son périmètre précis et de la supervision humaine annoncée.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Il Foglio, site officiel du quotidien italienwww.ilfoglio.it
- Reuters, rubrique technologiewww.reuters.com/technology



