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Alphabet rebondit en Bourse : Wall Street relativise la menace d’Apple sur Google

Les déclarations d’Apple sur le recul des recherches Google dans Safari ont fait chuter Alphabet de 7 % le 7 mai 2025. Le titre a repris environ 1,4 % le lendemain matin, soutenu par des analystes qui jugent la réaction excessive et rappellent les atouts de Google dans la recherche assistée par IA.

Utilisateur comparant une recherche assistée par IA sur smartphone et des données de marché sur ordinateur.
Illustration : Actu.ai

Une phrase prononcée devant un tribunal a suffi à rappeler la nervosité des marchés face à l’avenir de la recherche en ligne. Le 7 mai 2025, l’action d’Alphabet, maison mère de Google, a cédé 7 % après qu’Apple a évoqué une première baisse des recherches Google réalisées via Safari et son intérêt pour les outils de recherche fondés sur l’intelligence artificielle. Le lendemain matin, jeudi 8 mai, le titre reprenait environ 1,4 %. Ce rebond partiel traduit surtout le message de plusieurs analystes : la menace concurrentielle est réelle, mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à un effondrement prochain de l’activité de recherche de Google.

L’épisode concentre les grandes interrogations qui pèsent sur le secteur : les assistants d’IA vont-ils détourner les internautes des moteurs de recherche traditionnels ? Apple peut-il modifier l’équilibre économique de Safari ? Et, surtout, Google peut-il conserver ses revenus publicitaires tout en transformant son produit historique avec Gemini et les réponses générées par IA ?

Les déclarations d’Apple qui ont fait vaciller Alphabet

La baisse boursière est intervenue dans le cadre du procès antitrust engagé par le ministère de la Justice des États-Unis contre Google. À la barre, Eddie Cue, vice-président senior des services d’Apple, a indiqué que les recherches Google effectuées dans Safari avaient diminué en avril 2025, une première selon lui. Il a relié cette évolution à l’intérêt croissant des utilisateurs pour des services de recherche utilisant l’IA.

Cette déclaration est particulièrement sensible parce que Safari constitue une porte d’entrée majeure vers le Web pour les utilisateurs d’iPhone, d’iPad et de Mac. Google y est le moteur de recherche par défaut, grâce à un accord commercial essentiel aux deux groupes. Alphabet verserait à Apple environ 20 milliards de dollars par an pour conserver cette position. Ce chiffre, largement cité dans le cadre du dossier antitrust, illustre la valeur stratégique de ce point d’accès aux internautes.

Indicateur cité au 8 mai 2025Ce qu’il signifie
- 7 %Baisse de l’action Alphabet le mercredi 7 mai après les commentaires d’Apple
+ 1,4 % environRebond du titre Alphabet le jeudi 8 mai au matin
20 milliards de dollars par anMontant estimé versé par Google à Apple pour être le moteur par défaut de Safari
1,5 milliardUtilisateurs mensuels des Aperçus IA de Google, selon TD Cowen
140 paysDéploiement évoqué pour ces Aperçus IA

Eddie Cue a aussi déclaré qu’Apple examinait activement l’ajout à Safari de moteurs de recherche reposant sur l’IA, citant notamment Perplexity. Son propos ne constitue toutefois pas l’annonce d’un changement immédiat du moteur par défaut de Safari, ni celle d’un nouveau partenariat signé. Il signale plutôt qu’Apple étudie les options qui émergent dans un marché devenu beaucoup plus mouvant depuis l’essor des assistants conversationnels.

Pourquoi Safari est au cœur de l’équation économique de Google

La recherche Google ne se résume pas à une liste de liens. Elle alimente un vaste système publicitaire : lorsqu’un utilisateur formule une requête commerciale, des annonces peuvent apparaître parmi les résultats. Plus le volume de recherches est élevé et pertinent pour les annonceurs, plus cette activité est susceptible de générer des recettes.

C’est pourquoi une baisse constatée dans Safari, même limitée à un mois et à un navigateur, a été interprétée comme un avertissement. Si les internautes prenaient durablement l’habitude de poser leurs questions à ChatGPT, Perplexity ou à d’autres assistants, Google pourrait perdre une partie des requêtes les plus rémunératrices. Les investisseurs s’interrogent alors sur deux effets possibles : la baisse du trafic vers Google et l’éventuelle fragilisation de l’accord coûteux conclu avec Apple.

Pour Apple, le sujet est également financier. Eddie Cue a indiqué que Google proposait toujours les meilleures conditions économiques. Tant que Google apporte à Apple une rémunération supérieure à celle de ses alternatives, l’intérêt commercial du groupe californien reste aligné avec le maintien de ce partenariat. Mais Apple doit aussi tenir compte des nouveaux usages de ses clients et de sa stratégie d’intégration de l’IA dans ses produits.

Le procès du ministère de la Justice ajoute une dimension juridique à ce débat. Les accords de distribution de Google, notamment ceux qui assurent sa présence par défaut sur les appareils et navigateurs, sont au centre des accusations d’atteinte à la concurrence. L’existence d’alternatives crédibles et la capacité des internautes à changer de service sont donc des éléments importants dans l’argumentation autour du degré de concurrence réel sur le marché de la recherche.

Wall Street estime que la réaction a été excessive

Le 8 mai, plusieurs établissements ont maintenu une recommandation favorable sur Alphabet, parmi lesquels Jefferies, TD Cowen, Citi et JPMorgan. Leur position ne revient pas à nier les risques liés à l’IA. Elle consiste à distinguer une déclaration marquante, prononcée dans un cadre judiciaire précis, d’une tendance suffisamment établie pour modifier les perspectives financières de Google.

Chez Jefferies, Brent Thill a notamment souligné l’apparente contradiction entre l’ampleur du paiement reçu par Apple et une présentation trop négative de Google. Chez JPMorgan, Harlan Sur a également relevé que les inquiétudes exprimées pourraient, paradoxalement, servir l’argument d’Alphabet dans le procès : si les usages se déplacent déjà vers de nouveaux outils d’IA, Google peut soutenir que son marché est plus contestable que ne le suggère l’accusation de domination durable.

Cette lecture mérite une nuance. Le fait qu’un utilisateur puisse choisir une autre application ou un autre service ne tranche pas à lui seul les questions de droit de la concurrence. En revanche, l’émergence de concurrents fondés sur l’IA, et la volonté affichée d’Apple de les envisager dans Safari, apportent des éléments concrets à un débat qui ne porte plus seulement sur les moteurs de recherche classiques.

Ce que le marché a craint, ce que les analystes ont rappelé

La crainte après Apple

  • Une baisse des recherches Google dans Safari pourrait annoncer un changement d’habitudes durable.
  • L’arrivée de services IA dans Safari pourrait réduire l’avantage du moteur défini par défaut.
  • Une migration des requêtes vers l’IA ferait peser un risque sur les revenus publicitaires de Google.
  • L’accord avec Apple, estimé à 20 milliards de dollars annuels, souligne la valeur du canal Safari.

La lecture des analystes

  • Une seule baisse mensuelle dans Safari ne suffit pas à établir une tendance structurelle.
  • Apple juge encore les conditions financières de Google les plus avantageuses.
  • Les Aperçus IA de Google touchent déjà 1,5 milliard d’utilisateurs mensuels selon TD Cowen.
  • Ces Aperçus IA génèrent des revenus comparables aux recherches classiques, selon le même analyste.
  • La montée de nouveaux concurrents peut aussi nourrir la défense de Google dans le procès antitrust.

Les Aperçus IA de Google sont-ils déjà rentables ?

L’un des arguments les plus suivis par les investisseurs concerne la capacité de Google à intégrer l’IA sans détériorer son modèle publicitaire. Google déploie des Aperçus IA, des réponses de synthèse intégrées à certains résultats de recherche et alimentées par ses modèles Gemini. L’objectif est de répondre directement à des questions complexes tout en conservant la recherche Google comme point de départ.

Selon John Blackledge, analyste chez TD Cowen, ces Aperçus IA touchent déjà 1,5 milliard d’utilisateurs par mois dans 140 pays. Il a également indiqué que leur niveau de revenus était comparable à celui de recherches traditionnelles. Pour Alphabet, c’est un signal central : l’IA ne serait pas seulement un coût technologique destiné à répondre à la concurrence, elle pourrait aussi être intégrée à un modèle commercial existant.

Il faut néanmoins interpréter ce point avec prudence. Des revenus comparables ne renseignent pas à eux seuls sur la rentabilité exacte, les coûts informatiques ou l’évolution des comportements à long terme. Produire une réponse générée par IA peut nécessiter davantage de puissance de calcul qu’une page de résultats traditionnelle. De plus, une réponse synthétique peut parfois réduire le nombre de clics vers les sites Web, ce qui modifie l’écosystème de la recherche sans que ses conséquences économiques soient encore entièrement mesurables.

La recherche IA remplace-t-elle vraiment les moteurs traditionnels ?

Depuis le lancement de ChatGPT par OpenAI en 2022, la recherche en ligne est devenue l’un des terrains les plus disputés de l’intelligence artificielle. Les assistants conversationnels permettent de formuler une demande en langage naturel, de demander une explication ou de poursuivre un échange. Cette expérience peut s’avérer plus pratique qu’une succession de mots-clés, notamment pour préparer un voyage, comprendre un sujet ou comparer des options.

Mais tous les usages ne se recouvrent pas. Un utilisateur qui cherche l’adresse d’un magasin, les horaires d’un train ou le site officiel d’une administration peut préférer une réponse rapide issue d’un moteur traditionnel. À l’inverse, une personne qui souhaite une synthèse, une recommandation structurée ou une explication peut être attirée par une interface conversationnelle. La concurrence ne se joue donc pas nécessairement selon un scénario où un seul acteur remplace entièrement tous les autres.

Google dispose encore de plusieurs atouts : une très grande habitude d’usage, des relations de distribution établies, une infrastructure publicitaire mondiale et la possibilité d’intégrer directement Gemini à son moteur. Apple, de son côté, contrôle Safari et peut influencer l’accès des utilisateurs à ces nouveaux services. Perplexity et d’autres acteurs cherchent, eux, à démontrer qu’une recherche construite autour de l’IA peut devenir une alternative crédible au modèle historique.

Ce qu’il faut surveiller après l’épisode Apple

La séance boursière du 8 mai ne clôt pas le débat. Elle montre plutôt que chaque indice sur l’évolution des habitudes de recherche peut désormais provoquer de fortes réactions sur Alphabet. Quatre éléments seront particulièrement importants dans les prochains mois.

  • Les données d’usage de Safari : il faudra savoir si la baisse évoquée pour avril reste ponctuelle ou si elle se confirme sur plusieurs mois.
  • Les choix d’Apple dans Safari : l’ajout effectif d’outils de recherche IA, leurs conditions d’accès et leur éventuelle mise en avant détermineront leur impact réel.
  • La monétisation des Aperçus IA : Alphabet devra continuer à démontrer que ses réponses générées par IA préservent les recettes associées aux recherches.
  • L’issue du volet antitrust américain : les éventuelles mesures concernant les accords de distribution peuvent modifier l’économie de la recherche bien au-delà du seul partenariat avec Apple.

Pour les marchés, l’épisode rappelle une règle simple : la position de Google dans la recherche reste puissante, mais elle n’est plus évaluée uniquement à l’aune de sa part de marché historique. Elle dépend désormais de sa capacité à transformer l’IA, d’une menace perçue, en un produit que les internautes utilisent et que les annonceurs financent.

Questions fréquentes

Pourquoi l’action Alphabet a-t-elle chuté de 7 % le 7 mai 2025 ?

Le titre a reculé après le témoignage d’Eddie Cue, responsable des services d’Apple, dans le procès antitrust américain contre Google. Il a indiqué que les recherches Google réalisées depuis Safari avaient diminué en avril, une première selon lui, et qu’Apple étudiait l’ajout de services de recherche fondés sur l’IA.

Google paie-t-il vraiment Apple pour être le moteur de recherche de Safari ?

Oui, Google verse à Apple une somme estimée à environ 20 milliards de dollars par an pour conserver sa place de moteur de recherche par défaut dans Safari. Le montant exact n’est pas publiquement détaillé par les entreprises, mais cet accord est devenu un point majeur du débat antitrust américain autour de la distribution de Google.

Apple va-t-il remplacer Google par Perplexity dans Safari ?

Au 8 mai 2025, aucune annonce ne confirme un remplacement de Google. Eddie Cue a déclaré qu’Apple examinait activement l’ajout de moteurs de recherche fondés sur l’IA, comme Perplexity, parmi les possibilités pour Safari. Google reste le moteur par défaut et Apple estime toujours que ses conditions financières sont les plus avantageuses.

Les Aperçus IA de Google rapportent-ils autant que la recherche classique ?

Selon John Blackledge de TD Cowen, les Aperçus IA de Google génèrent des revenus comparables à ceux des recherches traditionnelles. Cette indication est importante pour les investisseurs, car elle suggère que l’intégration de Gemini dans la recherche ne détruit pas nécessairement le modèle publicitaire. Elle ne permet toutefois pas de connaître précisément les marges ou les coûts de calcul.

La recherche par IA peut-elle faire disparaître Google Search ?

Les outils d’IA modifient clairement la façon de chercher des informations, mais ils ne remplacent pas tous les usages d’un moteur traditionnel. Les requêtes simples, locales ou navigationnelles restent bien adaptées à la recherche classique. L’enjeu pour Google est d’intégrer l’IA à son moteur tout en préservant l’utilité, la confiance et la monétisation de ses résultats.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Reuters, couverture des marchés et des déclarations d’Apple sur Googlewww.reuters.com
  2. Ministère de la Justice des États-Unis, dossier antitrust contre Googlewww.justice.gov/atr/case/us-and-plaintiff-states-v-google-llc
  3. Alphabet, relations investisseurs et résultats du premier trimestre 2025abc.xyz/investor