Au MIT, quatre enseignants pour rapprocher IA, architecture et durabilité
La School of Architecture and Planning du MIT accueille quatre enseignants en 2025. Leurs travaux couvrent les médias sociaux pilotés par les algorithmes, l’interaction humain-IA, l’architecture computationnelle et la performance environnementale des bâtiments, des domaines appelés à se croiser dans la conception des villes et des espaces de demain.

La conception d’un bâtiment, d’un quartier ou d’un espace public ne repose plus seulement sur un dessin, des matériaux et des règles d’urbanisme. Elle mobilise aussi des simulations, des outils de fabrication numérique, des données environnementales et, de plus en plus, des systèmes d’intelligence artificielle. C’est à la jonction de ces disciplines que la School of Architecture and Planning, aussi appelée SA+P, du Massachusetts Institute of Technology, le MIT, renforce son corps enseignant en 2025.
L’école annonce l’arrivée de quatre nouveaux membres : Karrie G. Karahalios, Pat Pataranutaporn, Mariana Popescu et Holly Samuelson. Leurs domaines ne se confondent pas, mais ils dessinent un ensemble cohérent : comprendre les effets des technologies sur les humains, concevoir avec des outils computationnels, réduire l’empreinte écologique du bâti et améliorer la qualité des environnements intérieurs.
Quatre recrutements au croisement des sciences, des médias et du bâti
La SA+P réunit au MIT des formations et des recherches liées à l’architecture, à l’urbanisme, au design et aux médias. L’arrivée de ces quatre enseignants illustre l’extension de ces champs : un projet architectural peut aujourd’hui être évalué par simulation, fabriqué avec des procédés numériques, analysé sous l’angle de ses émissions et pensé en tenant compte des interactions entre humains et systèmes algorithmiques.
Le doyen de l’école, Hashim Sarkis, souligne l’importance de ces recrutements : « Ces individus ajoutent une force et une profondeur considérables à notre faculté. » La formule ne désigne pas un programme commun déjà détaillé, mais elle met en évidence une priorité : faire dialoguer plusieurs expertises plutôt que d’isoler technologie, conception et enjeux environnementaux.
| Enseignante ou enseignant | Poste annoncé au MIT | Domaine de recherche ou d’enseignement mentionné |
|---|---|---|
| Karrie G. Karahalios | Professeure titulaire au MIT Media Lab | Médias sociaux, communication et environnements médiés par des algorithmes |
| Pat Pataranutaporn | Professeur assistant au MIT Media Lab | Interaction humain-IA et systèmes susceptibles d’améliorer la cognition humaine |
| Mariana Popescu | Professeure assistante au Département d’architecture | Architecture computationnelle, conception paramétrique, fabrication numérique et matériaux durables |
| Holly Samuelson | Professeure associée au Département d’architecture | Conception des bâtiments, santé humaine, environnement et simulation avancée |
Cette diversité compte particulièrement dans une école d’architecture et d’urbanisme. Les technologies numériques ne transforment pas seulement la manière de représenter un projet. Elles peuvent aussi influer sur les décisions prises en amont, par exemple lorsqu’il faut comparer plusieurs configurations de matériaux, estimer la consommation énergétique d’un bâtiment ou concevoir des interfaces destinées à des usagers.
Karrie G. Karahalios, étudier les médias à l’âge des algorithmes
Karrie G. Karahalios, diplômée du MIT, rejoint le MIT Media Lab en tant que professeure titulaire. Ses travaux portent sur les médias sociaux et la communication, avec une attention particulière aux situations dans lesquelles les échanges sont médiés par des algorithmes.
Cette expression recouvre une réalité quotidienne. Sur de nombreux services numériques, des systèmes automatisés classent, recommandent ou rendent plus visibles certains contenus. Ils peuvent organiser un fil d’actualité, suggérer des contacts, sélectionner des vidéos ou hiérarchiser des messages. Ces choix techniques ont des conséquences concrètes sur ce que les internautes voient, sur les conversations qu’ils rejoignent et sur leur compréhension d’un sujet.
Étudier ces mécanismes ne revient donc pas uniquement à examiner un logiciel. C’est aussi s’intéresser aux comportements humains, aux règles de visibilité et aux formes que prend la communication lorsque celle-ci passe par une plateforme. Dans un contexte où les outils d’IA générative et de recommandation prennent davantage de place, cette approche aide à poser une question essentielle : comment concevoir des systèmes qui ne masquent pas les effets de leurs propres choix ?
Le parcours de Karrie G. Karahalios a été distingué par le National Science Foundation CAREER Award et par la distinction ACM Distinguished Member. Ces reconnaissances soulignent la place de ses recherches à la rencontre de l’informatique, des médias et des sciences sociales.
Pour les étudiants appelés à concevoir des environnements numériques ou des expériences interactives, l’enjeu est concret. Un outil n’est jamais neutre par nature : son interface, ses règles de classement et les données qu’il utilise contribuent à orienter l’expérience de ses utilisateurs. Cette dimension devient particulièrement importante lorsqu’un système est déployé dans des contextes collectifs, éducatifs ou urbains.
Pat Pataranutaporn et la promesse d’une IA qui soutient la cognition
Titulaire d’un doctorat du MIT, Pat Pataranutaporn devient professeur assistant en médias et sciences au MIT Media Lab. Son champ de recherche concerne les façons dont des systèmes d’intelligence artificielle peuvent améliorer la cognition humaine.
Derrière cette formule, il ne s’agit pas de réduire l’IA à un simple remplacement de l’humain. L’idée d’une cognition augmentée consiste plutôt à explorer des outils capables d’aider une personne à apprendre, à se repérer dans une information complexe, à générer des pistes de réflexion ou à approfondir un travail. Les bénéfices possibles dépendent toutefois de la qualité du système, de son contexte d’utilisation et de la capacité de l’utilisateur à conserver un regard critique sur ses réponses.
Pat Pataranutaporn est également co-directeur du programme Advancing Humans with AI. Cette fonction résume l’orientation de ses travaux : réfléchir à des technologies qui favoriseraient le développement personnel, et non à une automatisation pensée comme une fin en soi.
Dans le domaine de l’architecture et du design, cette réflexion ouvre plusieurs pistes. Un système d’IA peut produire rapidement des variantes de formes, résumer une documentation technique ou assister une phase d’exploration. Mais il ne décide pas seul de ce qui est souhaitable pour un lieu, ses habitants ou son environnement. Ces décisions exigent de prendre en compte des contraintes souvent difficiles à traduire intégralement en données : usages, accessibilité, histoire d’un quartier, qualité de vie ou acceptabilité sociale.
Mariana Popescu, calculer et fabriquer pour construire autrement
La nouvelle professeure assistante Mariana Popescu rejoint le Département d’architecture avec une spécialisation en architecture computationnelle. Ses travaux associent notamment conception paramétrique, fabrication numérique et utilisation innovante des matériaux dans la construction durable.
La conception paramétrique consiste à définir un projet à partir de variables et de règles. Au lieu de dessiner une forme fixe une fois pour toutes, l’architecte peut faire évoluer certains paramètres : dimensions, orientation, répétition d’un élément, ouverture d’une façade ou comportement d’une structure. L’intérêt n’est pas de déléguer la création à une machine, mais de pouvoir comparer plus systématiquement différentes options et leurs conséquences.
La fabrication numérique ajoute un second niveau à cette démarche. Elle désigne des procédés dans lesquels des fichiers numériques guident la production d’éléments physiques. Cela peut concerner la découpe, l’usinage, la robotique ou d’autres méthodes de fabrication. Dans l’architecture, le défi ne se limite pas à produire des formes complexes. Il consiste aussi à savoir si elles peuvent être construites avec des ressources raisonnables, si elles sont réparables et si les matériaux employés répondent à des objectifs de durabilité.
Mariana Popescu a été nommée « Pioneer » dans la liste des 35 innovateurs de moins de 35 ans du MIT Technology Review. Son arrivée met ainsi l’accent sur un sujet majeur pour le secteur du bâtiment : utiliser le calcul et la fabrication non pour multiplier les effets de forme, mais pour examiner de nouvelles relations entre conception, matière et impact environnemental.
Cette approche peut être particulièrement utile lorsque les architectes cherchent à réduire les déchets, à mieux employer une ressource donnée ou à tester plusieurs solutions constructives avant de passer au chantier. Elle rappelle aussi que le numérique, même lorsqu’il accélère une phase de conception, ne dispense pas d’évaluer les conséquences matérielles d’un projet.
Holly Samuelson, faire du bâtiment un enjeu de santé environnementale
Holly Samuelson rejoint le Département d’architecture comme professeure associée. Ses recherches et son enseignement sont consacrés à la conception des bâtiments, avec un double objectif : la santé humaine et la santé environnementale.
Un bâtiment agit sur ses occupants de multiples manières. La qualité de l’air intérieur, la température, la lumière, la ventilation ou encore l’exposition à certaines sources de pollution font partie des paramètres qui peuvent influencer le confort et le bien-être. En parallèle, les choix de conception ont une incidence sur les besoins énergétiques et, plus largement, sur les émissions de gaz à effet de serre associées au bâti.
Holly Samuelson participe à des projets recourant à la simulation avancée pour travailler sur ces problèmes, notamment les émissions de gaz à effet de serre et la qualité environnementale intérieure. La simulation permet de tester virtuellement le comportement d’un bâtiment selon diverses hypothèses. Elle ne remplace pas l’observation réelle ni les arbitrages des concepteurs, mais elle offre un moyen d’anticiper certains effets avant la construction ou la rénovation.
L’intérêt de cette démarche est de refuser une vision trop étroite de la performance. Un bâtiment peu énergivore ne répond pas automatiquement à toutes les attentes s’il offre un environnement intérieur dégradé. À l’inverse, un espace confortable doit aussi être pensé en tenant compte de ses besoins en ressources. Croiser ces critères permet de traiter ensemble des enjeux que l’on oppose parfois à tort.
Pourquoi ces disciplines sont-elles appelées à se rencontrer ?
Les quatre recrutements couvrent des domaines distincts, mais leur rapprochement éclaire l’évolution de l’enseignement de l’architecture et de l’urbanisme. Les futurs professionnels ne seront pas seulement confrontés à des questions de style ou de technique constructive. Ils devront aussi comprendre des systèmes numériques, interpréter les résultats de modèles, travailler avec des données et évaluer les impacts sociaux comme écologiques de leurs décisions.
L’IA peut intervenir à plusieurs étapes d’un processus de conception. Elle peut aider à explorer des options, à organiser une information abondante ou à assister des tâches de représentation. Les outils computationnels peuvent, eux, simuler des performances ou modifier rapidement un ensemble de paramètres. Mais leur usage soulève des questions que les profils de Karrie G. Karahalios et Pat Pataranutaporn permettent d’aborder : quelles informations façonnent les résultats, comment les recommandations sont-elles produites, et comment préserver une capacité de décision éclairée ?
Les travaux de Mariana Popescu et Holly Samuelson ramènent cette réflexion au monde physique. Une proposition générée ou évaluée par ordinateur n’a d’intérêt que si elle peut se traduire dans des matériaux, des usages et des environnements vivables. La technologie doit donc être confrontée à la réalité constructive, climatique et sanitaire.
L’enseignement multidisciplinaire peut précisément aider à éviter deux écueils : considérer que l’outil numérique résout à lui seul les problèmes, ou rejeter ces outils sans comprendre les possibilités et les limites qu’ils introduisent. Pour les étudiants, l’enjeu est d’acquérir à la fois des compétences techniques et la capacité de questionner les systèmes qu’ils utilisent.
Ce qu’il faudra suivre au MIT en 2025
L’annonce de la SA+P confirme une orientation vers des recherches où la technologie est évaluée à l’aune de ses effets humains et environnementaux. Elle ne détaille pas les cours précis, les calendriers d’ateliers ni les projets communs qui pourraient être lancés par les quatre enseignants. Il faudra donc observer la manière dont leurs domaines respectifs se traduiront dans les enseignements, les laboratoires et les collaborations de l’école.
Plus largement, cette recomposition du corps professoral rappelle que l’avenir de l’architecture ne se joue pas uniquement dans l’apparition de nouveaux logiciels. Il dépendra de la capacité à concevoir des espaces moins émetteurs, plus sains et adaptés à leurs occupants, tout en gardant un regard critique sur les systèmes algorithmiques qui prennent place dans le travail de conception et dans la vie quotidienne.
Pour le MIT, l’arrivée de Karrie G. Karahalios, Pat Pataranutaporn, Mariana Popescu et Holly Samuelson donne ainsi une place concrète à quatre chantiers indissociables : comprendre les médias algorithmiques, penser l’IA avec les humains, construire avec de nouvelles approches matérielles et mesurer les effets environnementaux des bâtiments.
Questions fréquentes
Qui sont les quatre nouveaux enseignants de la School of Architecture and Planning du MIT en 2025 ?
La SA+P du MIT annonce l’arrivée de Karrie G. Karahalios, Pat Pataranutaporn, Mariana Popescu et Holly Samuelson. Les deux premiers rejoignent le MIT Media Lab. Mariana Popescu et Holly Samuelson intègrent le Département d’architecture, avec des spécialités allant des médias sociaux à la durabilité des bâtiments.
Quel est le lien entre l’intelligence artificielle et l’architecture au MIT ?
L’IA peut assister la recherche d’idées, l’analyse d’informations ou l’exploration de variantes de conception. Au MIT, les recrutements annoncés associent cette dimension à d’autres enjeux : interactions entre humains et algorithmes, fabrication numérique, choix des matériaux, émissions de gaz à effet de serre et qualité des espaces intérieurs.
Qu’est-ce que l’architecture computationnelle ?
L’architecture computationnelle emploie des outils de calcul pour concevoir, analyser et comparer des solutions architecturales. Elle peut notamment s’appuyer sur la conception paramétrique, où un projet évolue selon des variables définies, et sur la fabrication numérique. L’objectif n’est pas seulement de produire des formes inédites, mais aussi d’évaluer leurs conséquences constructives et matérielles.
Sur quoi portent les recherches de Holly Samuelson ?
Holly Samuelson travaille sur la conception des bâtiments en lien avec la santé humaine et environnementale. Elle participe à des projets utilisant la simulation avancée pour étudier notamment les émissions de gaz à effet de serre et la qualité environnementale intérieure. Ses recherches articulent donc la performance écologique des bâtiments et les conditions vécues par leurs occupants.
Quels cours ou ateliers les nouveaux enseignants proposeront-ils au MIT ?
L’annonce présente les champs d’expertise des quatre enseignants, mais ne donne pas de liste détaillée de cours, de dates d’ateliers ou de programmes spécifiques. Elle met toutefois en avant des thèmes susceptibles de nourrir les enseignements de l’école : IA et cognition humaine, médias algorithmiques, conception paramétrique, fabrication numérique et simulation environnementale.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- MIT School of Architecture and Planning, site institutionnelsap.mit.edu
- MIT Media Lab, site officielwww.media.mit.edu
- MIT Technology Review, site officiel et classement Innovators Under 35www.technologyreview.com



