Recherche et science

Au MIT, sept promotions académiques au croisement de l’architecture et des technologies

Sept enseignants de la School of Architecture and Planning du MIT ont vu leur statut académique évoluer au 1er juillet 2025. De l’intelligence humain-machine à l’économie urbaine et à la nanoélectronique, ces parcours illustrent les liens croissants entre espaces, technologies et société.

Enseignants et chercheurs réunis autour de maquettes urbaines, plans architecturaux et prototypes électroniques au MIT
Illustration : Actu.ai

Le 1er juillet 2025, sept enseignants de la School of Architecture and Planning du Massachusetts Institute of Technology, plus connu sous le nom de MIT, ont accédé à de nouvelles fonctions académiques. L’annonce couvre des disciplines qui, de prime abord, semblent éloignées : conception de bâtiments, économie immobilière, réparation des territoires après une catastrophe, technologies interactives ou nanoélectronique. Leur point commun est de traiter l’espace bâti, les outils techniques et les sociétés comme des sujets étroitement liés.

Pour le grand public, une promotion universitaire peut paraître très administrative. Elle renseigne pourtant sur les domaines que l’établissement choisit de mettre en avant, sur les méthodes de recherche qu’il valorise et sur les enseignants auxquels les étudiants auront accès. Dans ce groupe, le MIT reconnaît des parcours qui vont du design à l’échelle de l’objet à l’analyse des villes, et jusqu’aux composants électroniques à l’échelle nanométrique.

Sept promotions réparties entre trois composantes

Les changements de fonction concernent trois enseignants du département d’architecture, trois du département d’études urbaines et de planification, appelé DUSP, et une du programme en arts et sciences des médias. Tous prennent effet à la même date, le 1er juillet 2025.

ComposanteEnseignant promuFonction annoncéeDomaine mis en avant
ArchitectureMarcelo CoelhoProfesseur associé de la pratiqueIntelligence humaine et machine, informatique physique
ArchitectureHolly SamuelsonProfesseure associée sans titularisationTechnologie architecturale
ArchitectureRafi SegalProfesseurConception architecturale
Études urbaines et planificationCarlo RattiProfesseur de la pratiqueVille, données et design
Études urbaines et planificationAlbert SaizProfesseurÉconomie urbaine et immobilier
Études urbaines et planificationDelia WendelProfesseure associée sans titularisationRéparation communautaire et politiques spatiales
Arts et sciences des médiasDeblina SarkarProfesseure associée sans titularisationNanoélectronique et biologie

Ces intitulés ne désignent pas tous le même parcours académique. Le rang de professeur, celui de professeur associé et la fonction de professeur de la pratique correspondent à des cadres distincts dans les universités américaines. La mention « sans titularisation » renvoie notamment à la distinction entre un poste associé et l’obtention de la tenure, un statut de stabilité académique. L’annonce ne détaille pas les procédures d’évaluation ni les responsabilités nouvelles attachées à chaque fonction.

En architecture, concevoir avec la lumière, l’énergie et les usages

Au département d’architecture, Marcelo Coelho devient professeur associé de la pratique. Il dirige le Design Intelligence Lab, où il étudie l’intersection de l’intelligence humaine et de l’intelligence machine. Ses travaux portent notamment sur les installations fondées sur la lumière et sur l’informatique physique.

L’informatique physique consiste à faire interagir logiciels, capteurs, composants électroniques et objets tangibles. Dans le champ du design, cette approche permet par exemple à une installation, un matériau ou un environnement de réagir à des données et à la présence humaine. Elle place donc l’expérience concrète des utilisateurs au centre de dispositifs techniques qui ne se limitent pas à un écran.

Le parcours de Marcelo Coelho a été distingué par deux Prix Ars Electronica et par un prix Innovation by Design de Fast Company. Ces reconnaissances reflètent une pratique située au croisement du design expérimental et de la technologie, un terrain sur lequel les enjeux d’interface entre humains et systèmes informatiques deviennent de plus en plus importants.

Holly Samuelson est promue professeure associée sans titularisation. Spécialiste de la technologie architecturale, elle compte plus de 40 publications évaluées par les pairs. Son travail a également reçu un prix du meilleur article dans la revue Energy and Buildings. Elle a été citée par The Washington Post et The Boston Globe.

La technologie architecturale couvre des questions très concrètes : la manière dont un bâtiment est conçu, construit et exploité, ainsi que ses effets sur l’énergie, le confort ou les usages. Dans un contexte où l’environnement bâti pèse fortement sur les ressources, ce champ de recherche ne se réduit pas à la forme des édifices. Il interroge les performances mesurables d’un projet architectural et les choix techniques qui les déterminent.

Le troisième promu du département, Rafi Segal, accède au rang de professeur. Ses réalisations en conception architecturale comprennent la Villa 003 de la série ORDOS 100 et le Musée de la paix de Kitgum, en Ouganda. En juillet 2025, il travaille à la planification d’une nouvelle communauté dans un kibbutz israélien et prépare une exposition consacrée à l’architecture d’Alfred Neumann.

Ce parcours rappelle que la recherche en architecture peut s’exprimer à travers des bâtiments, des projets territoriaux et des expositions. Ces objets n’ont pas la même échelle ni le même public, mais ils constituent autant de façons de faire circuler des idées de conception au-delà des salles de cours.

Trois lectures complémentaires de la ville

Le DUSP rassemble trois profils qui abordent les villes sous des angles nettement différents. Carlo Ratti devient professeur de la pratique. Il dirige le Senseable City Lab et a cofondé l’agence de design Carlo Ratti Associati. Ses recherches ont été largement publiées et montrées dans des lieux tels que la Biennale de Venise et le Museum of Modern Art de New York.

Deux de ses projets, le Digital Water Pavilion et la Copenhagen Wheel, ont figuré parmi les « meilleures inventions de l’année » du magazine TIME. Leur présence dans l’annonce souligne une trajectoire où l’expérimentation technologique, les installations destinées au public et la réflexion sur la ville s’alimentent mutuellement.

Les villes produisent et reçoivent des quantités considérables d’informations : déplacements, consommation d’énergie, conditions environnementales ou fréquentation des espaces. Exploitées avec prudence, ces données peuvent aider à observer des phénomènes urbains. Elles ne remplacent toutefois ni les choix politiques ni l’expérience des habitants. Le rôle des chercheurs est aussi de rendre lisibles les limites de ces instruments et les effets sociaux de leur déploiement.

Albert Saiz, promu professeur, dirige le Laboratoire d’économie urbaine du MIT. Ses recherches se concentrent sur les dynamiques des marchés immobiliers et l’économie urbaine. Elles s’intéressent également aux tendances démographiques mondiales qui influencent le développement des villes. Il est par ailleurs chercheur invité à la Federal Reserve Bank de Philadelphie.

L’économie urbaine éclaire une autre facette de la transformation des territoires. Prix du logement, disponibilité des biens immobiliers, composition de la population et attractivité économique sont des variables qui façonnent très directement la vie quotidienne. Elles pèsent aussi sur les possibilités de construire, de se déplacer ou de rester dans un quartier. L’approche de Saiz complète ainsi les travaux plus centrés sur les objets, le design ou les infrastructures.

Enfin, Delia Wendel devient professeure associée sans titularisation. Elle étudie les formes de réparation communautaire après des conflits et des catastrophes. Ses travaux interdisciplinaires couvrent notamment l’urbanisme africain et la politique spatiale. Elle pilote le projet Memory Atlas for Repair et assure la rédaction en chef de Projections, la revue académique du DUSP.

Parler de réparation communautaire ne revient pas seulement à reconstruire des bâtiments endommagés. Il s’agit aussi de comprendre comment des populations retrouvent des repères, conservent une mémoire et participent aux décisions qui concernent leurs lieux de vie. Cette perspective élargit l’urbanisme : la ville est à la fois un ensemble d’infrastructures et un espace de relations sociales, de récits et de droits.

Deblina Sarkar, de la nanoélectronique à la biologie

La septième promotion concerne le programme en arts et sciences des médias. Deblina Sarkar accède au poste de professeure associée sans titularisation. Elle dirige le Nano-Cybernetic Biotrek Lab, où elle associe nanoélectronique et biologie.

Ses travaux incluent la création de technologies telles que des transistors quantiques ultra-fins. Un transistor est un composant fondamental de l’électronique : il permet de contrôler le passage du courant et se retrouve, sous différentes formes, dans les circuits. La recherche à l’échelle nanométrique explore des composants extrêmement petits, dont les propriétés peuvent ouvrir de nouvelles voies pour les systèmes électroniques et biologiques.

Deblina Sarkar a reçu le National Institutes of Health Director’s New Innovator Award ainsi que l’IEEE Early Career Award en nanotechnologie. Cette promotion montre aussi que les arts et sciences des médias au MIT ne se limitent pas à la création numérique ou aux interfaces. Le programme accueille des recherches qui relient conception, ingénierie et sciences du vivant.

Quelle place pour l’intelligence artificielle dans ces parcours ?

L’intelligence artificielle apparaît explicitement dans les travaux de Marcelo Coelho, consacrés au rapport entre intelligence humaine et machine. Elle constitue aussi un arrière-plan possible pour les recherches qui mobilisent des données urbaines ou des systèmes techniques. Mais il serait réducteur de présenter les sept promotions comme une annonce centrée sur les modèles d’IA ou les assistants conversationnels.

L’intérêt de cet ensemble est ailleurs : il montre que les questions technologiques traversent aujourd’hui des disciplines variées. L’architecture peut étudier l’impact énergétique des bâtiments. L’urbanisme peut analyser les données, les marchés et les conséquences des catastrophes. La nanoélectronique peut dialoguer avec la biologie. Dans chacun de ces cas, les outils techniques soulèvent des interrogations de conception, de gouvernance et d’usage.

Pour les étudiants, cette diversité est importante. Elle offre la possibilité de confronter des méthodes différentes : prototyper un dispositif, analyser un marché, documenter une mémoire collective ou étudier un composant à très petite échelle. L’enjeu n’est pas uniquement de maîtriser une technologie, mais de comprendre dans quel environnement elle sera utilisée et par qui.

Ce qu’il faut surveiller

Ces promotions officialisent une reconnaissance institutionnelle, mais elles ne préjugent pas à elles seules des futurs projets de recherche, cours ou collaborations qui seront lancés. Il faudra donc suivre les travaux du Design Intelligence Lab, du Senseable City Lab, du Laboratoire d’économie urbaine et du Nano-Cybernetic Biotrek Lab pour mesurer comment ces orientations se traduiront dans les années à venir.

Le point le plus marquant tient à la coexistence de trois échelles de réflexion. À l’échelle du composant, Deblina Sarkar travaille sur des technologies nanoélectroniques. À l’échelle du bâtiment et de l’objet, Marcelo Coelho, Holly Samuelson et Rafi Segal interrogent le design et l’architecture. À l’échelle de la ville et des communautés, Carlo Ratti, Albert Saiz et Delia Wendel examinent données, économies et reconstruction. Cette circulation entre échelles est essentielle pour éviter que les innovations techniques soient pensées séparément de leurs effets dans les lieux de vie.

Questions fréquentes

Quels enseignants du MIT ont été promus à l’école d’architecture et de planification en 2025 ?

Sept enseignants sont concernés à compter du 1er juillet 2025 : Marcelo Coelho, Holly Samuelson et Rafi Segal en architecture, Carlo Ratti, Albert Saiz et Delia Wendel en études urbaines et planification, ainsi que Deblina Sarkar dans les arts et sciences des médias.

Qu’est-ce que la School of Architecture and Planning du MIT ?

La School of Architecture and Planning, souvent abrégée SA+P, est l’école du MIT qui réunit notamment l’architecture, les études urbaines et de planification, ainsi que les arts et sciences des médias. Ses domaines de recherche couvrent les bâtiments, les villes, le design, les technologies et leurs effets sociaux.

Carlo Ratti travaille-t-il sur l’intelligence artificielle ?

L’annonce de juillet 2025 le présente comme directeur du Senseable City Lab et comme professeur de la pratique, avec des recherches liées au design et à la ville. Les données et systèmes numériques sont centraux dans ce type de recherche urbaine, mais l’annonce ne présente pas cette promotion comme un projet ou un programme spécifiquement consacré à l’intelligence artificielle.

Que signifie professeur associé sans titularisation aux États-Unis ?

Dans le système universitaire américain, cette formule indique un poste de professeur associé qui ne s’accompagne pas encore du statut de tenure, souvent traduit par titularisation. La tenure vise à apporter une stabilité académique et à protéger la liberté de recherche. L’annonce ne précise pas la situation individuelle ou le parcours statutaire détaillé de chaque personne promue.

Pourquoi ces promotions intéressent-elles les étudiants et le public ?

Elles signalent les domaines de recherche et d’enseignement que le MIT met en avant : conception architecturale, performance des bâtiments, économie du logement, réparation des territoires, technologies interactives et nanoélectronique. Pour les étudiants, elles peuvent renforcer l’accès à des enseignants engagés dans des laboratoires, projets et publications qui relient technologie et enjeux de société.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. MIT News, site officiel d’actualité du Massachusetts Institute of Technologynews.mit.edu
  2. MIT School of Architecture and Planning, site officielsap.mit.edu