Cybersécurité : Google, Sekoia et les cinq signaux à suivre en avril 2025
En avril 2025, Google a présenté une plateforme destinée à unifier la sécurité des entreprises, tandis que la française Sekoia a annoncé une levée de fonds de 26 millions d’euros. Attaques visant l’IA, expertise à Paris et limites du RGPD complètent un panorama qui rappelle pourquoi la cybersécurité ne peut plus être traitée à part.

La cybersécurité ne se résume plus à installer un antivirus ou à respecter une liste d’obligations réglementaires. Les annonces recensées au cours de la semaine du 7 au 13 avril 2025 montrent une transformation plus profonde : les entreprises cherchent à mieux relier leurs outils de protection, les jeunes pousses françaises attirent des capitaux, et l’intelligence artificielle devient à la fois une aide pour les défenseurs et une cible pour les attaquants.
Au centre de cette actualité figurent deux annonces très différentes par leur échelle. D’un côté, Google veut simplifier le travail des équipes de sécurité avec une plateforme unifiée. De l’autre, Sekoia obtient des moyens financiers supplémentaires pour développer son offre. Autour de ces mouvements, une même question s’impose : comment protéger efficacement des systèmes informatiques devenus plus interconnectés, plus rapides et plus difficiles à surveiller ?
Google veut réunir les outils de sécurité dans une même plateforme
Google a dévoilé Google Unified Security, une plateforme conçue pour offrir aux entreprises une vue plus cohérente de leur environnement de sécurité. L’idée est simple en apparence : éviter que les équipes ne doivent naviguer entre une multitude de consoles, d’alertes et d’outils qui ne communiquent pas toujours bien entre eux.
Dans une grande organisation, une alerte peut provenir du poste de travail d’un salarié, d’un compte compromis, d’un service cloud mal configuré ou encore d’un courriel frauduleux. Si ces signaux restent séparés, il devient difficile de déterminer s’ils relèvent d’un même incident. Le temps perdu à recouper les informations profite aux attaquants.
La plateforme annoncée par Google rassemble ainsi plusieurs briques de sécurité du groupe : les capacités d’opérations de sécurité, de renseignement sur les menaces, de protection des environnements cloud et de sécurisation des navigateurs professionnels. Elle vise notamment à faciliter trois tâches essentielles : détecter une activité anormale, comprendre son origine et organiser la réponse.
L’intelligence artificielle est appelée à jouer un rôle dans cette centralisation. Elle peut aider à trier un grand volume d’alertes, résumer un incident ou suggérer des investigations. Mais l’automatisation ne dispense pas d’une validation humaine. Une alerte peut être anodine, ou au contraire signaler une attaque complexe qui exige la connaissance du métier, des données et du fonctionnement réel de l’entreprise.
Pour les entreprises, l’enjeu dépasse donc le choix d’une plateforme. Il faut aussi savoir quels journaux d’activité y connecter, qui peut consulter les informations sensibles, comment prioriser les incidents et quelle procédure appliquer en cas d’attaque. La promesse d’une vision centralisée ne produit ses effets que si elle s’accompagne d’une organisation claire.
Sekoia lève 26 millions d’euros pour accélérer son développement
Autre signal important de la semaine, la société française Sekoia a annoncé une levée de fonds de 26 millions d’euros. Ce financement doit soutenir l’expansion de ses services et le développement de nouvelles fonctionnalités dans un secteur où les besoins des entreprises progressent aussi vite que les menaces.
Une levée de fonds ne garantit pas, à elle seule, la supériorité technique d’une solution. Elle peut toutefois donner à une entreprise les moyens de recruter, d’investir dans la recherche, d’enrichir ses capacités d’analyse et de se déployer auprès de davantage de clients. En cybersécurité, où les équipes spécialisées sont rares et où les produits doivent évoluer en continu, cette capacité d’investissement est déterminante.
Le marché est marqué par une forte concurrence entre grands fournisseurs internationaux, éditeurs spécialisés et prestataires de services. Pour une entreprise française comme Sekoia, le défi consiste à faire évoluer son offre tout en répondant à des attentes très concrètes : meilleure détection des activités malveillantes, traitement plus rapide des alertes et visibilité sur les campagnes de cybercriminalité.
| Actualité | Ce qui est annoncé | Enjeu concret pour les organisations |
|---|---|---|
| Google Unified Security | Une plateforme qui réunit des outils de sécurité du groupe | Réduire les silos entre détection, analyse et réponse aux incidents |
| Levée de fonds de Sekoia | 26 millions d’euros pour soutenir le développement et l’expansion | Financer l’innovation et renforcer les capacités opérationnelles |
| Menaces visant l’IA | Les systèmes d’IA sont davantage ciblés par les attaquants | Protéger les données, les accès et les interfaces avec les modèles |
| Pôle à Paris | Un rapprochement d’acteurs publics et privés autour de l’IA et de la cybercriminalité | Partager les compétences et accélérer la recherche appliquée |
| RGPD et sécurité | La conformité ne suffit pas à empêcher une attaque | Passer d’une logique documentaire à une gestion active des risques |
Pourquoi les systèmes d’IA deviennent-ils des cibles ?
Les systèmes d’intelligence artificielle font désormais partie des cibles surveillées de près par les équipes de cybersécurité. Cette évolution ne signifie pas que tous les outils d’IA seraient intrinsèquement dangereux. Elle reflète plutôt leur intégration rapide dans les activités des organisations : assistants conversationnels, automatisation de documents, outils de programmation, analyse de données ou services clients.
Un système d’IA peut créer de nouveaux points d’entrée. Les attaquants peuvent chercher à dérober les données envoyées au modèle, à usurper l’identité d’un utilisateur autorisé, à exploiter une mauvaise configuration ou à influencer les réponses produites par un assistant. Lorsqu’un modèle est relié à une base documentaire ou à des logiciels internes, le contrôle des droits d’accès devient particulièrement important.
La protection doit donc porter sur l’ensemble de la chaîne, et non sur le seul modèle. Cela comprend :
- les données utilisées pour entraîner, tester ou interroger le système ;
- les identités et les autorisations des personnes comme des applications ;
- les interfaces de programmation qui relient l’IA à d’autres services ;
- la journalisation des actions afin de pouvoir enquêter après un incident ;
- les règles qui encadrent ce qu’un assistant peut consulter ou exécuter.
L’IA peut aussi aider les défenseurs. Elle est capable d’assister l’analyse de grands volumes de traces techniques et de mettre en évidence des comportements inhabituels. Cette utilité ne doit pas masquer une limite fondamentale : un outil entraîné sur des informations incomplètes ou mal relié au système d’information risque de produire des résultats peu fiables. La cybersécurité de l’IA est d’abord une question de gouvernance, d’architecture et de contrôle des accès.
À Paris, un pôle d’expertise pour relier IA et lutte contre la cybercriminalité
La semaine a également été marquée par l’inauguration à Paris d’un pôle d’expertise consacré à l’intelligence artificielle, avec l’objectif de soutenir la recherche et le développement tout en renforçant la lutte contre la cybercriminalité. L’initiative repose sur le rapprochement d’acteurs publics et privés, une logique devenue centrale face à des menaces qui traversent les frontières entre technologie, droit et enquête.
Un tel pôle peut jouer plusieurs rôles : faire circuler les connaissances entre chercheurs et professionnels de terrain, tester des méthodes d’analyse, former des spécialistes et favoriser des projets communs. L’intérêt est de ne pas considérer l’IA comme un sujet isolé de la sécurité. Les mêmes outils qui peuvent accélérer la détection d’une fraude peuvent également être détournés pour produire des messages plus convaincants ou automatiser certaines étapes d’une attaque.
Pour être utile, un écosystème d’expertise doit néanmoins déboucher sur des résultats opérationnels. Cela suppose des méthodes partagées, des règles de protection des données, des formations adaptées et la capacité de transformer les travaux de recherche en outils utilisables par les enquêteurs et les entreprises.
Le RGPD ne constitue pas un bouclier contre les cyberattaques
La conformité au Règlement général sur la protection des données, ou RGPD, est essentielle pour les organisations qui traitent des données personnelles. Elle impose notamment de prendre des mesures de sécurité adaptées au risque et d’encadrer les traitements de données. Pourtant, être conforme ne signifie pas qu’une organisation est à l’abri d’une intrusion, d’un rançongiciel ou d’une fraude.
Cette distinction est importante. La conformité répond à une question : les règles applicables aux données personnelles sont-elles respectées ? La cybersécurité répond à une autre : l’organisation est-elle capable de prévenir, détecter, contenir et corriger une attaque ? Les deux démarches se rejoignent, mais aucune ne remplace l’autre.
Conformité RGPD et cybersécurité active : deux démarches complémentaires
Ce que couvre le RGPD
- Encadrer la collecte et l’utilisation des données personnelles.
- Documenter les traitements et les responsabilités de l’organisation.
- Respecter les droits des personnes concernées par les données.
- Exiger des mesures de sécurité adaptées aux risques identifiés.
Ce qu’exige la cybersécurité
- Détecter les comportements suspects et les intrusions en cours.
- Corriger rapidement les vulnérabilités techniques et les erreurs de configuration.
- Restaurer les services et les données après un incident.
- Tester régulièrement les accès, les sauvegardes et les procédures de crise.
Une entreprise peut, par exemple, disposer de registres de traitement, d’une politique de confidentialité et de contrats encadrant ses sous-traitants, tout en ayant des comptes insuffisamment protégés ou des sauvegardes impossibles à restaurer. À l’inverse, une infrastructure bien sécurisée ne dispense pas d’informer les personnes, de limiter la collecte de données ou de respecter leurs droits.
Comment les organisations peuvent-elles agir dès maintenant ?
Les annonces de Google et de Sekoia rappellent que la cybersécurité est devenue un investissement structurant. Pour une petite structure comme pour un grand groupe, la priorité n’est pas nécessairement d’acheter tous les outils disponibles. Elle consiste à connaître ses actifs critiques, ses dépendances et les scénarios de crise les plus plausibles.
Quelques mesures produisent généralement un effet immédiat lorsqu’elles sont appliquées avec rigueur : activer l’authentification à plusieurs facteurs, mettre à jour les systèmes exposés, limiter les droits administrateurs, vérifier les sauvegardes et former les salariés à reconnaître les tentatives d’hameçonnage. Ces fondamentaux restent pertinents, y compris lorsque l’entreprise adopte des solutions fondées sur l’IA.
Il est également utile d’établir un plan de réponse aux incidents. Qui décide d’isoler un poste compromis ? Qui contacte les prestataires, les clients ou les autorités compétentes ? Où sont stockées les informations nécessaires pour restaurer un service ? Préparer ces réponses avant une attaque permet de réduire la confusion dans les premières heures, souvent les plus décisives.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois
La plateforme unifiée de Google devra faire ses preuves dans les environnements hétérogènes, où les entreprises utilisent déjà des services de nombreux fournisseurs. Sa valeur dépendra de son intégration avec les outils existants, de la qualité de ses alertes et de son adéquation avec les besoins des équipes de sécurité.
Pour Sekoia, les prochains enjeux seront la mise en œuvre de sa levée de fonds, le développement de son offre et sa capacité à se différencier dans un marché en consolidation. Plus largement, l’attention portée aux systèmes d’IA devrait accélérer l’adoption de pratiques de sécurité spécifiques : contrôle des données envoyées aux modèles, gestion stricte des identités et évaluation régulière des usages autorisés.
Enfin, la distinction entre conformité et sécurité restera décisive. Les obligations réglementaires peuvent créer un cadre utile, mais elles ne remplacent pas une vigilance quotidienne. En avril 2025, le message de cette semaine d’actualité est clair : face à des menaces évolutives, la cybersécurité doit devenir une fonction continue, partagée par la direction, les équipes techniques et l’ensemble des salariés.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Google Unified Security ?
Google Unified Security est une plateforme présentée par Google en avril 2025 pour réunir plusieurs capacités de sécurité du groupe. Son objectif est d’aider les entreprises à relier la détection des menaces, le renseignement cyber, la protection du cloud et la réponse aux incidents, afin de disposer d’une vision plus cohérente de leur environnement informatique.
Combien Sekoia a-t-elle levé en 2025 ?
Sekoia a annoncé une levée de fonds de 26 millions d’euros en avril 2025. L’entreprise prévoit d’utiliser ce financement pour soutenir son expansion, renforcer ses services et développer de nouvelles fonctionnalités. Cette opération illustre l’intérêt des investisseurs pour les solutions capables d’aider les organisations à suivre et traiter les menaces informatiques.
Pourquoi les outils d’intelligence artificielle sont-ils visés par les cyberattaques ?
Les outils d’IA manipulent souvent des données sensibles et sont reliés à des comptes, des bases documentaires ou des logiciels internes. Les attaquants peuvent tenter de voler ces données, de contourner les droits d’accès ou d’influencer les réponses d’un assistant. Leur sécurité exige donc de protéger les données, les identités et les connexions avec les autres systèmes.
Être conforme au RGPD protège-t-il contre un rançongiciel ?
Non. Le RGPD impose d’encadrer les données personnelles et de prévoir une sécurité adaptée aux risques, mais il ne garantit pas l’absence d’attaque. La protection contre un rançongiciel repose aussi sur les mises à jour, l’authentification à plusieurs facteurs, la limitation des droits, les sauvegardes testées et un plan de réponse aux incidents.
Quelles mesures de cybersécurité une PME doit-elle prioriser ?
Une PME peut commencer par activer l’authentification à plusieurs facteurs, appliquer les mises à jour, sauvegarder ses données et tester leur restauration. Elle doit aussi limiter les comptes administrateurs, sensibiliser les salariés aux courriels frauduleux et savoir qui contacter en cas d’incident. Ces mesures réduisent déjà une part importante des risques courants.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Google Cloud, présentation de Google Unified Securitycloud.google.com/security
- Sekoia, site officiel de l’entreprisewww.sekoia.io
- CNIL, sécurité des données personnelleswww.cnil.fr
- ANSSI, site officiel de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’informationcyber.gouv.fr



