Culture et médias

Moana : Disney renonce au deepfake de Dwayne Johnson malgré son accord

Disney avait étudié l’idée de faire apparaître Dwayne Johnson dans l’adaptation en prises de vues réelles de Moana grâce à un double numérique. L’acteur avait donné son accord, mais après dix-huit mois de discussions avec Metaphysic, le studio a renoncé face aux incertitudes juridiques et aux risques liés aux données.

Sur un plateau de cinéma, un cascadeur est filmé pendant qu’un dispositif numérique capte son visage.
Illustration : Actu.ai

Faire apparaître une vedette sur un plateau sans qu’elle y soit physiquement présente : l’idée pouvait sembler particulièrement séduisante pour une superproduction. Pour l’adaptation en prises de vues réelles de Moana, Disney a bien envisagé cette possibilité avec Dwayne Johnson, interprète du demi-dieu Maui. L’acteur avait donné son accord pour qu’un procédé de remplacement facial numérique soit appliqué à sa doublure de cascade, Tanoai Reed.

Le projet ne devait pas faire de l’intelligence artificielle un personnage à part entière. Son objectif était plus ciblé : permettre au studio de tourner certaines scènes lorsque Johnson ne pouvait pas être présent, tout en s’appuyant sur la performance physique de Reed. Mais l’expérimentation n’ira pas au bout. Après un an et demi de négociations avec la société Metaphysic, Disney a finalement abandonné cette option, inquiet des implications juridiques et de la sécurité des données.

ÉlémentCe qui avait été envisagéSituation retenue par Disney
Personnage concernéMaui, joué par Dwayne JohnsonMaui reste au cœur du film, sans ces séquences numériques
ProcédéVisage de Johnson appliqué à la performance de Tanoai ReedAbandon de l’utilisation du deepfake
Partenaire technologiqueMetaphysicDiscussions arrêtées après dix-huit mois
Intérêt recherchéTourner malgré l’indisponibilité de l’acteur et réduire certains coûtsAucune performance de Reed issue de ce projet ne doit apparaître
Sortie alors prévueJuillet 2026Juillet 2026

Un double numérique pour incarner Maui

Dans la version animée de Moana, sortie en 2016, Dwayne Johnson prête sa voix à Maui, un demi-dieu puissant et vaniteux qui devient l’allié de l’héroïne. Pour l’adaptation en prises de vues réelles, le comédien devait donc retrouver un rôle auquel son image est déjà très fortement associée.

Le dispositif envisagé par Disney reposait sur Tanoai Reed, cousin de Johnson et sa doublure de cascade habituelle. Reed a déjà travaillé comme doublure de l’acteur dans plusieurs productions, notamment dans la franchise Fast & Furious et les films Jumanji. Il devait exécuter les mouvements et jouer les scènes prévues sur le plateau, tandis que le visage de Dwayne Johnson aurait été recréé numériquement sur le sien.

L’intérêt est évident pour une production de cette ampleur. Une star très sollicitée ne peut pas toujours se trouver sur plusieurs tournages, lors de séances de promotion ou dans des obligations professionnelles en même temps. Un double, associé à une technologie de remplacement facial, peut théoriquement rendre le planning plus souple. Selon l’idée initiale, Johnson aurait ainsi pu, en quelque sorte, « se trouver à deux endroits en même temps ».

Cette possibilité pouvait aussi limiter certains coûts de production. Il ne s’agissait pas de remplacer entièrement l’acteur, mais de disposer d’une solution pour des séquences limitées, notamment lorsque sa présence physique n’était pas possible. La performance d’un cascadeur reste essentielle : l’IA ne crée pas seule les déplacements, les interactions avec le décor ou le jeu corporel filmé à l’image.

Qu’est-ce qu’un deepfake dans un film ?

Le mot « deepfake » évoque souvent des vidéos trompeuses, fabriquées pour faire croire qu’une personne a dit ou fait quelque chose qu’elle n’a jamais dit ou fait. Dans le cas de Moana, le contexte était différent : l’utilisation envisagée reposait sur le consentement de Dwayne Johnson et devait rester encadrée dans une production de cinéma.

Techniquement, l’expression recouvre ici un remplacement numérique de visage. Un système s’appuie sur des images de référence pour reproduire les traits d’une personne, ses expressions et son apparence sur le visage d’un autre interprète. Le résultat recherché est une continuité visuelle : le spectateur doit voir Maui incarné par Dwayne Johnson, même si certains mouvements ont été joués physiquement par Tanoai Reed.

Ce type de procédé n’est pas totalement étranger au cinéma. L’industrie utilise depuis longtemps les doublures, les effets visuels, la capture de mouvement et les retouches numériques. Ce qui change avec les outils d’IA générative est la capacité à automatiser ou accélérer certaines transformations, et surtout à reproduire de manière très crédible l’identité visuelle d’une personne.

Dans le cas présent, l’accord de Dwayne Johnson ne suffisait toutefois pas à lever toutes les questions. La technologie touche à la fois à l’image d’un acteur, à la performance d’une doublure, à la conservation de données faciales et aux droits attachés aux séquences finales.

Pourquoi Disney a finalement fait marche arrière

Après dix-huit mois de discussions avec Metaphysic, Disney a abandonné le projet. La décision est liée aux préoccupations du studio concernant la sécurité des données et aux incertitudes juridiques entourant la propriété des contenus générés par IA.

Ces réserves peuvent paraître abstraites, mais elles sont centrales pour un studio. Une cartographie faciale et les fichiers nécessaires à un remplacement de visage constituent des données particulièrement sensibles. Elles permettent de reproduire l’apparence d’un individu. Disney devait donc s’assurer de savoir précisément qui peut les stocker, y accéder, les utiliser et pendant combien de temps.

L’autre enjeu touche à la propriété du résultat. Dans une scène réalisée avec cette méthode, plusieurs contributions se superposent : le visage et l’image de Dwayne Johnson, le jeu physique de Tanoai Reed, le travail des équipes d’effets visuels et la technologie du prestataire. À qui appartiennent les éléments produits ? Quelles utilisations peuvent en être faites après le tournage ? Comment encadrer une éventuelle réutilisation dans une autre œuvre ou dans une campagne promotionnelle ?

L’article ne précise pas quelles clauses ont précisément bloqué les négociations. Mais le renoncement du studio montre qu’un accord de principe avec une star ne règle pas, à lui seul, l’ensemble des responsabilités techniques, contractuelles et artistiques.

De Moana à Tron: Ares, une même prudence chez Disney

Le cas de Moana n’est pas isolé dans les réflexions attribuées à Disney sur l’IA au cinéma. Le studio avait également envisagé un personnage généré par IA, baptisé Bit, dans Tron: Ares. Ce personnage devait interagir avec Jeff Bridges.

Là encore, l’initiative a été abandonnée. Les raisons rapportées diffèrent en partie : Disney craignait une réaction négative du public ainsi que des complications dans les négociations avec les syndicats de l’industrie. Cette comparaison rappelle qu’il faut distinguer deux usages : reproduire l’apparence d’un acteur identifié, comme dans le projet autour de Maui, et créer un personnage inédit avec des outils d’IA.

Dans les deux cas, pourtant, les mêmes questions réapparaissent. L’outil risque-t-il de brouiller la frontière entre travail humain et génération automatisée ? Les artistes, comédiens et techniciens sont-ils protégés ? Le public sait-il ce qu’il regarde ? Et une technologie conçue pour une séquence précise peut-elle être réemployée ailleurs ?

Deux projets d’IA abandonnés chez Disney

Moana et le visage de Dwayne Johnson

  • Le visage de Dwayne Johnson devait être appliqué à la performance de Tanoai Reed.
  • L’acteur avait donné son accord pour l’utilisation de la technologie de Metaphysic.
  • L’objectif était de tourner certaines scènes sans présence physique de Johnson.
  • Le projet a été abandonné pour des raisons juridiques et de sécurité des données.

Tron: Ares et le personnage Bit

  • Disney avait envisagé un personnage généré par IA appelé Bit.
  • Bit devait interagir avec l’acteur Jeff Bridges.
  • Le projet ne reposait pas sur le remplacement facial d’une vedette par une doublure.
  • Disney a renoncé face au risque de réaction négative et aux enjeux syndicaux.

L’IA peut-elle remplacer les acteurs et les cascadeurs ?

L’épisode de Moana ne permet pas de conclure que l’IA remplacera les interprètes. Il montre plutôt que ces outils peuvent être pensés comme une extension de méthodes existantes, avec des limites fortes. Dans le montage envisagé, Tanoai Reed n’aurait pas disparu : il aurait fourni la performance corporelle sur laquelle le visage de Dwayne Johnson devait être appliqué.

Mais cette complémentarité soulève aussi une question de reconnaissance. Quand une doublure joue une scène et qu’un autre visage est placé sur son travail, la contribution de chacun doit être contractualisée et rémunérée de façon compréhensible. Il en va de même pour les équipes de maquillage, de postproduction, d’effets visuels et de capture de mouvement, dont les métiers peuvent être profondément transformés par l’automatisation de certaines tâches.

Les syndicats du spectacle suivent donc de près ces évolutions. L’enjeu ne se limite pas à l’emploi : il concerne le consentement, l’information des artistes et le contrôle de leur identité numérique. Un acteur peut accepter un usage précis de son image pour un film donné, sans vouloir autoriser une reproduction illimitée de son visage ou de sa voix dans de futurs projets.

Pour les spectateurs, la question est également culturelle. Le cinéma a toujours combiné jeu, décors, maquillage et trucages. L’IA ajoute un degré de réalisme qui rend les manipulations moins détectables. Cela peut ouvrir des possibilités narratives, mais impose aussi de préserver une relation de confiance avec le public.

Ce qu’il faut surveiller avant la sortie de Moana

À la date de publication de cette information, l’adaptation en prises de vues réelles de Moana est attendue en juillet 2026. Le point établi est clair : elle ne doit pas comporter de séquences issues de la performance de Tanoai Reed dans le cadre du projet de deepfake discuté avec Metaphysic.

Cette affaire sera néanmoins observée comme un cas d’école. Elle illustre le décalage entre la faisabilité technique et la maturité des règles nécessaires pour employer l’IA à grande échelle dans une production hollywoodienne. Réussir à plaquer un visage sur un autre ne répond pas automatiquement aux questions de droits, de sécurité ou de confiance.

Les prochains signaux à suivre concernent surtout les contrats conclus entre studios, acteurs, doublures et prestataires technologiques. Les modalités de conservation des données biométriques, les droits sur les contenus générés et l’information du public pourraient devenir des éléments décisifs. Pour Disney, comme pour l’ensemble de l’industrie, le défi ne consiste plus seulement à savoir ce que l’IA peut produire, mais à déterminer dans quelles conditions elle peut être utilisée sans fragiliser les artistes ni les œuvres.

Questions fréquentes

Dwayne Johnson avait-il accepté le deepfake pour Moana ?

Oui. Dwayne Johnson avait donné son accord pour que la technologie de Metaphysic applique son visage à la performance de Tanoai Reed, son cousin et doublure de cascade. Le procédé devait servir à certaines scènes où l’acteur ne pouvait pas être présent sur le plateau, et non à remplacer entièrement son interprétation.

Pourquoi Disney a-t-il abandonné le deepfake de Dwayne Johnson dans Moana ?

Disney a renoncé après dix-huit mois de discussions avec Metaphysic. Le studio s’inquiétait de la sécurité des données utilisées pour recréer le visage de l’acteur, ainsi que des incertitudes juridiques sur la propriété et le contrôle des contenus générés avec l’intelligence artificielle.

Tanoai Reed apparaîtra-t-il à la place de Dwayne Johnson dans Moana ?

Non, pas dans les séquences prévues par ce projet. Tanoai Reed devait fournir la performance physique sur laquelle le visage de Dwayne Johnson serait ajouté numériquement. Disney ayant abandonné le procédé, le film ne doit finalement inclure aucune séquence issue de cette performance destinée au deepfake.

Qu’est-ce qu’un deepfake au cinéma ?

Au cinéma, un deepfake peut désigner un procédé qui recrée ou remplace numériquement le visage d’une personne sur les images d’un autre interprète. Employé avec le consentement de l’acteur, il peut servir à des effets visuels. Il reste toutefois sensible, car il implique des droits à l’image et des données faciales.

Disney avait-il envisagé d’autres usages de l’IA dans ses films ?

Oui. Disney avait envisagé d’intégrer dans Tron: Ares un personnage généré par IA nommé Bit, qui devait interagir avec Jeff Bridges. Cette idée a également été abandonnée, notamment en raison du risque de réaction négative du public et de difficultés potentielles dans les négociations avec les syndicats.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. The Hollywood Reporter, enquête sur le projet de double numérique dans Moanawww.hollywoodreporter.com
  2. Metaphysic, site officiel de la société de technologies d’IA pour l’audiovisuelwww.metaphysic.ai
  3. SAG-AFTRA, ressources sur l’intelligence artificielle dans l’industrie audiovisuellewww.sagaftra.org/contracts-industry-resources/artificial-intelligence