Société et emploi

Mode Étudier de ChatGPT : OpenAI veut faire de l’IA un véritable tuteur

Avec son Mode Étudier et apprendre, OpenAI propose une autre manière d’utiliser ChatGPT : l’outil pose des questions, décompose les problèmes et invite l’élève à raisonner. Accessible y compris gratuitement, cette fonction ambitionne d’installer l’IA comme soutien pédagogique, sans effacer le rôle central des enseignants.

Élève résolvant un exercice avec un ordinateur et des notes, dans une salle de classe accompagnée d’un enseignant
Illustration : Actu.ai

ChatGPT est devenu, en quelques mois, un compagnon de travail aussi commode que controversé pour les élèves et les étudiants. Une consigne copiée dans la fenêtre de discussion peut produire en quelques secondes un plan, une synthèse ou une réponse rédigée. Cette efficacité nourrit une inquiétude légitime : l’intelligence artificielle aide-t-elle réellement à apprendre, ou facilite-t-elle seulement la remise d’un devoir sans en maîtriser le contenu ? Avec son nouveau Mode Étudier et apprendre, OpenAI entend répondre à cette question en modifiant la posture même de son assistant.

Annoncée à la fin de juillet 2025 et disponible au début du mois d’août, cette fonction ne présente plus ChatGPT comme une machine à réponses immédiates. Elle vise à en faire un interlocuteur qui accompagne le raisonnement : il demande ce que l’utilisateur sait déjà, l’aide à découper une difficulté, vérifie sa compréhension et l’encourage à trouver lui-même une partie de la solution. L’ambition est importante pour OpenAI, qui cherche à installer son outil dans un secteur éducatif où la confiance des enseignants, des parents et des établissements reste à conquérir.

OpenAI cherche à changer l’image de ChatGPT à l’école

L’essor des IA génératives a bousculé les pratiques scolaires et universitaires. Pour les apprenants, ces outils offrent un accès instantané à des explications, à des exemples et à une aide à la rédaction. Pour les enseignants, ils soulèvent simultanément des questions sur la triche, l’évaluation et l’acquisition réelle des connaissances. Un texte correctement formulé ne prouve pas, à lui seul, que son auteur comprend le sujet.

Le Mode Étudier et apprendre s’inscrit dans cette tension. Au lieu de défendre ChatGPT comme un raccourci vers un résultat, OpenAI le présente comme un appui destiné au travail intellectuel. La fonction est accessible à l’ensemble des utilisateurs de ChatGPT, y compris ceux de la version gratuite. Ce choix élargit fortement son public potentiel : un lycéen, un étudiant ou un adulte en reprise d’études peut l’utiliser sans abonnement spécifique.

L’enjeu n’est pas seulement technique. OpenAI tente de faire évoluer la relation entre l’utilisateur et le chatbot. Dans l’usage habituel, la question est souvent formulée ainsi : « Donne-moi la réponse. » Dans le mode d’étude, le point de départ devient plutôt : « Aide-moi à comprendre comment parvenir à la réponse. » Cette nuance paraît simple, mais elle correspond à deux façons très différentes d’aborder l’apprentissage.

Comment fonctionne le Mode Étudier et apprendre ?

L’utilisateur doit activer manuellement le Mode Étudier et apprendre. Cette activation est un point essentiel : ChatGPT n’impose pas sa méthode à chaque conversation. Une personne qui recherche une réponse rapide peut conserver l’usage classique de l’outil, tandis qu’une autre peut choisir un accompagnement plus progressif pour réviser un chapitre ou résoudre un exercice.

Une fois le mode enclenché, l’assistant est conçu pour engager une forme de dialogue socratique. Cette méthode pédagogique, héritée de l’idée que les bonnes questions peuvent aider un élève à construire son propre savoir, ne consiste pas à laisser l’apprenant seul devant un problème. Elle consiste à éviter de lui donner tout de suite la conclusion finale lorsqu’il peut avancer par lui-même.

Concrètement, ChatGPT peut commencer par demander le niveau de l’utilisateur, le sujet étudié ou la partie précise qui bloque. Il peut ensuite proposer une progression : rappeler une notion, isoler les données utiles d’un énoncé, suggérer une piste, puis inviter l’élève à expliquer son raisonnement. Le principe reste le même dans de nombreuses disciplines : rendre visibles les étapes qui relient une question à une réponse.

Usage de ChatGPTRéponse classiqueMode Étudier et apprendre
Question directeTendance à fournir une réponse ou une explication immédiateTendance à commencer par clarifier le besoin et les connaissances déjà acquises
Résolution d’un problèmePeut proposer directement une méthode complèteDécompose le problème et encourage l’utilisateur à avancer étape par étape
Place de l’élèveRéception rapide d’une informationParticipation active au raisonnement
Objectif principalObtenir une aide immédiateFavoriser la compréhension, l’autonomie et l’esprit critique
ActivationUsage habituel de l’interfaceChoix manuel par l’utilisateur

Cette approche ne garantit pas qu’aucune réponse ne sera formulée. Un élève peut avoir besoin d’une explication après plusieurs essais, notamment lorsqu’une notion est nouvelle ou qu’un blocage persiste. La différence tient à l’ordre des opérations : l’outil tente d’abord de solliciter l’effort de l’utilisateur, au lieu de se substituer à lui dès le début.

La « difficulté utile », un principe au cœur du dispositif

Le mode a été développé avec la participation de chercheurs et d’enseignants. Il repose notamment sur l’idée de productive struggle, que l’on peut traduire par « difficulté utile » ou « effort productif ». Derrière cette expression se trouve une intuition pédagogique familière : apprendre demande parfois de chercher, de se tromper, de reformuler et de recommencer.

Une réponse disponible instantanément peut être utile pour vérifier un résultat ou lever une incompréhension ponctuelle. Mais si l’apprenant se contente de la recopier, il risque de ne pas mémoriser la méthode ni de pouvoir l’appliquer dans une situation nouvelle. À l’inverse, faire face à une difficulté proportionnée à son niveau peut aider à consolider les mécanismes de raisonnement.

La nuance est cruciale. La « difficulté utile » ne signifie pas qu’il faudrait compliquer inutilement l’apprentissage, ni laisser un élève accumuler la frustration. Un accompagnement de qualité doit proposer des indices au bon moment et adapter l’explication au niveau de la personne. C’est précisément le rôle qu’OpenAI souhaite attribuer au chatbot : offrir des relances et des repères sans confisquer la résolution du problème.

Prenons le cas d’un exercice de mathématiques. Une réponse classique pourrait donner le résultat, les calculs et la formule à employer. Dans une logique d’étude, l’assistant peut d’abord demander quelle information de l’énoncé paraît déterminante, puis inviter l’élève à identifier la formule appropriée. Si la réponse est erronée, il peut aider à repérer l’étape qui pose problème. L’intérêt se trouve moins dans la vitesse d’obtention du résultat que dans la possibilité de refaire seul un exercice comparable.

Réponse directe ou accompagnement guidé : deux usages de ChatGPT

Réponse immédiate

  • Privilégie l’obtention rapide d’une information ou d’un résultat.
  • Peut fournir une explication complète dès la première demande.
  • Convient pour une vérification ponctuelle ou une recherche rapide.
  • Risque de favoriser une utilisation passive si la réponse est copiée sans être comprise.

Mode Étudier et apprendre

  • Commence par des questions sur le niveau et la difficulté rencontrée.
  • Découpe le raisonnement en étapes progressives.
  • Encourage l’élève à formuler ses propres réponses.
  • Vise le développement de l’autonomie, de l’esprit critique et de la compréhension.

Une réponse aux craintes de triche, mais pas une solution automatique

En lançant cette fonction, OpenAI répond indirectement à une critique récurrente : les chatbots peuvent réduire l’école à une succession de productions prêtes à rendre. Le mode d’étude propose un usage plus compatible avec les objectifs de l’enseignement, tels que la compréhension, l’argumentation et la résolution de problèmes.

Pour autant, l’existence d’un bouton ne suffira pas à transformer les comportements. Le mode doit être volontairement activé. Or, un étudiant soumis à une échéance courte peut être tenté de demander une réponse directe plutôt que de s’engager dans un parcours plus exigeant. L’outil le plus pédagogique ne produit ses effets que si l’utilisateur accepte de consacrer du temps à l’effort demandé.

Il existe aussi une limite plus générale aux IA conversationnelles : elles peuvent produire des informations inexactes ou des explications convaincantes mais imparfaites. Le questionnement guidé ne dispense donc pas de vérifier les résultats, de comparer les raisonnements avec le cours et de s’appuyer sur des sources ou des manuels lorsque le sujet l’exige. Pour un exercice évalué, l’élève reste responsable de ce qu’il comprend et de ce qu’il rend.

Les enseignants restent au centre de l’apprentissage

L’une des craintes les plus souvent exprimées face à l’IA éducative est celle d’un effacement du professeur. Le Mode Étudier et apprendre ne change pas la réalité fondamentale de la classe : un chatbot ne connaît ni les dynamiques d’un groupe, ni le parcours complet d’un élève, ni les exigences précises d’un établissement. Il ne peut pas non plus remplacer l’évaluation humaine d’une progression, l’encouragement face au découragement ou la discussion collective qui fait vivre un cours.

Le rôle de l’enseignant peut en revanche évoluer. L’outil peut servir de ressource complémentaire pour faire reformuler une leçon, générer des exercices de pratique ou aider un élève à avancer entre deux séances. Il peut aussi ouvrir des échanges en classe sur la qualité d’une explication, les erreurs possibles d’une IA et les limites d’une réponse bien écrite mais mal comprise.

Cette intégration suppose un cadre clair. Les élèves doivent savoir dans quelles situations l’IA est autorisée, comment citer ou déclarer son usage si nécessaire, et pourquoi une réponse proposée par ChatGPT ne doit pas être acceptée sans examen. Les enseignants ont également besoin de temps et de formation pour décider comment utiliser ces outils sans abandonner leurs objectifs pédagogiques.

La question de l’évaluation est particulièrement sensible. Si un devoir à la maison peut être largement assisté par un chatbot, les établissements peuvent être conduits à valoriser davantage les brouillons, les explications orales, les exercices réalisés en classe ou la présentation des étapes de raisonnement. Le Mode Étudier peut encourager cette évolution en mettant l’accent sur le cheminement, mais il ne la provoquera pas à lui seul.

Des partenariats qui confirment les ambitions d’OpenAI

Cette nouveauté ne surgit pas isolément. OpenAI affiche depuis plusieurs mois sa volonté de s’implanter dans le secteur de l’éducation. Le partenariat avec l’Arizona State University illustre cette stratégie : l’université expérimente déjà l’intégration de ChatGPT dans ses dispositifs pédagogiques. Pour l’entreprise, ces collaborations permettent d’observer les usages dans des contextes réels et de rapprocher le produit des besoins du monde académique.

La bataille éducative ne se limite toutefois pas à OpenAI. En Europe, des entreprises comme Mistral AI cherchent elles aussi à convaincre les établissements avec leurs propres approches. Pour les écoles et les universités, le choix ne portera pas uniquement sur les capacités d’un modèle. Il concernera également la protection des données, le coût, la langue, les modalités d’hébergement, les outils de pilotage et la possibilité d’adapter les usages aux programmes.

L’éducation représente un terrain stratégique pour les entreprises d’IA. Les usages y sont fréquents, variés et potentiellement durables : préparation de cours, tutorat, révisions, accessibilité, apprentissage des langues ou accompagnement administratif. Mais c’est aussi un domaine dans lequel la promesse technologique est soumise à une exigence particulière : il ne suffit pas que l’outil soit impressionnant, il faut qu’il apporte une valeur pédagogique démontrable.

Ce qu’il faut surveiller pour juger son efficacité

Le succès du Mode Étudier et apprendre dépendra moins de son annonce que de son adoption concrète. Plusieurs questions seront déterminantes dans les prochains mois. Les utilisateurs choisiront-ils cette option lorsqu’ils ont besoin d’aide, ou préféreront-ils systématiquement la réponse la plus rapide ? Les enseignants y verront-ils un allié pour différencier l’accompagnement, ou un outil supplémentaire à surveiller ? Et surtout, les échanges proposés permettront-ils réellement une meilleure compréhension ?

La qualité de l’adaptation au niveau de l’élève sera un point central. Un assistant trop prudent risque de devenir frustrant et de multiplier les questions sans aider à progresser. Un assistant trop direct retomberait dans les travers qu’il prétend corriger. L’équilibre entre aide, autonomie et vérification des acquis est donc au cœur de la promesse d’OpenAI.

La fonction a le mérite de reconnaître que l’éducation ne se résume pas à l’accès à l’information. À l’heure où une réponse est disponible en quelques secondes, la compétence la plus précieuse reste peut-être la capacité à poser les bonnes questions, à expliquer son raisonnement et à distinguer une solution comprise d’une solution simplement obtenue. C’est sur ce terrain, plus exigeant que celui de la simple génération de texte, que le Mode Étudier devra faire ses preuves.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Mode Étudier et apprendre de ChatGPT ?

Le Mode Étudier et apprendre est une fonction de ChatGPT conçue pour accompagner l’utilisateur dans son raisonnement. Au lieu de fournir systématiquement une réponse finale dès la première demande, l’outil pose des questions, suggère des étapes et vérifie progressivement la compréhension. Il vise notamment l’autonomie intellectuelle et la pensée critique.

Le Mode Étudier de ChatGPT est-il gratuit ?

Oui. Au moment de son lancement, OpenAI rend le Mode Étudier et apprendre accessible à tous les utilisateurs de ChatGPT, y compris ceux qui utilisent la version gratuite. Il faut toutefois l’activer manuellement afin d’utiliser cette forme d’accompagnement plutôt que le fonctionnement habituel de l’assistant.

Comment activer le Mode Étudier et apprendre dans ChatGPT ?

Le mode doit être sélectionné manuellement dans ChatGPT. Cette démarche permet à l’utilisateur de choisir l’approche qui correspond à son besoin : une réponse habituelle lorsqu’il recherche une information immédiate, ou un échange plus guidé lorsqu’il souhaite travailler une notion, un exercice ou une méthode de raisonnement.

ChatGPT peut-il remplacer un enseignant avec ce mode d’étude ?

Non. Le Mode Étudier peut compléter un cours en proposant des explications, des questions et des pistes de travail, mais il ne connaît pas le contexte complet d’une classe ni les besoins précis de chaque élève. L’enseignant demeure essentiel pour structurer les apprentissages, évaluer les acquis et accompagner les difficultés.

Le mode d’étude empêche-t-il totalement les élèves de tricher ?

Non. Le mode encourage un usage plus actif de l’IA, mais il repose sur une activation volontaire et ne remplace pas un cadre pédagogique. Un élève peut toujours rechercher une réponse rapide dans un autre mode. La prévention de la triche dépend aussi des règles fixées par les établissements et des méthodes d’évaluation.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, présentation officielle du mode d’étude de ChatGPTopenai.com/index/chatgpt-study-mode
  2. Arizona State University, initiative consacrée à l’intelligence artificielleai.asu.edu
  3. OpenAI, ressources et offres pour l’éducationopenai.com/education