IA et réalité étendue : Qualcomm dessine des expériences plus adaptatives
Pour Ziad Asghar, vice-président de Qualcomm, l’intelligence artificielle générative et la réalité étendue ont vocation à se renforcer mutuellement. Cette convergence pourrait rendre les environnements immersifs plus réactifs et personnalisés, de l’éducation au jeu vidéo, à condition de relever les enjeux techniques et de protection des données.

Les casques, lunettes et interfaces immersives promettent depuis longtemps de modifier notre rapport aux écrans. Mais une expérience en trois dimensions ne devient réellement utile que si elle comprend ce que fait l’utilisateur, ce qui l’entoure et ce dont il a besoin à cet instant. C’est précisément là que l’intelligence artificielle générative pourrait prendre une place centrale. Pour Ziad Asghar, vice-président de Qualcomm, son rapprochement avec la réalité étendue ouvre la voie à des interactions plus naturelles, plus réactives et davantage adaptées à chacun.
Lors d’une conférence évoquée par Qualcomm, le dirigeant a mis en avant cette complémentarité entre l’IA générative et la réalité étendue. L’ambition n’est pas seulement de superposer des objets numériques au monde réel ou de transporter l’utilisateur dans un univers virtuel. Il s’agit de bâtir des interfaces capables d’interpréter un contexte et de produire un contenu qui évolue avec lui. Cette vision concerne autant les développeurs de logiciels immersifs que les secteurs de l’éducation, du jeu vidéo ou de l’industrie.
La réalité étendue, un terme qui rassemble plusieurs technologies
La réalité étendue, souvent désignée par le sigle XR, rassemble trois grandes familles d’expériences numériques immersives. La réalité virtuelle place l’utilisateur dans un environnement entièrement numérique. La réalité augmentée ajoute des informations ou objets virtuels à la vision du monde réel. La réalité mixte vise, elle, à faire interagir de façon plus cohérente éléments physiques et numériques.
Ces distinctions comptent, car les besoins techniques ne sont pas identiques. Un casque de réalité virtuelle doit avant tout rendre un univers convaincant et répondre sans délai aux mouvements de la tête. Des lunettes de réalité augmentée doivent aussi comprendre leur environnement afin d’afficher une information au bon endroit. Dans les deux cas, l’interaction devient plus convaincante si le système sait reconnaître une situation, suivre une consigne ou répondre à une question formulée naturellement.
| Composant de l’expérience | Rôle dans un environnement XR | Ce que l’IA générative peut apporter |
|---|---|---|
| Vision et capteurs | Détecter les gestes, les mouvements et certains éléments de l’environnement | Interpréter le contexte et proposer une réponse adaptée |
| Interface vocale ou textuelle | Permettre à l’utilisateur de formuler une demande | Comprendre une intention et générer une réponse conversationnelle |
| Moteur de contenu | Afficher décors, objets, consignes ou personnages | Produire ou modifier du contenu selon la situation |
| Suivi des interactions | Prendre en compte les choix et le parcours de l’utilisateur | Faire évoluer une expérience, un scénario ou un accompagnement |
La vision de Ziad Asghar : des expériences qui s’adaptent en temps réel
Dans l’approche décrite par Ziad Asghar, l’intérêt de l’IA générative réside dans sa capacité à rendre une expérience XR moins figée. Les interfaces immersives classiques reposent largement sur des scénarios, des menus et des objets préparés à l’avance. L’utilisateur peut déjà agir sur cet univers, mais les possibilités sont définies par les concepteurs.
L’ajout d’une couche d’IA permettrait de faire varier l’expérience au fil des actions. Le système peut analyser, en temps réel, les données disponibles sur l’environnement et les interactions de l’utilisateur, puis créer ou ajuster un contenu jugé pertinent. Une demande orale pourrait ainsi remplacer une navigation dans plusieurs menus. Une aide virtuelle pourrait reformuler une explication. Un environnement pourrait évoluer selon la tâche en cours.
Il faut toutefois distinguer cette perspective d’un automatisme infaillible. L’IA n’interprète pas le monde comme un humain : elle traite des signaux, des données et des probabilités. La qualité de l’expérience dépend donc à la fois des capteurs, du logiciel, des données accessibles, de la puissance de calcul et des règles établies par le concepteur. Une réponse générée doit aussi rester cohérente avec l’environnement virtuel et avec les attentes de l’utilisateur.
Cette combinaison peut néanmoins rendre l’immersion plus utile. Au lieu de se contenter d’afficher des informations, une application peut chercher à les présenter au moment où elles sont nécessaires. C’est l’idée d’un dialogue technologique entre l’utilisateur, son contexte et un système numérique capable de réagir.
Éducation et jeux vidéo, deux terrains d’application concrets
Ziad Asghar a notamment évoqué l’éducation et le divertissement. Dans l’enseignement, un environnement immersif peut déjà montrer un lieu, un mécanisme ou une situation difficile à observer dans une salle de classe. L’IA générative ajoute la possibilité d’adapter les explications, les exercices ou le rythme de progression à partir des interactions recueillies durant la session.
Un élève pourrait par exemple demander une précision en langage courant et recevoir une reformulation au sein même de l’environnement d’apprentissage. Un exercice peut être ajusté lorsqu’une difficulté apparaît. L’intérêt potentiel est de rendre l’accompagnement plus individualisé, sans réduire la technologie à un substitut de l’enseignant. La qualité des contenus pédagogiques, l’encadrement humain et la fiabilité des réponses restent essentiels.
Dans le jeu vidéo, le principe est comparable, mais au service du récit et de l’engagement. Des éléments génératifs peuvent permettre à un scénario de réagir aux choix d’un joueur et de renouveler son parcours. Des personnages, des dialogues ou des situations peuvent évoluer au-delà d’une succession de séquences identiques. Qualcomm présente ainsi cette convergence comme un moyen d’enrichir l’expérience immersive et de la rendre plus captivante.
Ces usages restent soumis à une règle simple : une plus grande personnalisation n’est intéressante que si elle apporte une valeur claire. Un monde virtuel qui change sans logique, un assistant qui interrompt constamment ou un contenu généré de mauvaise qualité risquent au contraire de briser l’immersion.
Expérience XR classique ou XR assistée par IA générative
XR classique
- Les parcours, dialogues et objets sont majoritairement conçus à l’avance.
- L’utilisateur interagit surtout avec des menus, des gestes ou des commandes prévues.
- Les scénarios évoluent selon des règles écrites par les développeurs.
- La personnalisation reste limitée aux options intégrées au logiciel.
XR assistée par IA générative
- Le contenu peut s’ajuster aux questions et aux actions de l’utilisateur.
- Une interface conversationnelle peut compléter les commandes traditionnelles.
- Les explications ou scénarios peuvent évoluer en fonction du contexte.
- La qualité dépend fortement des données, des modèles et de la puissance disponible.
Pourquoi Qualcomm se positionne auprès des développeurs
Qualcomm s’adresse aux développeurs qui souhaitent explorer cette convergence. L’entreprise propose des outils et des plateformes destinés à la création de projets s’appuyant sur l’IA et les technologies immersives. Sa position est particulière : les expériences XR reposent aussi sur le matériel, notamment sur des composants capables de faire fonctionner des capteurs, de traiter des données et d’afficher des images avec une faible latence.
Dans ce domaine, la rapidité de réponse est déterminante. Si l’affichage ne suit pas le mouvement de la tête ou si une interaction vocale prend trop de temps à obtenir une réponse, l’illusion d’immersion disparaît vite. L’enjeu consiste donc à répartir efficacement les calculs entre l’appareil et, lorsque cela est nécessaire, des ressources distantes. Des traitements réalisés directement sur l’appareil peuvent limiter les délais et réduire certains transferts de données. Les tâches plus exigeantes peuvent, elles, nécessiter une infrastructure externe robuste.
La stratégie évoquée par Qualcomm passe également par la collaboration avec des start-ups et des universités. Cette ouverture peut aider à faire émerger des cas d’usage, à tester de nouvelles interfaces et à mieux comprendre les besoins de chaque secteur. Le récit source ne détaille pas de programme précis, mais insiste sur la nécessité de partager les connaissances et de faciliter l’accès aux données pour améliorer les modèles d’IA.
Les limites à ne pas négliger : données, calcul et adoption
Le rapprochement entre IA générative et XR soulève des défis que Ziad Asghar a également mis en avant. Le premier concerne l’infrastructure. Pour répondre vite, comprendre une scène et afficher un contenu immersif, les systèmes ont besoin de ressources de calcul importantes. Or les appareils portés sur la tête ou utilisés en mobilité sont contraints par leur taille, leur autonomie et leur dissipation de chaleur.
Le deuxième enjeu est celui de la confidentialité. Les expériences de réalité étendue peuvent mobiliser des données particulièrement sensibles : ce que l’utilisateur regarde, les gestes qu’il effectue, l’espace dans lequel il se trouve, sa voix ou ses interactions. Lorsqu’une IA exploite ces informations pour personnaliser une expérience, il devient indispensable de savoir quelles données sont collectées, à quelles fins, où elles sont traitées et pendant combien de temps elles sont conservées.
La personnalisation ne doit donc pas se faire au détriment du contrôle de l’utilisateur. Des choix compréhensibles, des paramètres de confidentialité effectifs et une conception attentive aux données minimisées sont des conditions importantes pour instaurer la confiance. Elles le sont d’autant plus dans l’éducation ou dans les environnements professionnels, où les informations manipulées peuvent concerner des mineurs, des apprentissages ou des activités de travail.
Enfin, l’adoption à grande échelle ne dépendra pas uniquement des promesses technologiques. Les entreprises devront identifier des usages utiles, former les équipes, maîtriser les coûts et évaluer la fiabilité des outils. Les créateurs devront trouver le bon équilibre entre contenus conçus à l’avance et contenus générés dynamiquement. Une technologie immersive ne s’impose pas parce qu’elle est spectaculaire, mais parce qu’elle rend une tâche plus simple, plus claire ou plus riche.
Ce qu’il faut surveiller
À la date du 19 mai 2025, la vision défendue par Ziad Asghar dessine moins un produit unique qu’une direction pour l’ensemble de l’écosystème XR. Les progrès les plus significatifs seront ceux qui rendront l’IA réellement utile dans un casque ou des lunettes : des réponses rapides, un contexte bien compris, des contenus fiables et des commandes faciles à utiliser.
Il faudra aussi observer la manière dont les développeurs traduisent cette promesse dans des applications concrètes. L’éducation peut bénéficier d’explications adaptées et de simulations. Le jeu vidéo peut gagner en variété narrative. D’autres secteurs peuvent imaginer des interfaces de formation ou de visualisation plus intuitives. Mais ces perspectives resteront crédibles seulement si les données personnelles sont protégées et si l’IA apporte une amélioration perceptible, plutôt qu’un simple effet de nouveauté.
La collaboration entre intelligence artificielle générative et réalité étendue pourrait ainsi transformer la manière dont les utilisateurs dialoguent avec des environnements numériques. Pour Qualcomm, cette transformation se jouera autant dans la recherche et le développement que dans la capacité des entreprises, des universités et des créateurs à concevoir des expériences pertinentes.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la réalité étendue ou XR ?
La réalité étendue, ou XR, est un terme qui regroupe la réalité virtuelle, la réalité augmentée et la réalité mixte. Elle désigne les technologies qui plongent une personne dans un univers numérique, ajoutent des éléments virtuels au monde réel ou font interagir les deux. Les casques et certaines lunettes connectées en sont les principaux supports.
Comment l’IA générative peut-elle améliorer une expérience en réalité étendue ?
L’IA générative peut permettre à une application immersive de répondre en langage naturel, d’adapter une explication ou de modifier certains contenus selon les actions de l’utilisateur. Elle peut rendre l’interface moins rigide qu’un parcours entièrement programmé. Son efficacité dépend toutefois de la fiabilité du modèle, de la qualité des capteurs et de la rapidité du traitement.
Quels usages Ziad Asghar évoque-t-il pour l’IA et la réalité étendue ?
Ziad Asghar cite notamment l’éducation et le divertissement. Dans l’éducation, l’IA peut aider à personnaliser des contenus selon les interactions et le rythme de l’apprenant. Dans les jeux vidéo, elle peut enrichir les scénarios en les faisant évoluer selon les choix du joueur, afin de proposer des expériences narratives plus variées.
Quels sont les risques pour les données personnelles dans la réalité étendue ?
Les outils de réalité étendue peuvent recueillir des données sur les mouvements, les gestes, la voix, le regard ou l’environnement de l’utilisateur. Si une IA utilise ces informations pour personnaliser l’expérience, la transparence devient essentielle. Les utilisateurs doivent pouvoir comprendre les données collectées, leur usage, leur durée de conservation et les paramètres de contrôle disponibles.
Quel rôle Qualcomm veut-il jouer dans l’IA et la réalité étendue ?
Qualcomm se présente comme un partenaire des développeurs qui construisent des expériences mêlant IA et XR. L’entreprise met en avant ses outils et plateformes, ainsi que les capacités matérielles nécessaires au traitement des données et à l’affichage immersif. Elle souligne aussi l’intérêt de collaborations avec des start-ups et des universités pour stimuler l’innovation.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Qualcomm, présentation officielle de ses activités en intelligence artificiellewww.qualcomm.com/artificial-intelligence
- Qualcomm, présentation officielle de ses solutions de réalité étendue Snapdragonwww.qualcomm.com/products/mobile/snapdragon/xr-vr-ar
- Qualcomm, salle de presse officiellewww.qualcomm.com/news



