VMware met l’IA au cœur de Cloud Foundation, sans effacer les défis de migration
Sous l’impulsion de Broadcom, VMware veut faire de Cloud Foundation une plateforme prête pour l’IA d’entreprise. Services d’IA privés, catalogue de modèles et assistant conversationnel sont au programme. Mais l’évolution intervient alors que les clients s’interrogent sur les licences, les coûts et la complexité d’une éventuelle migration.

L’intelligence artificielle ne se joue pas seulement dans les laboratoires qui conçoivent les grands modèles de langage. Elle se joue aussi dans les salles informatiques des entreprises, là où il faut faire tourner les applications, stocker les données, allouer la puissance de calcul et garantir la continuité de service. C’est sur ce terrain moins visible que VMware, désormais détenu par Broadcom, veut repositionner sa plateforme VMware Cloud Foundation, ou VCF.
Lors de VMware Explore, Broadcom a annoncé que VMware Cloud Foundation devient native à l’IA. Derrière cette formule, l’ambition est claire : aider les organisations déjà clientes de VMware à déployer des modèles et des agents d’IA dans leurs propres environnements, sans devoir reconstruire entièrement leur infrastructure. L’annonce arrive toutefois à un moment délicat. Les changements de licences intervenus depuis le rachat de VMware en novembre 2023 ont suscité de fortes interrogations chez une partie de la clientèle.
Cloud Foundation, le socle de la stratégie IA de VMware
VMware Cloud Foundation est une plateforme destinée à faire fonctionner et administrer les infrastructures informatiques d’entreprise. Elle s’inscrit dans l’héritage historique de VMware : la virtualisation, c’est-à-dire la capacité à exploiter plusieurs environnements logiciels isolés sur une même infrastructure physique. Cette approche est largement employée pour héberger des applications métiers, des bases de données ou des services internes.
Le qualificatif « native à l’IA » ne signifie pas que VCF devient elle-même un grand modèle de langage. Il signifie que Broadcom entend intégrer, au plus près de l’infrastructure, les briques utiles au déploiement d’applications d’IA : accès aux modèles, préparation des données, connexions entre services et mécanismes d’administration. L’objectif est de réduire le nombre d’outils séparés que les équipes techniques doivent assembler pour faire passer un projet d’IA du stade de l’essai à celui de l’exploitation.
Cette orientation répond à une demande très concrète. Les entreprises s’intéressent de plus en plus aux modèles de langage de grande taille et aux agents, ces logiciels capables d’enchaîner des étapes pour répondre à une demande ou exécuter une tâche. Mais elles ne veulent pas nécessairement transmettre leurs données internes à un service public externe. Une offre intégrée à l’infrastructure existante peut donc apparaître comme une voie plus contrôlable, notamment pour les données sensibles ou les processus critiques.
| Élément annoncé | Rôle envisagé dans l’environnement VMware | Échéance évoquée |
|---|---|---|
| VMware Cloud Foundation native à l’IA | Faire de l’IA une capacité intégrée à la plateforme d’infrastructure | Annoncé lors de VMware Explore |
| VMware Private AI Services | Fournir les briques nécessaires au déploiement d’IA sur site | Inclus dans VCF 9 en 2026, selon le calendrier annoncé |
| Catalogue de modèles | Mettre des modèles à disposition des équipes utilisatrices | Associé aux services d’IA privés |
| Services d’indexation | Préparer et organiser les informations utilisées par les applications d’IA | Associés aux services d’IA privés |
| Passerelle API | Faciliter les échanges entre différents modèles et services | Associée aux services d’IA privés |
| Intelligent Assist pour VCF | Orienter les utilisateurs à partir de la base de connaissances VMware | Parmi les nouveautés annoncées |
Que promettent les services d’IA privés de VMware ?
La principale évolution annoncée porte le nom de VMware Private AI Services. Broadcom prévoit d’inclure ce service dans les abonnements VCF 9 en 2026. L’idée est de fournir un ensemble cohérent d’outils permettant aux entreprises d’implémenter une IA dans leur propre environnement informatique, plutôt que de les laisser construire seules chaque composant.
Parmi les éléments cités figurent un catalogue de modèles, des services d’indexation et une passerelle API. L’offre doit également inclure des bases de données vectorielles ainsi qu’un générateur d’IA agentique. Une base vectorielle est un outil conçu pour retrouver rapidement des contenus proches sur le plan du sens : elle peut, par exemple, aider un assistant à retrouver les documents internes pertinents avant de formuler une réponse. Un agent, lui, combine un modèle avec des règles, des données et des actions possibles pour accomplir une tâche plus structurée qu’une simple conversation.
L’intérêt affiché est double. D’un côté, VMware veut abaisser la barrière technique pour les équipes qui souhaitent expérimenter avec des modèles, y compris des modèles ouverts en phase de test. De l’autre, la plateforme doit permettre de maintenir l’IA là où se trouvent déjà une partie des applications et des données de l’entreprise.
Il s’agit d’une promesse d’intégration, plus que d’une annonce de rupture dans les modèles eux-mêmes. Broadcom ne se positionne pas ici comme le créateur d’un nouveau modèle de langage concurrent des grands acteurs de l’IA. Le groupe cherche plutôt à devenir l’environnement dans lequel des modèles de différentes origines peuvent être déployés, connectés et administrés.
Ce que l’intégration de l’IA change, et ce qu’elle ne résout pas
Pour une organisation déjà très équipée en technologies VMware, intégrer des outils d’IA à VCF peut limiter la multiplication des plateformes et rapprocher les expérimentations des infrastructures existantes. Cela n’efface pas pour autant les questions de coût, de gouvernance ou de dépendance technologique.
L’IA intégrée à VCF : apports attendus et questions persistantes
Ce que VMware veut apporter
- Déployer des modèles et des agents d’IA dans l’environnement de l’entreprise.
- Réunir catalogue de modèles, indexation, bases vectorielles et passerelle API.
- Conserver les projets d’IA au plus près des applications et des données existantes.
- S’appuyer sur Intelligent Assist pour faciliter l’accès à la connaissance VMware.
Ce que l’annonce ne règle pas
- Les inquiétudes liées aux licences après le rachat de VMware par Broadcom.
- Le coût et le risque opérationnel d’une migration hors de VMware.
- La complexité des environnements hérités et de leurs dépendances applicatives.
- La nécessité de contrôler les données, les accès et la fiabilité des réponses de l’IA.
Les licences VMware restent un sujet central pour les clients
L’offensive IA de Broadcom intervient dans un contexte commercial qui pèse lourd dans les décisions techniques. Depuis l’acquisition de VMware en novembre 2023, des changements de politique de licence ont suscité des préoccupations chez les utilisateurs. La disparition de la version gratuite de la plateforme a notamment alimenté les critiques. Des rapports ont aussi fait état de pratiques commerciales jugées agressives par certains clients.
Pour une entreprise, une infrastructure ne se remplace pas à la seule faveur d’une nouveauté technologique. Elle est liée à des contrats, à des compétences internes, à des outils de supervision, à des procédures de sécurité et à des applications parfois anciennes. C’est pourquoi l’augmentation potentielle des coûts de licence est souvent analysée en regard du coût total d’un départ, et pas seulement du prix d’un abonnement.
Cette situation a créé des opportunités pour des concurrents tels que Nutanix, SUSE et IBM, cités parmi les acteurs ayant bénéficié des incertitudes autour de VMware. Leur défi consiste toutefois à convaincre les entreprises qu’une migration est réalisable sans dégrader le fonctionnement des services. Pour VMware, la stratégie IA peut aussi servir à renforcer l’intérêt de rester dans l’écosystème : plus les capacités nouvelles sont intégrées à la plateforme, plus le choix de l’alternative doit être pesé.
Pourquoi sortir d’un environnement VMware est-il si difficile ?
Les déploiements VMware sont fréquemment complexes parce qu’ils se sont construits au fil des années. Une entreprise peut avoir virtualisé de nombreuses applications sur cette base, avec des configurations adaptées à ses besoins, des mécanismes de sauvegarde, des règles de sécurité et des procédures d’exploitation éprouvées. Déplacer ces charges de travail vers une autre plateforme ne revient donc pas à copier des fichiers d’un système à un autre.
Une migration exige généralement de cartographier les dépendances entre applications, d’adapter les configurations, de tester les performances et de prévoir un retour arrière en cas de problème. Les équipes doivent aussi préserver les engagements pris auprès des métiers : disponibilité d’un service, délai de réponse, capacité à absorber des pics d’activité. Les impacts potentiels sur les métriques de qualité de service constituent l’un des risques majeurs relevés pour les utilisateurs.
Face à ces incertitudes, beaucoup d’organisations préfèrent conserver un environnement qu’elles maîtrisent, même lorsque les licences et les coûts d’exploitation augmentent. Cette inertie n’est pas nécessairement un manque d’innovation. Elle traduit le fait que les systèmes historiques continuent de faire fonctionner des activités essentielles. Les promesses des conteneurs et des architectures plus récentes n’ont pas fait disparaître cette réalité.
Tanzu et Intelligent Assist, des ajouts plus opérationnels
Broadcom a également mis en avant des améliorations de VMware Tanzu, son ensemble d’outils associé aux applications modernes et aux conteneurs. Ces évolutions s’inscrivent dans la même logique : faciliter l’exploitation de logiciels plus récents sans obliger les entreprises à renoncer immédiatement aux infrastructures qu’elles possèdent déjà.
L’autre nouveauté notable est Intelligent Assist pour VCF. Ce chatbot s’appuie sur la base de connaissances de VMware. Sa fonction est d’accompagner l’utilisateur dans l’intervalle entre la formulation d’une question et la prise en charge éventuelle par un opérateur humain. Dans un environnement technique, un tel assistant peut servir à retrouver une procédure, à identifier une documentation pertinente ou à mieux formuler un incident avant son escalade.
La valeur de ce type d’outil dépendra de la qualité des informations auxquelles il accède et de sa capacité à ne pas induire les administrateurs en erreur. Un assistant conversationnel ne remplace pas automatiquement l’expertise humaine, surtout lorsqu’un incident touche une infrastructure de production. Son rôle le plus crédible est celui d’un premier niveau d’orientation et d’accélération de l’accès à la connaissance.
La virtualisation ne disparaît pas avec la montée des conteneurs
Depuis plusieurs années, le succès des conteneurs a nourri l’idée que la virtualisation traditionnelle serait progressivement remplacée. Les conteneurs permettent d’emballer une application avec ses dépendances afin de la déployer de façon cohérente dans différents environnements. Ils sont particulièrement associés aux applications conçues selon des méthodes modernes.
Mais cette approche ne rend pas les systèmes existants obsolètes du jour au lendemain. Les entreprises conservent un parc applicatif hétérogène, où cohabitent logiciels récents, applications historiques et exigences réglementaires. Dans ce contexte, les infrastructures héritées restent un socle durable. Elles expliquent pourquoi VMware dispose encore d’une base installée importante et pourquoi Broadcom peut envisager des revenus de long terme.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre l’ancien monde et le nouveau. Il est de relier les deux sans fragiliser l’exploitation quotidienne. La stratégie de VMware consiste précisément à présenter VCF comme un point de convergence : une plateforme capable d’héberger les charges de travail existantes tout en accueillant des usages d’IA et des outils liés aux applications modernes.
Ce qu’il faut surveiller en 2026
Le premier point à suivre sera la mise à disposition effective de VMware Private AI Services dans VCF 9. Les entreprises examineront moins les promesses générales sur l’IA que les conditions concrètes de déploiement, d’administration et d’intégration avec leurs environnements actuels. Elles devront aussi déterminer quels modèles peuvent être utilisés, quelles données peuvent les alimenter et qui reste responsable des réponses produites.
Le deuxième point concerne l’équation économique. L’IA peut renforcer l’attractivité de VMware pour les clients qui souhaitent conserver leurs données et leurs applications sur site. Mais elle ne fera pas disparaître les interrogations sur les licences. Broadcom devra démontrer que les nouvelles fonctionnalités apportent une valeur proportionnée au coût et qu’elles ne compliquent pas davantage des infrastructures déjà difficiles à administrer.
Enfin, la concurrence restera déterminante. Nutanix, SUSE, IBM et d’autres acteurs peuvent tirer parti du malaise de certains utilisateurs, à condition d’offrir des trajectoires de migration crédibles. Pour VMware, le défi est donc double : faire de l’IA un outil utile au quotidien, tout en préservant la stabilité qui a fait de ses technologies un choix central pour de nombreuses entreprises.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que VMware Private AI Services ?
VMware Private AI Services est l’offre annoncée par Broadcom pour faciliter le déploiement d’IA dans les environnements VMware. Elle doit réunir un catalogue de modèles, des services d’indexation, des bases de données vectorielles, une passerelle API et un générateur d’IA agentique. Son inclusion dans les abonnements VCF 9 est prévue en 2026.
Que signifie une plateforme VMware Cloud Foundation native à l’IA ?
Cette expression désigne l’intégration de composants utiles à l’IA directement dans la plateforme d’infrastructure VMware Cloud Foundation. L’objectif est de permettre aux entreprises de mettre en œuvre des modèles et des agents sans assembler autant d’outils distincts. Cela ne signifie pas que VMware crée son propre grand modèle de langage.
Pourquoi les clients VMware hésitent-ils à migrer vers une autre solution ?
Les environnements VMware hébergent souvent des applications, des règles de sécurité, des sauvegardes et des procédures opérationnelles accumulées pendant des années. Les déplacer peut coûter cher et exiger de nombreux tests. Les organisations craignent surtout une dégradation de la qualité de service ou une interruption de systèmes essentiels pendant la transition.
Quels changements de licences VMware inquiètent les entreprises ?
Depuis le rachat de VMware par Broadcom en novembre 2023, la fin de l’offre gratuite et les évolutions de politique de licence ont suscité des préoccupations. Certains clients s’interrogent sur la hausse des coûts et sur les pratiques commerciales. Ils doivent néanmoins comparer ces dépenses au coût, souvent élevé, d’une migration complète.
À quoi sert Intelligent Assist pour VCF ?
Intelligent Assist pour VCF est un chatbot basé sur la base de connaissances de VMware. Il doit aider les utilisateurs à obtenir des informations et à s’orienter lorsqu’ils rencontrent une question technique, avant une éventuelle intervention humaine. Son intérêt dépendra de la pertinence des réponses et de la qualité de la documentation disponible.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Broadcom, salle de presse officielle et actualités VMwarenews.broadcom.com
- VMware, site officiel et informations sur les produitswww.vmware.com
- VMware Explore, conférence annuelle de l’écosystème VMwarewww.vmware.com/explore.html



