Résultats Nvidia : Blackwell, marge et demande IA, les chiffres à surveiller
Le 20 novembre 2024, Nvidia doit dévoiler ses comptes du troisième trimestre de son exercice 2025. La demande de calcul pour l’IA reste le moteur central, mais le marché attend surtout des précisions sur le déploiement de Blackwell, les marges et les perspectives de fin d’année.

Le rendez-vous est devenu l’un des plus scrutés de la technologie mondiale. Après la fermeture de Wall Street, le 20 novembre 2024, Nvidia doit publier les résultats de son troisième trimestre de l’exercice 2025. Pour les marchés, il ne s’agira pas seulement de vérifier la trajectoire d’un fabricant de puces : ce bilan offrira aussi un aperçu concret du rythme auquel les grandes entreprises technologiques investissent dans les infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle générative.
Nvidia a pris une place centrale dans cette course grâce à ses processeurs graphiques, ou GPU. Historiquement conçus pour accélérer l’affichage des jeux vidéo, ces composants sont devenus très recherchés pour entraîner et faire fonctionner les grands modèles d’IA. Les centres de données, qui regroupent les serveurs informatiques utilisés notamment par les services cloud, sont donc désormais le principal moteur de l’entreprise.
Un trimestre fiscal qui ne correspond pas au calendrier habituel
Nvidia ne raisonne pas selon le calendrier civil. Les résultats attendus le 20 novembre portent sur le troisième trimestre de son exercice 2025, une période close le 27 octobre 2024. Cette précision compte : elle permet de comparer les chiffres à la prévision communiquée par l’entreprise trois mois plus tôt, après ses résultats du deuxième trimestre.
À la fin août, Nvidia avait annoncé un objectif de 32,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, avec une marge d’incertitude de 2 % dans un sens comme dans l’autre. Cette prévision plaçait la barre très haut après un trimestre déjà exceptionnel.
| Indicateur | Dernier résultat publié, deuxième trimestre de l’exercice 2025 | Prévision de Nvidia pour le troisième trimestre |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires total | 30,0 milliards de dollars | 32,5 milliards de dollars, à plus ou moins 2 % |
| Chiffre d’affaires Data Center | 26,3 milliards de dollars | Non détaillé à ce stade |
| Marge brute GAAP | 75,1 % | 74,4 %, à plus ou moins 0,5 point |
| Bénéfice par action dilué GAAP | 0,67 dollar | Pas de prévision chiffrée communiquée |
| Dépenses opérationnelles GAAP | 3,9 milliards de dollars | Environ 4,3 milliards de dollars |
La lecture du bénéfice par action appelle une autre précaution. Nvidia a réalisé une division de son action par dix, effective en juin 2024. Les comparaisons avec les bénéfices par action publiés avant cette opération doivent donc être ajustées. Un chiffre isolé ne suffit pas à évaluer une performance : il faut le replacer dans le nombre d’actions en circulation, les dépenses de l’entreprise et ses objectifs annoncés.
Le Data Center reste le baromètre de la demande en IA
Le segment Data Center est le premier chiffre à surveiller. Il comprend notamment les puces, les systèmes et les solutions réseau vendus aux fournisseurs de cloud, aux entreprises et aux laboratoires qui déploient des capacités de calcul intensif. Au trimestre précédent, il avait généré 26,3 milliards de dollars, soit l’essentiel des 30,0 milliards de chiffre d’affaires total du groupe.
Cette montée en puissance est spectaculaire au regard de la taille historique de l’activité. En quelques années, les revenus liés aux centres de données sont devenus bien plus déterminants que les ventes destinées au jeu vidéo. Cela reflète l’ampleur des investissements engagés pour entraîner les modèles de langage, produire des images ou des vidéos par IA, développer des assistants numériques et proposer ces services à grande échelle.
Le chiffre brut ne racontera toutefois pas toute l’histoire. Les marchés écouteront attentivement les explications de Nvidia sur plusieurs questions :
- la continuité des commandes des grands opérateurs de cloud ;
- le rythme de déploiement des systèmes reposant sur les puces Hopper, dont les H100 et H200 ;
- la capacité du groupe à fournir les composants et les systèmes commandés ;
- la part de la croissance qui provient d’une demande durable, plutôt que de livraisons concentrées sur une période donnée.
Les centres de données ne sont pas seulement des bâtiments remplis de serveurs. Dans l’IA, leur efficacité dépend aussi du réseau qui relie les puces entre elles, des logiciels permettant de les utiliser collectivement et de la quantité d’énergie nécessaire. Nvidia vend précisément un ensemble de matériels et de logiciels, ce qui rend sa position plus large que celle d’un simple fournisseur de processeurs.
Blackwell, la prochaine épreuve industrielle de Nvidia
L’autre sujet incontournable est Blackwell, la nouvelle génération de puces d’IA dévoilée par Nvidia en mars 2024. Elle doit succéder progressivement à l’architecture Hopper, qui équipe une grande partie des infrastructures d’IA actuellement déployées. Pour l’entreprise, l’enjeu n’est pas uniquement technologique : il est industriel et financier.
Les nouveaux produits doivent passer de la présentation aux livraisons en volume, sans retarder les clients et sans dégrader excessivement la rentabilité. Nvidia avait indiqué fin août que la montée en production de Blackwell devait commencer au quatrième trimestre de son exercice 2025. Le marché cherchera donc à savoir si ce calendrier reste inchangé et comment les commandes se répartissent entre les générations de puces.
Blackwell désigne une architecture et une famille de produits. Parmi eux, le GB200 associe des GPU Blackwell à un processeur Grace conçu par Nvidia. Ces ensembles sont destinés aux très grands systèmes de calcul. Leur intérêt tient notamment à leur capacité à traiter de grands volumes de données et à communiquer rapidement entre de nombreuses puces, un point essentiel pour les modèles d’IA les plus exigeants.
Jensen Huang, le directeur général de Nvidia, a qualifié la demande pour Blackwell d’« insensée ». Cette formulation traduit l’enthousiasme des clients, mais elle augmente aussi le niveau d’exigence. Une demande élevée ne se transforme en chiffre d’affaires que si les capacités de production, l’approvisionnement en mémoire et l’assemblage des systèmes suivent le rythme.
Les signaux positifs et les points de vigilance avant les résultats
Ce qui peut soutenir Nvidia
- Une prévision de chiffre d’affaires de 32,5 milliards de dollars pour le trimestre.
- Le Data Center a déjà généré 26,3 milliards de dollars au trimestre précédent.
- La demande pour les infrastructures d’IA reste le moteur principal des commandes.
- Blackwell doit ouvrir un nouveau cycle de produits à plus forte capacité de calcul.
- Une marge brute attendue au-dessus de 74 % traduit une rentabilité encore très élevée.
Ce qui peut décevoir le marché
- Un décalage dans la montée en production ou les livraisons de Blackwell.
- Une baisse de marge plus importante que prévu pendant la transition technologique.
- Des contraintes d’approvisionnement en composants ou en capacité d’assemblage avancé.
- Une prudence accrue des grands clients dans leurs investissements en centres de données.
- La concurrence d’AMD, d’Intel et des puces développées par certains clients du cloud.
Les marges diront le coût réel de la croissance
Une entreprise peut afficher une croissance très rapide tout en voyant sa rentabilité se fragiliser. C’est pourquoi la marge brute constituera l’autre chiffre clé du communiqué. Pour le troisième trimestre, Nvidia prévoyait une marge brute GAAP de 74,4 %, légèrement inférieure aux 75,1 % enregistrés au trimestre précédent.
Cette évolution ne signifie pas nécessairement un problème. Le lancement d’une nouvelle génération de produits peut modifier temporairement la composition des ventes et les coûts de production. Les puces d’IA les plus avancées reposent sur une chaîne d’approvisionnement particulièrement complexe : fabrication des processeurs, mémoire à très haute vitesse, emballage avancé, interconnexions et intégration dans des serveurs complets.
Le maintien d’une marge très élevée reste néanmoins crucial pour Nvidia. Il indique que l’entreprise conserve un pouvoir de fixation des prix et que son offre répond à une demande forte. À l’inverse, une érosion plus importante qu’attendu peut alerter sur le coût de la transition vers Blackwell, sur des contraintes de production ou sur une pression concurrentielle accrue.
Les investisseurs examineront aussi les dépenses opérationnelles. Nvidia avait anticipé environ 4,3 milliards de dollars de dépenses opérationnelles GAAP au troisième trimestre, contre 3,9 milliards au trimestre précédent. Ces dépenses reflètent notamment l’effort de recherche et développement nécessaire pour rester à la pointe des puces, des systèmes et des logiciels d’IA.
Pourquoi les prévisions comptent autant que les résultats
Pour une entreprise dont la croissance est aussi rapide, les résultats déjà réalisés sont souvent moins déterminants que les perspectives données pour le trimestre suivant. Les dirigeants de Nvidia commenteront leur visibilité sur les commandes, le démarrage commercial de Blackwell et l’évolution attendue de la marge.
Un résultat supérieur au consensus des analystes peut ne pas suffire à rassurer les marchés si les prévisions futures semblent prudentes. À l’inverse, un trimestre conforme aux attentes peut être bien reçu si Nvidia confirme une forte demande et apporte des éléments concrets sur ses capacités à y répondre.
Cette attention portée aux perspectives explique la volatilité qui peut entourer une publication de résultats. Les cours de Bourse évoluent en fonction de l’écart entre les anticipations et les informations nouvelles, pas seulement en fonction de la progression du chiffre d’affaires. Pour le grand public, cela rappelle une distinction importante : un mouvement de marché immédiat ne résume pas à lui seul la santé industrielle d’une entreprise.
Concurrence, restrictions et dépendance aux grands clients
La domination de Nvidia dans le calcul pour l’IA ne la met pas à l’abri des risques. AMD développe des accélérateurs concurrents pour les centres de données, tandis qu’Intel cherche lui aussi à renforcer son offre dans l’IA. La concurrence ne se mesure pas seulement aux performances théoriques des puces : elle dépend également de la disponibilité des produits, de leur coût, de leur consommation électrique et de la facilité avec laquelle les entreprises peuvent les intégrer à leurs logiciels existants.
Nvidia bénéficie sur ce dernier point de son écosystème logiciel, en particulier de CUDA, largement employé dans le calcul accéléré. Mais les grands clients disposent aussi de moyens considérables et cherchent à diversifier leurs fournisseurs. Certains développent leurs propres processeurs spécialisés pour des usages précis, ce qui pourrait, à terme, réduire leur dépendance à un acteur unique.
Les restrictions américaines sur les exportations de puces avancées vers certains marchés, dont la Chine, sont un autre paramètre à suivre. Elles peuvent limiter les produits qui peuvent être vendus dans certaines zones géographiques et obliger les fabricants à adapter leurs offres. Nvidia devra donc démontrer sa capacité à préserver sa croissance dans un environnement commercial et réglementaire plus contraint.
Ce qu’il faut surveiller après la publication
Le communiqué de résultats donnera les chiffres, mais la conférence téléphonique avec les dirigeants apportera les nuances. Les lecteurs qui souhaitent comprendre la portée de l’annonce peuvent se concentrer sur cinq éléments : le chiffre d’affaires effectivement atteint face à l’objectif de 32,5 milliards de dollars, la progression de l’activité Data Center, l’évolution de la marge brute, les commentaires sur la production de Blackwell et les prévisions pour le trimestre suivant.
Nvidia est devenue un indicateur avancé des dépenses mondiales dans les infrastructures d’IA. Ses résultats ne diront pas si chaque projet d’intelligence artificielle sera rentable, ni si tous les investissements actuels se prolongeront au même rythme. Ils permettront en revanche de mesurer si les grands clients continuent d’acheter massivement la puissance de calcul nécessaire à leurs ambitions.
Pour les particuliers qui suivent l’action, la prudence reste de mise. Les résultats trimestriels peuvent provoquer des mouvements rapides et parfois contradictoires sur les marchés. Comprendre les fondamentaux, les contraintes de production et les perspectives à moyen terme est plus utile que réagir à un seul chiffre ou à une variation de cours dans les heures qui suivent la publication.
Questions fréquentes
Quand Nvidia publie-t-elle ses résultats du troisième trimestre 2025 ?
Nvidia doit publier ses résultats le 20 novembre 2024, après la fermeture des marchés américains. Ils couvrent le troisième trimestre de l’exercice fiscal 2025, clos le 27 octobre 2024. Le décalage entre année fiscale et année civile est important pour interpréter correctement les comparaisons trimestrielles et annuelles.
Quels chiffres regarder dans les résultats de Nvidia ?
Les principaux indicateurs sont le chiffre d’affaires total, les revenus du segment Data Center, la marge brute, le bénéfice par action et les dépenses opérationnelles. Il faut surtout comparer les ventes à l’objectif de 32,5 milliards de dollars communiqué par Nvidia et écouter les prévisions données pour le trimestre suivant.
Pourquoi les puces Blackwell sont-elles si importantes pour Nvidia ?
Blackwell est la nouvelle génération de produits d’IA de Nvidia, appelée à succéder progressivement aux puces Hopper. Son lancement doit soutenir la prochaine phase de croissance du groupe. Les marchés suivront donc le rythme de production, les livraisons aux clients et l’éventuel effet de cette transition sur les marges.
Pourquoi les résultats de Nvidia influencent-ils autant le secteur technologique ?
Nvidia fournit une grande partie des processeurs utilisés pour entraîner et exploiter les modèles d’IA dans les centres de données. Ses ventes offrent donc un aperçu des investissements des grandes entreprises technologiques. Elles ne déterminent pas à elles seules l’ensemble du marché, mais constituent un indicateur majeur de la demande en infrastructure d’IA.
Faut-il acheter des actions Nvidia après ses résultats ?
Une publication de résultats ne constitue pas, à elle seule, un signal d’achat ou de vente. Le cours peut varier fortement selon l’écart entre les chiffres publiés et les attentes du marché, ainsi que selon les prévisions de la direction. Tout investissement suppose d’évaluer ses objectifs, son horizon de placement et son niveau de risque.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Nvidia, résultats du deuxième trimestre de l’exercice 2025 et prévisions pour le troisième trimestreinvestor.nvidia.com/news/press-release-details/2024/NVIDIA-Announces-Financial-Results-for-Second-Quarter-Fiscal-2025/default.aspx
- Nvidia, calendrier des événements et présentations aux investisseursinvestor.nvidia.com/events-and-presentations/default.aspx
- Nvidia, présentation de l’architecture Blackwellnvidianews.nvidia.com/news/nvidia-blackwell-platform-arrives-to-power-a-new-era-of-computing



