Quatre étudiants du MIT obtiennent une bourse Rhodes 2025 pour Oxford
Yiming Chen, Wilhem Hector, Anushka Nair et David Oluigbo ont été désignés boursiers Rhodes 2025. De l’IA appliquée à la santé aux énergies renouvelables en Haïti, leurs parcours illustrent quatre manières de relier recherche scientifique, responsabilité sociale et ambitions internationales à l’université d’Oxford.

Quatre parcours nés au Massachusetts Institute of Technology s’apprêtent à franchir l’Atlantique pour poursuivre leurs études à l’université d’Oxford. Yiming Chen, Wilhem Hector, Anushka Nair et David Oluigbo ont été désignés boursiers Rhodes pour l’année académique 2025. Leur point commun ne se limite pas à l’excellence universitaire : chacun entend mettre des compétences scientifiques et techniques au service d’un enjeu concret, de la fiabilité des outils d’intelligence artificielle à la santé dans les pays à faible revenu, en passant par l’énergie et l’éducation.
La bourse Rhodes finance des études de cycle supérieur à Oxford, au Royaume-Uni. Très sélective, elle distingue des candidats pour la qualité de leur parcours, mais aussi pour leurs aptitudes de leadership et leur volonté d’agir dans la société. Les quatre lauréats liés au MIT illustrent précisément cette dimension : leurs travaux ne restent pas confinés à un laboratoire ou à une salle de cours.
Une même bourse, quatre projets très différents
Les lauréats partiront à Oxford avec des formations et des objectifs distincts. Yiming Chen, diplômée du MIT en 2024, concentrera son parcours sur la sûreté de l’IA dans les pratiques cliniques. Wilhem Hector reliera systèmes énergétiques, éducation et changement social. Anushka Nair veut étudier les conditions d’un usage éthique de l’IA face à la désinformation. Enfin, David Oluigbo s’intéressera à l’apport de l’IA et de la modélisation aux défis sanitaires mondiaux.
| Lauréat | Ancrage au MIT | Projet d’études à Oxford | Enjeu principal |
|---|---|---|---|
| Yiming Chen | Apprentissage machine et imagerie médicale | Sciences de l’ingénieur | Sécurité et fiabilité de l’IA clinique |
| Wilhem Hector | Génie mécanique et énergie éolienne | Systèmes énergétiques et éducation | Infrastructures renouvelables en Haïti |
| Anushka Nair | Informatique, ingénierie et IA responsable | DPhil à l’Oxford Internet Institute | Désinformation et vérification des faits |
| David Oluigbo | IA, décision et neuro-imagerie | Santé numérique appliquée, puis modélisation pour la santé mondiale | Soins dans les pays à faible revenu |
Au-delà de leurs spécialisations, ces trajectoires montrent combien l’informatique et l’ingénierie sont devenues transversales. Les modèles d’apprentissage machine peuvent aider à analyser une image médicale ou à détecter un signal trompeur dans l’espace informationnel. Mais leur intérêt dépend étroitement du cadre dans lequel ils sont conçus, des données utilisées et des personnes auxquelles ils sont destinés.
Yiming Chen veut rendre l’IA clinique plus fiable
Originaire de Pékin, Yiming Chen fait partie des quatre lauréats sélectionnés en Chine pour la bourse Rhodes 2025. À Oxford, elle entamera des études en sciences de l’ingénieur et se penchera sur la sécurité et la fiabilité de l’intelligence artificielle intégrée aux processus de travail cliniques.
L’enjeu est particulièrement important en médecine. Un système d’IA peut assister l’analyse d’images, trier des informations ou signaler des anomalies. Il ne remplace pas, à lui seul, un diagnostic médical. Sa qualité dépend notamment de la précision des annotations, de la diversité des données et de la capacité des équipes médicales à comprendre dans quelles situations l’outil est pertinent. Travailler sur la fiabilité revient donc à réduire le risque qu’une technologie produise une réponse erronée, opaque ou inadaptée au contexte clinique.
Diplômée du MIT en 2024, Yiming Chen a déjà participé à plusieurs projets faisant dialoguer apprentissage machine et santé. Elle a notamment travaillé sur des techniques d’imagerie médicale. Au sein d’IBM Research, elle a développé un cadre neuronal destiné à segmenter avec précision les lumières des vaisseaux sur des échographies intravasculaires. Cette segmentation consiste à délimiter automatiquement, dans une image, une structure d’intérêt. C’est une étape utile lorsque l’on cherche à mesurer ou analyser des caractéristiques visibles dans un examen.
Son parcours comprend aussi une expérience chez Cleanlab, une entreprise issue du MIT, consacrée à l’intégrité des jeux de données d’images. Avant même d’entraîner un modèle, la qualité d’un jeu de données est déterminante : des images mal étiquetées ou des erreurs de classement peuvent se répercuter sur les résultats obtenus. Yiming Chen a par ailleurs reçu un prix d’excellence en enseignement pour son travail de tutrice dans les départements de mathématiques et d’ingénierie du MIT.
Wilhem Hector, de l’énergie éolienne à l’éducation en Haïti
Étudiant en génie mécanique et originaire de Port-au-Prince, Wilhem Hector a reçu la bourse Rhodes mondiale. Il est présenté comme le premier citoyen haïtien à obtenir cette distinction. À Oxford, il prévoit de se spécialiser dans les systèmes énergétiques et l’éducation, avec une attention portée aux transformations sociales et numériques.
Son objectif est clairement formulé : contribuer au développement d’infrastructures d’énergie renouvelable en Haïti. Ce projet relie une question d’ingénierie à des conditions très concrètes de développement. Concevoir ou déployer une infrastructure énergétique ne relève pas uniquement de la technique : il faut aussi comprendre les besoins locaux, l’accès aux compétences, l’acceptation des projets et les effets sur les territoires.
Au MIT, Wilhem Hector a travaillé sur la production d’énergie éolienne au Howland Lab. Il a également joué un rôle dans le lancement de la Renewable Energy Clinic. Ses analyses des oppositions rencontrées par certains projets énergétiques ont alimenté les échanges sur la transition vers les énergies renouvelables. Ce travail rappelle qu’un projet peut être technologiquement solide tout en suscitant des réserves, selon son implantation, ses effets perçus ou la façon dont les populations concernées sont associées aux décisions.
Son engagement dépasse le campus. Cofondateur de la Hector Foundation, il a contribué à lever plus de 80 000 dollars afin de financer des initiatives éducatives en Haïti. Cette expérience fait le lien entre sa future formation en énergie et son intérêt pour l’éducation : les transformations techniques durables reposent aussi sur la transmission des connaissances et sur la capacité des communautés à se les approprier.
Anushka Nair face au défi de la désinformation
Originaire de Portland, Anushka Nair doit obtenir au printemps 2025 ses diplômes en informatique et ingénierie. Elle a été sélectionnée pour préparer un DPhil à l’Oxford Internet Institute. Ses recherches porteront sur la conception de technologies d’IA éthiques face à des défis de société, notamment la désinformation.
Elle s’intéresse en particulier à des outils de vérification des faits s’appuyant sur des modèles de langage. Ceux-ci peuvent analyser rapidement de grands volumes de texte, repérer des affirmations à examiner ou retrouver des éléments utiles à une enquête. Ils ne suffisent toutefois pas à établir seuls la véracité d’une information. Vérifier un fait suppose de retrouver des sources solides, d’examiner le contexte, de dater les documents et de distinguer une affirmation vérifiable d’une opinion. L’enjeu de son projet est donc aussi de penser la place de l’humain, la traçabilité des résultats et les limites de l’automatisation.
Anushka Nair a effectué un stage au Bureau de l’Assemblée générale des Nations unies, où elle a participé à l’intégration de solutions technologiques visant à promouvoir l’IA. Elle a également travaillé chez Tesla sur la gestion des ressources énergétiques et la durabilité. Son parcours lui a valu plusieurs distinctions, dont celle de boursière des responsabilités sociales et éthiques en informatique.
David Oluigbo mise sur la santé numérique mondiale
Originaire de Washington, David Oluigbo étudie l’intelligence artificielle et la prise de décision, avec une mineure en sciences cognitives et cérébrales. Son itinéraire à Oxford comportera un MSc en santé numérique appliquée, suivi d’un MSc en modélisation pour la santé mondiale. Son ambition est d’explorer les applications de l’IA aux difficultés médicales rencontrées dans les pays à faible revenu.
L’expression « santé numérique » recouvre des outils variés : logiciels de suivi, analyse de données cliniques, dispositifs d’aide à la décision ou organisation des soins. Dans les systèmes de santé qui disposent de ressources limitées, la promesse d’un outil numérique ne peut être évaluée uniquement à partir de ses performances théoriques. Son utilité dépend aussi de l’accès à l’électricité et à la connectivité, de la disponibilité des professionnels formés, de la protection des données et de son adaptation aux réalités locales.
Au MIT, David Oluigbo a mené des travaux en neuro-imagerie au McGovern Institute for Brain Research. Il a conçu des modèles d’apprentissage machine pour détecter des tumeurs neuroendocrines et a été premier auteur d’une publication présentée lors d’une conférence internationale. Être premier auteur signifie généralement avoir joué un rôle central dans la réalisation et la rédaction des travaux, même si une publication scientifique reste le produit d’une équipe.
Son profil ne se limite pas à la recherche. Il a aussi participé à des activités de bénévolat au sein de MIT-EMS. Cette expérience s’inscrit dans une trajectoire où l’IA est envisagée comme un moyen de renforcer des pratiques de santé et non comme une technologie détachée des personnes qui soignent et de celles qui sont soignées.
Comment la sélection Rhodes accompagne-t-elle ces parcours ?
La sélection de Yiming Chen, Wilhem Hector, Anushka Nair et David Oluigbo a été accompagnée au MIT par l’Associate Dean Kim Benard et l’équipe chargée des bourses prestigieuses au sein des services de conseil de carrière. Les candidats ont également bénéficié d’un mentorat du Comité présidentiel sur les bourses prestigieuses.
Ce type d’accompagnement ne remplace pas le travail personnel demandé aux candidats. Il permet en revanche de clarifier un projet d’études, d’articuler un parcours parfois très divers et de préparer un dossier qui explique la cohérence entre expériences passées et ambitions futures. Pour ces quatre lauréats, cette cohérence repose sur un même fil conducteur : faire passer une compétence technique dans le monde réel.
La distinction ouvre aussi l’accès à un environnement académique international et à un réseau d’anciens boursiers. Pour les étudiants, l’enjeu n’est donc pas seulement de poursuivre un diplôme à Oxford. Il est de disposer du temps, des ressources et des échanges nécessaires pour approfondir une question déjà abordée au MIT.
Ce qu’il faudra suivre en 2025
Ces quatre départs vers Oxford ne constituent pas l’aboutissement de leurs projets, mais le début d’une nouvelle étape. Il faudra suivre la façon dont Yiming Chen traduira les exigences de sûreté de l’IA dans les usages cliniques, comment Wilhem Hector articulera recherche énergétique et action éducative en Haïti, ou encore les méthodes qu’Anushka Nair et David Oluigbo développeront dans des domaines où la technologie engage directement la confiance du public et l’accès aux soins.
Leurs sujets ont un point commun essentiel : une innovation ne se mesure pas uniquement à sa sophistication. Dans la médecine, l’information, l’énergie ou le développement international, elle doit aussi prouver qu’elle est fiable, compréhensible, accessible et adaptée à celles et ceux auxquels elle s’adresse. C’est à cette condition que les ambitions associées à l’IA et à l’ingénierie peuvent se transformer en bénéfices concrets.
Questions fréquentes
Qui sont les quatre boursiers Rhodes 2025 du MIT ?
Les quatre lauréats liés au MIT sont Yiming Chen, Wilhem Hector, Anushka Nair et David Oluigbo. Yiming Chen est diplômée du MIT depuis 2024, tandis que les trois autres poursuivent alors leur parcours d’études au sein de l’institut. Tous prépareront des études de cycle supérieur à l’université d’Oxford.
Qu’est-ce que la bourse Rhodes ?
La bourse Rhodes est une distinction très sélective qui finance des études de cycle supérieur à l’université d’Oxford, au Royaume-Uni. Elle s’adresse à des candidats dont le dossier associe excellence académique, capacités de leadership et engagement pour des enjeux collectifs. Elle offre aussi aux lauréats un environnement d’études et un réseau international.
Que va étudier Yiming Chen à Oxford ?
Yiming Chen commencera des études en sciences de l’ingénieur. Son projet concerne la sécurité et la fiabilité de l’intelligence artificielle dans les processus de travail cliniques. Au MIT et chez IBM Research, elle a déjà travaillé sur l’apprentissage machine appliqué à l’imagerie médicale, notamment à partir d’échographies intravasculaires.
Pourquoi Wilhem Hector est-il le premier Haïtien boursier Rhodes ?
Wilhem Hector, originaire de Port-au-Prince, est le premier citoyen haïtien à recevoir une bourse Rhodes. Étudiant en génie mécanique au MIT, il prévoit d’étudier les systèmes énergétiques et l’éducation à Oxford. Son ambition est de participer au développement d’infrastructures d’énergies renouvelables en Haïti, tout en poursuivant son engagement éducatif.
Comment Anushka Nair veut-elle utiliser l’IA contre la désinformation ?
Anushka Nair souhaite développer des technologies d’IA éthiques, notamment des outils de vérification des faits fondés sur des modèles de langage. Ces outils peuvent aider à examiner des affirmations et à organiser l’information, mais ils ne remplacent pas l’enquête humaine. Son projet à l’Oxford Internet Institute s’intéresse aussi aux conséquences sociales de ces technologies.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- MIT News, présentation des quatre boursiers Rhodes 2025 liés au MITnews.mit.edu
- Rhodes Trust, informations officielles sur les bourses Rhodeswww.rhodeshouse.ox.ac.uk/scholarships



