Entreprises et marchés

OpenAI accélère dans les entreprises avec les agents et l’infrastructure

OpenAI veut faire de ses modèles et de ses agents d’IA des outils de travail quotidiens pour les organisations. Entre intégration dans Azure, lancement d’Operator et investissements dans l’infrastructure, l’entreprise cible un marché très disputé, où la sécurité des données et la fiabilité restent décisives.

Des salariés vérifient les étapes d’un agent IA sur des écrans dans un environnement professionnel sécurisé.
Illustration : Actu.ai

OpenAI ne se contente plus de populariser les assistants conversationnels auprès du grand public. Au 27 janvier 2025, l’entreprise cherche aussi à installer ses modèles au cœur des outils de travail : rédaction, recherche documentaire, service client, analyse de données ou automatisation de tâches sur le web. L’enjeu est considérable. Les entreprises représentent des contrats plus durables et plus rémunérateurs, mais elles imposent aussi des exigences élevées de sécurité, de contrôle et de fiabilité.

Cette orientation repose sur plusieurs briques déjà disponibles ou annoncées : des offres professionnelles de ChatGPT, des interfaces de programmation permettant d’intégrer les modèles à des logiciels existants, le partenariat de longue date avec Microsoft et Azure, ainsi que de nouveaux agents capables d’exécuter une suite d’actions. L’ambition affichée est de réduire la distance entre une question formulée en langage naturel et une tâche effectivement accomplie.

OpenAI veut s’intégrer aux flux de travail, pas seulement répondre à des questions

Pour une organisation, utiliser une IA générative ne signifie pas nécessairement ouvrir une fenêtre de discussion et demander un texte. La valeur recherchée se situe souvent dans l’intégration aux outils déjà employés par les équipes : base de connaissances interne, logiciel de gestion de la relation client, messagerie, environnement de développement ou application métier.

OpenAI dispose de plusieurs portes d’entrée vers ce marché. ChatGPT Enterprise, présenté en 2023, vise les grandes organisations qui souhaitent un environnement professionnel de ChatGPT. Les entreprises peuvent aussi utiliser les API d’OpenAI pour construire leur propre assistant ou ajouter des fonctions de génération et d’analyse à un produit existant. Enfin, Azure propose aux clients de Microsoft un accès aux modèles d’OpenAI dans l’environnement cloud du groupe américain.

Voie d’accèsUsage principalPoint à vérifier avant un déploiement
ChatGPT EnterpriseAssistant de travail pour les collaborateursGestion des comptes, droits d’accès et usages autorisés
API d’OpenAIIntégration de l’IA à une application ou à un processus interneDonnées envoyées, journalisation et contrôle des réponses
Azure OpenAI ServiceDéploiement dans l’écosystème cloud de MicrosoftArchitecture cloud, contrats et exigences de conformité

Cette diversité répond à des besoins différents. Une équipe de communication peut vouloir produire des premières versions de contenus. Un service informatique cherchera plutôt à connecter un modèle à une base documentaire privée. Une direction financière pourra tester l’extraction d’informations depuis des documents, tout en conservant des procédures de vérification strictes.

Le gain de productivité ne vient donc pas du modèle seul. Il dépend de la qualité des données, de la clarté du processus choisi et de la capacité de l’entreprise à décider ce qui peut être automatisé, ce qui doit rester contrôlé et ce qui ne doit jamais être confié à un système génératif.

Avec Operator, OpenAI explore le passage du chatbot à l’agent

La nouveauté la plus visible de ce début d’année est Operator, présenté par OpenAI le 23 janvier 2025 comme un aperçu de recherche. Contrairement à un assistant qui se limite à produire une réponse, cet outil est conçu pour interagir avec une interface web : il peut regarder une page, cliquer, faire défiler un contenu, saisir des informations et mener une séquence d’étapes dans un navigateur.

C’est ce type de capacité qui alimente l’idée d’« agent IA ». Dans le cadre professionnel, un agent pourrait par exemple rechercher des informations selon des critères précis, remplir une première ébauche de formulaire, préparer une synthèse à partir de plusieurs pages ou assister un opérateur dans une procédure répétitive. L’intérêt potentiel est réel pour des flux de travail qui obligent aujourd’hui à naviguer entre de nombreux outils.

Mais l’expression « agent » ne doit pas laisser croire à l’arrivée d’un salarié autonome. Un agent agit dans un environnement numérique souvent instable : une page peut changer, une instruction peut être ambiguë, un résultat peut être mal interprété et une action irréversible peut être engagée trop vite. Au lancement, Operator est d’ailleurs proposé aux États-Unis aux abonnés ChatGPT Pro, dans le cadre d’un aperçu de recherche, et non comme une solution d’entreprise pleinement mûre.

Pour les entreprises, le bon usage initial est donc ciblé : commencer par des tâches à faible risque, définir les cas où une validation humaine est obligatoire et mesurer les erreurs autant que le temps gagné. L’IA peut accélérer la préparation d’un travail, mais elle ne doit pas valider seule une décision financière, juridique, médicale ou RH sensible.

Agents d’IA en entreprise : promesse et réalité opérationnelle

Ce qu’ils peuvent apporter

  • Enchaîner des étapes répétitives dans plusieurs interfaces numériques.
  • Préparer des recherches, synthèses et brouillons plus rapidement.
  • Réduire le temps consacré à des tâches administratives simples.
  • Assister les équipes dans la navigation et la collecte d’informations.

Ce qu’ils ne résolvent pas seuls

  • Vérifier la fiabilité d’une information ou d’une source.
  • Comprendre toutes les exceptions d’une règle métier complexe.
  • Assumer la responsabilité d’une décision sensible.
  • Garantir qu’une action web sera correcte dans chaque situation.

Le partenariat avec Microsoft donne à OpenAI une voie d’accès privilégiée

La relation entre OpenAI et Microsoft est centrale dans cette stratégie. Microsoft a investi dans OpenAI et fournit une grande partie de l’infrastructure cloud nécessaire à l’entraînement et au fonctionnement de ses modèles. De son côté, le groupe propose à ses propres clients des services Azure donnant accès à des modèles d’OpenAI.

Pour une entreprise déjà cliente d’Azure, cette proximité peut simplifier l’adoption. Les équipes techniques retrouvent un environnement cloud connu, des mécanismes d’identité et de sécurité déjà déployés, ainsi que des possibilités d’intégration avec leurs applications. Cette continuité est un avantage concret face à la complexité qu’implique l’introduction d’un nouvel outil d’IA dans un système d’information.

OpenAI doit néanmoins se faire une place dans un marché où les concurrents disposent déjà de relations commerciales solides. Salesforce contrôle une part importante des outils de relation client, tandis qu’Oracle est profondément implanté dans les bases de données et les logiciels de gestion des grandes organisations. Ces acteurs ne proposent pas exactement la même chose qu’OpenAI, mais ils possèdent un atout essentiel : leurs logiciels sont déjà au centre des opérations de nombreux clients.

La compétition ne se résume donc pas à la qualité d’un modèle. Elle porte aussi sur la facilité d’intégration, les garanties contractuelles, le coût de fonctionnement, le support technique et la capacité à s’insérer dans les pratiques existantes sans créer de nouveaux risques.

Les secteurs juridique et médical exigent plus qu’un modèle généraliste

La publication d’origine évoquait des outils orientés vers la recherche et des modèles adaptés aux données juridiques ou médicales. Cette perspective correspond à une attente forte du marché : dans ces métiers, les équipes doivent parcourir de grands volumes de documents, repérer des informations précises, comparer des sources et produire des synthèses structurées.

Il faut toutefois distinguer plusieurs réalités. Un modèle généraliste peut être utile pour résumer un corpus, reformuler un document ou aider à retrouver une information. Il ne devient pas automatiquement un outil médical ou juridique fiable parce qu’on lui transmet des documents dans ces domaines. Une réponse convaincante peut contenir une erreur, omettre une exception importante ou mélanger des sources qui ne devraient pas l’être.

Dans les projets les plus structurés, les entreprises cherchent souvent à relier le modèle à une sélection de documents internes ou validés. Cette méthode, couramment appelée recherche augmentée, permet de fournir au système un contexte précis au moment de la demande. Elle peut améliorer la pertinence des réponses, à condition que les sources soient bien choisies, à jour et accessibles selon les droits de chacun.

Cette prudence vaut particulièrement pour la santé. L’IA peut contribuer à accélérer certaines étapes administratives, documentaires ou de recherche. Mais un usage concernant un patient, un diagnostic ou une décision de soin appelle des contrôles renforcés, des données protégées et une responsabilité humaine clairement identifiée.

La course à l’infrastructure devient un enjeu commercial

Les promesses d’outils d’IA pour les entreprises reposent sur une réalité matérielle : les modèles avancés nécessitent une puissance de calcul massive, des centres de données, des puces spécialisées et une alimentation électrique fiable. Sans cette infrastructure, il est difficile de répondre rapidement à un grand nombre de clients, d’entraîner de nouveaux modèles ou de faire fonctionner des agents qui exécutent de nombreuses étapes.

Le 21 janvier 2025, OpenAI, SoftBank et leurs partenaires ont annoncé le projet Stargate. L’initiative prévoit d’investir jusqu’à 500 milliards de dollars dans l’infrastructure d’IA aux États-Unis sur quatre ans, avec un déploiement initial de 100 milliards de dollars. Le premier site est en construction au Texas. Parmi les partenaires technologiques cités figurent notamment Arm, Microsoft, NVIDIA, Oracle et OpenAI.

Cette annonce illustre l’ampleur de la course engagée. Pour OpenAI, disposer de davantage de capacités de calcul peut améliorer la disponibilité des services et soutenir la croissance de l’offre destinée aux organisations. Pour les entreprises clientes, l’infrastructure influence directement la rapidité des réponses, la continuité de service et la possibilité de traiter des charges importantes.

L’article d’archive mentionnait aussi une expansion de centres de données en Europe et en Asie afin de réduire la latence. Au 27 janvier 2025, l’annonce publique de Stargate détaille surtout un projet américain, avec un site initial au Texas. La proximité géographique des infrastructures est un sujet important pour les clients internationaux, notamment au regard de la localisation des données, mais elle ne doit pas être confondue avec la confirmation publique de nouveaux sites précis.

Les données et la conformité restent la condition de l’adoption

Pour beaucoup d’entreprises, le premier frein à l’usage de l’IA générative n’est pas la qualité des textes produits. C’est la question suivante : quelles données les salariés peuvent-ils transmettre au système, où ces informations sont-elles traitées et qui peut accéder aux résultats ? Les documents commerciaux, contrats, données RH, dossiers clients et codes sources ne peuvent pas être manipulés comme de simples requêtes grand public.

OpenAI indique que les données et conversations des clients de ChatGPT Enterprise ne servent pas à entraîner ses modèles. Les données envoyées via l’API ne sont pas non plus utilisées pour l’entraînement par défaut. Ces engagements sont importants, mais ils ne dispensent pas chaque organisation de lire les conditions applicables à son offre, de paramétrer ses accès et de vérifier son propre cadre juridique.

En Europe, le Règlement général sur la protection des données, ou RGPD, s’applique déjà au traitement des données personnelles. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’AI Act, est entré en vigueur en août 2024 et son application est progressive. Les entreprises doivent donc anticiper la gouvernance de leurs usages plutôt que d’attendre qu’un outil soit largement diffusé en interne.

Une politique de déploiement sérieuse peut notamment prévoir :

  • une classification des données autorisées, restreintes ou interdites dans les requêtes ;
  • des droits d’accès adaptés aux fonctions de chaque salarié ;
  • une supervision humaine pour les décisions ayant un effet important ;
  • des tests réguliers sur les erreurs, biais et réponses inventées ;
  • une formation des équipes aux limites de ces outils.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

OpenAI dispose d’atouts considérables pour progresser auprès des entreprises : une marque devenue très visible, des modèles largement utilisés, l’appui de Microsoft et une capacité d’investissement dans les infrastructures. L’arrivée d’Operator montre aussi que la prochaine bataille ne portera pas seulement sur la génération de texte, mais sur la capacité des systèmes à accomplir des tâches dans des environnements numériques réels.

Le succès ne sera pourtant pas automatique. Les clients professionnels attendront des preuves mesurables : réduction des délais, meilleure qualité de service, baisse des erreurs ou création de nouvelles capacités. Ils observeront également la fiabilité des agents, le coût de leur utilisation à grande échelle et la clarté des garanties sur les données.

La ligne de partage se dessinera entre les démonstrations impressionnantes et les outils réellement intégrables dans une organisation. Pour OpenAI comme pour ses rivaux, gagner le marché des entreprises suppose moins de promettre une automatisation totale que d’offrir une IA contrôlable, utile et compatible avec les contraintes concrètes du travail.

Questions fréquentes

Quels outils OpenAI propose-t-il aux entreprises en janvier 2025 ?

OpenAI propose notamment ChatGPT Enterprise pour un usage professionnel de son assistant, des API pour intégrer ses modèles dans des logiciels et des flux internes, ainsi qu’un accès à ses modèles via Azure OpenAI Service de Microsoft. Chaque option répond à un besoin différent : usage par les salariés, développement d’applications ou déploiement dans un environnement cloud existant.

Qu’est-ce qu’Operator d’OpenAI et à quoi sert-il ?

Operator est un agent présenté le 23 janvier 2025. Il est conçu pour utiliser un navigateur web en observant une page et en effectuant des actions telles que cliquer, faire défiler ou saisir du texte. Au lancement, il s’agit d’un aperçu de recherche accessible aux abonnés ChatGPT Pro aux États-Unis, et non d’un salarié virtuel autonome.

OpenAI utilise-t-il les données des entreprises pour entraîner ses modèles ?

OpenAI indique que les données et conversations de ChatGPT Enterprise ne servent pas à entraîner ses modèles. Pour l’API, les données ne sont pas utilisées à cette fin par défaut. Les entreprises doivent néanmoins vérifier les conditions de l’offre choisie, limiter les données transmises, organiser les accès et respecter leurs propres obligations en matière de confidentialité et de protection des données.

OpenAI propose-t-il des modèles spécialisés pour le droit ou la santé ?

Les besoins des secteurs juridique et médical sont bien réels, car ils reposent sur d’importants volumes de documents et des informations sensibles. Cependant, transmettre des données spécialisées à un modèle généraliste ne le transforme pas automatiquement en expert certifié. Dans ces domaines, les réponses doivent être reliées à des sources fiables et validées par des professionnels compétents.

Pourquoi le partenariat entre OpenAI et Microsoft est-il important pour les entreprises ?

Microsoft fournit à OpenAI une infrastructure cloud essentielle et commercialise, via Azure, des services donnant accès à des modèles d’OpenAI. Pour les entreprises déjà présentes dans l’écosystème Microsoft, cette relation peut faciliter l’intégration technique, l’administration des identités et le raccordement aux outils existants. Elle renforce aussi la position d’OpenAI face aux plateformes déjà installées chez les grands comptes.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, présentation de ChatGPT Enterpriseopenai.com/index/introducing-chatgpt-enterprise
  2. OpenAI, présentation d’Operatoropenai.com/index/introducing-operator
  3. OpenAI, annonce du projet Stargateopenai.com/index/announcing-the-stargate-project
  4. Microsoft Learn, présentation d’Azure OpenAI Servicelearn.microsoft.com/en-us/azure/ai-services/openai/overview
  5. Commission européenne, cadre réglementaire européen sur l’IAdigital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/regulatory-framework-ai