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Microsoft et OpenAI : pourquoi leur alliance dans l’IA est entrée dans une zone de tension

Partenaires depuis 2019, Microsoft et OpenAI doivent redéfinir les règles de leur alliance. La restructuration envisagée par OpenAI, les 13 milliards de dollars investis par Microsoft et le financement de SoftBank cristallisent des intérêts désormais parfois opposés.

Des dirigeants négocient autour d’une table devant un centre de données, symbole des tensions entre partenaires de l’IA.
Illustration : Actu.ai

Au 27 juin 2025, l’alliance qui a aidé à propulser l’intelligence artificielle générative auprès du grand public traverse une phase décisive. Microsoft reste à la fois le principal partenaire technologique et l’un des plus importants soutiens financiers d’OpenAI. Mais les deux groupes négocient désormais des sujets qui touchent au pouvoir, à l’argent et au contrôle des futures innovations.

L’enjeu dépasse une querelle entre deux entreprises californiennes et américaines. OpenAI doit trouver les moyens de financer des infrastructures de calcul toujours plus coûteuses, sans renoncer à la mission d’intérêt général portée par son organisation à but non lucratif. Microsoft, qui a investi environ 13 milliards de dollars, veut quant à lui protéger l’accès privilégié qui a nourri ses propres produits d’IA et son activité cloud Azure.

Une alliance bâtie sur le cloud et les modèles d’OpenAI

Le partenariat entre Microsoft et OpenAI a commencé en 2019, avec un premier investissement de Microsoft et la mise à disposition de capacités de calcul Azure. Il a pris une ampleur considérable après le succès de ChatGPT, lancé fin 2022. OpenAI apporte ses modèles, ses travaux de recherche et ses produits, tandis que Microsoft fournit une part essentielle de la puissance informatique nécessaire à leur entraînement et à leur exploitation à grande échelle.

Cette complémentarité a longtemps paru évidente. Microsoft a pu intégrer les technologies d’OpenAI dans ses offres destinées aux entreprises et au grand public. De son côté, OpenAI a bénéficié d’un accès à des centres de données capables de traiter les gigantesques volumes de calcul exigés par les grands modèles de langage.

Mais une alliance n’efface pas les intérêts propres de chacun. À mesure qu’OpenAI se développe, l’entreprise cherche davantage de marges de manœuvre, notamment pour choisir ses fournisseurs de cloud, lever de nouveaux capitaux et maîtriser la diffusion de ses technologies. Microsoft, de son côté, ne peut ignorer qu’une trop forte dépendance à un seul laboratoire d’IA représente un risque stratégique.

DateÉvénementCe que cela change
2019Microsoft investit dans OpenAI et devient son partenaire cloud majeur.Azure s’impose au cœur de l’infrastructure d’OpenAI.
2023L’investissement cumulé de Microsoft atteint environ 13 milliards de dollars.Microsoft obtient des droits économiques et technologiques majeurs.
Mars 2025Un financement de 40 milliards de dollars est annoncé pour OpenAI, SoftBank pouvant y contribuer jusqu’à 30 milliards.La transformation de la structure d’OpenAI devient un enjeu financier pressant.
Mai 2025OpenAI indique que son organisation à but non lucratif conservera le contrôle de la future entité commerciale.Le projet de restructuration est maintenu, mais son cadre de gouvernance est précisé.
Juin 2025Les négociations avec Microsoft se tendent sur les droits, la participation et l’accès à certaines technologies.L’avenir concret du partenariat doit être redéfini.

Pourquoi la structure d’OpenAI est au centre des discussions

La situation est complexe parce qu’OpenAI ne fonctionne pas comme une start-up classique. L’organisation à but non lucratif OpenAI contrôle une activité commerciale, conçue pour lever des fonds et commercialiser des produits tout en restant soumise à une mission plus large : faire en sorte que l’intelligence artificielle générale bénéficie à l’humanité.

OpenAI envisage de faire évoluer cette activité commerciale en public benefit corporation, ou PBC. Cette forme juridique américaine reste une entreprise à but lucratif, mais elle inscrit aussi un objectif d’intérêt public dans ses statuts. Il ne s’agit donc pas simplement de remplacer une organisation non lucrative par une société ordinaire tournée exclusivement vers les actionnaires.

En mai 2025, OpenAI a précisé que l’organisation à but non lucratif conserverait le contrôle de la future structure commerciale. Cette clarification compte : elle répond aux interrogations suscitées par le projet initial de transformation et par la nécessité de financer une course technologique extraordinairement coûteuse.

Le calendrier est serré. La restructuration envisagée d’ici la fin de l’année 2025 est liée aux conditions du financement annoncé par SoftBank. Sans évolution de la structure, OpenAI risquerait de voir une part importante de ce soutien financier remise en cause. Pour une entreprise qui doit acheter des capacités de calcul à très grande échelle, ce risque ne relève pas d’un détail administratif.

L’hypothèse d’une entrée en Bourse est régulièrement évoquée à propos d’OpenAI, car une structure plus conventionnelle faciliterait de futures opérations financières. Toutefois, à la fin juin 2025, le sujet concret est d’abord la réorganisation juridique et la gouvernance, pas l’annonce d’une date d’introduction en Bourse.

Participation, revenus et propriété intellectuelle : les nœuds de la négociation

La conversion de l’activité commerciale impose de rediscuter la place de Microsoft. L’entreprise de Satya Nadella estime logiquement que ses 13 milliards de dollars d’investissement et son rôle d’infrastructure justifient une participation conséquente dans la future entité. OpenAI cherche, elle, à préserver sa capacité de décision et à éviter que son partenaire ne dispose de droits trop étendus sur ses innovations futures.

Les discussions portent aussi sur l’économie du partenariat. Microsoft bénéficie de droits sur la technologie d’OpenAI et d’un mécanisme de partage des revenus. Le chiffre de 20 % est souvent cité à propos de cette répartition : il s’agit d’un élément économique du contrat, à ne pas confondre avec une détention de 20 % d’OpenAI ou de son chiffre d’affaires. La différence est essentielle, car les droits financiers, les droits de vote et l’accès aux modèles ne recouvrent pas la même réalité.

Un autre point sensible concerne les technologies qui pourraient entrer dans le périmètre d’OpenAI à l’avenir. Le cas de Windsurf, start-up spécialisée dans les outils d’assistance au développement logiciel, illustre ce désaccord. OpenAI souhaite pouvoir limiter l’accès de Microsoft à certaines propriétés intellectuelles liées à cette opération. Microsoft, déjà très présent dans les outils de programmation, a intérêt à maintenir l’étendue des droits obtenus grâce à son alliance.

Derrière chaque clause se cache une question simple : à partir de quel moment OpenAI peut-elle innover ou réaliser une acquisition sans que Microsoft puisse revendiquer un accès à cette technologie ? Pour OpenAI, la réponse conditionne son indépendance. Pour Microsoft, elle conditionne le rendement stratégique d’un investissement sans équivalent dans le secteur.

Alliance historique et autonomie recherchée : deux intérêts difficiles à concilier

Ce que Microsoft veut préserver

  • Une participation à la hauteur de ses 13 milliards de dollars investis.
  • Un accès commercial durable aux modèles et technologies d’OpenAI.
  • Les revenus et avantages contractuels issus de l’alliance.
  • Le rôle central d’Azure dans les besoins de calcul d’OpenAI.

Ce qu’OpenAI veut obtenir

  • Une structure juridique capable d’attirer davantage de capitaux.
  • Le contrôle de ses innovations et de ses futures acquisitions.
  • Plusieurs fournisseurs cloud pour réduire sa dépendance à Azure.
  • Une gouvernance fidèle à la mission de son organisation à but non lucratif.

Le cloud devient un levier d’indépendance pour OpenAI

L’accès aux centres de données est l’un des rapports de force les moins visibles, mais les plus déterminants. Entraîner un grand modèle de langage demande des grappes de puces spécialisées, beaucoup d’électricité, des réseaux très rapides et des équipes capables d’exploiter cette infrastructure. Développer un modèle performant sans fournisseur de cloud solide est aujourd’hui extrêmement difficile.

Azure a occupé une position centrale dans l’histoire d’OpenAI. Or l’entreprise cherche à ne plus reposer sur un seul acteur. Elle a conclu des accords avec Oracle et avec Google Cloud, afin de diversifier ses options de calcul. Cette précision est importante : l’accord avec Google Cloud concerne OpenAI, et non une décision de Microsoft de transférer ses propres charges de travail vers l’infrastructure de Google.

Cette diversification offre à OpenAI un meilleur pouvoir de négociation, ainsi qu’une solution de repli en cas de contraintes de capacité ou de désaccord commercial avec Microsoft. Elle répond aussi à un impératif pratique : les besoins de calcul du secteur progressent si vite qu’aucun fournisseur ne peut toujours garantir, seul, l’ensemble des ressources demandées.

Microsoft n’est pas immobile pour autant. Le groupe développe ses propres capacités d’IA et cherche à diversifier les modèles qu’il peut proposer à ses clients. Il doit toutefois ménager un équilibre délicat : se préparer à une moindre dépendance vis-à-vis d’OpenAI sans affaiblir une alliance qui reste très profitable et très visible.

Des tensions qui peuvent aussi devenir un sujet de concurrence

Selon des informations rapportées en juin 2025, OpenAI aurait envisagé la possibilité d’accuser Microsoft de pratiques contraires au droit de la concurrence si les négociations échouaient. À cette date, il ne s’agit pas d’une plainte officiellement déposée. Mais l’évocation même d’un tel scénario mesure le niveau de dégradation des discussions.

Les autorités surveillent déjà de près les liens entre les grandes plateformes technologiques et les laboratoires d’IA. Aux États-Unis, la Federal Trade Commission, ou FTC, s’intéresse plus largement aux investissements et aux partenariats conclus dans le domaine. Ces relations peuvent donner accès à des modèles essentiels, à des capacités cloud rares ou à des débouchés commerciaux considérables sans prendre la forme d’un rachat classique.

Au Royaume-Uni, la Competition and Markets Authority, ou CMA, a rendu une décision importante en mars 2025. L’autorité a conclu que le partenariat Microsoft-OpenAI ne constituait pas une situation de contrôle ouvrant une enquête sur une fusion. Cette décision ne dit pas que la relation est dépourvue d’effets concurrentiels, ni qu’elle ne pourra jamais être examinée sous un autre angle. Elle établit simplement qu’au regard des éléments analysés, Microsoft n’avait pas pris le contrôle d’OpenAI.

Cette nuance compte pour les deux entreprises. Microsoft peut souligner qu’il n’est pas le propriétaire d’OpenAI. OpenAI peut rappeler qu’elle conserve une gouvernance distincte. Mais la réalité économique de leur interdépendance reste suffisamment forte pour attirer l’attention des régulateurs.

Ce qu’il faut surveiller d’ici la fin de 2025

Le premier test sera la capacité d’OpenAI et de Microsoft à signer un accord sur la future structure commerciale. La répartition du capital, les droits sur les revenus, l’accès aux modèles et les conditions d’utilisation du cloud devront être assez précis pour éviter que chaque nouvelle avancée technique ne déclenche un conflit.

Le second enjeu est financier. Le calendrier lié au financement de SoftBank donne à OpenAI une raison pressante d’aboutir. Toutefois, une restructuration précipitée ne peut ignorer la mission de l’organisation à but non lucratif ni les attentes des régulateurs. La valeur d’OpenAI dépend autant de ses modèles que de la confiance dans sa gouvernance.

Enfin, cette affaire dessine la nouvelle géographie de l’IA. Les laboratoires veulent accéder à plusieurs clouds et conserver leurs options ouvertes. Les géants technologiques, eux, veulent sécuriser les technologies capables de transformer leurs logiciels, leurs services et leurs infrastructures. L’alliance Microsoft-OpenAI ne paraît pas condamnée, car les deux entreprises ont encore beaucoup à gagner ensemble. Mais elle entre dans une phase plus adulte, où un partenariat historique doit se négocier comme une relation entre deux puissances devenues concurrentes sur certains terrains.

Questions fréquentes

Pourquoi Microsoft et OpenAI sont-ils en conflit ?

Les deux partenaires doivent renégocier les règles de leur alliance à l’occasion de la restructuration d’OpenAI. Microsoft veut protéger les droits associés à ses 13 milliards de dollars d’investissement, tandis qu’OpenAI cherche à disposer de davantage d’autonomie sur sa gouvernance, son cloud, ses revenus et ses futures technologies.

Microsoft possède-t-il OpenAI ?

Non. Microsoft est un investisseur et un partenaire technologique majeur, mais OpenAI conserve une gouvernance distincte. En mars 2025, l’autorité britannique de la concurrence a notamment conclu que le partenariat ne plaçait pas OpenAI sous le contrôle de Microsoft au sens de son examen des fusions.

OpenAI devient-elle une entreprise à but lucratif ?

OpenAI prévoit de faire évoluer son activité commerciale vers une public benefit corporation, une société pouvant réaliser des profits tout en poursuivant une mission d’intérêt public. En mai 2025, l’entreprise a indiqué que l’organisation à but non lucratif conserverait le contrôle de cette future structure commerciale.

Quel rôle joue SoftBank dans la restructuration d’OpenAI ?

SoftBank est le principal contributeur annoncé d’un financement de 40 milliards de dollars, avec une contribution pouvant atteindre 30 milliards de dollars. Une part substantielle de ce financement est liée à l’évolution de la structure juridique d’OpenAI d’ici la fin de 2025, ce qui accroît la pression sur les négociations.

OpenAI peut-elle se passer de Microsoft Azure ?

Pas immédiatement et pas totalement à court terme. Azure reste au cœur de l’infrastructure construite par OpenAI avec Microsoft. Mais OpenAI cherche à réduire sa dépendance en ajoutant Oracle et Google Cloud à ses options de calcul. Cette diversification lui donne plus de flexibilité et renforce son pouvoir de négociation.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, explications sur l’évolution de sa structureopenai.com/index/evolving-our-structure
  2. Microsoft, annonce de l’extension du partenariat avec OpenAI en janvier 2023blogs.microsoft.com/blog/2023/01/23/microsoftandopenaiextendpartnership
  3. Competition and Markets Authority, examen du partenariat Microsoft-OpenAIwww.gov.uk/cma-cases/microsoft-slash-openai-partnership-merger-inquiry
  4. Reuters, couverture du secteur technologique et des négociations Microsoft-OpenAIwww.reuters.com/technology
  5. SoftBank Group, communiqués de pressegroup.softbank/en/news/press