Robotique et matériel

OpenAI et les puces de Google : ce que révèle ce rapprochement dans l’IA

OpenAI aurait recours aux accélérateurs d’IA de Google pour répondre à ses besoins de calcul. Au-delà du rapprochement entre deux rivaux, l’épisode met en lumière le rôle crucial des puces, du cloud et de l’énergie dans la course aux modèles génératifs.

Puces d’IA et serveurs de centre de données illustrant le rapprochement entre OpenAI et Google
Illustration : Actu.ai

La course à l’intelligence artificielle ne se joue pas seulement dans les laboratoires qui conçoivent les modèles. Elle se joue aussi dans les centres de données, là où des milliers de processeurs spécialisés effectuent les calculs nécessaires pour entraîner et faire fonctionner des services comme ChatGPT. C’est dans ce contexte qu’OpenAI se rapprocherait de Google pour accéder à ses puces d’intelligence artificielle, selon des informations rapportées en juin 2025.

À première vue, le mouvement surprend. Google et OpenAI sont deux concurrents directs dans les assistants conversationnels et les modèles génératifs, Google développant notamment Gemini tandis qu’OpenAI commercialise ChatGPT. Mais l’IA de pointe impose des besoins de calcul si considérables qu’aucun acteur ne peut raisonnablement ignorer les capacités disponibles chez les autres fournisseurs de cloud et de matériel.

La nuance est importante : les éléments rendus publics au 28 juin 2025 renvoient avant tout à un accès d’OpenAI aux infrastructures et aux accélérateurs de Google. Ils ne suffisent pas à établir l’existence d’un programme commun de conception d’une nouvelle puce. Derrière l’expression de « collaboration sur les puces », il faut donc distinguer deux réalités très différentes : utiliser des puces existantes via le cloud, ou fabriquer ensemble un semi-conducteur inédit.

Ce que recouvre le rapprochement entre OpenAI et Google

Les informations publiées en juin indiquent qu’OpenAI aurait commencé à louer des puces d’intelligence artificielle de Google pour alimenter ChatGPT et d’autres produits. Cette possibilité s’inscrit dans un rapprochement plus large avec Google Cloud, alors qu’OpenAI cherche davantage de capacité informatique pour ses services.

Google ne se limite pas à proposer des serveurs équipés de processeurs classiques. Le groupe développe aussi ses propres accélérateurs, les TPU, pour Tensor Processing Units. Ces puces sont conçues pour effectuer très efficacement les opérations mathématiques répétitives au cœur de l’apprentissage automatique, notamment les multiplications de grands tableaux de nombres utilisées par les réseaux de neurones.

Dans ce type d’accord, OpenAI ne devient pas nécessairement propriétaire des composants. Il peut acheter ou louer de la puissance de calcul à distance, en s’appuyant sur les centres de données du fournisseur. Cette logique est celle du cloud : le client accède à des ressources informatiques selon ses besoins, sans avoir à construire seul l’ensemble des infrastructures physiques.

Le vocabulaire compte, car il détermine ce que l’on peut réellement attendre de l’opération.

NotionCe qu’elle signifieCe qu’elle impliquerait pour OpenAI
Accès à des puces via le cloudLocation de capacité de calcul dans les centres de données d’un fournisseurFaire fonctionner certains travaux d’IA sur une infrastructure supplémentaire
Achat de pucesAcquisition directe de composants pour ses propres serveursExploiter et maintenir soi-même une part plus importante du matériel
Co-conception d’une puceDéveloppement commun d’un nouveau semi-conducteurDéfinir ensemble une architecture matérielle, un projet non détaillé publiquement
Hébergement d’un modèleExécution d’un service d’IA dans une infrastructure donnéeRépondre aux utilisateurs, traiter des requêtes et gérer les pics d’activité

Le rapprochement évoqué relève donc d’abord de l’approvisionnement en calcul. Dans une industrie où chaque nouvelle génération de modèle exige des ressources considérables, sécuriser plusieurs voies d’accès au matériel est un enjeu stratégique.

Pourquoi les puces sont-elles devenues décisives pour l’IA ?

Un modèle génératif n’est pas un logiciel qui fonctionnerait de façon autonome sur un ordinateur ordinaire. Pour apprendre à reconnaître des structures dans des textes, des images, du son ou du code, il doit réaliser un nombre immense d’opérations mathématiques. Les processeurs spécialisés permettent de répartir ces opérations en parallèle sur de très nombreux cœurs de calcul.

Deux phases doivent être distinguées. L’entraînement consiste à ajuster les paramètres du modèle à partir de très grands ensembles de données. C’est la phase la plus lourde et la plus longue. L’inférence, elle, correspond au moment où le modèle déjà entraîné répond à une question, génère une image ou résume un document. Si chaque requête est plus légère qu’un entraînement complet, le volume quotidien d’utilisateurs peut en faire une charge gigantesque.

BesoinEntraînement d’un modèleInférence, ou utilisation quotidienne
ObjectifCréer ou améliorer les capacités du modèleProduire des réponses pour les utilisateurs
Nature des calculsTrès intensifs, menés sur de longues périodesRépétés à grande échelle, avec une réponse rapide attendue
Priorités matériellesPuissance totale, mémoire et communication entre pucesCoût par requête, disponibilité et faible latence
Enjeu pour un service comme ChatGPTDévelopper une nouvelle génération de modèleMaintenir un service fluide malgré les pics de demande

Les GPU, initialement destinés aux calculs graphiques, se sont imposés dans l’IA grâce à leur capacité à traiter de nombreuses opérations simultanément. Nvidia occupe une place majeure sur ce marché. Les TPU de Google appartiennent à une autre catégorie, celle des accélérateurs conçus plus spécifiquement pour les charges de travail liées aux réseaux de neurones.

Aucune puce ne peut toutefois être qualifiée de meilleure dans l’absolu. Les résultats dépendent du modèle utilisé, de la quantité de mémoire disponible, de la vitesse de communication entre machines, des logiciels et du type de tâche demandé. Un composant très efficace pour un calcul peut être moins adapté à un autre. C’est pourquoi les grands acteurs de l’IA combinent souvent plusieurs architectures matérielles et plusieurs fournisseurs.

GPU et accélérateurs spécialisés : deux approches du calcul d’IA

GPU généralistes

  • Très polyvalents pour entraîner et exécuter de nombreux types de modèles.
  • Écosystème logiciel largement utilisé dans l’industrie de l’IA.
  • Peuvent être proposés par plusieurs fournisseurs de cloud.
  • Leur disponibilité et leur coût dépendent fortement de la demande mondiale.

Puces dédiées à l’IA

  • Conçues pour accélérer certaines opérations centrales des réseaux de neurones.
  • Leur efficacité dépend étroitement du modèle et du logiciel employés.
  • Souvent accessibles via les infrastructures cloud de leur concepteur.
  • Peuvent diversifier les options matérielles d’un laboratoire d’IA.

GPU et puces dédiées : une concurrence qui ne se résume pas à la vitesse

Comparer un GPU et une puce spécialisée uniquement à partir d’un indicateur de vitesse serait trompeur. Pour une entreprise qui déploie un modèle d’IA, la question centrale est plutôt : quel système permet de traiter le volume attendu de requêtes, dans les délais et pour le coût compatibles avec le service ?

Les logiciels jouent un rôle déterminant. Migrer un modèle d’une architecture à une autre demande souvent d’adapter des programmes, des bibliothèques et des méthodes de déploiement. L’écosystème logiciel développé autour d’un type de puce peut devenir presque aussi important que ses performances théoriques.

L’accès au matériel compte tout autant. Une puce peut être très performante, mais ne pas résoudre les problèmes d’une entreprise si elle est difficile à obtenir, si les centres de données disponibles sont saturés ou si les outils nécessaires pour l’utiliser sont insuffisamment matures. Dans ce cadre, l’offre de Google Cloud constitue une porte d’entrée vers ses TPU, mais aussi vers une infrastructure complète : stockage, réseaux, serveurs et outils de déploiement.

Une diversification stratégique pour OpenAI

Pour OpenAI, l’intérêt d’un accès à d’autres capacités de calcul est évident. L’entreprise doit à la fois entraîner ses modèles, assurer la disponibilité de ses produits et absorber une demande potentiellement très variable. Se reposer sur un seul type de matériel ou un seul canal d’approvisionnement expose à des contraintes de capacité, de coûts et de calendrier.

Diversifier ne signifie pas forcément remplacer les solutions déjà utilisées. Cela peut permettre de répartir les tâches selon les infrastructures les plus adaptées, de disposer de solutions de secours ou de négocier dans un marché où les capacités de calcul restent très recherchées. OpenAI est particulièrement associé aux GPU de Nvidia, mais l’usage significatif d’autres accélérateurs serait un signal important pour le secteur.

Cette stratégie rappelle que les entreprises d’IA sont liées par des relations plus complexes qu’une simple opposition entre concurrents. Elles rivalisent pour les utilisateurs, les talents et la qualité de leurs modèles, tout en pouvant dépendre les unes des autres pour le cloud, les puces ou la distribution de leurs services. Le partenariat commercial devient alors un outil de résilience autant qu’un choix technologique.

L’annonce ne permet cependant pas de déduire le volume de calcul concerné, les conditions financières, la durée de l’accord, ni les modèles précis susceptibles d’être exécutés sur cette infrastructure. Ces paramètres détermineraient l’importance économique réelle du rapprochement, mais ils n’étaient pas détaillés publiquement à la date de publication.

Quels effets pour le marché des semi-conducteurs ?

L’épisode illustre l’intensification de la concurrence sur les semi-conducteurs destinés à l’IA. Nvidia reste un acteur incontournable, mais Google, comme d’autres groupes technologiques, cherche à valoriser des puces conçues en interne. L’objectif est double : réduire sa propre dépendance à des fournisseurs extérieurs et proposer aux clients de son cloud une alternative adaptée à certains usages.

Dans le même temps, les infrastructures sont devenues un levier industriel majeur. Des entreprises comme Nvidia et Foxconn participent également à la construction d’équipements et de capacités de traitement nécessaires à l’essor de l’IA. Le véritable produit n’est plus seulement la puce : c’est un ensemble qui associe le matériel, le centre de données, les logiciels, les réseaux et la capacité à fournir de l’électricité de manière fiable.

Cette course a aussi une dimension géopolitique. Les semi-conducteurs avancés sont au cœur de la compétition technologique entre les États-Unis et la Chine. Les choix d’approvisionnement des grandes entreprises, la localisation des capacités de production et l’accès aux composants les plus performants prennent donc une importance qui dépasse le seul secteur numérique.

Enfin, la promesse d’efficacité énergétique doit être considérée avec prudence. Une puce plus efficiente peut réduire l’énergie nécessaire pour un calcul donné. Mais si cette efficacité rend l’IA plus facile à déployer et multiplie les usages, la consommation totale des centres de données peut tout de même augmenter. L’impact environnemental dépendra du volume d’activité, de l’efficacité réelle des machines et de la source de l’électricité utilisée.

Ce qu’il faut surveiller après ce rapprochement

La première question sera celle de l’ampleur réelle du recours d’OpenAI aux accélérateurs de Google. Un usage ponctuel, une capacité dédiée à certains produits ou une part substantielle de l’inférence n’auraient pas la même portée pour les deux entreprises ni pour leurs concurrents.

Il faudra aussi observer si l’accès aux TPU s’accompagne d’outils logiciels plus simples pour les développeurs. L’adoption d’une architecture matérielle dépend largement de la facilité avec laquelle les équipes peuvent y entraîner, optimiser et exploiter leurs modèles. La performance d’une puce ne suffit pas si le passage depuis un environnement existant est trop coûteux ou trop complexe.

Enfin, ce rapprochement pose une question de concentration. Les entreprises qui créent les modèles les plus puissants dépendent de quelques fournisseurs de puces, de cloud et de centres de données. L’arrivée d’alternatives crédibles peut ouvrir davantage de choix, mais elle peut aussi renforcer le rôle des très grands groupes déjà capables de financer ces infrastructures. Pour les utilisateurs, l’enjeu se traduira surtout par la disponibilité des services, leur rapidité, leur coût et, à plus long terme, la diversité des acteurs capables de développer une IA de pointe.

Questions fréquentes

OpenAI et Google fabriquent-ils une puce d’IA ensemble ?

Les informations disponibles au 28 juin 2025 font surtout état d’un accès d’OpenAI aux puces d’intelligence artificielle de Google via son infrastructure cloud. Elles ne détaillent pas un programme commun de conception d’un nouveau semi-conducteur. Louer des capacités de calcul et co-développer une puce sont deux opérations très différentes.

Quelles puces Google pourrait fournir à OpenAI ?

Google développe des TPU, des accélérateurs conçus pour les calculs associés à l’apprentissage automatique. Ces composants sont notamment proposés à des clients par l’intermédiaire de Google Cloud. Les détails publics ne permettent pas d’établir précisément quelles générations de puces, quels volumes ou quels services d’OpenAI seraient concernés.

Pourquoi OpenAI a-t-il besoin de plus de puces d’intelligence artificielle ?

Les modèles génératifs nécessitent une forte puissance de calcul pour leur entraînement, puis pour répondre aux demandes des utilisateurs. Quand un assistant comme ChatGPT est très sollicité, chaque requête mobilise des serveurs. Accéder à plusieurs infrastructures peut aider à absorber cette demande et à répartir les charges de travail.

Les puces Google peuvent-elles remplacer les GPU Nvidia pour l’IA ?

Elles constituent une alternative pour certaines tâches, mais remplacement ne veut pas forcément dire substitution totale. Les GPU disposent d’un vaste écosystème logiciel et sont employés dans de nombreux systèmes d’IA. Le choix dépend des modèles, des outils disponibles, des performances observées, des coûts et de la capacité accessible dans les centres de données.

Ce rapprochement va-t-il rendre ChatGPT plus rapide ou moins cher ?

Il est trop tôt pour l’affirmer. Disposer de capacités supplémentaires peut améliorer la disponibilité d’un service et permettre d’optimiser certains traitements. Mais la vitesse perçue et le coût dépendent de nombreux facteurs : modèle utilisé, architecture logicielle, volume de requêtes, réseau, prix du cloud et efficacité des centres de données.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Reuters, couverture technologie sur le recours d’OpenAI aux puces de Google, juin 2025www.reuters.com/technology
  2. The Information, média à l’origine des informations rapportées sur OpenAI et les puces de Googlewww.theinformation.com
  3. Google Cloud, présentation officielle des TPUcloud.google.com/tpu