Nvidia et AMD reversent 15 % de leurs ventes de puces chinoises à Washington
Nvidia et AMD ont accepté de céder 15 % des revenus tirés de certaines puces d’IA vendues en Chine au gouvernement américain. Cette condition, liée à l’obtention de licences d’exportation, illustre l’imbrication croissante entre commerce des semi-conducteurs, contrôle technologique et rivalité sino-américaine.

Vendre des puces d’intelligence artificielle en Chine ne relève plus seulement d’une décision commerciale pour les groupes américains. Au 17 août 2025, Nvidia et AMD se retrouvent au cœur d’un arrangement inédit : pour pouvoir exporter certains de leurs accélérateurs d’IA vers la Chine, les deux entreprises ont accepté de reverser 15 % des revenus correspondants au gouvernement des États-Unis. Une clause qui résume à elle seule la nouvelle réalité du secteur : les semi-conducteurs sont devenus un instrument de puissance autant qu’un produit industriel.
Les informations rendues publiques le 10 août 2025 font état d’une condition associée à l’octroi de licences d’exportation. Nvidia est concerné pour sa puce H20, AMD pour sa MI308. Ces composants servent à effectuer les très nombreux calculs parallèles requis pour entraîner et faire fonctionner des systèmes d’intelligence artificielle, notamment dans les centres de données.
Un accès au marché chinois assorti d’un prélèvement de 15 %
L’accord rapporté repose sur un principe simple, même si ses modalités concrètes ne sont pas toutes connues : Nvidia et AMD peuvent reprendre ou poursuivre certaines ventes en Chine, à condition de transférer 15 % des recettes issues de ces ventes aux autorités américaines. Il ne s’agit donc pas d’une liberté complète retrouvée, mais d’un accès encadré et financièrement conditionné.
| Entreprise | Puce concernée | Situation évoquée | Condition pour exporter vers la Chine |
|---|---|---|---|
| Nvidia | H20 | Puce d’IA qui n’est pas présentée comme un modèle de dernière génération | Reverser 15 % des revenus des ventes concernées au gouvernement américain |
| AMD | MI308 | Puce dont l’exportation vers la Chine avait auparavant été interdite | Reverser 15 % des revenus des ventes concernées au gouvernement américain |
L’administration de Donald Trump aurait approuvé les licences d’exportation dans ce cadre. Jensen Huang, le directeur général de Nvidia, a récemment rencontré le président américain. Selon les informations rapportées, Donald Trump a fait savoir aux dirigeants de Nvidia qu’une contribution financière était attendue en échange des dérogations accordées.
La distinction est importante : ce versement porte sur les revenus, c’est-à-dire sur le chiffre d’affaires généré par les ventes concernées, et non sur les bénéfices réalisés après paiement des coûts de production, de recherche, de logistique et de commercialisation. En pratique, pour 100 dollars de revenus entrant dans le périmètre de l’accord, 15 dollars seraient destinés au gouvernement américain.
Pourquoi les États-Unis contrôlent-ils ces puces d’IA ?
Les processeurs graphiques et accélérateurs d’IA sont devenus des infrastructures stratégiques. Ils sont indispensables à l’entraînement des grands modèles d’IA, à l’analyse de vastes volumes de données et au fonctionnement de nombreux services numériques. Leur puissance de calcul peut aussi intéresser des usages sensibles, civils comme militaires.
Depuis plusieurs années, Washington restreint l’accès de la Chine aux semi-conducteurs américains les plus avancés. L’objectif affiché est de limiter le transfert de capacités de calcul jugées critiques. Ces mesures ne visent pas l’ensemble du marché électronique : elles se concentrent sur des composants et des équipements de production dont le niveau de performance est considéré comme stratégique.
Dans ce contexte, la H20 de Nvidia occupe une place particulière. La puce concernée par l’arrangement n’est pas présentée comme un produit de dernière génération, mais elle reste conçue pour les charges de travail d’intelligence artificielle. Pour AMD, la MI308 se trouve dans une situation comparable : son accès au marché chinois dépend désormais d’un feu vert réglementaire et de la contribution financière associée.
L’assouplissement partiel décrit par cet accord ne signifie donc pas que les tensions technologiques entre Washington et Pékin diminuent. Il montre plutôt que les États-Unis cherchent à moduler les restrictions selon les produits, les entreprises et les objectifs politiques du moment.
Ce que la licence permet, et ce qu’elle ne permet pas
Ce que les licences changent réellement
Ce qu’elles permettent
- Exporter les puces H20 de Nvidia et MI308 d’AMD vers la Chine.
- Préserver un accès encadré à un marché majeur pour l’IA.
- Reprendre des ventes précédemment bloquées pour certains produits.
- Obtenir une autorisation américaine sous condition financière.
Ce qu’elles ne permettent pas
- Vendre sans restriction les puces américaines les plus avancées.
- Échapper au contrôle permanent des autorités américaines.
- Conserver l’intégralité des revenus des ventes concernées.
- Garantir que les règles d’exportation resteront inchangées à l’avenir.
Un potentiel de plus de 2 milliards de dollars pour Washington
Si Nvidia et AMD continuaient à développer leurs ventes des puces concernées en Chine, le mécanisme pourrait rapporter plus de 2 milliards de dollars au gouvernement américain, selon les estimations rapportées. Ce montant reste conditionnel : il dépendra des volumes effectivement autorisés, de la demande chinoise, de l’évolution de la concurrence et d’éventuelles nouvelles restrictions.
Pour les deux fabricants, l’enjeu commercial est considérable. La Chine représente un marché majeur pour les équipements informatiques et les infrastructures d’IA. Ne pas pouvoir y vendre certains produits signifie se priver de revenus, mais aussi laisser davantage d’espace aux concurrents locaux et étrangers.
Nvidia dispose d’une position particulièrement visible dans cette équation. Le groupe a récemment franchi le seuil de 4 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, porté par l’appétit des investisseurs pour les infrastructures d’intelligence artificielle. Sa place de premier producteur mondial de semi-conducteurs lui donne un poids exceptionnel dans les discussions commerciales et géopolitiques entre les États-Unis et la Chine.
L’arrangement ne supprime toutefois pas le coût de l’accès au marché chinois. Le prélèvement de 15 % réduit mécaniquement la part des revenus que les entreprises conservent sur les ventes concernées. Les groupes peuvent chercher à absorber ce coût, à revoir leurs marges ou à adapter leur stratégie commerciale. Les informations disponibles ne permettent pas de dire quelle option Nvidia et AMD privilégieront.
Les clients chinois paieront-ils leurs puces plus cher ?
Une répercussion sur les prix est possible, mais elle n’est pas automatique. Une entreprise confrontée à une nouvelle charge peut relever ses tarifs, accepter une marge moins élevée, réduire d’autres dépenses ou modifier la composition de son offre. Le prix final dépend aussi du niveau de concurrence et du pouvoir de négociation des acheteurs chinois.
Il faut également compter avec l’émergence d’alternatives. Les acteurs chinois du secteur des semi-conducteurs élaborent des stratégies pour contourner ou atténuer les effets des restrictions américaines. Cela peut passer par le développement de composants nationaux, l’adaptation des logiciels aux puces disponibles ou la recherche d’autres fournisseurs.
Cette dynamique produit un effet ambivalent pour les entreprises américaines. D’un côté, une licence leur permet de préserver une partie de leur présence en Chine. De l’autre, des restrictions répétées peuvent encourager les clients chinois à réduire leur dépendance aux technologies américaines. À long terme, cette diversification pourrait modifier la structure même du marché mondial des accélérateurs d’IA.
Des outils de pression qui se cumulent
Le reversement de 15 % s’inscrit dans une politique plus large de contrôle des semi-conducteurs. Les licences d’exportation permettent aux États-Unis de décider quels produits peuvent quitter le territoire américain et dans quelles conditions. Les restrictions technologiques limitent l’accès aux puces les plus sensibles. Et la politique douanière peut, elle aussi, modifier les calculs économiques des industriels.
Donald Trump a ainsi annoncé des révisions possibles concernant les droits de douane, avec l’éventualité de taxes de 100 % sur les exportations de puces et de semi-conducteurs. Aucune date de mise en œuvre n’était alors précisée. Cette annonce doit être distinguée de l’accord avec Nvidia et AMD : elle relève d’un autre levier, même si les deux sujets participent de la même volonté de peser sur les chaînes de valeur technologiques.
Pour les fabricants, cette superposition de règles rend la planification plus difficile. Il ne suffit plus de concevoir une puce performante et de trouver des clients. Il faut aussi anticiper les seuils réglementaires, les autorisations administratives, les changements de politique commerciale et les risques de durcissement entre les deux premières puissances technologiques mondiales.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois
Le premier point à suivre sera l’application effective de l’accord : les volumes exportés et les revenus concernés détermineront le montant réellement versé au gouvernement américain. Les modalités précises du mécanisme, notamment son calendrier et son affectation au sein de l’État fédéral, ne sont pas détaillées dans les informations rendues publiques.
Le deuxième enjeu concerne les produits autorisés. La H20 et la MI308 sont aujourd’hui au centre du dispositif, mais la frontière entre une puce acceptable à l’exportation et une puce trop avancée peut évoluer avec les décisions de Washington et les progrès rapides des fabricants.
Enfin, la réaction du marché chinois sera décisive. Si les clients continuent d’acheter ces puces américaines, Nvidia et AMD préserveront un débouché important malgré le prélèvement de 15 %. Si les alternatives locales progressent plus vite, les restrictions américaines pourraient accélérer la constitution d’un écosystème chinois davantage autonome. C’est tout l’équilibre mondial de l’IA, de la fabrication des puces et des centres de données qui se joue derrière cet accord financier inhabituel.
Questions fréquentes
Pourquoi Nvidia et AMD versent-ils 15 % de leurs ventes en Chine aux États-Unis ?
Nvidia et AMD ont accepté ce versement comme condition liée à l’obtention de licences d’exportation américaines. Ces autorisations doivent leur permettre de vendre en Chine les puces H20 et MI308. L’objectif américain est de conserver un contrôle étroit sur la diffusion de technologies de calcul utilisées pour l’intelligence artificielle.
Quelles puces Nvidia et AMD sont concernées par l’accord ?
L’accord concerne la puce H20 de Nvidia et la puce MI308 d’AMD. Ces deux composants sont destinés à des usages d’intelligence artificielle dans les centres de données. La H20 n’est pas présentée comme une puce de dernière génération, tandis que l’exportation de la MI308 vers la Chine avait auparavant été interdite.
Les 15 % portent-ils sur les bénéfices de Nvidia et d’AMD ?
Non. Les informations disponibles parlent de 15 % des revenus issus des ventes concernées, donc du chiffre d’affaires généré par ces puces en Chine, et non des bénéfices. Les bénéfices correspondent à ce qu’il reste après déduction des coûts. Cette différence compte beaucoup pour évaluer l’impact financier réel sur les deux fabricants.
Combien cet accord peut-il rapporter au gouvernement américain ?
Selon les estimations rapportées, le mécanisme pourrait rapporter plus de 2 milliards de dollars au gouvernement des États-Unis. Il s’agit toutefois d’un potentiel, et non d’un montant garanti. Le résultat dépendra des ventes réellement autorisées, de la demande chinoise et de l’évolution future des règles américaines d’exportation.
Les puces d’IA vont-elles devenir plus chères en Chine ?
C’est possible, mais rien ne permet de l’affirmer à ce stade. Nvidia et AMD pourraient répercuter une partie du prélèvement de 15 % sur leurs prix, accepter une marge plus faible ou combiner plusieurs approches. La concurrence et la disponibilité d’alternatives chinoises pèseront aussi sur les tarifs proposés aux clients.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Reuters, couverture de l’accord entre Nvidia, AMD et le gouvernement américainwww.reuters.com
- Bureau of Industry and Security, autorité américaine chargée des contrôles à l’exportationwww.bis.gov
- Nvidia, informations destinées aux investisseursinvestor.nvidia.com
- AMD, informations destinées aux investisseursir.amd.com



