ChatGPT ne détrône pas Google : ce que révèle l’étude sur nos recherches
ChatGPT change la manière de formuler et d’explorer une question, mais fait-il vraiment reculer Google ? Une étude de Semrush, fondée sur 260 milliards de lignes de données de navigation entre janvier 2024 et juin 2025, conclut plutôt à une complémentarité. Un résultat important pour les internautes comme pour les professionnels du référencement.

ChatGPT a imposé une nouvelle façon de chercher : au lieu d’aligner quelques mots-clés, l’internaute peut décrire un besoin, demander une explication, faire reformuler une réponse ou poursuivre la discussion. Cette expérience conversationnelle nourrit une interrogation majeure pour le Web : un assistant d’intelligence artificielle peut-il prendre la place du moteur de recherche qui organise depuis longtemps l’accès à l’information en ligne ?
Les données disponibles en août 2025 incitent à nuancer fortement le scénario d’un remplacement. Une analyse de Semrush, fondée sur 260 milliards de lignes de données de navigation recueillies entre janvier 2024 et juin 2025, observe que l’arrivée de ChatGPT dans les habitudes d’un utilisateur ne se traduit pas par un abandon de Google. Les deux services répondent à des usages parfois proches, mais ils ne rendent pas le même service de la même manière.
Une étude qui oppose deux scénarios
Pour répondre à la question, Semrush a examiné deux hypothèses. Dans la première, dite de substitution, ChatGPT capterait des requêtes auparavant réalisées sur Google : plus l’assistant serait utilisé, moins le moteur serait sollicité. Dans la seconde, dite d’expansion, ChatGPT deviendrait un outil supplémentaire qui accompagne les recherches, sans faire disparaître les réflexes existants.
L’analyse penche en faveur de la seconde hypothèse. Après avoir commencé à utiliser ChatGPT, les personnes observées affichent une légère hausse de leur usage de Google. Ce constat peut sembler contre-intuitif si l’on imagine les deux outils comme des concurrents strictement interchangeables. Il devient plus cohérent dès lors que l’on considère une recherche comme un parcours plutôt que comme une seule requête.
Une réponse conversationnelle peut, par exemple, aider à préciser un sujet flou, à dégager des termes utiles, à comparer des pistes ou à préparer une série de vérifications. Le moteur de recherche conserve alors son rôle pour explorer des pages, trouver une source précise, naviguer vers un site, consulter des documents ou multiplier les points de vue.
| Hypothèse examinée | Ce qu’elle impliquerait | Ce qu’observe l’étude de Semrush |
|---|---|---|
| Substitution | L’adoption de ChatGPT ferait durablement baisser les recherches sur Google | Cette baisse n’apparaît pas dans les cohortes analysées |
| Expansion | ChatGPT s’ajouterait aux outils de recherche déjà employés | L’usage de Google augmente légèrement, puis suit une trajectoire stable |
Que montrent les cohortes d’utilisateurs ?
L’un des intérêts de l’étude tient à sa méthode de comparaison. Semrush ne se contente pas d’observer un volume global de recherches, qui pourrait varier pour de nombreuses raisons, comme la saisonnalité ou l’évolution générale des usages numériques. L’entreprise segmente les internautes en cohortes selon le moment où ils commencent à utiliser ChatGPT.
Des utilisateurs ayant adopté l’outil dès janvier 2024 sont ainsi comparés à d’autres l’ayant adopté entre janvier et mars 2025. Ces groupes sont aussi mis en regard d’un groupe témoin, composé de personnes n’ayant jamais utilisé l’IA dans le périmètre de l’étude.
Le résultat est décrit comme homogène d’une cohorte à l’autre. Après l’adoption de ChatGPT, le nombre de recherches effectuées sur Google reste stable par rapport à la tendance constatée chez les personnes du groupe témoin. Autrement dit, l’usage initial de l’assistant ne semble pas déclencher une érosion progressive des recherches traditionnelles.
Cette approche apporte une précaution utile. Comparer des personnes selon leur date d’adoption permet de mieux distinguer un changement lié à l’utilisation de ChatGPT d’une simple évolution générale des comportements en ligne. Elle ne transforme pas pour autant des données de navigation en preuve absolue de causalité : les individus qui choisissent d’essayer un nouvel outil peuvent aussi avoir, au départ, des pratiques de recherche plus intensives. Mais la présence d’un groupe témoin et la répétition du résultat dans plusieurs cohortes renforcent la solidité du constat principal.
Pourquoi ChatGPT et Google ne répondent pas exactement au même besoin
L’opposition entre ChatGPT et Google est souvent formulée comme un duel, alors que les interfaces encouragent des gestes différents. Un moteur de recherche aide avant tout à repérer et classer des ressources accessibles sur le Web. Il est particulièrement pratique lorsqu’il faut atteindre une page donnée, comparer plusieurs résultats ou remonter à un document identifiable.
Un assistant conversationnel vise plutôt à produire une réponse synthétique à partir d’une demande exprimée en langage courant. Son intérêt est évident lorsqu’il faut expliquer une notion, structurer un raisonnement, reformuler un texte, générer des idées ou poser des questions successives sans recommencer sa recherche depuis le début.
Dans la pratique, une même tâche peut circuler entre ces deux logiques. Un étudiant peut demander une explication simple à ChatGPT, puis rechercher des publications, des chiffres ou des auteurs. Un consommateur peut préparer une liste de critères avec l’IA, puis consulter des fiches produits, des avis et les conditions d’un vendeur. Un professionnel peut obtenir un plan de travail, avant de vérifier les documents de référence nécessaires à sa décision.
ChatGPT et Google : deux étapes possibles d’une même recherche
ChatGPT
- Formule une réponse à une question exprimée en langage courant.
- Aide à expliquer, résumer, reformuler ou structurer une réflexion.
- Permet des échanges successifs pour préciser progressivement un besoin.
- Doit être vérifié lorsque l’exactitude et l’origine de l’information sont déterminantes.
- Aide à retrouver des pages, documents, sites et sources variés sur le Web.
- Facilite la comparaison de plusieurs résultats et points de vue.
- Répond aux besoins de navigation vers une ressource précise.
- Reste central dans les usages observés par Semrush après l’adoption de ChatGPT.
Un pic initial, puis une routine d’usage
Semrush observe aussi la durée des effets. L’adoption de ChatGPT s’accompagne d’un pic d’utilisation initial, ce qui correspond à une phase de découverte : les internautes testent l’outil, évaluent ses réponses et cherchent à comprendre les usages qu’ils peuvent en tirer. Cette intensité ne se maintient pas nécessairement au même niveau.
Après ce premier moment, les comportements se stabilisent. Surtout, ils ne divergent pas durablement de ceux du groupe témoin sur le volume de recherches Google. Ce point est essentiel pour interpréter correctement la légère hausse observée au début : elle ne dessine pas une bascule brutale de l’écosystème de la recherche, mais plutôt l’intégration d’un nouvel outil dans une boîte à outils numérique déjà existante.
La recherche d’information n’est d’ailleurs pas une activité uniforme. Certaines requêtes sont purement navigationnelles, lorsqu’une personne veut rejoindre un site ou un service qu’elle connaît déjà. D’autres exigent une comparaison de sources, la consultation d’une actualité, l’accès à une étude, à un formulaire ou à un document officiel. D’autres encore relèvent d’un besoin d’explication ou de création. Il serait donc réducteur d’attendre un seul outil universel pour toutes ces situations.
Le référencement Google reste un investissement central
Pour les professionnels du SEO, c’est-à-dire du référencement naturel, le résultat de l’étude est rassurant sans être une invitation à l’immobilisme. Google demeure une porte d’entrée majeure vers les contenus, les produits et les services. Rien, dans les données analysées par Semrush, ne justifie donc de réduire les efforts consacrés à la qualité technique d’un site, à la pertinence de ses contenus ou à sa capacité à répondre clairement aux questions des internautes.
Le SEO ne consiste pas seulement à répéter des mots-clés. Une stratégie durable repose notamment sur des pages utiles, structurées, à jour et adaptées à l’intention de recherche. Elle implique aussi de rendre les informations importantes faciles à retrouver : caractéristiques d’un produit, coordonnées, conditions d’un service, expertise de l’auteur, date de mise à jour ou éléments de preuve lorsque le sujet l’exige.
L’étude invite aussi à suivre les canaux émergents sans surestimer leur poids. Le trafic provenant des outils d’IA reste marginal dans le diagnostic présenté par Semrush. Il peut être pertinent de tester des approches adaptées à ces nouveaux parcours, mais pas de les traiter comme un substitut immédiat au référencement sur les moteurs de recherche.
Une méthode pragmatique consiste à surveiller les évolutions chaque trimestre, comme le recommande l’analyse, en distinguant les secteurs. Les effets ne seront pas nécessairement les mêmes selon que l’entreprise s’adresse à des consommateurs, à des professionnels, à des candidats, à des lecteurs de presse ou à des personnes cherchant une information locale. Le bon indicateur n’est pas la promesse d’un canal nouveau, mais la capacité réelle de celui-ci à apporter une audience qualifiée et utile.
Comment mieux chercher avec les deux outils
Pour l’utilisateur, l’enjeu n’est pas de choisir un vainqueur, mais d’adapter l’outil à son objectif. ChatGPT peut faire gagner du temps lors de la phase de clarification. Google permet de retrouver des ressources, de les comparer et de vérifier qui parle, à quelle date et sur quelle base.
Quelques réflexes aident à combiner les deux sans confondre rapidité et fiabilité :
- demander à l’assistant de définir le problème, les critères à examiner ou le vocabulaire utile ;
- transformer ensuite ces éléments en recherches ciblées pour accéder à plusieurs sources ;
- privilégier les documents primaires et les organismes compétents pour les informations sensibles ;
- contrôler la date des contenus, surtout pour l’actualité, les règles, les prix ou les recommandations pratiques ;
- garder une trace des sources réellement consultées lorsqu’une décision doit pouvoir être justifiée.
Cette complémentarité explique en partie le résultat de Semrush. L’IA conversationnelle peut augmenter l’appétit d’information, et non le réduire. Une réponse brève soulève souvent d’autres questions : où trouver le document complet ? Quelle est la source d’un chiffre ? Existe-t-il des avis contraires ? Quel prestataire, quel produit ou quelle étude correspond à ce besoin ? Ces étapes ramènent naturellement vers la recherche sur le Web.
Ce qu’il faut surveiller dans l’avenir de la recherche
En août 2025, l’étude de Semrush dessine une photographie claire : ChatGPT complète Google davantage qu’il ne le remplace. Cela ne signifie pas que les pratiques resteront figées. Les interfaces évoluent vite, les utilisateurs apprennent à mieux formuler leurs demandes et les entreprises adaptent leurs contenus aux nouveaux chemins d’accès à l’information.
Trois éléments méritent une attention particulière dans les prochains trimestres. D’abord, l’évolution de la part réelle du trafic issu des assistants d’IA selon les secteurs. Ensuite, la manière dont les internautes évaluent la fiabilité des réponses générées et recherchent les sources qui les étayent. Enfin, la capacité des éditeurs, des marques et des institutions à proposer des contenus suffisamment clairs et solides pour rester visibles, compris et vérifiés.
La question n’est donc probablement pas de savoir quel service éliminera l’autre. Elle est de comprendre comment la conversation avec une IA, la découverte de pages Web et la vérification des informations vont s’articuler. Pour les internautes comme pour les professionnels, cette articulation vaut mieux qu’une opposition simpliste entre ChatGPT et Google.
Questions fréquentes
ChatGPT peut-il vraiment remplacer Google pour faire des recherches ?
Selon l’analyse de Semrush publiée à partir de données collectées entre janvier 2024 et juin 2025, non. Les utilisateurs de ChatGPT ne cessent pas de rechercher sur Google après avoir adopté l’assistant. Leur usage du moteur augmente légèrement au départ, puis se stabilise selon une trajectoire comparable à celle d’un groupe témoin n’utilisant pas l’IA.
Pourquoi utiliser ChatGPT en complément de Google ?
ChatGPT est utile pour clarifier une question, obtenir une explication, organiser des idées ou préparer des mots-clés. Google reste particulièrement adapté pour retrouver des pages précises, comparer plusieurs sources et accéder aux documents d’origine. Employer les deux outils peut donc rendre un parcours de recherche plus rapide, tout en facilitant la vérification des informations importantes.
Les réponses de ChatGPT sont-elles fiables pour une recherche importante ?
ChatGPT peut fournir une première explication utile, mais une réponse bien formulée peut contenir une erreur, une approximation ou manquer de contexte. Pour les sujets médicaux, juridiques, financiers, scolaires ou professionnels, il faut consulter des sources identifiables et à jour. Un moteur de recherche aide précisément à retrouver ces documents et à confronter plusieurs références.
Le SEO est-il encore utile avec l’essor de ChatGPT ?
Oui. Les résultats de Semrush indiquent que Google reste une composante centrale des recherches en ligne et que le trafic provenant des outils d’IA demeure marginal. Les entreprises ont donc intérêt à maintenir un référencement naturel solide, fondé sur des contenus utiles, structurés et actualisés, tout en observant l’évolution des nouveaux canaux liés à l’IA.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Semrush, blog et études sur les tendances de recherchewww.semrush.com/blog
- OpenAI, présentation de ChatGPTopenai.com/chatgpt
- Google, fonctionnement de la recherchewww.google.com/search/howsearchworks



