Entreprises et marchés

Microsoft : l’IA propulse Azure, mais alourdit la course aux data centers

Microsoft a dépassé les attentes au premier trimestre de son exercice 2025, grâce à la progression de son activité cloud et à la demande en IA. Azure est au cœur de cette dynamique, mais la course à la puissance de calcul impose des dépenses records, des engagements immobiliers massifs et une réflexion aiguë sur l’énergie.

Des techniciens dans un data center relié à des infrastructures électriques pour alimenter des services d’IA.
Illustration : Actu.ai

Le cloud reste le moteur de croissance de Microsoft, et l’intelligence artificielle en est devenue le principal accélérateur. Le 30 octobre 2024, le groupe de Redmond a publié des résultats supérieurs aux attentes pour le premier trimestre de son exercice fiscal 2025. Derrière ce bon trimestre se dessine toutefois une réalité moins visible pour les utilisateurs : servir les modèles d’IA exige des capacités de calcul, des bâtiments et de l’électricité à une échelle inédite.

Des résultats solides, à lire avec les bons indicateurs

Microsoft a enregistré un chiffre d’affaires de 65,6 milliards de dollars sur le trimestre clos le 30 septembre 2024, soit une hausse de 16 % sur un an. Le consensus des analystes cité avant la publication s’établissait à 64,51 milliards de dollars. Cette performance reflète la diversification du groupe, qui vend à la fois des logiciels professionnels, des jeux vidéo, des services cloud et des abonnements numériques.

Il faut surtout distinguer plusieurs périmètres, car ils sont souvent confondus. Les 65,6 milliards de dollars ne sont pas les revenus d’Azure : il s’agit du chiffre d’affaires total de Microsoft. Azure est intégré dans l’ensemble plus vaste appelé Microsoft Cloud, qui réunit les activités de cloud commercial du groupe.

Indicateur, premier trimestre de l’exercice 2025Montant ou évolutionCe que cela mesure
Chiffre d’affaires total de Microsoft65,6 milliards de dollars, +16 %Toutes les activités du groupe
Revenus de Microsoft Cloud38,9 milliards de dollars, +22 %L’ensemble des offres cloud de Microsoft
Azure et autres services cloud+33 %L’évolution des revenus d’Azure, sans montant isolé publié
Contribution de l’IA à la croissance d’Azure12 pointsLa part de la hausse attribuée aux services d’IA
Clients Azure AIPlus de 60 000, près de +60 % sur un anLes clients utilisant les offres IA d’Azure

La hausse de 22 % concerne donc Microsoft Cloud dans son ensemble. Pour Azure et les autres services cloud, Microsoft indique une croissance de 33 %, ou 34 % à taux de change constants. Surtout, l’entreprise estime que les services d’IA ont apporté 12 points à cette croissance. C’est un signal fort : une part substantielle de la progression ne vient plus seulement du stockage, des machines virtuelles ou des bases de données traditionnelles, mais des nouveaux besoins de calcul liés à l’IA.

Pourquoi l’IA fait-elle progresser Azure ?

Les systèmes d’IA générative, notamment les grands modèles de langage, demandent une infrastructure bien plus coûteuse que la plupart des applications web classiques. Avant de répondre à une question, de résumer un document ou de générer du code, ces modèles mobilisent de grandes grappes de processeurs spécialisés. L’entraînement d’un modèle réclame une puissance considérable, mais son utilisation quotidienne à grande échelle, appelée inférence, devient elle aussi un poste majeur lorsque des millions de requêtes sont traitées.

C’est précisément le terrain sur lequel Azure veut s’imposer. La plateforme permet aux entreprises de louer des ressources de calcul, de déployer leurs applications, de stocker leurs données et d’accéder à des outils d’IA. Microsoft propose notamment des services permettant d’intégrer des modèles dans des logiciels métiers, d’automatiser certaines tâches documentaires ou de bâtir des assistants conversationnels adaptés à une organisation.

Lors de la présentation des résultats, le directeur général Satya Nadella a insisté sur la transformation des méthodes de travail dans de nombreux secteurs. Microsoft a également indiqué que l’utilisation de ses services Azure OpenAI avait plus que doublé au cours des six mois précédents. Le groupe compte désormais plus de 60 000 clients Azure AI, avec une dépense moyenne par client qui continue d’augmenter.

Cette demande n’est pas limitée aux entreprises qui créent un chatbot. Elle recouvre des usages très variés : recherche dans des bases documentaires internes, analyse de données, aide à la programmation, traitement de formulaires, service client ou encore automatisation de tâches répétitives. Dans chaque cas, Azure cherche à devenir la couche d’infrastructure sur laquelle ces projets sont développés et exécutés.

Une croissance qui exige d’investir avant de vendre

La particularité du cloud est que l’opérateur doit construire l’infrastructure avant de pouvoir la commercialiser. Pour répondre à la demande en IA, Microsoft doit acquérir des serveurs, sécuriser des composants de calcul, aménager des data centers et raccorder ces installations aux réseaux électriques. Ces dépenses interviennent souvent longtemps avant que les revenus correspondants soient pleinement visibles dans les comptes.

Les résultats publiés fin octobre témoignent de cette course à la capacité. Microsoft a signalé une forte hausse de ses investissements en capital. Son dépôt trimestriel fait aussi apparaître 108 milliards de dollars d’engagements de location pour des data centers qui n’ont pas encore commencé. Ce chiffre ne doit pas être confondu avec une dépense déjà effectuée : il représente des obligations contractuelles futures liées aux sites que Microsoft prévoit d’utiliser.

Ces baux montrent néanmoins l’ampleur du pari. Microsoft ne se contente pas d’ajouter quelques serveurs à ses installations existantes. L’entreprise prépare des capacités destinées à soutenir la croissance de ses services cloud sur plusieurs années, dans un marché où la disponibilité des équipements et de l’énergie est devenue un avantage concurrentiel.

La difficulté est économique autant que technique. Un data center d’IA doit être suffisamment rempli de charges de travail payantes pour amortir ses équipements et son alimentation électrique. Si la demande se maintient, l’infrastructure constitue une barrière à l’entrée pour les concurrents moins capitalisés. Si elle ralentit, les engagements pris à l’avance peuvent peser sur les marges.

L’IA dans Azure : accélérateur commercial et défi industriel

Ce qu’elle apporte à Microsoft

  • Elle génère de nouveaux besoins en puissance de calcul dans le cloud.
  • Elle a contribué pour 12 points à la croissance de 33 % d’Azure.
  • Elle attire plus de 60 000 clients vers les offres Azure AI.
  • Elle renforce les liens entre Azure, les outils professionnels et les applications métier.

Ce qu’elle impose à Microsoft

  • Financer des serveurs et des data centers avant que tous les revenus ne soient encaissés.
  • Assumer 108 milliards de dollars d’engagements de location futurs pour des data centers.
  • Sécuriser une électricité abondante, stable et disponible sur le long terme.
  • Rentabiliser des infrastructures coûteuses face à une concurrence intense dans le cloud.

Google confirme que la bataille du cloud se joue désormais sur l’IA

Microsoft n’est pas seul à bénéficier de cet engouement. Alphabet, maison mère de Google, a annoncé quelques jours plus tôt que Google Cloud avait réalisé 11,35 milliards de dollars de chiffre d’affaires au troisième trimestre 2024, en hausse de 35 % sur un an. Là aussi, le résultat a dépassé les attentes du marché.

La comparaison appelle toutefois à la prudence. Google Cloud et Microsoft Cloud ne recouvrent pas exactement les mêmes activités, ni la même taille. Microsoft possède depuis longtemps une place centrale dans les systèmes informatiques des entreprises, avec Windows, Microsoft 365, Dynamics et ses outils de développement. Google s’appuie de son côté sur ses propres infrastructures, ses capacités de recherche et ses modèles Gemini. Amazon, avec AWS, reste également un acteur majeur du marché, même s’il n’est pas au centre des chiffres publiés dans cette séquence de résultats.

L’enseignement principal est ailleurs : les fournisseurs de cloud ne vendent plus uniquement de l’espace de stockage ou des machines virtuelles. Ils vendent la capacité de faire tourner des applications d’IA, des modèles prêts à l’emploi, des outils de données et des environnements sécurisés pour les entreprises. La concurrence se joue donc sur les processeurs disponibles, le prix, les logiciels, la qualité des modèles et l’accès à l’énergie.

Three Mile Island, symbole de la question énergétique

L’essor de l’IA fait émerger une contrainte très concrète : l’électricité. Les serveurs de calcul, leurs systèmes de refroidissement et les réseaux qui les relient consomment de grandes quantités d’énergie. Pour une entreprise comme Microsoft, garantir une alimentation stable devient aussi stratégique que disposer de puces performantes.

En septembre 2024, Constellation a annoncé un accord de fourniture d’électricité de vingt ans avec Microsoft afin de soutenir le redémarrage prévu de l’unité 1 de la centrale de Three Mile Island, en Pennsylvanie. Le site, rebaptisé Crane Clean Energy Center dans le projet, pourrait reprendre son activité en 2028, sous réserve notamment des autorisations nécessaires. Sa puissance annoncée est de 835 mégawatts.

Il est important de préciser que Microsoft ne redémarre pas elle-même la centrale et n’en devient pas l’exploitant. L’accord vise à acheter sa production électrique. Il faut aussi distinguer l’unité 1 de l’unité 2 : c’est cette dernière qui a été touchée par l’accident nucléaire de 1979 et qui est définitivement fermée. L’unité 1 avait cessé sa production en 2019 pour des raisons économiques.

L’accord soulève naturellement des questions de sûreté, de réglementation et d’acceptabilité locale. Il révèle aussi le décalage entre le rythme rapide du déploiement de l’IA et le temps long des infrastructures énergétiques. Construire un modèle ou lancer un service peut prendre des mois. Mettre en service une centrale ou renforcer un réseau électrique demande plusieurs années.

Ce que les investisseurs doivent surveiller en 2025

Les résultats du trimestre confirment la position centrale de Microsoft dans le cycle actuel de l’IA. L’entreprise bénéficie de son infrastructure Azure, de son portefeuille de logiciels professionnels et de ses offres intégrant l’IA. Mais la croissance ne se juge pas seulement à l’aune d’un trimestre supérieur aux prévisions.

Le premier indicateur à suivre sera la croissance d’Azure. Pour le trimestre suivant, Microsoft a indiqué anticiper une progression comprise entre 31 % et 32 % à taux de change constants. Ce rythme resterait très élevé, mais il rappelle aussi que les comparaisons deviennent plus exigeantes à mesure que la base de revenus s’élargit.

Le deuxième indicateur concernera la monétisation. Les entreprises expérimentent rapidement l’IA, mais les fournisseurs doivent démontrer que les usages pilotes deviennent des déploiements réguliers, avec des contrats durables et des dépenses croissantes. Le nombre de clients ne suffit pas : leur consommation effective de calcul et de services est déterminante.

Enfin, Microsoft devra maintenir un équilibre délicat entre expansion et rentabilité. Les baux de data centers, les serveurs et les contrats d’électricité préparent la croissance future, mais ils engagent aussi des montants considérables. L’IA offre à Azure une occasion de renforcer sa place dans le cloud mondial. Elle transforme simultanément Microsoft en acteur directement confronté aux contraintes industrielles de la puissance de calcul et de l’énergie.

Questions fréquentes

Pourquoi l’IA fait-elle augmenter les revenus d’Azure ?

Les applications d’IA ont besoin de puissance de calcul, de stockage et de services de données, généralement fournis par le cloud. Azure facture ces ressources aux entreprises qui créent ou utilisent des outils d’IA. Microsoft indique que l’IA a apporté 12 points à la croissance de 33 % d’Azure au premier trimestre de son exercice 2025.

Quel est le chiffre d’affaires d’Azure chez Microsoft ?

Microsoft ne publie pas le chiffre d’affaires isolé d’Azure. Au trimestre clos le 30 septembre 2024, le groupe a indiqué que les revenus d’Azure et des autres services cloud avaient augmenté de 33 %. Microsoft Cloud, un ensemble plus large qui inclut Azure, a généré 38,9 milliards de dollars de revenus.

Combien de clients utilisent Azure AI ?

Fin octobre 2024, Microsoft a indiqué compter plus de 60 000 clients Azure AI, en hausse de près de 60 % sur un an. Cette catégorie désigne les organisations utilisant les offres d’intelligence artificielle hébergées sur Azure. Elle ne correspond pas nécessairement à tous les clients des services cloud Azure.

Microsoft va-t-elle rouvrir la centrale de Three Mile Island ?

Non. Microsoft n’exploitera pas la centrale. Constellation a annoncé un accord de fourniture d’électricité de vingt ans avec Microsoft, lié au projet de redémarrage de l’unité 1 du site. Le redémarrage envisagé pour 2028 dépend encore des autorisations requises et concerne une unité distincte de celle touchée par l’accident de 1979.

Pourquoi les data centers d’IA consomment-ils autant d’électricité ?

Les modèles d’IA nécessitent de nombreux processeurs spécialisés qui effectuent simultanément un grand nombre de calculs. Ces équipements consomment de l’électricité et produisent de la chaleur, ce qui impose également des systèmes de refroidissement. À grande échelle, l’accès à une énergie stable devient donc un enjeu stratégique pour les opérateurs de cloud.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Microsoft, résultats du premier trimestre de l’exercice 2025 et présentation aux investisseurswww.microsoft.com/en-us/Investor/earnings/FY-2025-Q1/press-release-webcast
  2. Alphabet, espace investisseurs et résultats trimestriels de Google Cloudabc.xyz/investor
  3. The Guardian, accord entre Microsoft et Constellation autour de Three Mile Islandwww.theguardian.com/environment/2024/sep/20/three-mile-island-nuclear-plant-reopen-microsoft