Entreprises et marchés

Maty mise sur l’IA pour traduire 15 000 références sans renier son atelier

Pour ouvrir son site à l’anglais et au néerlandais, Maty a confié la traduction de 15 000 références à l’intelligence artificielle. L’opération, menée en un mois pour 30 000 euros, illustre l’usage concret de l’IA dans le commerce, sans effacer l’importance de l’atelier de Besançon et du savoir-faire bijoutier.

Atelier de bijouterie et écran de catalogue numérique illustrant l’usage de l’IA chez Maty
Illustration : Actu.ai

Pour un commerçant qui vend en ligne des milliers de produits, traduire un site ne consiste pas simplement à convertir quelques pages institutionnelles. Il faut adapter les fiches, les intitulés, les descriptions et les informations associées à chaque référence. C’est sur ce terrain très concret que Maty a choisi d’expérimenter l’intelligence artificielle, afin d’accélérer son ouverture vers de nouveaux marchés tout en contenant ses coûts.

Publié le 4 février 2025, ce chantier montre comment l’IA peut prendre place dans une entreprise de bijouterie sans se substituer à ce qui fait la valeur d’un bijou : sa conception, sa fabrication, les matériaux employés et la relation de confiance avec l’acheteur. Chez Maty, la technologie est mobilisée pour traduire, répondre à certaines demandes en ligne et accompagner la transformation numérique d’un catalogue, tandis que l’entreprise continue de s’appuyer sur son ancrage artisanal à Besançon.

15 000 références traduites en un mois

Maty a fait appel à l’intelligence artificielle pour proposer son site Internet en anglais et en néerlandais. L’ampleur du travail est significative : 15 000 références ont été concernées. L’opération a été réalisée en un mois, pour un coût annoncé de 30 000 euros.

Selon André Ségura, président du directoire de Maty, une traduction effectuée sans cette technologie aurait dépassé 100 000 euros. L’écart représente donc au minimum 70 000 euros, soit une baisse de coût supérieure à 70 % par rapport au montant évoqué pour une approche classique.

IndicateurDonnée communiquée par Maty
Langues ajoutées au siteAnglais et néerlandais
Références à traduire15 000
Durée du projet1 mois
Coût annoncé avec l’IA30 000 euros
Coût estimé sans l’IAPlus de 100 000 euros

Ces chiffres donnent une idée de l’intérêt de l’automatisation linguistique pour un catalogue volumineux. Une même référence peut en effet comporter de nombreux éléments : nom du produit, type de métal, pierre, taille, dimensions, conseils d’entretien, modalités de livraison ou informations promotionnelles. Répétées sur des milliers de pages, ces données forment une masse de texte difficile à traiter rapidement par des méthodes entièrement manuelles.

L’intelligence artificielle permet ici de produire plus vite une première version dans plusieurs langues. Cette rapidité est particulièrement utile lorsqu’un marchand veut tester un marché, rendre son offre lisible à des visiteurs étrangers ou synchroniser plusieurs versions de son site. Elle ne dispense pas, en principe, d’une vigilance sur la qualité des formulations, surtout dans la bijouterie, où un terme imprécis peut brouiller la compréhension des caractéristiques d’un produit.

Pourquoi la traduction est-elle un cas d’usage clé pour l’IA ?

La traduction fait partie des usages les plus immédiats de l’IA dans le commerce en ligne. Elle associe une tâche répétitive, un grand volume de contenus et une nécessité de mise à jour fréquente. Lorsqu’une nouvelle collection arrive ou qu’une fiche produit est modifiée, il faut pouvoir répercuter le changement dans toutes les langues disponibles.

Pour Maty, le passage à l’anglais et au néerlandais répond à un objectif d’internationalisation. Il ne s’agit pas seulement d’être visible au-delà du marché français. Un site présenté dans la langue du visiteur facilite la recherche d’un produit, la compréhension des détails et, plus largement, l’accès à l’univers de la marque.

Cette utilisation de l’IA est distincte de la création du bijou elle-même. Les informations disponibles décrivent d’abord un outil de traitement des contenus du site. Aucun détail n’est communiqué sur le fournisseur technologique retenu, le modèle utilisé ou l’organisation précise des éventuelles relectures humaines. Cette distinction compte : l’IA peut accélérer une étape éditoriale, sans que cela transforme automatiquement les méthodes de fabrication d’un atelier.

Des chatbots pour répondre hors des horaires d’ouverture

Maty utilise aussi des chatbots pour assister les internautes, notamment lorsque le service client n’est pas ouvert. Ces agents conversationnels automatisés sont conçus pour apporter une réponse rapide à certaines demandes formulées sur le site.

Le rôle de ces outils est d’alléger la charge de travail d’une dizaine de salariés consacrés au service client, et non de faire disparaître toute intervention humaine. Dans un parcours d’achat de bijou, les questions peuvent aller d’une information simple, comme la disponibilité d’un article ou le suivi d’une commande, à des demandes plus sensibles nécessitant l’expertise d’un conseiller : choix d’une taille, compréhension d’une garantie, demande liée à une réparation ou précision sur un produit.

Un chatbot peut être particulièrement pertinent lorsqu’il oriente le client vers une rubrique, rappelle une information déjà présente sur le site ou recueille une demande en dehors des heures habituelles. Il doit en revanche savoir reconnaître ses limites et permettre le relais vers une personne lorsqu’une réponse personnalisée est nécessaire.

Ce qu’un assistant en ligne peut accélérerCe qui appelle souvent un conseiller humain
Orientation vers une fiche produit ou une rubriqueConseil adapté à un achat important ou symbolique
Réponse à une question fréquenteAnalyse d’un problème de commande particulier
Prise en compte d’une demande en dehors des horaires d’ouvertureQuestion exigeant une expertise sur un produit ou un service
Information immédiate sur les démarches courantesGestion d’une réclamation ou d’une situation complexe

Cette complémentarité est importante pour une enseigne de bijouterie. L’achat peut être lié à un anniversaire, une naissance, des fiançailles ou une autre occasion personnelle. La vitesse de réponse compte, mais elle ne remplace pas nécessairement le besoin d’être accompagné par une personne.

Un atelier de Besançon au cœur de l’identité de Maty

L’adoption de l’IA ne change pas l’histoire industrielle et artisanale que Maty met en avant. L’entreprise a été fondée en 1951 par Gérard Mantion et son épouse Elyane. Elle dispose d’un atelier de production à Besançon, qui compte 140 salariés.

Ce point est central pour comprendre la stratégie affichée. La bijouterie associe un commerce de catalogue et de site Internet, susceptible de bénéficier de l’automatisation, à une activité où le savoir-faire de fabrication demeure déterminant. Les technologies numériques peuvent rendre un catalogue plus accessible ou aider à traiter des informations, mais elles ne remplacent pas mécaniquement les gestes de production, les contrôles et l’exigence liée à la réalisation d’un bijou.

Maty cherche ainsi à tenir ensemble deux temporalités. La première est celle du commerce connecté, dans lequel la disponibilité de l’information et la fluidité du service pèsent lourd. La seconde est celle d’une maison fondée il y a plusieurs décennies, pour laquelle l’atelier et l’héritage de la bijouterie restent des éléments d’identité.

De la connaissance client à la conception, quelles ambitions ?

Au-delà de la traduction et des chatbots, Maty voit dans l’IA un moyen d’optimiser certains processus internes et de mieux anticiper les tendances ainsi que les attentes de ses clients. Les algorithmes peuvent analyser des données issues des consultations, des recherches et des ventes pour faire ressortir des préférences ou des évolutions dans la demande.

Dans le commerce, ce type d’analyse peut aider à repérer les catégories les plus consultées, les périodes où certains achats sont recherchés ou les caractéristiques fréquemment demandées. L’enjeu n’est pas de prétendre prévoir avec certitude les goûts de chacun. Il est plutôt d’orienter les décisions sur la base de signaux observés dans un grand nombre d’interactions.

La publication d’origine évoque également l’aide possible de l’IA au prototypage et à la conception de nouveaux modèles. Toutefois, aucune précision n’est fournie sur des outils concrets employés par Maty dans son atelier, ni sur une production de bijoux conçus automatiquement. À ce stade, il faut donc distinguer les usages déjà décrits, la traduction et l’assistance en ligne, des perspectives de développement liées à l’analyse des tendances ou à la création.

Pour l’entreprise, la promesse est de mieux adapter le catalogue aux attentes identifiées, sans rompre avec les codes traditionnels de la bijouterie. Ce positionnement suppose de conserver un regard humain sur les résultats des outils : une tendance statistique ne dit pas, à elle seule, si un bijou sera désirable, durable ou cohérent avec une collection.

Ce que l’IA apporte, et ce qu’elle ne remplace pas chez Maty

Les apports annoncés de l’IA

  • Traduire 15 000 références en anglais et en néerlandais en un mois.
  • Ramener le coût du projet à 30 000 euros, contre plus de 100 000 euros estimés autrement.
  • Répondre à certaines demandes en ligne hors des horaires d’ouverture.
  • Mieux analyser les tendances et les préférences pour orienter le catalogue.

Ce qui reste humain et artisanal

  • La fabrication demeure liée à l’atelier de Besançon et à ses 140 salariés.
  • Les demandes complexes nécessitent l’intervention d’un conseiller du service client.
  • La précision des informations produit appelle une vigilance sur les traductions.
  • La création d’un bijou ne se résume pas aux données analysées par un algorithme.

Un catalogue numérique, mais aussi une question de durabilité

La modernisation du catalogue répond également à une préoccupation environnementale. Maty indique vouloir réduire sa consommation de papier et met en avant un catalogue interactif en ligne. Pour les clients, ce format permet d’explorer les collections depuis un écran, avec des contenus qui peuvent être actualisés plus facilement qu’un support imprimé.

Réduire les impressions peut limiter la consommation de papier liée à la diffusion d’un catalogue. Mais la sobriété numérique ne se résume pas à remplacer le papier par un écran. Les sites Internet, le stockage des données et les outils d’IA reposent aussi sur des infrastructures informatiques. Une démarche de durabilité crédible doit donc regarder l’ensemble du cycle de vie des supports utilisés.

Les informations communiquées ne chiffrent pas l’impact environnemental de cette transition. Elles témoignent néanmoins d’une volonté d’inscrire l’évolution du catalogue dans une logique de réduction du papier, plutôt que de présenter le numérique comme une solution automatiquement neutre pour l’environnement.

L’éthique se pose aussi du côté des données. Lorsqu’un commerçant analyse les comportements de navigation ou les préférences de ses clients, la protection des informations personnelles doit rester un cadre de référence. Les outils conversationnels et de recommandation doivent être utilisés de manière transparente, avec une attention particulière aux données nécessaires à leur fonctionnement.

Ce qu’il faut surveiller dans la stratégie de Maty

L’expérience de Maty illustre une tendance plus large : l’IA entre dans le commerce par des usages opérationnels, parfois moins spectaculaires que la génération d’images ou de textes, mais immédiatement mesurables. Traduire un vaste catalogue plus vite, répondre à des questions simples et faciliter l’accès à une offre internationale sont des bénéfices concrets pour une enseigne de distribution.

Plusieurs points permettront d’évaluer la suite de cette stratégie. Le premier est la qualité des versions étrangères du site, car une économie de traduction ne doit pas se faire au prix d’informations imprécises pour les clients. Le deuxième concerne le service client : la disponibilité apportée par les chatbots devra rester compatible avec un accès simple à un conseiller humain.

Le troisième enjeu porte sur l’équilibre entre données et création. Mieux comprendre les tendances peut éclairer les choix commerciaux, mais la singularité d’un bijou repose aussi sur une direction artistique, un savoir-faire et des décisions qui ne se déduisent pas d’un algorithme. Enfin, les ambitions de réduction du papier gagneront à être appréciées au regard de l’empreinte globale des outils numériques déployés.

À la date du 4 février 2025, Maty ne présente donc pas l’IA comme un substitut à son patrimoine bijoutier. L’entreprise l’utilise d’abord comme un levier d’internationalisation et de relation client, tout en revendiquant la continuité de son atelier de Besançon. C’est dans cette articulation entre efficacité numérique et identité artisanale que se joue la crédibilité de sa transformation.

Questions fréquentes

Comment Maty utilise-t-il l’intelligence artificielle ?

Maty utilise l’IA pour traduire son site Internet en anglais et en néerlandais, sur un volume de 15 000 références. L’entreprise s’appuie aussi sur des chatbots afin d’assister les internautes, en particulier lorsque le service client est fermé. Elle évoque enfin l’analyse des tendances et des préférences comme une piste de développement.

Combien Maty a-t-il économisé grâce à l’IA pour la traduction ?

Maty annonce un coût de 30 000 euros pour traduire 15 000 références en un mois. Selon André Ségura, président du directoire, une traduction sans cette technologie aurait coûté plus de 100 000 euros. L’économie est donc supérieure à 70 000 euros, d’après cette comparaison communiquée par l’entreprise.

Les chatbots de Maty remplacent-ils les conseillers clients ?

Non, les éléments disponibles indiquent que les chatbots servent à alléger la charge d’une dizaine de salariés du service client et à répondre hors des horaires d’ouverture. Ils automatisent certaines demandes courantes, mais rien n’indique la suppression du rôle des conseillers pour les questions complexes ou les besoins d’accompagnement personnalisé.

Maty utilise-t-il l’IA pour créer ou fabriquer ses bijoux ?

La publication d’origine évoque l’intérêt possible de l’IA pour analyser les tendances, comprendre les préférences des clients et aider le prototypage. En revanche, il ne détaille pas d’outil employé dans l’atelier de Besançon pour concevoir ou fabriquer automatiquement des bijoux. Les usages concrètement décrits concernent surtout le site et le service en ligne.

L’IA remet-elle en cause le savoir-faire traditionnel de Maty ?

La stratégie présentée par Maty vise au contraire à associer outils numériques et héritage bijoutier. Fondée en 1951, l’entreprise conserve un atelier de production à Besançon employant 140 salariés. L’IA est mobilisée pour la traduction, l’assistance en ligne et l’analyse, tandis que l’atelier reste au cœur de son identité productive.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Maty, site officiel de l’enseigne de bijouteriewww.maty.com
  2. CNIL, dossier sur l’intelligence artificielle et la protection des donnéeswww.cnil.fr/fr/intelligence-artificielle