Société et emploi

LinkedIn mise sur un coach IA pour transformer la recherche d’emploi

LinkedIn a annoncé le 1er novembre 2023 un coach reposant sur l’intelligence artificielle pour accompagner les recherches d’emploi. Le réseau professionnel veut aussi aider les recruteurs à dépasser les intitulés de poste, souvent imprécis, afin d’évaluer plus finement les compétences des candidats.

Une candidate consulte sur son ordinateur un assistant IA qui lui suggère des offres selon ses compétences.
Illustration : Actu.ai

Trouver un emploi ne consiste plus seulement à consulter quelques annonces et à envoyer un CV. Sur les grandes plateformes, le volume des offres, la diversité des intitulés et les systèmes de filtrage peuvent transformer cette étape en parcours de tri interminable. LinkedIn veut confier une partie de ce travail à l’intelligence artificielle, avec un coach conversationnel conçu pour orienter les candidats vers des opportunités plus pertinentes.

Le réseau professionnel a annoncé cette nouveauté le 1er novembre 2023. Son ambition est double : rendre la recherche plus dynamique pour les personnes en quête d’un poste et fournir aux recruteurs des outils capables de mieux relier une offre aux compétences réellement disponibles. Une même technologie est donc appelée à intervenir des deux côtés du marché de l’emploi.

Un coach IA pour dialoguer avec les candidats

Le nouvel outil annoncé par LinkedIn prend la forme d’un coach basé sur l’intelligence artificielle. Plutôt que de laisser l’utilisateur seul face à une succession de filtres, de mots-clés et de fiches de poste, il doit pouvoir l’accompagner de manière plus conversationnelle. L’objectif est de l’aider à identifier un travail compatible avec ses atouts, ses compétences et ses envies professionnelles.

Erran Berger, vice-président de l’ingénierie produit chez LinkedIn, présente cette évolution comme un moyen de rendre la recherche d’emploi plus dynamique. L’enjeu est concret : un intitulé proche de son expérience ne garantit pas qu’un poste corresponde réellement à ses acquis, à son niveau de responsabilité, à son secteur ou à sa trajectoire souhaitée. À l’inverse, une personne peut écarter une annonce parce que son titre paraît éloigné de son parcours, alors que les missions demandées sont accessibles.

Derrière ce coach, LinkedIn s’appuie sur la technologie conversationnelle associée à ChatGPT, l’assistant développé par OpenAI. Un modèle de langage peut recevoir une question formulée en langage courant, en extraire les éléments importants et proposer une réponse structurée. Dans le contexte de l’emploi, cela ouvre la voie à des échanges moins mécaniques : préciser ce que l’on sait faire, décrire le type de responsabilités recherché ou signaler les compétences que l’on souhaite valoriser.

L’outil ne change pas, à lui seul, les règles fondamentales du recrutement. Il vise surtout à réduire le temps passé à chercher les annonces les plus utiles. LinkedIn avance le chiffre de 140 offres d’emploi publiées chaque seconde, ce qui illustre l’ampleur du flux auquel un candidat peut être confronté sur la plateforme.

Pourquoi les intitulés de poste ne suffisent plus

La promesse de LinkedIn repose sur un constat simple : les intitulés professionnels sont des repères utiles, mais imparfaits. Ils ne recouvrent pas toujours la même réalité d’une entreprise à l’autre. Un même métier peut porter plusieurs noms selon la taille de l’organisation, le pays, le secteur d’activité ou la manière dont l’employeur structure ses équipes. À l’inverse, des postes ayant le même titre peuvent exiger des compétences très différentes.

Ryan Roslansky, PDG de LinkedIn, souligne que ces intitulés évoluent constamment. C’est un défi pour les recruteurs comme pour les candidats. Une recherche limitée aux mots d’un titre risque de manquer des profils pertinents, ou de faire remonter des résultats qui ne le sont qu’en apparence.

L’intelligence artificielle est appelée à regarder au-delà de cette étiquette. Elle peut rapprocher les compétences déclarées sur un profil, les expériences professionnelles, les qualifications demandées et les éléments décrits dans une offre. L’intérêt n’est pas de prétendre qu’un algorithme connaît mieux une personne qu’elle-même, mais de passer d’une logique de mots-clés exacts à une logique de correspondances entre compétences et besoins.

Cette évolution correspond aussi à la réalité de carrières moins linéaires. Les compétences acquises dans un poste peuvent être transférables vers une autre fonction, même lorsque les intitulés ne se ressemblent pas. Savoir les identifier est utile à un candidat en reconversion, mais aussi à une entreprise qui peine à pourvoir un poste en cherchant uniquement le profil traditionnel.

Les recruteurs sont également concernés

LinkedIn n’adresse pas cette stratégie aux seuls demandeurs d’emploi. En octobre 2023, la plateforme avait déjà indiqué vouloir proposer aux employeurs des fonctions s’appuyant sur l’IA. L’objectif est de mieux comprendre ce qui motive réellement l’ouverture d’un poste et de trouver, parmi les candidatures, les profils les plus adaptés.

Dans cette configuration, l’IA doit notamment estimer dans quelle mesure un candidat possède les compétences demandées. Cette tâche était traditionnellement largement associée à l’intitulé du poste occupé. Or, si les titres sont mouvants et ambigus, ils ne suffisent plus pour mener une sélection pertinente. Une lecture plus fine des compétences peut donc aider à élargir le vivier de candidats ou à mieux hiérarchiser les profils.

Pour LinkedIn, l’intérêt économique est clair. Si une grande partie des candidats utilise le service gratuitement, les entreprises constituent un terrain de monétisation important. Les recruteurs cherchent des outils qui réduisent le temps consacré au repérage des profils, tout en évitant de passer à côté d’une candidature intéressante.

Cela ne signifie pas que le recrutement peut être réduit à un score. Une embauche dépend aussi de critères qui ne se résument pas à une liste de compétences : compréhension d’une mission, conditions de travail, attentes salariales, disponibilité, échanges avec l’équipe et appréciation humaine du parcours. L’IA peut assister le tri et la recherche, mais elle ne transforme pas automatiquement une correspondance calculée en recrutement réussi.

L’IA de LinkedIn vue par les deux publics

Pour les candidats

  • Formuler une recherche en langage courant plutôt qu’avec de seuls mots-clés.
  • Identifier des postes liés à ses compétences et à ses aspirations.
  • Réduire le temps consacré au tri d’un très grand nombre d’annonces.
  • Vérifier soi-même chaque offre et l’adéquation avec son projet professionnel.

Pour les recruteurs

  • Clarifier les compétences réellement recherchées derrière une ouverture de poste.
  • Repérer des profils au-delà des intitulés professionnels traditionnels.
  • Estimer l’adéquation entre une candidature et les besoins exprimés.
  • Conserver un contrôle humain sur la sélection et la décision d’embauche.

Ce que l’IA peut améliorer, et ce qu’elle ne décide pas

Pour un candidat, l’apport le plus évident est le gain de temps. Un coach peut aider à formuler une recherche plus précise, à repérer des mots-clés utiles ou à mieux comprendre le lien entre une expérience passée et les exigences d’une annonce. Il peut aussi inciter à considérer des postes que les filtres classiques auraient laissés de côté.

Pour un recruteur, une analyse fondée sur les compétences peut éviter de se limiter aux diplômes, aux employeurs précédents ou aux titres les plus attendus. Elle peut notamment faire ressortir des candidats dont l’expérience est proche des besoins du poste sans correspondre exactement à un parcours-type.

Mais ces outils doivent être employés avec discernement. Un système de recommandation dépend des données qui lui sont fournies, de la manière dont un poste est décrit et des critères retenus pour établir une correspondance. Une formulation imprécise dans une offre, un profil LinkedIn incomplet ou une compétence mal interprétée peuvent dégrader la qualité de la recommandation.

Les utilisateurs ont donc intérêt à conserver la main sur les informations essentielles. Avant de candidater, il reste indispensable de lire l’annonce en détail, de vérifier les attentes de l’employeur et de s’assurer que le poste correspond bien à son projet. De même, les recruteurs doivent pouvoir expliquer et contrôler les critères qui orientent leur sélection.

L’écosystème Microsoft et OpenAI au cœur de la stratégie

LinkedIn compte environ un milliard d’utilisateurs et appartient à Microsoft. Le recours à l’intelligence artificielle s’inscrit donc dans une stratégie technologique plus large du groupe. Microsoft a investi 10 milliards de dollars dans OpenAI, l’entreprise à l’origine de ChatGPT, ce qui lui donne un rôle majeur dans la diffusion de cette technologie au sein de ses produits et services.

Pour LinkedIn, cet environnement facilite l’intégration d’outils conversationnels dans plusieurs usages professionnels. Au-delà de la recherche d’emploi, la plateforme prévoit également des fonctions automatisées pour les commerciaux, notamment afin de rechercher des prospects sur le réseau. L’IA devient ainsi un élément transversal : elle peut servir au recrutement, à la mobilité professionnelle et au développement commercial.

Cette accélération survient aussi dans un contexte social sensible. LinkedIn a licencié 668 employés en octobre 2023. Ces suppressions de postes et le lancement de nouvelles fonctions d’IA se sont produits le même mois, mais la proximité des deux événements ne permet pas, à elle seule, d’établir un lien de cause à effet. Elle rappelle néanmoins pourquoi les annonces d’automatisation sont scrutées avec attention par les salariés et les candidats.

L’IA peut assister les travailleurs dans une recherche d’emploi, tout en suscitant des interrogations sur les transformations qu’elle entraîne dans les entreprises. Cette ambivalence est au cœur du débat : la technologie peut alléger des tâches répétitives et améliorer l’accès à l’information, mais elle modifie aussi les compétences attendues et la manière dont certaines fonctions sont exercées.

Ce qu’il faut surveiller dans l’usage de l’IA pour l’emploi

Le succès du coach de LinkedIn se mesurera moins à l’effet de nouveauté qu’à la qualité des résultats obtenus par les utilisateurs. Les recommandations proposées sont-elles réellement adaptées aux compétences et aux aspirations des candidats ? Les recruteurs découvrent-ils des profils qu’une recherche traditionnelle aurait ignorés ? Les personnes accompagnées comprennent-elles pourquoi telle offre ou telle candidature est mise en avant ?

La question de l’équité sera tout aussi importante. Dans le recrutement, un outil automatisé peut avoir des conséquences concrètes sur l’accès à un entretien et, à terme, à un emploi. Les entreprises doivent donc veiller à ne pas transformer les préférences ou les biais présents dans des données passées en critères qui excluraient silencieusement certains profils.

Enfin, l’essor de ces assistants rend la qualité du profil professionnel encore plus déterminante. Décrire clairement ses expériences, ses réalisations et ses compétences aide les outils à comprendre un parcours, mais sert d’abord à informer les humains qui liront une candidature. L’IA peut rendre la recherche plus fluide. Elle ne dispense ni les candidats de présenter fidèlement leur parcours, ni les recruteurs d’exercer leur responsabilité dans la décision finale.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le coach IA annoncé par LinkedIn en novembre 2023 ?

Il s’agit d’un outil conversationnel fondé sur l’intelligence artificielle, annoncé le 1er novembre 2023. LinkedIn veut l’utiliser pour guider les personnes en recherche d’emploi vers des postes plus cohérents avec leurs compétences, leurs atouts et leurs attentes. L’idée est de rendre la recherche moins dépendante des seuls mots-clés et intitulés de fonction.

Comment l’IA de LinkedIn peut-elle aider à trouver un emploi ?

L’IA peut aider à parcourir un volume très important d’offres et à relier les éléments d’un profil aux compétences demandées. LinkedIn indique que 140 offres d’emploi sont publiées chaque seconde. Le coach doit donc servir à affiner une recherche et à faire émerger des opportunités pertinentes, sans se substituer à la lecture attentive des annonces.

Pourquoi LinkedIn utilise-t-il l’IA pour les recruteurs ?

Les intitulés de poste évoluent et ne décrivent pas toujours précisément les compétences attendues. LinkedIn souhaite aider les employeurs à mieux définir leur besoin et à identifier les candidats susceptibles d’y répondre. L’outil doit estimer l’adéquation entre les compétences d’un profil et celles requises pour un poste, en complément de l’évaluation humaine.

Le coach IA de LinkedIn remplace-t-il les recruteurs ?

Non. L’outil annoncé a vocation à assister la recherche et le tri, pas à remplacer une décision d’embauche. Un recrutement implique des éléments que l’automatisation ne peut pas trancher seule, comme la compréhension des missions, les échanges avec l’équipe, les conditions proposées ou la cohérence globale d’un projet professionnel. La validation humaine reste nécessaire.

Quels sont les risques de l’IA dans la recherche d’emploi ?

Une recommandation automatique dépend de la qualité des données disponibles, du contenu du profil et de la manière dont une offre est rédigée. Elle peut être moins pertinente si ces informations sont incomplètes ou imprécises. Les candidats doivent contrôler les suggestions reçues et les recruteurs doivent surveiller les critères employés afin d’éviter des sélections injustifiées.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. LinkedIn News, actualités et annonces officielles de la plateformenews.linkedin.com
  2. Gizmodo, couverture de l’annonce du coach IA de LinkedIngizmodo.com
  3. OpenAI, annonce du partenariat étendu avec Microsoft en janvier 2023openai.com
  4. Microsoft, présentation de LinkedIn et de ses activitéswww.microsoft.com