Entreprises et marchés

LightOn prépare son entrée en Bourse pour financer son virage vers le SaaS

La start-up française LightOn veut lever environ 10 millions d’euros sur Euronext Growth. L’opération doit financer le déploiement commercial de Paradigm, sa plateforme d’IA générative vendue par abonnement, et soutenir une ambition élevée : 40 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2027.

Une équipe examine une plateforme d’IA générative dans un bureau, sur fond d’introduction en Bourse.
Illustration : Actu.ai

LightOn choisit une voie peu fréquente pour une jeune pousse française de l’intelligence artificielle : solliciter les marchés financiers plutôt que s’en remettre uniquement au capital-risque. La société, fondée en 2016, a déposé son dossier en vue d’une admission sur Euronext Growth. Elle cherche à lever environ 10 millions d’euros pour accélérer un changement déjà engagé, celui d’un modèle fondé sur des projets et solutions sur mesure vers des abonnements logiciels plus réguliers.

L’enjeu dépasse la seule opération financière. Dans un marché de l’IA générative dominé par des acteurs très largement financés, LightOn entend démontrer qu’une entreprise française peut construire une activité de logiciel pour les organisations, avec des revenus récurrents, une distribution internationale et une trajectoire de rentabilité. Son produit central dans cette stratégie s’appelle Paradigm.

Une entrée sur Euronext Growth pour changer d’échelle

Euronext Growth est un marché destiné aux petites et moyennes entreprises en croissance. Pour LightOn, une cotation représenterait une diversification des financements. Le secteur de l’IA s’est largement développé grâce aux levées de fonds privées, souvent réalisées auprès de fonds de capital-risque. Cette voie donne accès à des capitaux importants, mais elle implique aussi de dépendre de tours de table successifs et des conditions du marché privé.

L’introduction envisagée par LightOn poursuit un objectif très concret : réunir des fonds pour commercialiser plus largement Paradigm. Les ressources levées doivent servir en priorité à recruter dans les équipes commerciales et marketing, à développer de nouvelles fonctionnalités et à renforcer la puissance de calcul nécessaire aux usages d’IA générative.

Un engagement de 3 millions d’euros a déjà été obtenu de la part d’Axon Partners Group, soit environ 30 % de l’augmentation de capital visée. Cet élément ne garantit pas la réussite complète de l’opération, mais il apporte un premier repère aux investisseurs appelés à étudier le projet.

Du processeur optique à l’IA générative pour les entreprises

L’histoire de LightOn illustre la vitesse à laquelle le marché de l’IA a changé. À ses débuts, l’entreprise travaillait sur les processeurs optiques, une piste technologique visant à utiliser la lumière pour effectuer certains calculs. En 2018, elle avait levé 2,9 millions d’euros pour développer cette technologie.

Comme de nombreuses jeunes entreprises technologiques, LightOn a aussi bénéficié de subventions publiques. Celles-ci ont toutefois diminué nettement : de 644 000 euros en 2022 à 148 000 euros en 2023. Cette baisse aide à comprendre l’intérêt d’une nouvelle source de financement, mais aussi la nécessité de générer davantage de revenus commerciaux propres.

La société a, dans un premier temps, bâti son activité autour de Forge, une offre de solutions d’IA personnalisées. Le sur-mesure répond à des besoins précis des clients, notamment quand ils manipulent des données sensibles ou doivent intégrer l’IA à des outils existants. Mais ce type de mission mobilise des équipes pour chaque déploiement et rend les revenus moins faciles à prévoir d’une année à l’autre.

Avec Paradigm, LightOn veut privilégier une logique de plateforme. Le logiciel intègre des modèles de langage avancés et doit permettre aux entreprises de les adapter à leurs besoins. L’ambition est d’offrir un cadre d’usage de l’IA générative qui soit compatible avec les exigences des organisations, en particulier sur la personnalisation des outils et les processus métier.

Pourquoi le SaaS est au cœur de la stratégie de LightOn

Le terme SaaS, pour Software as a Service, désigne un logiciel fourni sous la forme d’un service, généralement accessible par abonnement. Au lieu de payer une prestation ponctuelle ou une licence installée une fois pour toutes, le client verse une somme régulière, souvent annuelle, pour utiliser la plateforme et ses mises à jour.

Pour une entreprise éditrice, le principal intérêt est la visibilité financière. Des licences annuelles permettent de calculer un revenu annuel récurrent, souvent appelé ARR, à partir des abonnements contractualisés. Cet indicateur ne correspond pas au chiffre d’affaires effectivement encaissé sur une période donnée, mais il renseigne sur la base de revenus que l’entreprise peut espérer conserver si les clients renouvellent leurs contrats.

Élément de l’activitéOffre Forge historiquePlateforme Paradigm
Nature de l’offreSolutions d’IA personnaliséesPlateforme d’IA générative pour entreprises
Mode de commercialisation recherchéProjets adaptés aux besoins des clientsLicences annuelles et abonnement logiciel
Enjeu économiqueRépondre à des cas d’usage spécifiquesAccroître la part de revenus récurrents
Priorité pour LightOnExpérience accumulée dans le sur-mesureMoteur du développement commercial futur

Le changement de modèle recherché par LightOn

Une activité orientée projets

  • Forge propose des solutions d’IA personnalisées pour des besoins précis.
  • Les revenus peuvent dépendre de missions et de déploiements ponctuels.
  • Chaque nouveau client peut demander un accompagnement technique important.
  • Le sur-mesure répond aux contraintes spécifiques des organisations.

Une activité orientée SaaS

  • Paradigm doit être commercialisée sous forme de licences annuelles.
  • Les abonnements visent à créer davantage de revenu annuel récurrent.
  • La plateforme doit pouvoir être déployée auprès d’un plus grand nombre de clients.
  • La croissance dépend des signatures, des renouvellements et de l’extension des usages.

Cette transition ne consiste donc pas seulement à renommer une offre. Elle modifie le rythme de vente, l’organisation des équipes et la manière dont l’entreprise est évaluée. Un modèle SaaS exige de convaincre des clients de souscrire, de renouveler leur abonnement et d’étendre progressivement leurs usages. Il demande aussi des investissements commerciaux avant que les revenus récurrents ne prennent une ampleur suffisante.

Des résultats contrastés et une ambition élevée pour 2027

Les chiffres disponibles montrent une période de transition. LightOn a réalisé 7,966 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023. Au 30 juin 2024, le chiffre d’affaires déclaré s’élevait à 614 000 euros. Comparer directement ces montants appelle de la prudence : le premier couvre une année entière, le second un semestre. La baisse reste néanmoins significative et reflète l’enjeu de transformation commerciale auquel l’entreprise est confrontée.

LightOn affichait également un EBITDA négatif de 2,378 millions d’euros. L’EBITDA est un indicateur qui mesure approximativement la performance de l’activité avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements. Un EBITDA négatif signifie ici que l’activité ne dégageait pas encore de résultat opérationnel positif selon cet indicateur.

La jeune pousse met en avant un signal plus encourageant pour son nouveau modèle : fin juillet 2024, quatre clients représentaient 0,9 million d’euros d’ARR. Cette base reste encore limitée, mais elle donne une première mesure de l’adoption de la plateforme par abonnement.

Les objectifs communiqués pour 2027 sont ambitieux : 40 millions d’euros de chiffre d’affaires, environ 35 millions d’euros d’ARR et 16 millions d’euros d’EBITDA. Il s’agit de prévisions et non de résultats acquis. Elles supposent une accélération très forte de la vente de licences, ainsi qu’une maîtrise des dépenses liées à l’expansion commerciale et technologique.

IndicateurDonnée communiquéeCe qu’elle indique
Chiffre d’affaires 20237,966 millions d’eurosNiveau d’activité sur l’ensemble de l’exercice 2023
Chiffre d’affaires au 30 juin 2024614 000 eurosActivité constatée sur les six premiers mois de 2024
ARR fin juillet 20240,9 million d’eurosRevenus annuels récurrents issus de quatre clients
EBITDA-2,378 millions d’eurosActivité encore déficitaire selon cet indicateur
Objectif de chiffre d’affaires 202740 millions d’eurosCible de croissance annoncée par l’entreprise
Objectif d’EBITDA 202716 millions d’eurosCible de rentabilité annoncée

Cinq secteurs où l’IA générative peut trouver sa place

LightOn concentre sa stratégie sur cinq secteurs : la banque-assurance, la santé, la défense, l’industrie et le secteur public. Ce choix répond à une logique claire. Ces domaines manipulent souvent des volumes importants de documents, appliquent des règles complexes et font face à des impératifs élevés de confidentialité, de traçabilité ou de souveraineté.

Dans une banque ou une assurance, un assistant fondé sur un modèle de langage peut, par exemple, aider à retrouver une information dans une documentation interne ou à synthétiser des dossiers. Dans l’industrie, l’IA générative peut assister la consultation de procédures techniques. Dans le secteur public, elle peut faciliter l’accès à des corpus administratifs. Ces usages restent toutefois encadrés par des exigences fortes : qualité des réponses, contrôle humain, protection des données et intégration dans les outils de travail.

La santé et la défense soulèvent des attentes encore plus élevées. LightOn vise ces marchés, mais l’adoption de l’IA y dépendra de la capacité des solutions à répondre aux contraintes propres à chaque organisation. C’est précisément la promesse des plateformes d’entreprise personnalisables, mais c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les cycles de vente peuvent être longs.

Des partenariats pour gagner en distribution et en présence internationale

Pour atteindre ces clients, LightOn ne mise pas uniquement sur ses propres équipes. L’entreprise a noué des partenariats avec Orange Business et Hewlett Packard Enterprise. Ces collaborations doivent contribuer à développer la commercialisation de ses solutions et à améliorer sa visibilité, notamment en Europe et au Moyen-Orient.

Le plan affiché prévoit au moins un représentant dans quatre pays européens et un bureau commercial au Moyen-Orient d’ici à la fin de 2025. Pour une entreprise de logiciels, cet ancrage local peut compter : les grands comptes, et plus encore les acteurs régulés, recherchent souvent des interlocuteurs proches et des intégrateurs capables de les accompagner dans le déploiement.

LightOn dispose par ailleurs d’une note ESG de 50 sur 100, attribuée par EthiFinance et supérieure à la moyenne de son secteur selon cette analyse. Les critères ESG regroupent des dimensions environnementales, sociales et de gouvernance. Cette notation constitue un indicateur parmi d’autres pour les investisseurs, non une garantie sur la performance future ou sur l’impact réel de l’entreprise.

Ce qu’il faut surveiller après l’opération envisagée

Le pari de LightOn se joue à plusieurs niveaux. D’abord, la réussite de la levée d’environ 10 millions d’euros conditionnera les moyens disponibles pour recruter et accélérer Paradigm. Ensuite, la conversion de prospects en abonnés, puis le renouvellement des contrats, diront si le modèle SaaS peut prendre l’ampleur attendue.

La société devra aussi faire ses preuves dans un environnement très concurrentiel. Certaines entreprises d’IA, à l’image de Mistral AI, ont attiré des financements considérables. LightOn fait un choix différent : rechercher une indépendance accrue par le financement public tout en ciblant des cas d’usage d’entreprise spécifiques.

Enfin, les investisseurs et futurs actionnaires examineront l’écart entre les chiffres actuels et les objectifs de 2027. Passer de quatre clients générant 0,9 million d’euros d’ARR à une cible d’environ 35 millions d’euros exigera une exécution commerciale rigoureuse, des partenariats efficaces et une technologie répondant aux contraintes des secteurs visés. L’entrée en Bourse annoncée n’est donc pas une ligne d’arrivée, mais le financement d’une phase de transformation décisive pour LightOn.

Questions fréquentes

Pourquoi LightOn veut-elle entrer en Bourse ?

LightOn prépare une introduction sur Euronext Growth afin de lever environ 10 millions d’euros. L’entreprise veut principalement financer le développement commercial de Paradigm, recruter dans les ventes et le marketing, enrichir sa plateforme et renforcer ses capacités de calcul. Elle diversifie ainsi ses financements au-delà du capital-risque traditionnel.

Qu’est-ce que Paradigm, la plateforme de LightOn ?

Paradigm est la nouvelle plateforme d’IA générative de LightOn destinée aux entreprises. Elle intègre des modèles de langage avancés que les organisations peuvent adapter à leurs besoins. Son lancement accompagne le passage recherché par LightOn vers la vente de licences annuelles, donc vers un modèle de logiciel en tant que service, ou SaaS.

Quels résultats financiers LightOn a-t-elle publiés avant son introduction envisagée ?

LightOn a déclaré 7,966 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023, puis 614 000 euros au 30 juin 2024. Son EBITDA était négatif de 2,378 millions d’euros. Fin juillet 2024, quatre clients généraient cependant 0,9 million d’euros de revenu annuel récurrent, un indicateur important pour son modèle SaaS.

Quels secteurs sont ciblés par LightOn ?

LightOn cible prioritairement la banque-assurance, la santé, la défense, l’industrie et le secteur public. Ces secteurs ont en commun de manipuler beaucoup de documents et de données, tout en imposant des exigences élevées de confidentialité, de fiabilité, de traçabilité et d’intégration avec les systèmes d’information existants.

Quels sont les objectifs de LightOn pour 2027 ?

La société vise 40 millions d’euros de chiffre d’affaires, environ 35 millions d’euros de revenu annuel récurrent et 16 millions d’euros d’EBITDA en 2027. Ces montants sont des objectifs communiqués par LightOn. Ils dépendront notamment de l’adoption de Paradigm, de la capacité à signer de nouveaux clients et de l’efficacité de son expansion internationale.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. LightOn, site officiel de l’entreprisewww.lighton.ai
  2. Euronext, informations sur les marchés et les sociétés cotéeswww.euronext.com/fr
  3. Autorité des marchés financiers, informations pour les investisseurswww.amf-france.org/fr
  4. EthiFinance, agence d’analyse ESGwww.ethifinance.com