Orange Business structure son offre d’IA générative pour les entreprises
Orange Business prépare une nouvelle offre d’IA générative destinée à faciliter le passage des expérimentations aux usages quotidiens en entreprise. Baptisée Live Intelligence Open, elle s’appuie sur des cas d’usage testés en interne, une interface simplifiée et un hébergement des données en Europe.

L’intelligence artificielle générative ne manque plus de démonstrations spectaculaires, mais son déploiement en entreprise pose une question beaucoup plus concrète : comment donner accès à ces outils sans multiplier les risques pour les données, les équipes et l’organisation du travail ? Orange Business entend répondre à ce défi avec une plateforme qui ne se limite pas à ouvrir une fenêtre de conversation avec un robot.
Annoncée le 28 novembre 2024, l’étape suivante de sa stratégie porte le nom de Live Intelligence Open. Orange Business veut proposer aux organisations une offre d’IA générative prête à l’emploi, associant plusieurs modèles, des usages déjà configurés et un cadre de protection des données. La plateforme est développée avec la start-up française LightOn et doit être livrée début 2025.
L’ambition n’est donc pas de créer un nouveau grand modèle de langage généraliste, mais de rendre les modèles existants réellement utilisables dans les métiers. Une nuance importante, à l’heure où de nombreuses entreprises cherchent à passer des essais isolés à des outils encadrés à l’échelle de leurs collaborateurs.
Orange Business ne veut pas créer son propre LLM
La stratégie revendiquée par Orange Business est celle de l’intégration. « Nous ne sommes pas un développeur de LLM, nous packageons les solutions existantes », explique Aliette Mousnier-Lompré, directrice générale d’Orange Business.
Un LLM, ou grand modèle de langage, est un système entraîné sur de très grands volumes de textes afin de générer, reformuler, résumer ou analyser du langage. Ces modèles peuvent aussi assister la programmation, traduire des contenus ou extraire des informations d’un ensemble de documents. Mais un modèle seul ne constitue pas nécessairement un outil opérationnel pour une entreprise : il faut choisir les cas d’usage, définir qui peut y accéder, connecter éventuellement les documents concernés et s’assurer que les informations sensibles restent sous contrôle.
C’est ce travail d’assemblage que vise Live Intelligence Open. Après le lancement, en mars 2024, d’une première offre en mode SaaS, c’est-à-dire accessible comme un service en ligne, Orange Business élargit son approche avec une proposition présentée comme plus complète. Les utilisateurs doivent pouvoir interroger un assistant pour des tâches telles que l’aide au codage ou la traduction, sans avoir à maîtriser les détails techniques de chaque modèle.
L’enjeu est de réduire la distance entre une technologie puissante et la réalité d’un service juridique, commercial, informatique ou administratif. Dans ces environnements, la valeur ne provient pas seulement de la qualité d’une réponse générée. Elle dépend aussi du temps nécessaire pour formuler la demande, vérifier le résultat et l’intégrer à une procédure de travail existante.
Des usages préparés à partir de 50 000 employés
Pour construire son offre, Orange Business s’appuie sur une expérimentation interne de grande ampleur. Son outil maison, baptisé Dinootoo, a été testé auprès de 50 000 employés. Il s’appuie sur plusieurs LLM, dont GPT-4 et DALL-E d’OpenAI.
Cette phase de test a servi à observer les demandes les plus fréquentes et à élaborer une bibliothèque de cas d’usage. Plutôt que de demander à chaque salarié d’écrire une instruction complexe, la plateforme prévoit des actions préconfigurées, parfois décrites comme des « recettes de cuisine ». L’idée est simple : partir d’un besoin professionnel identifiable et guider l’utilisateur vers une demande exploitable par l’assistant.
| Besoin professionnel | Action préconfigurée envisagée | Apport recherché |
|---|---|---|
| Lire un document volumineux | Analyse et synthèse de document | Repérer plus vite les points essentiels |
| Suivre une réunion | Rédaction d’un compte rendu | Produire une première version structurée |
| Traiter des échanges professionnels | Extraction d’informations dans une chaîne d’e-mails | Retrouver les éléments utiles dans un historique dense |
| Développer un logiciel | Aide au codage | Soutenir certaines tâches de programmation |
| Travailler avec plusieurs langues | Traduction | Faciliter la compréhension et la reformulation de contenus |
Ces exemples illustrent une évolution importante des outils d’IA générative en entreprise. Le point d’entrée n’est plus nécessairement le chatbot généraliste, auquel il faut tout demander à partir d’une page blanche. Il peut devenir un bouton ou un parcours dédié à une tâche précise, avec des paramètres prévus à l’avance.
Cette approche ne supprime pas le besoin de contrôle humain. Une synthèse peut omettre une nuance importante, une traduction nécessiter une relecture ou une proposition de code contenir une erreur. En revanche, elle peut réduire le temps consacré à la préparation d’un premier jet, à la recherche d’informations dans des documents ou à des tâches de reformulation répétitives.
Pourquoi la simplicité d’usage est décisive
Les grands modèles de langage répondent à des consignes formulées en langage naturel. En théorie, cette interface paraît simple. En pratique, la qualité du résultat dépend beaucoup du contexte donné, de la précision de la demande et de la capacité de l’utilisateur à évaluer ce que l’outil propose.
Orange Business fait donc de l’ergonomie un axe central de Live Intelligence Open. Les « recettes » préconfigurées doivent alléger la charge associée à la rédaction des requêtes et contribuer à homogénéiser les usages. Pour une organisation, cela peut aussi faciliter l’accompagnement des salariés : il est plus simple de présenter des fonctions liées à des situations de travail connues que de former chacun au fonctionnement général d’un modèle de langage.
Le retour d’expérience de Dinootoo nourrit également une promesse de productivité. Selon une enquête menée en interne, 80 % des utilisateurs déclarent gagner au moins deux heures par semaine grâce à l’IA générative. Ce chiffre reflète une perception des utilisateurs du groupe Orange, et non une mesure universelle applicable à tous les secteurs ou à tous les métiers. Il donne néanmoins une indication sur les tâches pour lesquelles les assistants semblent déjà apporter un bénéfice tangible.
Le gain de temps ne signifie pas forcément une suppression du travail. Dans une entreprise, le temps économisé peut être réinvesti dans la vérification des résultats, l’échange avec les clients, l’analyse ou la prise de décision. La qualité de l’adoption dépendra donc autant de l’organisation du travail que de l’outil lui-même.
Assistant généraliste ou plateforme métier : deux approches de l’IA générative
Outil généraliste non encadré
- L’utilisateur part souvent d’une page blanche pour rédiger sa demande.
- Les pratiques peuvent varier fortement d’un collaborateur à l’autre.
- Le partage de données internes peut échapper aux règles de l’organisation.
- Les résultats nécessitent une évaluation et une intégration laissées à l’utilisateur.
Live Intelligence Open selon Orange Business
- Des cas d’usage préconfigurés issus de tests menés avec 50 000 employés.
- Une bibliothèque d’actions pour l’analyse, la rédaction, l’extraction ou la traduction.
- Des données annoncées comme hébergées et gérées en Europe.
- Une offre conçue pour encadrer l’adoption de l’IA générative en entreprise.
Sécurité des données : répondre au risque de Shadow AI
L’un des arguments majeurs d’Orange Business concerne la sécurité. L’offre Live Intelligence se présente comme une réponse au phénomène de Shadow AI. Cette expression désigne l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle par des salariés sans validation ni cadre formel de leur organisation.
Ce phénomène peut naître très simplement : un collaborateur veut résumer un contrat, améliorer un texte ou résoudre un problème de code rapidement. S’il copie alors un contenu confidentiel dans un service public non approuvé, l’entreprise perd la maîtrise de données qui peuvent relever de sa propriété intellectuelle, de ses relations clients ou de son activité stratégique.
Orange Business assure que les fichiers et les données de ses clients seront sécurisés afin de prévenir les fuites d’informations sensibles. L’entreprise indique que les données seront hébergées et gérées en Europe. Cet ancrage répond à une préoccupation récurrente des organisations européennes : savoir où circulent les données, qui les traite et dans quel cadre elles sont administrées.
Il ne suffit toutefois pas de choisir une plateforme hébergée en Europe pour traiter tous les risques. Chaque entreprise doit aussi définir les documents pouvant être soumis à l’IA, les profils autorisés, les règles de validation des réponses et les procédures à suivre en cas d’erreur. L’offre vise précisément à fournir un environnement plus contrôlé qu’une juxtaposition d’outils publics utilisés individuellement.
Une plateforme conçue pour industrialiser les usages
Pour Orange Business, le positionnement est clair : fournir une couche opérationnelle entre les modèles d’IA et les besoins des entreprises. Cette couche doit réunir des assistants, des modèles, une bibliothèque de scénarios et un cadre de gestion des données. L’objectif est de permettre aux organisations de se concentrer sur leurs métiers plutôt que sur l’assemblage technique de chaque brique.
Cette logique est particulièrement importante pour les entreprises qui souhaitent proposer des usages à grande échelle. Un test mené par une petite équipe peut fonctionner avec des échanges informels et des procédures légères. Un déploiement auprès de centaines ou de milliers de personnes exige au contraire des interfaces compréhensibles, des cas d’usage cohérents, une administration des accès et des repères communs pour les utilisateurs.
La bibliothèque issue du test Dinootoo constitue, dans cette perspective, un élément différenciant. Elle traduit les retours d’employés en fonctions immédiatement activables. Orange Business ne promet donc pas seulement l’accès à une technologie, mais une manière de la présenter et de l’utiliser dans un cadre de travail.
Orange s’intéresse aux langues africaines et aux interactions vocales
L’annonce ne se limite pas au marché européen. Orange Business est déjà implantée dans 17 territoires africains et travaille, avec OpenAI et Meta, à l’adaptation de plusieurs modèles aux langues africaines. Les travaux concernent notamment Whisper, un modèle destiné à la reconnaissance vocale, et Llama 3.1, un modèle de langage proposé par Meta.
Les langues citées sont le wolof et le pulaar. Leur intégration pourrait élargir l’accès aux services d’IA dans des contextes linguistiques moins bien représentés par les modèles généralistes. Pour des usages de relation client ou d’assistance vocale, la prise en compte des langues réellement parlées par les utilisateurs représente un enjeu concret de qualité et d’accessibilité.
Orange a par ailleurs signé un accord avec OpenAI afin d’accéder directement aux modèles de cette start-up. Le partenariat doit faciliter les avancées autour des interactions vocales fondées sur l’IA avec les clients d’Orange. Les assistants vocaux sont un terrain particulièrement exigeant : ils doivent comprendre une demande formulée oralement, produire une réponse adaptée et s’insérer dans un échange qui doit rester fluide pour l’utilisateur.
Ce qu’il faut surveiller avant le déploiement de 2025
La livraison de Live Intelligence Open est annoncée pour début 2025. D’ici là, plusieurs questions détermineront la portée réelle de l’offre. La première concerne la variété des modèles accessibles et la façon dont ils seront mobilisés selon les tâches. Un outil de génération de texte, un modèle de reconnaissance vocale et un système de génération d’images ne répondent pas aux mêmes besoins ni aux mêmes exigences de vérification.
La deuxième porte sur les usages effectivement retenus par les clients. Les fonctions annoncées, de l’analyse documentaire au compte rendu de réunion, sont proches de tâches quotidiennes et peuvent donc favoriser une adoption rapide. Mais leur efficacité dépendra de la qualité des documents traités, du contexte fourni et du niveau de contrôle conservé par les équipes.
Enfin, le sujet de la confiance restera central. L’hébergement et la gestion des données en Europe constituent une réponse annoncée par Orange Business à la préoccupation des entreprises. La réussite de cette stratégie se jouera aussi dans la clarté des règles d’utilisation, la formation des salariés et la capacité à démontrer que l’IA générative peut accélérer le travail sans mettre en danger les informations qui font la valeur d’une organisation.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Live Intelligence Open d’Orange Business ?
Live Intelligence Open est une offre d’intelligence artificielle générative destinée aux entreprises, développée par Orange Business avec LightOn. Elle doit donner accès à des assistants et à des cas d’usage prêts à l’emploi, par exemple pour analyser des documents, rédiger des comptes rendus, traduire ou aider au codage. Sa livraison est annoncée pour début 2025.
Orange Business développe-t-il son propre modèle de langage ?
Non. Aliette Mousnier-Lompré, directrice générale d’Orange Business, explique que l’entreprise ne développe pas de LLM, les grands modèles de langage. Sa stratégie consiste à intégrer et à organiser des solutions existantes dans une offre adaptée aux entreprises, avec des usages préconfigurés et un cadre annoncé comme sécurisé.
Qu’est-ce que la Shadow AI en entreprise ?
La Shadow AI désigne l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle sans validation ou supervision de l’entreprise. Un salarié peut, par exemple, copier un document interne dans un service public pour le résumer. Cela peut exposer des informations confidentielles. Orange Business présente Live Intelligence comme une réponse à ce risque grâce à un environnement encadré.
Quels gains de temps l’IA générative a-t-elle apportés chez Orange ?
D’après une enquête interne menée après les tests de l’outil Dinootoo, 80 % des utilisateurs déclarent gagner au moins deux heures par semaine avec l’IA générative. Ce résultat porte sur les utilisateurs interrogés au sein d’Orange et constitue un retour d’expérience interne. Il ne garantit pas le même gain pour tous les métiers ou toutes les entreprises.
Pourquoi Orange adapte-t-il des modèles aux langues africaines ?
Orange Business est implantée dans 17 territoires africains et travaille avec OpenAI et Meta à l’adaptation de modèles comme Whisper et Llama 3.1. L’objectif est d’intégrer notamment le wolof et le pulaar. Cette démarche peut améliorer les services reposant sur la langue et la voix pour des utilisateurs dont les langues sont peu couvertes par les modèles généralistes.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Orange Business, site officielwww.orange-business.com
- Orange, site officiel du groupewww.orange.com
- LightOn, site officielwww.lighton.ai
- OpenAI, site officielopenai.com
- Meta AI, site officielai.meta.com



