Entreprises et marchés

LightOn veut lever jusqu’à 13 millions d’euros pour accélérer dans l’IA d’entreprise

La start-up française LightOn annonce son projet d’introduction sur Euronext Growth Paris. Elle vise une levée comprise entre 10 et 13 millions d’euros pour renforcer sa présence dans l’IA générative destinée aux grandes organisations, où les données internes et sensibles constituent un enjeu central.

Des équipes consultent une IA générative reliée à des documents techniques et à des données d’entreprise.
Illustration : Actu.ai

Le marché de l’intelligence artificielle générative attire des capitaux considérables, mais les voies choisies par les entreprises du secteur diffèrent fortement. Le 8 novembre 2024, la start-up française LightOn a annoncé son intention de s’introduire en Bourse sur Euronext Growth Paris. Son objectif est de lever entre 10 et 13 millions d’euros pour accompagner son développement auprès des entreprises, un segment où l’IA ne se limite pas à rédiger des textes, mais peut transformer l’accès à l’information et des processus de travail entiers.

Cette opération intervient dans un contexte de forte effervescence autour de l’IA générative depuis la popularisation de ChatGPT à la fin de l’année 2022. Alors que certains acteurs cherchent à bâtir des assistants accessibles au grand public, LightOn entend s’installer sur un autre terrain : celui des organisations qui souhaitent exploiter cette technologie avec leurs propres documents, leurs données et leurs contraintes de confidentialité.

LightOn prépare son arrivée sur Euronext Growth Paris

L’introduction envisagée par LightOn doit se dérouler sur Euronext Growth Paris, un marché boursier destiné aux petites et moyennes entreprises en croissance. Selon les éléments communiqués par la société, l’opération vise une levée comprise entre 10 et 13 millions d’euros. À l’issue de celle-ci, les actions nouvelles représenteraient entre 17 % et 21 % du capital final.

Les fondateurs de LightOn détenaient alors 60 % de l’entreprise. Ce niveau de détention illustre un point essentiel dans une introduction en Bourse : l’opération permet à une société de financer ses ambitions en ouvrant son capital à de nouveaux investisseurs, sans que ses créateurs en abandonnent nécessairement le contrôle.

La clôture du processus est prévue pour le 20 novembre 2024. Le projet constitue un jalon notable pour une jeune entreprise française de l’IA, dans un secteur où les besoins de financement sont importants, notamment pour recruter, développer des produits et conquérir de nouveaux clients.

RepèreInformation annoncée par LightOn
Date de l’annonce du projet8 novembre 2024
Marché viséEuronext Growth Paris
Montant recherchéEntre 10 et 13 millions d’euros
Part du capital final concernéeEntre 17 % et 21 %
Part détenue par les fondateurs avant l’opération60 %
Clôture prévue20 novembre 2024
Effectif visé en 202790 personnes, contre 40 à cette date

Pourquoi l’IA générative intéresse les entreprises

L’IA générative désigne des systèmes capables de produire ou de traiter des contenus à partir d’instructions humaines : texte, images, résumés, réponses à des questions, ou encore extraction d’informations dans de grands volumes de documents. Les modèles de langage, qui alimentent les assistants conversationnels, sont l’exemple le plus connu de cette famille technologique.

Dans une grande entreprise, l’intérêt ne consiste pas uniquement à disposer d’un outil qui rédige un courriel. L’enjeu est souvent de rendre exploitable une masse d’informations accumulées au fil des années : procédures, documentations techniques, contrats, rapports, bases de connaissances ou échanges internes. Ces données peuvent être hétérogènes, volumineuses et difficiles à retrouver avec les outils de recherche traditionnels.

C’est ce créneau que LightOn veut occuper. L’entreprise développe une plateforme permettant aux organisations d’utiliser des modèles d’IA adaptés à leurs besoins et intégrant leurs données internes. Son approche prend une importance particulière dans les secteurs où les documents contiennent des informations confidentielles, industrielles ou stratégiques, que leurs détenteurs veulent conserver sous contrôle.

Pour ces clients, le choix d’une solution d’IA soulève plusieurs questions concrètes : où les données sont-elles traitées ? Qui peut y accéder ? Comment les réponses générées peuvent-elles être vérifiées ? Et comment relier les outils d’IA aux systèmes documentaires déjà utilisés ? La valeur d’une plateforme destinée aux entreprises dépend donc autant de son intégration dans les pratiques de travail que de la performance apparente d’un assistant conversationnel.

LightOn mise sur la transformation des processus métier

LightOn ne cherche pas à concurrencer directement les services d’IA grand public. La société veut plutôt accompagner la transformation de processus métier internes. Son cofondateur, Laurent Daudet, résume cette ambition ainsi : « L’IA générative est une lame de fond qui va changer la plupart des processus métier dans les entreprises. »

Cette formule traduit une vision large de l’adoption de l’IA. Dans une organisation, les tâches liées à la lecture, au classement, à la synthèse et à la recherche de documents peuvent mobiliser beaucoup de temps. Une IA générative bien reliée à une base documentaire pourrait aider les salariés à retrouver une information technique, comparer plusieurs versions d’un document ou obtenir une première synthèse.

Il ne s’agit toutefois pas de supprimer le besoin d’expertise humaine. Les réponses produites par un système génératif doivent être contrôlées, surtout lorsqu’elles servent à guider une décision, une opération industrielle ou un travail réglementé. L’intérêt de tels outils réside notamment dans leur capacité à assister les équipes dans des tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée, tout en laissant la validation aux professionnels concernés.

Des données internes au cœur de l’offre

La spécificité mise en avant par LightOn est l’exploitation de données propres à chaque entreprise. Un modèle d’IA généraliste possède des connaissances issues de son entraînement, mais il ne connaît pas spontanément les règles, les produits, les procédures et les archives d’une organisation donnée. Pour devenir réellement utile en entreprise, il doit pouvoir travailler avec ce contexte spécifique.

Cette approche est particulièrement pertinente pour les grandes structures qui disposent de vastes ensembles de documents non structurés. Par « non structurées », on entend des informations qui ne sont pas rangées dans des champs standardisés d’une base de données : fichiers texte, PDF, comptes rendus, manuels, présentations ou documentation technique. Elles sont riches, mais complexes à interroger efficacement.

Deux approches de l’IA générative

Assistant grand public

  • Vise un usage immédiat par le plus grand nombre.
  • Répond à des demandes générales à partir d’une interface conversationnelle.
  • N’intègre pas spontanément les procédures et documents internes d’une organisation.
  • Peut servir à rédiger, résumer ou explorer des sujets du quotidien.

Plateforme d’entreprise comme LightOn

  • Cible les processus internes des organisations.
  • S’appuie sur des modèles adaptés aux besoins du client.
  • Peut intégrer des données et documents internes.
  • Répond aux enjeux de contrôle de données sensibles et non structurées.

La région Île-de-France et Safran parmi les références citées

Pour illustrer l’usage de sa plateforme, LightOn cite des collaborations avec la région Île-de-France et avec Safran, groupe de l’aéronautique. Ces références montrent que les solutions d’IA générative intéressent aussi bien les acteurs publics que les grands groupes industriels.

Dans le cas d’organisations traitant une documentation technique abondante, la promesse est claire : accélérer l’accès aux informations utiles et fluidifier certaines opérations internes. Dans l’aéronautique, par exemple, les documents peuvent être très nombreux, spécialisés et soumis à de fortes exigences de traçabilité. Une capacité de recherche et de synthèse assistée par l’IA peut donc répondre à un besoin opérationnel concret, à condition de respecter les contraintes propres à ces environnements.

L’adoption par de grands comptes est également stratégique pour une jeune entreprise comme LightOn. Les cycles de vente y sont souvent longs, car les clients doivent évaluer la sécurité, l’intégration technique, la pertinence métier et le retour sur investissement d’un nouvel outil. En contrepartie, une fois déployée, une solution peut s’inscrire dans des usages durables et être étendue à plusieurs équipes.

À quoi doivent servir les fonds levés ?

La levée envisagée doit principalement permettre de renforcer la force commerciale de LightOn. Pour une entreprise de logiciels d’IA destinée aux grands comptes, ce choix est déterminant. La technologie seule ne suffit pas : il faut identifier les cas d’usage, comprendre les contraintes propres à chaque client, accompagner le déploiement et démontrer les bénéfices obtenus.

La société prévoit de faire passer ses effectifs de 40 à 90 employés d’ici à 2027. Cette croissance traduit une ambition de changement d’échelle. Recruter ne signifie pas seulement agrandir les équipes techniques. Le développement d’une activité auprès des entreprises exige aussi des profils commerciaux, des spécialistes de l’accompagnement client et des personnes capables de relier les besoins métiers à des solutions technologiques.

LightOn souhaite par ailleurs poursuivre son développement international. L’entreprise a les yeux sur quatre pays européens, avec des perspectives évoquées vers le Moyen-Orient et l’Asie du Sud. Une telle expansion suppose de trouver les bons partenaires, de s’adapter à des marchés aux attentes différentes et de composer avec les règles locales applicables aux données et aux technologies numériques.

Une opération scrutée par l’écosystème français de l’IA

Le projet de LightOn intervient alors que l’IA générative est devenue l’un des domaines les plus disputés de la technologie. Des entreprises comme Mistral ont récemment levé des montants très importants, ce qui témoigne de l’intensité de la compétition et de l’attention des investisseurs pour ce marché.

Mais le paysage français de l’IA ne se résume pas à la course aux modèles les plus vastes ou aux assistants les plus visibles. Il comprend aussi des entreprises qui construisent des outils spécialisés pour répondre aux besoins des organisations. Le positionnement de LightOn relève de cette seconde logique : faire de l’IA générative une brique de transformation opérationnelle, directement reliée aux connaissances et aux processus de ses clients.

L’introduction sur Euronext Growth Paris pourrait, si elle est menée à son terme dans les conditions annoncées, offrir à la société des moyens supplémentaires pour exécuter cette stratégie. Elle donnerait aussi un signal au marché français : une start-up de l’IA peut envisager la Bourse comme une étape de financement et de visibilité, plutôt que de dépendre exclusivement des levées de fonds privées.

Ce qu’il faut surveiller après le 20 novembre

Le premier élément à suivre sera naturellement l’issue de l’opération, dont la clôture est annoncée pour le 20 novembre 2024. Le montant effectivement réuni déterminera les moyens disponibles pour accélérer les recrutements et l’effort commercial.

Il faudra ensuite observer la capacité de LightOn à transformer les projets d’expérimentation en déploiements réels à grande échelle. L’IA générative suscite un fort intérêt dans les directions générales, mais l’adoption durable dépend de critères très concrets : qualité des réponses, sécurité des données, intégration aux outils existants, formation des équipes et preuve d’un gain opérationnel.

Enfin, la concurrence restera un facteur clé. Les grands acteurs mondiaux de la technologie, les fournisseurs de cloud et les start-up spécialisées se disputent le même marché des solutions d’IA pour les entreprises. Pour LightOn, le défi sera de faire valoir son positionnement, centré sur les données internes et les processus métier, tout en poursuivant son expansion en Europe puis au-delà.

Questions fréquentes

Quand LightOn prévoit-elle de s’introduire en Bourse ?

LightOn a annoncé le 8 novembre 2024 son intention de s’introduire sur Euronext Growth Paris. La clôture du processus est alors prévue pour le 20 novembre 2024. Il s’agit d’un projet d’introduction destiné à financer le développement de l’entreprise dans l’IA générative pour les organisations.

Combien LightOn veut-elle lever avec son introduction en Bourse ?

La société vise une levée comprise entre 10 et 13 millions d’euros. Les actions nouvelles représenteraient entre 17 % et 21 % de son capital final. Avant l’opération envisagée, les fondateurs détenaient 60 % de LightOn.

Que fait exactement la start-up française LightOn ?

LightOn développe une plateforme d’IA générative pour les entreprises. Elle leur permet d’utiliser des modèles adaptés à leurs besoins en s’appuyant sur leurs documents et données internes. Son positionnement vise en particulier les grandes organisations confrontées à des informations nombreuses, non structurées et sensibles.

Quels clients utilisent les solutions de LightOn ?

LightOn cite notamment la région Île-de-France et Safran parmi ses collaborations. Ces références illustrent l’intérêt d’acteurs publics et industriels pour des outils capables d’améliorer l’accès à des documentations internes, notamment lorsqu’elles sont techniques et volumineuses.

À quoi serviront les fonds levés par LightOn ?

Les fonds recherchés doivent principalement renforcer la force commerciale de l’entreprise. LightOn prévoit également de développer ses activités à l’international, en ciblant quatre pays européens avant d’envisager le Moyen-Orient et l’Asie du Sud. Elle vise 90 salariés en 2027, contre 40 à cette date.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Le Monde, rubrique Économiewww.lemonde.fr/economie
  2. Le Monde, rubrique Intelligence artificiellewww.lemonde.fr/intelligence-artificielle
  3. LightOn, site officielwww.lighton.ai