Culture et médias

Packs de démarrage IA : pourquoi la tendance divise artistes et internautes

Figurines sous blister, objets fétiches et portrait stylisé : les starter packs fabriqués avec l’IA se multiplient sur les réseaux sociaux. Derrière ce jeu d’autoportrait se joue aussi un débat sur l’uniformisation visuelle, la place des illustrateurs et le coût énergétique des usages génératifs.

Figurines virtuelles sous emballage avec accessoires, illustrant la tendance des packs de démarrage IA.
Illustration : Actu.ai

Au début d’avril 2025, difficile de parcourir X, Instagram ou TikTok sans croiser ces images : une figurine à l’effigie d’une personne, rangée dans une boîte transparente fictive et entourée d’objets censés résumer son univers. Lunettes, vêtements, livres, accessoires de travail, instruments de musique ou animal de compagnie composent ces « packs de démarrage », devenus l’une des formes les plus visibles de l’autoportrait généré par intelligence artificielle.

Le succès du format tient à sa simplicité. En quelques mots, chacun peut demander une version miniature et emballée de lui-même, d’un proche ou d’un personnage imaginaire. Mais l’apparente légèreté du jeu ne fait pas l’unanimité. Artistes et illustrateurs dénoncent des images très semblables les unes aux autres, des stéréotypes qui se répètent, et une nouvelle démonstration de la facilité avec laquelle l’IA générative peut produire du contenu visuel à la chaîne.

Du mème à la figurine virtuelle : comment fonctionne le starter pack

Le « starter pack » n’est pas né avec l’IA. Sur internet, l’expression désigne depuis longtemps un assemblage d’images qui condense une identité, une habitude ou un cliché : quelques objets suffisent à évoquer une profession, un loisir, une ville ou un type de personnalité. C’est un format de mème : son humour vient souvent de la reconnaissance immédiate des codes et de l’exagération.

La vague qui circule en avril 2025 en reprend le principe, mais lui donne l’apparence d’un produit de collection. L’utilisateur ne juxtapose plus seulement des photographies ou des éléments découpés. Il sollicite un outil d’IA générative pour obtenir une image unique : un personnage en trois dimensions, posé dans une boîte, avec des accessoires séparés dans des compartiments. Le résultat imite les codes de la figurine vendue en magasin, sans être un objet physique.

Les demandes peuvent évoquer un physique, des centres d’intérêt, une activité professionnelle ou des habitudes de vie. Les animaux de compagnie font aussi partie des éléments fréquemment ajoutés. Le procédé donne l’impression d’une personnalisation très poussée, car l’image rassemble des signes que la personne reconnaît comme siens.

Élément du formatStarter pack sous forme de mèmePack généré par IA qui circule en avril 2025
PrincipeRésumer une identité avec des objets et référencesRésumer une identité avec une figurine et des accessoires
CompositionImages sélectionnées puis assembléesImage synthétisée à partir d’une consigne
Rendu visuelCollage, détournement ou montageFigurine 3D stylisée dans un emballage fictif
Effet recherchéReconnaissance et caricatureAutoportrait ludique, partageable et immédiatement identifiable

La différence est importante : l’IA ne change pas seulement la vitesse de production, elle modifie aussi la grammaire visuelle du mème. Là où le collage mettait en avant le choix d’images existantes, la figurine synthétique donne un rendu plus homogène et plus spectaculaire. C’est précisément ce rendu, très lisse et très reconnaissable, qui favorise sa diffusion sur les plateformes.

Pourquoi ChatGPT et les générateurs d’images facilitent-ils cette tendance ?

Des outils comme ChatGPT ou Kapwing permettent de formuler une demande en langage courant et d’obtenir une image en réponse. L’utilisateur décrit généralement un personnage, précise l’apparence souhaitée de la boîte et énumère les objets à faire figurer. L’outil interprète ensuite cette consigne pour synthétiser une composition visuelle.

Cette accessibilité explique une part de l’engouement. Produire une illustration de figurine avec un logiciel de graphisme traditionnel implique de maîtriser le dessin, la retouche, la mise en page, les volumes et les ombres. Avec un générateur, une seule consigne peut suffire à amorcer le résultat. Il reste possible de recommencer, d’ajouter un accessoire ou de modifier la description du personnage, ce qui rend l’exercice particulièrement adapté aux codes rapides des réseaux sociaux.

L’IA générative ne récupère pas simplement une boîte de jouet dans une banque d’images pour la coller à côté d’un portrait. Elle produit une nouvelle image en s’appuyant sur les régularités visuelles qu’elle a apprises. Cette capacité à combiner rapidement des éléments est aussi sa limite : elle tend naturellement vers les représentations les plus probables, les plus conventionnelles et les plus faciles à identifier.

Ainsi, un créateur peut formuler une demande très précise sans être assuré d’obtenir une image singulière. Les consignes, les interfaces et les références communes conduisent fréquemment à des résultats proches : même cadrage frontal, mêmes compartiments, même plastique brillant fictif, même posture de figurine et même sélection d’objets symboliques.

Starter pack généré par IA ou illustré : deux approches du même format

Image générée par IA

  • Peut être obtenue rapidement à partir d’une consigne textuelle.
  • Adopte fréquemment le rendu d’une figurine 3D sous emballage fictif.
  • Facilite les essais et les variations d’accessoires.
  • Risque de reproduire des poses, symboles et stéréotypes récurrents.

Création illustrée par un artiste

  • Repose sur des choix de dessin, de composition et d’interprétation assumés.
  • Peut détourner plus librement les codes du pack de démarrage.
  • Met en avant un style et un regard propres à son auteur.
  • Demande du temps, des compétences et une rémunération du travail créatif.

L’humour du format peut vite devenir un catalogue de clichés

Dans sa version la plus réussie, le starter pack fonctionne parce qu’il assume la simplification. Il joue avec les raccourcis, les manies et les objets qui reviennent dans la vie d’une personne ou d’un groupe. Mais cette mécanique peut aussi basculer vers une représentation paresseuse. Lorsque les signes choisis sont trop attendus, la plaisanterie n’apprend rien sur son sujet et se contente de répéter un cliché.

Les critiques portent notamment sur l’uniformité des images générées. Des internautes qualifient certains rendus de « flippants », non pas parce qu’ils montrent nécessairement quelque chose de choquant, mais parce que leur perfection lisse et leur ressemblance mutuelle peuvent produire une impression artificielle. Les visages, les silhouettes et les accessoires semblent parfois suivre une même recette visuelle.

Les représentations stéréotypées sont également au cœur du débat. Le texte de commande peut mentionner une profession, une pratique sportive ou une culture, mais l’outil peut choisir les attributs les plus évidents associés à cette catégorie. Un sportif, par exemple, risque d’apparaître les muscles exposés, accompagné d’équipements sportifs, même si ces éléments ne sont pas les plus pertinents pour décrire la personne représentée.

Ce phénomène rappelle une particularité du starter pack : il met en scène des symboles, non une personnalité dans toute sa complexité. L’IA accentue ce mécanisme quand elle privilégie les signes les plus immédiatement lisibles. Les images peuvent alors faire sourire parce qu’elles sont reconnaissables, tout en laissant de côté ce qui fait l’originalité d’un individu.

Des illustrateurs opposent le dessin à la production automatisée

Pour de nombreux artistes, illustrateurs et créatifs, la tendance ne se résume pas à un divertissement passager. Ils y voient une image concrète de la concurrence exercée par les générateurs visuels : une demande qui aurait pu être confiée à un professionnel est désormais satisfaite, en quelques instants, par un outil automatisé.

L’enjeu n’est pas uniquement économique. Une illustration réalisée à la main ou avec des outils numériques traditionnels repose sur des choix : cadrage, déformation, palette, références, niveau de détail et intention humoristique. Pour les défenseurs de l’artisanat artistique, c’est cette succession de décisions qui donne à une image son point de vue et son caractère propre.

En réponse, des artistes publient leurs propres starter packs et utilisent le mot-dièse #starterpacknoAI. Le principe est simple : reprendre les codes de la tendance, mais les réinterpréter par le dessin et une composition pensée par un humain. Ces publications cherchent à rappeler que le format peut être drôle, personnel et visuellement distinctif sans recourir à une génération automatique.

Il serait excessif d’opposer systématiquement innovation technique et créativité humaine. Les outils peuvent servir à expérimenter, à préparer des idées ou à produire des images ludiques. En revanche, la mobilisation des illustrateurs pose une question très concrète aux internautes : lorsqu’une image est commandée, partagée et valorisée, quelle place souhaite-t-on donner au travail, au style et au regard de la personne qui l’a conçue ?

Quel impact environnemental pour une image générée par IA ?

L’engouement pour les starter packs soulève aussi une question moins visible : celle de l’énergie mobilisée par les systèmes d’IA. Chaque requête doit être traitée sur des serveurs, dans des centres de données qui consomment de l’électricité. Générer une image implique des calculs supplémentaires par rapport à une simple publication de texte ou de photo déjà disponible.

Amélie Cordier, spécialiste de l’IA, alerte sur cet enjeu en avançant qu’une demande à ChatGPT consomme autant d’énergie que de laisser une lumière allumée toute une journée. Cette comparaison met en évidence la matérialité d’un usage souvent perçu comme immatériel : derrière une image publiée sur un fil social se trouvent des infrastructures informatiques et énergétiques.

Il faut toutefois la lire avec prudence. Il n’existe pas une consommation identique pour toutes les requêtes adressées à ChatGPT ou à un autre service. L’impact dépend notamment du modèle utilisé, de la nature de la demande, du nombre d’images générées ou régénérées, de l’infrastructure informatique et de l’origine de l’électricité qui l’alimente. Une estimation générale ne permet donc pas de mesurer précisément l’empreinte de chaque starter pack.

La tendance rend néanmoins le sujet tangible. Une utilisation isolée peut sembler anodine. Mais un format viral encourage les essais, les variantes et les republications, donc la multiplication des générations. Se demander si une image doit être produite plusieurs fois avant d’être publiée n’interdit pas de s’en servir. C’est une façon de replacer le geste créatif dans son coût matériel.

Ce qu’il faut surveiller après la vague des starter packs

Le succès des packs de démarrage illustre la rapidité avec laquelle un nouveau rendu d’IA peut devenir un langage commun sur les réseaux sociaux. Un format immédiatement reconnaissable, facile à reproduire et fortement personnalisable possède tous les ingrédients d’une tendance virale. Mais cette diffusion fulgurante expose aussi ses faiblesses : lassitude face à la répétition, humour appauvri par les automatismes et interrogations sur la valeur accordée aux créations humaines.

La suite dépendra en partie de la capacité des utilisateurs à détourner le modèle plutôt qu’à le reproduire à l’identique. Les starter packs dessinés par des artistes montrent que les mêmes contraintes, une figurine, une boîte, quelques objets, peuvent devenir un espace d’interprétation. Ils rappellent surtout que la créativité ne tient pas seulement au résultat final, mais aux choix qui permettent d’y arriver.

Pour le public, le débat ne se limite donc pas à choisir entre image générée et image dessinée. Il consiste à reconnaître les codes d’une tendance, à repérer les clichés qu’elle diffuse et à décider si l’on souhaite participer à une production de masse ou soutenir des approches plus singulières. En avril 2025, les starter packs ne sont peut-être qu’un mème parmi d’autres, mais ils concentrent déjà plusieurs questions centrales de l’IA générative : originalité, représentation, travail créatif et sobriété numérique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un pack de démarrage généré par IA ?

Un pack de démarrage généré par IA est une image qui représente une personne sous la forme d’une figurine virtuelle dans une boîte fictive. Autour d’elle figurent des objets censés résumer ses goûts, son métier, son style ou ses habitudes. En avril 2025, ce format circule largement sur X, Instagram et TikTok.

Comment créer un starter pack avec ChatGPT ou Kapwing ?

Le principe consiste à décrire un personnage, son apparence et les accessoires qui doivent l’entourer, puis à demander un rendu de figurine dans un emballage. ChatGPT et Kapwing font partie des outils cités pour produire ce type d’image. Le résultat dépend fortement de la précision de la consigne et peut nécessiter plusieurs essais.

Pourquoi les packs de démarrage IA sont-ils critiqués ?

Les critiques visent surtout l’uniformité des rendus et la répétition de clichés visuels. Des artistes et illustrateurs estiment que ces images lisses donnent une impression de personnalisation tout en reproduisant des codes semblables. Certains dénoncent aussi la concurrence de contenus automatisés face à des créations qui reposent sur un savoir-faire humain.

Que signifie le hashtag #starterpacknoAI ?

Le mot-dièse #starterpacknoAI est utilisé par des artistes qui proposent leurs propres packs de démarrage sans génération automatique. Ils reprennent le principe de la figurine et des accessoires, mais les réalisent par le dessin ou avec des méthodes de création traditionnelles. L’objectif est de valoriser le travail artistique et la diversité des styles.

Les images IA ont-elles un impact environnemental important ?

Toute requête adressée à une IA mobilise des serveurs et consomme de l’électricité, mais il n’existe pas de chiffre unique valable pour chaque image. L’impact varie selon le modèle, le nombre de générations, l’infrastructure et son approvisionnement énergétique. Dans un phénomène viral, la répétition des essais peut néanmoins accroître l’empreinte globale.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, présentation de la génération d’images avec GPT-4oopenai.com/index/introducing-4o-image-generation
  2. Kapwing, plateforme officielle de création et de génération d’imageswww.kapwing.com