Culture et médias

Figurines d’action par IA : pourquoi ChatGPT séduit jusque sur LinkedIn

Après les portraits inspirés du style Studio Ghibli, les utilisateurs de ChatGPT se mettent en scène comme des figurines d’action en boîte. Très visible sur LinkedIn, ce format mêle portrait, humour et marque personnelle. Il illustre la facilité avec laquelle l’IA générative transforme désormais une photo en objet de communication numérique.

Illustration d’une professionnelle sous blister avec ordinateur, livres et tasse de café, générée par IA.
Illustration : Actu.ai

À première vue, l’image ressemble à un produit posé dans le rayon d’un magasin de jouets : une silhouette sous blister, un nom sur l’emballage et quelques accessoires soigneusement rangés à côté. En réalité, il ne s’agit ni d’une photographie commerciale ni d’une figurine fabriquée en plastique, mais d’un portrait numérique créé avec l’intelligence artificielle. Depuis avril 2025, ce format s’affiche avec une fréquence remarquée dans les fils d’actualité, notamment sur LinkedIn.

Le phénomène est révélateur de l’évolution des usages de ChatGPT. L’outil n’est plus seulement sollicité pour rédiger, résumer ou expliquer. Sa fonction de génération d’images permet aussi de mettre en scène son identité professionnelle sous une forme immédiatement lisible et volontiers humoristique. La personne représentée devient le personnage principal de sa propre boîte de figurine, avec les objets qui résument son activité, ses goûts ou les codes de son métier.

Du portrait viral à la figurine en boîte

La vague actuelle s’inscrit dans le prolongement des portraits inspirés du style Studio Ghibli, devenus viraux avant elle. Ces transformations d’images ont montré à un vaste public qu’un outil conversationnel pouvait produire, à partir d’une photo et d’une consigne écrite, une interprétation visuelle cohérente d’un visage ou d’une scène.

Le format de la figurine d’action reprend cette logique, avec un cadre plus codifié. Il associe généralement quatre éléments : un personnage qui reprend les traits de l’utilisateur, un emballage évoquant les jouets de collection, un intitulé ou un prénom, et une sélection d’accessoires. Le résultat peut rappeler une poupée de mode, une figurine d’action ou un objet collector nostalgique.

Ce caractère très reconnaissable explique en partie la circulation des images. Une publication est comprise en quelques secondes : la personne ne se contente pas de montrer son portrait, elle propose une version condensée et scénarisée de son identité. Une tasse de café, un ordinateur portable ou une pile de livres deviennent des indices. Ils suggèrent une profession, une routine, une expertise ou un tempérament, sans passer par un long texte de présentation.

Élément de l’imageRôle dans le formatExemples cités dans la tendance
PersonnageReprésenter l’utilisateur sous une forme styliséeProfessionnel, consultant, spécialiste du marketing
Boîte ou blisterDonner l’apparence d’un jouet commercialiséEmballage thématique, présentation de magasin
AccessoiresRésumer un univers professionnel ou personnelTasse de café, livre, ordinateur portable
Tenue et designAjuster le degré de sérieux, d’humour ou de nostalgieStyle formel, look nostalgique, design personnalisé

Pourquoi LinkedIn s’est emparé du format

La présence de cette tendance sur LinkedIn peut surprendre. Le réseau est d’abord associé au recrutement, aux entreprises et aux prises de parole professionnelles. C’est précisément ce cadre très normé qui rend une publication plus ludique visible : au milieu des annonces de poste, des analyses de marché et des retours d’expérience, une boîte de figurine attire naturellement l’œil.

Les premiers usages rapportés montrent que le format a séduit des professionnels soucieux de se différencier. Spécialistes du marketing, consultants et autres acteurs du monde des affaires y voient une manière de présenter leur marque personnelle. Le principe est simple : reprendre les signes habituels d’un profil professionnel, une fonction, une expertise, des outils de travail, puis les déplacer dans l’univers plus léger du jouet.

L’intérêt n’est pas seulement esthétique. Une figurine bien conçue offre un point de départ à la conversation. Les commentaires peuvent porter sur les accessoires choisis, le degré de ressemblance, le métier caricaturé ou l’idée même de se transformer en produit de collection. Dans un environnement où chacun cherche à rendre son expérience et ses compétences mémorables, cette mise en scène propose une alternative au portrait traditionnel.

Elle présente aussi une limite évidente : à force d’être repris, un code visuel perd sa capacité à surprendre. La valeur d’une publication ne tient donc pas seulement au fait d’utiliser une tendance. Elle dépend du soin apporté aux détails, de la pertinence de la représentation et du message qui accompagne l’image. Une figurine générique peut se confondre avec des dizaines d’autres. Une image qui traduit réellement une activité ou un trait de personnalité a davantage de chances de rester en mémoire.

Comment créer une figurine d’action avec ChatGPT ?

La mécanique est accessible parce qu’elle ne suppose pas de maîtriser un logiciel de retouche ou de modélisation 3D. L’utilisateur fournit une photo, idéalement nette et en haute résolution, souvent prise en pied lorsque l’objectif est de représenter la silhouette entière. Il décrit ensuite dans sa demande la scène qu’il souhaite obtenir.

La qualité de la consigne compte beaucoup. Il ne suffit pas de demander une « figurine d’action » : il faut préciser les informations qui structurent l’image. Le nom à inscrire, la tenue, les objets placés dans la boîte, l’ambiance professionnelle ou décontractée et le type de présentation attendu peuvent tous modifier le résultat.

Une demande utile peut ainsi contenir les éléments suivants :

  • l’apparence générale du personnage et sa tenue ;
  • le nom ou l’intitulé à afficher sur l’emballage ;
  • trois ou quatre accessoires significatifs ;
  • le métier, le domaine d’activité ou le ton recherché ;
  • l’apparence souhaitée de la boîte, plus formelle, plus nostalgique ou plus fantaisiste.

Le premier résultat n’est pas nécessairement le bon. Les utilisateurs procèdent fréquemment par ajustements successifs : ils demandent de changer un accessoire, de corriger la tenue, d’accentuer un détail professionnel ou de reformuler la présentation. Cette phase d’itération fait partie de l’usage. L’IA ne lit pas les intentions implicites, elle répond aux indications fournies et aux corrections apportées au fil de l’échange.

Une image de marque entre humour et autoportrait

La figurine d’action est un autoportrait, mais un autoportrait qui assume l’artifice. Elle ne cherche pas à reproduire une photographie de profil strictement réaliste. Elle transforme une personne en personnage et ses attributs professionnels en accessoires. Ce décalage explique son attrait : il autorise une forme d’auto-promotion moins solennelle qu’une biographie ou qu’un visuel institutionnel.

Le procédé relève aussi du branding personnel. Sur les réseaux sociaux, l’identité se construit à travers un nom, une photo, des publications, des sujets de prédilection et un ton. La boîte de figurine réunit ces éléments dans une seule composition. Un ordinateur portable peut suggérer le travail numérique, des livres peuvent renvoyer à la formation ou à l’édition, une tasse de café peut évoquer un quotidien de bureau. Ces signes sont simples, parfois convenus, mais leur efficacité repose sur leur lecture instantanée.

Portrait professionnel classique ou figurine générée par IA

Portrait professionnel classique

  • Met en avant le visage et une présentation directe.
  • S’inscrit dans les codes habituels d’un profil professionnel.
  • Laisse peu de place aux accessoires et à la narration visuelle.
  • Convient lorsque la sobriété et la lisibilité priment.

Figurine générée par IA

  • Transforme la personne en personnage mis en scène.
  • Utilise boîte et accessoires pour résumer une identité.
  • Crée un décalage humoristique plus propice aux échanges.
  • Demande une consigne détaillée et souvent plusieurs ajustements.

Cette tendance rejoint une évolution plus large de la culture numérique : les internautes disposent d’outils capables de produire rapidement des images autrefois réservées à des illustrateurs, des graphistes ou des studios. Cela ne signifie pas que le travail créatif humain disparaît. Cela signifie que la fabrication d’une première proposition visuelle devient accessible à des personnes qui ne possèdent pas de compétences techniques avancées.

Dans ce contexte, le succès dépend moins de la virtuosité de l’outil que de la capacité de chacun à formuler une idée. Choisir les bons accessoires, éviter les clichés, trouver le bon niveau d’humour et adapter l’image à son public deviennent les véritables gestes créatifs. L’IA exécute une interprétation, mais l’intention de départ demeure celle de l’utilisateur.

Une mode qui dépasse le cadre professionnel

Si LinkedIn a servi de tremplin, le format circule aussi sur d’autres plateformes sociales, notamment Instagram, TikTok et Facebook. L’engagement semble toutefois rester particulièrement associé au réseau professionnel, où la rencontre entre codes du jouet et communication de carrière crée un contraste distinctif.

Des hashtags comme #AIBarbie et #BarbieBoxChallenge ont accompagné la diffusion de créations apparentées. La tendance a également attiré l’attention de marques telles que Mac Cosmetics et NYX, qui ont participé avec leurs propres versions. La présence de la personnalité publique américaine Marjorie Taylor Greene illustre, elle aussi, l’élargissement du phénomène au-delà des seuls cercles de créateurs et de professionnels de la communication.

Il serait néanmoins excessif de mettre cette vague sur le même plan que les portraits inspirés du style Studio Ghibli. Les figurines d’action ont généré un flux constant de publications, sans atteindre la même intensité virale. Cette différence n’enlève rien à leur intérêt : elle montre que les formats visuels issus de l’IA peuvent se succéder, chacun trouvant son public et ses usages propres.

Les questions soulevées par cette nouvelle auto-représentation

Derrière l’aspect récréatif, ces images interrogent la manière dont les individus choisissent de se montrer en ligne. Une photo de profil promet en principe une certaine fidélité au réel. Une figurine générée par IA revendique au contraire la stylisation : elle sélectionne, amplifie et ordonne les éléments que la personne souhaite associer à son image.

Ce choix n’est pas anodin dans un univers professionnel. Les accessoires et l’emballage peuvent valoriser une expertise, mais ils peuvent aussi enfermer une personne dans une série de signes attendus. La créatrice devient-elle « celle avec son ordinateur », le consultant « celui avec son café » ? L’exercice fonctionne précisément parce qu’il simplifie une identité complexe en quelques objets. Cette simplification peut être drôle et efficace, à condition de ne pas la confondre avec la personne réelle.

La question de la photo fournie mérite également de l’attention. Utiliser une image de soi est un choix personnel. Utiliser le visage d’un collègue, d’un client ou d’une autre personne sans son accord peut poser problème, surtout si la création est ensuite diffusée publiquement. Dans un cadre professionnel, demander l’autorisation reste une précaution élémentaire.

Enfin, les utilisateurs ont intérêt à examiner l’image produite avant de la publier. Les détails visuels, les mains, le texte sur un emballage ou la cohérence des accessoires peuvent demander plusieurs corrections. Au-delà de la qualité esthétique, cette vérification permet de s’assurer que la représentation ne véhicule pas un message involontaire ou inexact.

Ce qu’il faut surveiller

La popularité des figurines d’action confirme que la génération d’images intégrée à ChatGPT est devenue un outil d’expression quotidienne. Son intérêt repose sur une combinaison efficace : une consigne accessible, un résultat immédiatement partageable et une forte capacité de personnalisation. En quelques étapes, une photo ordinaire peut se transformer en support de conversation, de dérision ou de communication professionnelle.

La suite dépendra de la capacité du format à se renouveler. Les internautes se lassent vite des recettes identiques, mais les outils d’IA ouvrent en permanence de nouvelles variantes : autre emballage, autre décor, autre rôle fictif, autre manière de raconter son métier. Ce qui restera probablement, au-delà de cette mode précise, c’est l’habitude de concevoir son image en ligne comme une création modulable.

Pour les professionnels, l’enjeu n’est donc pas de publier une figurine parce que tout le monde le fait. Il est d’utiliser ce format lorsque celui-ci sert réellement un récit, une expertise ou une personnalité. L’IA facilite la fabrication de l’image. La pertinence, elle, ne s’automatise pas.

Questions fréquentes

Comment créer une figurine d’action avec ChatGPT ?

Il faut importer une photo nette de soi, de préférence en haute résolution et souvent en pied, puis décrire précisément l’image voulue. Indiquez la tenue, le nom à faire apparaître, le type de boîte et les accessoires. Il est fréquent de générer plusieurs versions afin d’affiner le rendu et de corriger les détails.

Pourquoi les figurines IA sont-elles populaires sur LinkedIn ?

Le format offre aux professionnels un moyen visuel et humoristique de parler de leur activité. Une boîte de figurine avec des accessoires de travail rend un profil plus mémorable dans un fil d’actualité très codifié. Consultants, spécialistes du marketing et indépendants peuvent ainsi mettre en scène leur marque personnelle sans recourir à une présentation conventionnelle.

Quels accessoires choisir pour une figurine d’action générée par IA ?

Les accessoires les plus fréquents sont la tasse de café, le livre et l’ordinateur portable. L’essentiel est de sélectionner quelques objets qui renvoient réellement à votre univers : un outil de travail, un sujet d’expertise ou une habitude reconnaissable. Trop d’objets risquent de rendre l’image moins lisible et moins personnelle.

Les figurines d’action créées par IA sont-elles de vrais jouets ?

Non. Dans cette tendance, l’expression désigne une image numérique qui imite l’apparence d’une figurine commercialisée, souvent présentée dans un blister ou une boîte. ChatGPT produit un visuel partageable sur les réseaux sociaux. L’image ne correspond pas, en elle-même, à un objet physique fabriqué ou prêt à être vendu.

Peut-on utiliser la photo d’une autre personne pour générer une figurine IA ?

Il est préférable de demander son accord avant d’importer et de publier l’image d’une autre personne, particulièrement dans un contexte professionnel. Une figurine peut sembler anodine, mais elle reste une représentation de l’intéressé. Vérifiez aussi le résultat avant diffusion afin d’éviter une tenue, un accessoire ou une mise en scène qui ne lui conviendrait pas.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, présentation de la génération d’images avec GPT-4o dans ChatGPTopenai.com/index/introducing-4o-image-generation
  2. OpenAI, présentation de ChatGPTopenai.com/chatgpt