Entreprises et marchés

Lucy Guo, de Scale AI à la plus jeune milliardaire autodidacte au monde

À 30 ans, Lucy Guo est devenue la plus jeune femme milliardaire autodidacte au monde, selon Forbes. Sa fortune est d’abord liée à la participation qu’elle a conservée dans Scale AI, l’entreprise d’intelligence artificielle qu’elle a cofondée. Son parcours, de Carnegie Mellon à Passes, éclaire aussi les mécanismes concrets de la réussite dans la tech.

Une entrepreneuse dans un bureau de start-up, devant des visualisations de données liées à l’intelligence artificielle.
Illustration : Actu.ai

À l’âge où beaucoup de fondateurs cherchent encore leur premier financement, Lucy Guo entre dans une catégorie très restreinte : celle des milliardaires. Le 17 avril 2025, Forbes évalue sa fortune à 1,25 milliard de dollars et la présente comme la plus jeune femme milliardaire autodidacte au monde. Cette estimation ne raconte pas seulement l’histoire d’une entrepreneuse devenue très riche. Elle illustre aussi le poids pris par les participations au capital des entreprises d’intelligence artificielle, à un moment où le secteur attire des investissements considérables.

Née en 1994 à Fremont, en Californie, dans une famille d’immigrés chinois, Lucy Guo a suivi une trajectoire qui ne correspond pas au scénario académique classique souvent associé à la Silicon Valley. Elle a appris la programmation par elle-même, a abandonné ses études à l’université et a cofondé une entreprise devenue centrale dans l’économie de l’IA. Mais réduire son parcours à une success story de l’abandon universitaire manquerait l’essentiel : sa fortune actuelle est avant tout le résultat d’un risque entrepreneurial pris tôt, puis de la valeur acquise par les actions qu’elle a conservées.

Un record de jeunesse, pas une comparaison directe de fortunes

La formule « plus jeune femme milliardaire autodidacte » demande une précision. Elle désigne une personne ayant bâti sa fortune plutôt que de l’avoir reçue par héritage, dans le classement retenu par Forbes. Elle ne signifie ni qu’elle a créé seule chaque entreprise de son parcours, ni que sa richesse est disponible sous forme d’argent liquide sur un compte bancaire.

Lucy Guo reprend ce titre de jeunesse à Taylor Swift, qui était jusque-là associée à ce record dans la catégorie des femmes milliardaires ayant fait fortune par elles-mêmes. La comparaison porte donc sur l’âge auquel ce statut est atteint, non sur une affirmation selon laquelle Lucy Guo disposerait d’une fortune totale supérieure à celle de la chanteuse.

RepèreÉvénementCe que cela montre
1994Naissance de Lucy Guo à Fremont, en CalifornieUne enfance dans l’écosystème technologique de la baie de San Francisco
2014Départ de Carnegie Mellon grâce à la Thiel FellowshipUn choix entrepreneurial soutenu par une bourse de 100 000 dollars
2016Cofondation de Scale AI avec Alexandr WangL’entrée dans le secteur stratégique des données pour l’intelligence artificielle
2018Départ de Scale AILa conservation d’actions peut rester déterminante pour la suite d’un patrimoine
2019Lancement de Backend CapitalUn passage de l’entrepreneuriat à l’investissement dans de jeunes entreprises
2022Création de PassesUne nouvelle tentative dans l’économie des créateurs et le Web3
17 avril 2025Fortune estimée à 1,25 milliard de dollarsLe franchissement du seuil symbolique du milliard selon Forbes

Le seuil du milliard est également très sensible aux valorisations. Lorsqu’une entreprise non cotée prend de la valeur, les investisseurs réévaluent la valeur théorique des actions détenues par ses fondateurs et ses premiers salariés. À l’inverse, une baisse de valorisation peut réduire rapidement cette estimation. Être milliardaire sur le papier n’équivaut donc pas nécessairement à disposer immédiatement de cette somme.

De l’apprentissage du code aux bancs de Carnegie Mellon

Lucy Guo s’intéresse très tôt à la technologie. Avant de fonder des entreprises, elle apprend à programmer de façon autonome et parvient à gagner de l’argent en développant des bots pour Neopets, jeu en ligne particulièrement populaire au début des années 2000. Cet épisode est révélateur d’une pratique fréquente chez certains jeunes programmeurs : utiliser les communautés numériques et les jeux comme terrain d’expérimentation technique, puis transformer une compétence en première activité rémunérée.

Elle est ensuite admise à Carnegie Mellon University, établissement américain réputé pour ses formations en informatique. En 2014, elle décide toutefois d’interrompre ses études après avoir obtenu la Thiel Fellowship. Cette bourse, d’un montant de 100 000 dollars, vise à donner à de jeunes talents les moyens de développer un projet en dehors du cadre universitaire traditionnel.

Ce choix attire naturellement l’attention, car le récit de l’étudiant qui abandonne l’université pour créer une entreprise est devenu un classique de la tech américaine. Il faut pourtant éviter d’en tirer une recette universelle. Carnegie Mellon reste une formation très sélective, et la Thiel Fellowship n’est pas une simple alternative accessible à tous les étudiants. Dans le cas de Lucy Guo, la bourse a offert à la fois un soutien financier, du temps et un environnement propice à l’expérimentation.

L’intérêt de son parcours ne réside donc pas dans l’idée que le diplôme serait inutile. Il montre plutôt qu’en technologie, les compétences pratiques, la capacité à repérer un marché et l’accès à un réseau peuvent compter autant que le parcours académique, surtout lorsqu’une personne dispose déjà d’une expérience de programmation et d’une ambition entrepreneuriale très affirmée.

Scale AI, l’entreprise à l’origine de sa fortune

Le tournant décisif arrive en 2016, lorsque Lucy Guo cofonde Scale AI avec Alexandr Wang. L’entreprise évolue dans un segment moins visible que les assistants conversationnels ou les générateurs d’images, mais essentiel à la progression de l’intelligence artificielle : les données utilisées pour entraîner, tester et évaluer les systèmes.

Pour qu’un modèle d’IA puisse reconnaître un objet, comprendre une instruction ou produire une réponse pertinente, il doit être alimenté par de grands volumes de données. Celles-ci doivent souvent être organisées, décrites, vérifiées ou annotées par des humains. C’est précisément ce travail d’infrastructure qui a contribué à faire de Scale AI une entreprise importante dans l’écosystème de l’IA.

Lucy Guo quitte Scale AI en 2018, soit deux ans après sa création. Son départ ne met cependant pas fin au lien financier avec l’entreprise : elle conserve une participation significative au capital. À mesure que la valeur de Scale AI augmente, la valeur estimée de cette part progresse elle aussi. C’est le principal moteur de la fortune évaluée par Forbes en avril 2025.

Cette situation rappelle un principe fondamental de l’économie des start-up. Le salaire d’un fondateur au début d’une aventure compte souvent moins que la part de capital qu’il détient. Lorsqu’une jeune entreprise réussit à convaincre des investisseurs, à développer ses activités et à atteindre une valorisation élevée, ces actions peuvent prendre une valeur considérable. Elles restent toutefois exposées au risque : la valorisation d’une société privée est une estimation et une vente d’actions n’est jamais garantie au prix affiché.

Backend Capital et Passes, deux activités après Scale AI

Après son départ de Scale AI, Lucy Guo ne se retire pas du monde des start-up. En 2019, elle participe à la création de Backend Capital, une société de capital-risque. Le capital-risque consiste à financer de jeunes entreprises présentant un potentiel de croissance élevé, en échange d’une participation dans leur capital. C’est une activité différente de la création opérationnelle d’un produit, mais qui permet de rester au contact des idées, des fondateurs et des marchés émergents.

En 2022, elle lance Passes, une plateforme Web3 destinée à aider les créateurs à monétiser leur communauté, dans un positionnement comparable à celui de Patreon. L’expression Web3 désigne généralement des services numériques s’appuyant sur les technologies de la blockchain et sur une promesse de plus grande décentralisation des échanges ou de la propriété numérique. Dans les faits, le succès de ce type de plateforme dépend surtout de sa capacité à attirer à la fois des créateurs et leur audience, dans un marché déjà très concurrentiel.

Entre 2022 et 2024, Passes lève 50 millions de dollars auprès d’investisseurs. Ce montant signale l’intérêt de financiers pour le projet et pour la notoriété de sa fondatrice, mais une levée de fonds n’est pas une preuve automatique de réussite commerciale. L’entreprise doit encore démontrer que son modèle peut s’installer durablement face aux réseaux sociaux, aux plateformes de contenu payant et aux outils de monétisation déjà utilisés par les créateurs.

Le parcours de Lucy Guo rassemble ainsi trois manières d’agir dans l’économie numérique : créer une entreprise technologique, conserver une participation dans une société en forte croissance et investir dans d’autres jeunes pousses. Passes lui permet, en parallèle, de retrouver une place de fondatrice au quotidien, après une période davantage tournée vers le capital-risque.

Une entrepreneuse qui cultive aussi sa visibilité

Lucy Guo entretient également une présence publique qui dépasse les seules annonces financières. À Los Angeles, elle s’entraîne quotidiennement chez Barry’s Bootcamp et a indiqué sur Instagram avoir participé à plus de 3 000 cours de fitness. Elle fréquente aussi des événements culturels tels que le festival Coachella.

Cette dimension personnelle a une place particulière dans l’économie contemporaine des entrepreneurs. Les dirigeants de start-up ne sont plus seulement évalués par des investisseurs ou des clients : ils développent parfois leur propre visibilité sur les réseaux sociaux, lors de conférences et dans des rendez-vous culturels. Cette notoriété peut faciliter le recrutement, la communication et la création d’une communauté autour d’une entreprise, mais elle ne remplace ni un produit utile ni un modèle économique solide.

À l’occasion de Coachella, Passes organise ainsi un événement ayant attiré des milliers de participants. Pour une plateforme qui cherche à servir les créateurs et leurs communautés, ce type de rassemblement peut fonctionner comme une vitrine. Il traduit aussi la porosité croissante entre la technologie, les médias sociaux, le divertissement et les stratégies de marque.

Ce que son parcours dit de l’IA et de l’entrepreneuriat féminin

L’ascension de Lucy Guo intervient dans une période où l’intelligence artificielle redistribue rapidement les cartes dans la technologie. La valeur attribuée à Scale AI illustre l’importance prise par les infrastructures invisibles de l’IA, notamment la préparation et l’évaluation des données. L’attention du public se porte souvent sur les applications finales, mais l’économie du secteur repose aussi sur ces acteurs intermédiaires.

Son statut de plus jeune femme milliardaire autodidacte offre par ailleurs une figure de réussite féminine dans une industrie où les postes de pouvoir et les financements demeurent très concentrés. Il serait imprudent d’en déduire que les inégalités ont disparu : un parcours individuel, même remarquable, ne suffit pas à décrire l’ensemble du secteur. Il donne néanmoins un exemple concret de femme ayant cofondé une entreprise d’IA majeure, investi dans de jeunes sociétés puis relancé son propre projet.

Le point le plus important à surveiller sera la capacité de Passes à se développer au-delà de l’effet d’annonce, ainsi que l’évolution de la valeur de Scale AI. La fortune de Lucy Guo dépend largement de cette dernière. Son histoire reste donc en mouvement : elle est à la fois le récit d’une fondatrice devenue milliardaire et celui des transformations, rapides et parfois incertaines, de l’économie de l’intelligence artificielle.

Questions fréquentes

Qui est Lucy Guo ?

Lucy Guo est une entrepreneuse américaine née en 1994 à Fremont, en Californie. Elle a cofondé Scale AI avec Alexandr Wang en 2016, avant de quitter l’entreprise en 2018 tout en conservant une participation au capital. Elle s’est ensuite lancée dans le capital-risque avec Backend Capital et a créé la plateforme Passes en 2022.

Pourquoi Lucy Guo est-elle devenue milliardaire ?

La fortune de Lucy Guo provient principalement de la valeur de la participation qu’elle a conservée dans Scale AI après son départ en 2018. Lorsque la valeur estimée d’une entreprise augmente, les actions de ses premiers fondateurs prennent elles aussi de la valeur. Forbes estime son patrimoine à 1,25 milliard de dollars au 17 avril 2025.

Lucy Guo est-elle plus riche que Taylor Swift ?

Le titre associé à Lucy Guo concerne l’âge : Forbes la présente comme la plus jeune femme milliardaire autodidacte au monde, devant Taylor Swift dans cette catégorie de jeunesse. Il ne faut pas interpréter cette formule comme une comparaison directe de leurs fortunes totales. Les deux patrimoines sont évalués selon des méthodes et des actifs différents.

Lucy Guo a-t-elle abandonné l’université ?

Oui. Lucy Guo avait été admise à Carnegie Mellon University pour étudier l’informatique, puis elle a quitté l’université en 2014. Elle avait alors obtenu la Thiel Fellowship, une bourse de 100 000 dollars destinée à soutenir de jeunes personnes souhaitant développer leurs projets. Elle avait déjà appris la programmation de manière autonome.

Qu’est-ce que Passes, l’entreprise créée par Lucy Guo ?

Passes est une plateforme lancée en 2022 et destinée à aider les créateurs à monétiser leur communauté, dans un positionnement comparable à Patreon. L’entreprise est présentée comme une plateforme Web3. Entre 2022 et 2024, elle a levé 50 millions de dollars auprès d’investisseurs, ce qui lui donne des moyens pour développer son activité.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Forbes, profil et estimation de fortune de Lucy Guowww.forbes.com/profile/lucy-guo
  2. Thiel Fellowship, programme officielthielfellowship.org
  3. Scale AI, site officielscale.com
  4. Passes, plateforme officiellewww.passes.com