Cybersécurité

Le Royaume-Uni lance le LASR pour anticiper les cybermenaces liées à l’IA

Face à l’usage croissant de l’intelligence artificielle dans les opérations offensives, le Royaume-Uni met sur pied le LASR, un laboratoire de recherche consacré à la sécurité de l’IA. Doté de 8,22 millions de livres sterling, il réunira services de renseignement, chercheurs et industriels pour mieux anticiper les attaques.

Des experts en cybersécurité analysent des menaces liées à l’intelligence artificielle dans un laboratoire sécurisé.
Illustration : Actu.ai

L’intelligence artificielle ne change pas seulement les outils du quotidien ou les méthodes de travail. Elle peut aussi accélérer et rendre plus accessibles certaines opérations de cyberattaque, tout en ouvrant de nouvelles possibilités de détection et de défense. C’est dans ce contexte que le Royaume-Uni a annoncé, en novembre 2024, la création du Laboratory for AI Security Research, ou LASR, un laboratoire consacré aux enjeux de sécurité liés à l’IA.

L’ambition est claire : mieux comprendre les risques qui émergent à l’intersection de l’IA et de la cybersécurité, afin de protéger les citoyens, les infrastructures et les alliés britanniques. Le LASR ne se présente pas comme un simple centre d’expertise technique. Il doit servir de point de rencontre entre services de l’État, recherche universitaire et secteur privé, dans un domaine où les méthodes d’attaque et de défense évoluent très vite.

Un laboratoire financé à hauteur de 8,22 millions de livres

Le LASR bénéficie d’un financement gouvernemental initial de 8,22 millions de livres sterling. Cette enveloppe doit permettre de lancer ses travaux et de fédérer des compétences qui, jusqu’ici, pouvaient être réparties entre les administrations, les laboratoires de recherche et les entreprises technologiques.

Son objet est la recherche sur la sécurité de l’intelligence artificielle, avec une priorité accordée aux menaces susceptibles d’affecter la sécurité nationale. Cela recouvre notamment l’analyse des usages malveillants de l’IA dans le cyberespace, mais aussi l’étude des changements que ces technologies peuvent imposer aux dispositifs de défense.

Le gouvernement britannique inscrit cette annonce dans un renforcement plus large de ses capacités cyber. Lors d’une conférence de l’OTAN consacrée à la cyberdéfense, le chancelier du duché de Lancaster a souligné que les défenses de l’État devaient évoluer au même rythme que les menaces. Dans cette lecture, la cyberguerre n’est plus un risque abstrait ou occasionnel : elle constitue une réalité quotidienne à laquelle les institutions doivent répondre en continu.

ÉlémentCe qui est annoncé en novembre 2024
Structure crééeLaboratory for AI Security Research, ou LASR
MissionÉtudier et contrer les risques de sécurité émergents liés à l’IA
Financement initial8,22 millions de livres sterling
Partenaires citésGCHQ, National Cyber Security Centre, universités d’Oxford et Queen’s de Belfast
Dimension internationaleCoopérations avec les Five Eyes et les alliés de l’OTAN
Initiative complémentaireRéponse aux incidents, financée à hauteur de 1 million de livres sterling

Pourquoi l’IA modifie-t-elle le risque cyber ?

Les cyberattaques existent depuis longtemps sans intelligence artificielle. L’enjeu n’est donc pas que l’IA crée à elle seule une menace entièrement nouvelle, mais qu’elle puisse faire évoluer l’échelle, la vitesse et la sophistication de certaines activités malveillantes.

Dans le domaine informatique, des systèmes d’IA peuvent par exemple aider à produire ou modifier du code, à automatiser des tâches répétitives, à analyser de grands volumes de données ou à adapter rapidement un contenu à sa cible. Ces capacités peuvent être utilisées pour améliorer la sécurité, notamment en repérant des comportements inhabituels dans un réseau. Mais elles peuvent aussi être détournées afin de faciliter des activités offensives.

Le gouvernement britannique s’inquiète en particulier de l’usage de ces capacités par des acteurs étatiques. Le ministre a cité des essais de cybersécurité attribués à la Corée du Nord, dans lesquels l’IA aurait été utilisée pour le développement de logiciels malveillants. Les responsables britanniques ont également mis en garde contre les activités de la Russie et contre le risque que l’IA accroisse ses capacités de cyberattaque.

Il importe de distinguer deux réalités. D’une part, l’IA peut soutenir des opérations déjà connues, comme l’écriture de code malveillant ou la recherche de vulnérabilités. D’autre part, elle peut compliquer le travail des défenseurs en permettant d’adapter plus vite une attaque ou de multiplier les tentatives à grande échelle. C’est précisément ce type d’évolution que le LASR doit chercher à documenter et à anticiper.

Quels acteurs participeront aux travaux du LASR ?

Le LASR repose sur une logique de coopération. Parmi les organisations associées figurent le GCHQ, l’agence britannique de renseignement chargée notamment du renseignement d’origine électromagnétique et de la cybersécurité, ainsi que le National Cyber Security Centre, ou NCSC, qui est rattaché au GCHQ et accompagne la protection numérique du Royaume-Uni.

Le Defence Science and Technology Laboratory du ministère de la Défense fait également partie des acteurs mentionnés dans l’initiative. Côté académique, le gouvernement cite notamment l’université d’Oxford et la Queen’s University Belfast. Cette présence des universités est importante : l’étude des menaces liées à l’IA demande à la fois des compétences en informatique, en sécurité, en science des données et en évaluation des technologies.

Le laboratoire doit fonctionner selon un modèle dit « catalytique ». L’idée est d’utiliser le financement public initial pour attirer davantage d’investissements, de projets et de collaborations issus de l’industrie. Plutôt que de tout développer dans une seule administration, le Royaume-Uni cherche ainsi à faire travailler ensemble des expertises complémentaires.

Cette méthode répond aussi à une contrainte pratique. Les systèmes d’IA les plus avancés, les outils de cybersécurité et une grande partie de l’infrastructure informatique sont largement développés ou exploités par des acteurs privés. Une stratégie de sécurité crédible suppose donc un dialogue étroit entre la puissance publique, les chercheurs et les entreprises.

Le LASR, un dispositif distinct de la sécurité informatique classique

La défense cyber classique vise déjà à prévenir les intrusions, corriger les failles, détecter les comportements suspects et répondre aux incidents. Le LASR ne remplace pas ces missions. Il ajoute une fonction de recherche et d’anticipation centrée sur les effets spécifiques de l’intelligence artificielle.

L’enjeu est notamment d’éviter que les institutions ne réagissent seulement après l’apparition d’une nouvelle technique d’attaque. En étudiant les capacités émergentes et les scénarios de risque, le laboratoire doit aider les partenaires britanniques à préparer leurs défenses en amont.

Ce que le LASR ajoute à la défense cyber existante

Défense cyber classique

  • Protège les réseaux, systèmes et services contre les intrusions connues.
  • Détecte les activités suspectes et coordonne la réponse aux incidents.
  • S’appuie sur des procédures opérationnelles et le partage d’alertes.
  • Traite les risques présents auxquels les organisations sont déjà confrontées.

Apport attendu du LASR

  • Étudie les risques émergents spécifiquement liés aux capacités de l’IA.
  • Réunit services de sécurité, universités et acteurs industriels.
  • Cherche à anticiper les évolutions technologiques avant leur généralisation.
  • Doit soutenir la coopération britannique avec les Five Eyes et l’OTAN.

De la recherche à la préparation opérationnelle

Pour être utile, un laboratoire de recherche ne peut pas se limiter à décrire des risques. Ses analyses doivent pouvoir nourrir des pratiques concrètes : comment évaluer un outil d’IA, comment identifier un usage dangereux, quels exercices organiser, quelles informations partager entre partenaires et quelles protections renforcer.

L’annonce britannique comprend ainsi un autre volet : un nouveau projet d’intervention en cas d’incident, doté de 1 million de livres sterling. Son objectif est d’améliorer les capacités de défense collaborative avec les alliés. Le montant est distinct du financement initial du LASR, mais les deux initiatives participent de la même orientation : renforcer à la fois la compréhension des risques et l’aptitude à réagir lorsqu’un incident survient.

La coopération est particulièrement importante dans le cyberespace. Une attaque informatique peut viser un pays tout en s’appuyant sur des infrastructures, des logiciels ou des victimes répartis dans plusieurs juridictions. Le partage d’informations techniques, l’alerte rapide et la coordination des réponses deviennent donc déterminants.

Le LASR doit pour cette raison renforcer les liens avec les pays des Five Eyes, l’alliance de renseignement réunissant le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi qu’avec les alliés de l’OTAN. Cette dimension internationale reflète la nature transfrontalière des cybermenaces et la volonté britannique d’intégrer l’IA à sa coopération de sécurité existante.

Une politique qui s’accompagne d’un projet de loi

La création du LASR ne constitue pas une réponse isolée. Le gouvernement britannique prépare également un Cyber Security and Resilience Bill, un projet de loi consacré à la cybersécurité et à la résilience. À ce stade, l’annonce place cette future législation parmi les instruments destinés à adapter le cadre britannique aux risques numériques contemporains.

La notion de résilience est essentielle. En cybersécurité, aucune organisation ne peut garantir qu’elle ne subira jamais une tentative d’attaque. L’objectif consiste aussi à limiter les dommages, maintenir les services essentiels, restaurer rapidement les systèmes et tirer des enseignements de l’incident. L’IA ajoute une couche de complexité à cette équation, car elle peut transformer les méthodes employées par les attaquants comme par les défenseurs.

Le Royaume-Uni revendique par ailleurs un héritage ancien dans les sciences du calcul et le renseignement technique. Avec le LASR, il cherche à prolonger cet atout dans une période où les capacités d’IA deviennent un sujet de compétition technologique, économique et stratégique.

Ce qu’il faut surveiller

La première question sera celle des travaux effectivement engagés par le LASR : les priorités de recherche permettront de mesurer la façon dont le Royaume-Uni hiérarchise les risques liés à l’IA. Les usages malveillants de modèles capables d’assister la programmation, l’automatisation de certaines campagnes numériques et la sécurisation des infrastructures devraient logiquement compter parmi les sujets suivis de près.

Il faudra également observer la capacité du modèle catalytique à attirer des partenaires et des financements supplémentaires. Le budget initial de 8,22 millions de livres sterling donne une impulsion au laboratoire, mais l’ampleur de son influence dépendra de sa faculté à transformer cette mise de départ en programmes communs avec les universités, les services publics et le secteur technologique.

Enfin, l’efficacité de l’initiative se jouera aussi à l’échelle internationale. Les alliances des Five Eyes et de l’OTAN offrent au Royaume-Uni des canaux de coopération déjà établis. Face à des menaces numériques qui ignorent les frontières, la valeur du LASR dépendra autant de sa recherche que de la circulation rapide des connaissances et de la coordination concrète des défenses entre alliés.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le LASR créé par le Royaume-Uni ?

Le LASR, pour Laboratory for AI Security Research, est un laboratoire britannique de recherche sur la sécurité de l’intelligence artificielle. Annoncé en novembre 2024, il doit évaluer les risques que l’IA peut faire peser sur la sécurité nationale, notamment dans le domaine des cyberattaques, et contribuer à préparer des moyens de défense adaptés.

Quel est le budget du laboratoire LASR ?

Le Royaume-Uni a annoncé un financement gouvernemental initial de 8,22 millions de livres sterling pour le LASR. Le laboratoire doit fonctionner selon un modèle catalytique : l’objectif est que cette première enveloppe facilite ensuite de nouveaux investissements et collaborations avec l’industrie, le monde académique et les institutions publiques.

Qui participe au laboratoire britannique sur la sécurité de l’IA ?

Les acteurs cités comprennent le GCHQ, le National Cyber Security Centre, le Defence Science and Technology Laboratory du ministère de la Défense, ainsi que des établissements universitaires comme l’université d’Oxford et la Queen’s University Belfast. Le LASR a précisément vocation à associer expertise gouvernementale, recherche et partenaires du secteur privé.

Pourquoi l’IA est-elle un enjeu de cybersécurité ?

L’IA peut assister l’analyse de données, l’écriture de code et l’automatisation de tâches. Ces capacités peuvent aider les défenseurs à repérer des attaques, mais elles peuvent aussi être détournées à des fins malveillantes. Le gouvernement britannique s’inquiète notamment de l’emploi de l’IA par des acteurs étatiques pour renforcer leurs activités cybernétiques.

Le LASR travaillera-t-il avec d’autres pays ?

Oui. L’initiative prévoit de renforcer les collaborations avec les pays des Five Eyes, soit les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi qu’avec les alliés de l’OTAN. Cette coopération répond au caractère international des cybermenaces, qui peuvent affecter plusieurs pays et infrastructures simultanément.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Gouvernement britannique, annonces et politiques sur la cybersécurité et l’intelligence artificiellewww.gov.uk/government/organisations/department-for-science-innovation-and-technology
  2. National Cyber Security Centre, organisme britannique de cybersécuritéwww.ncsc.gov.uk
  3. GCHQ, agence britannique de renseignement et de cybersécuritéwww.gchq.gov.uk
  4. OTAN, cybersécurité et cyberdéfensewww.nato.int/cps/en/natohq/topics_78170.htm