En Australie, News Corp alerte sur les réseaux sociaux et la protection des enfants
Les réseaux sociaux sont devenus des « monstres » qui tourmentent les enfants, selon Michael Miller, président exécutif de News Corp Australia. Devant le Melbourne Press Club, il a demandé davantage de responsabilité pour les plateformes, soutenu l’interdiction prévue pour les moins de 16 ans et dénoncé leurs ambitions sur le droit d’auteur à l’ère de l’IA.

Les plateformes ne sont plus seulement, aux yeux de Michael Miller, des espaces de conversation et de divertissement. Le président exécutif de News Corp Australia les décrit comme des « monstres » qui tourmentent les enfants et fragilisent la société. Son intervention devant le Melbourne Press Club, début octobre 2025, mêle deux batailles devenues indissociables pour les groupes de presse : protéger les jeunes face aux mécanismes des réseaux sociaux et défendre la valeur économique des contenus journalistiques à l’heure de l’intelligence artificielle.
Ce discours ne se réduit pas à une condamnation morale des écrans. Il formule une demande politique très concrète : les grandes plateformes devraient, selon lui, assumer des obligations à la hauteur de leur influence. Michael Miller soutient ainsi la future interdiction des réseaux sociaux pour les Australiens de moins de 16 ans, attendue en décembre 2025, et refuse que les entreprises technologiques puissent utiliser gratuitement des œuvres protégées pour alimenter leurs systèmes d’IA.
Pourquoi Michael Miller parle-t-il de « monstres » ?
La formule est volontairement brutale. Elle traduit l’idée que les réseaux sociaux auraient cessé d’être de simples intermédiaires techniques pour devenir des acteurs capables d’orienter fortement l’attention, les croyances et les comportements. Lors de son intervention, Michael Miller a associé ces plateformes à la désinformation, à la polarisation et à une atteinte plus large à la cohésion sociale mondiale.
Son inquiétude porte particulièrement sur les mineurs. Les enfants et les adolescents évoluent dans des services conçus pour sélectionner et recommander en continu des contenus susceptibles de retenir leur attention. Ce tri est effectué par des algorithmes, c’est-à-dire des systèmes qui classent les publications en fonction de nombreux signaux, tels que les vidéos regardées, les comptes suivis ou les interactions passées.
Le problème soulevé par le dirigeant n’est donc pas uniquement l’existence de contenus trompeurs ou choquants. C’est leur circulation et leur amplification personnalisée. Lorsqu’un utilisateur regarde, partage ou commente souvent un type de publication, les recommandations peuvent lui présenter davantage de contenus comparables. Michael Miller y voit un mécanisme susceptible d’enfermer les jeunes dans des bulles informationnelles, où les messages simplistes et biaisés prennent une place disproportionnée.
| Risque mis en avant par Michael Miller | Mécanisme qu’il met en cause | Conséquence redoutée |
|---|---|---|
| Désinformation | Diffusion et recommandation de contenus biaisés | Une compréhension déformée des faits |
| Isolement informationnel | Bulles de contenus similaires | Une exposition réduite à des points de vue différents |
| Radicalisation individuelle | Répétition de messages simplistes | La vulnérabilité de personnes déjà fragiles |
| Atteinte aux mineurs | Ciblage et influence des algorithmes | Des contenus pouvant nuire aux enfants et adolescents |
Le mot « radicalisation » est employé ici dans un sens ciblé. Michael Miller n’évoque pas nécessairement un phénomène massif et uniforme, mais la manière dont certaines personnes peuvent adopter des récits simplificateurs et perdre l’habitude de confronter leurs convictions à des perspectives contradictoires. Son propos s’inscrit dans un débat international sur la responsabilité des plateformes dans la modération, la recommandation et la protection des publics les plus jeunes.
L’interdiction aux moins de 16 ans, pierre angulaire du débat australien
L’Australie se prépare à mettre en œuvre une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Michael Miller a rappelé que cette mesure devra être appliquée lorsqu’elle entrera en vigueur, en décembre 2025. News Corp Australia a soutenu cette orientation, qui place le pays parmi les États les plus volontaristes sur l’accès des mineurs aux grandes plateformes.
Il importe de comprendre ce que recouvre une telle disposition. Le sujet n’est pas une interdiction générale d’internet pour les adolescents. Il s’agit d’imposer aux services concernés de prendre des mesures pour empêcher les moins de 16 ans de détenir ou de créer un compte. Les modalités pratiques, notamment l’estimation ou la vérification de l’âge, soulèvent toutefois des questions importantes de faisabilité, de respect de la vie privée et d’efficacité.
Pour Michael Miller, ces difficultés ne doivent pas servir de prétexte à l’inaction. Sa position repose sur une logique de précaution : si des plateformes disposent de moyens techniques et commerciaux considérables pour capter l’attention de leurs utilisateurs, elles doivent aussi être capables de mettre en place des protections crédibles pour les mineurs.
Cette approche déplace une part essentielle de la responsabilité. Au lieu de faire reposer exclusivement la sécurité numérique sur les familles ou les établissements scolaires, elle demande aux entreprises qui conçoivent et administrent les services d’assumer un rôle direct. Cela ne rend pas inutile l’accompagnement parental ou l’éducation aux médias, mais cela refuse de présenter ces derniers comme les seules réponses possibles.
Des règles comparables pour les plateformes et les télécoms
Dans son discours, Michael Miller s’est appuyé sur le cas d’Optus, entreprise australienne de télécommunications récemment tenue de rendre des comptes après une panne de service. Il a interrogé ce qu’il considère comme une incohérence réglementaire : pourquoi une entreprise de télécommunications pourrait-elle être soumise à des exigences strictes, alors que les grandes plateformes de réseaux sociaux échapperaient, selon lui, à une responsabilité équivalente malgré leurs effets sur le débat public et les jeunes utilisateurs ?
Sa question ne signifie pas que télécoms et réseaux sociaux exercent exactement le même métier. Les premiers assurent des infrastructures de communication, les seconds organisent principalement la publication, la circulation et la recommandation de contenus. Mais le président de News Corp Australia considère que leur poids dans la vie quotidienne et leur capacité à affecter la société justifient un niveau d’obligation plus élevé pour les plateformes.
Le contraste réglementaire dénoncé par Michael Miller
Télécommunications
- Optus est cité comme exemple d’entreprise tenue de rendre des comptes après une panne de service.
- Les opérateurs sont, selon Michael Miller, soumis à des règles strictes.
- Leur responsabilité est plus clairement établie dans le cadre national.
- Le dirigeant y voit un niveau d’exigence dont les plateformes devraient s’inspirer.
Grandes plateformes
- Elles influencent la diffusion et la recommandation de contenus auprès des jeunes.
- Michael Miller estime qu’elles échappent encore à une responsabilité suffisante.
- Il demande qu’elles respectent pleinement les lois australiennes.
- L’interdiction pour les moins de 16 ans doit leur imposer des obligations concrètes dès décembre 2025.
Cette comparaison révèle le cœur de son argument : une entreprise ne devrait pas pouvoir invoquer son statut de société technologique pour se soustraire aux règles du pays où elle opère. Michael Miller affirme ainsi que les entreprises américaines ou étrangères présentes en Australie doivent respecter les lois australiennes, comme tout autre acteur économique.
Une bataille aussi menée sur le droit d’auteur et l’IA
L’intervention du dirigeant ne porte pas seulement sur les réseaux sociaux. Elle vise également les projets de certaines entreprises technologiques qui souhaitent faire évoluer le droit d’auteur australien afin de pouvoir utiliser des contenus protégés dans le développement de systèmes d’intelligence artificielle, sans compensation pour leurs créateurs ou éditeurs.
Les modèles d’IA générative sont entraînés à partir de très grandes quantités de textes, d’images, de sons ou de vidéos. Le débat juridique porte notamment sur les conditions dans lesquelles ces corpus peuvent inclure des œuvres protégées. Les titulaires de droits demandent une autorisation, une rémunération ou, à défaut, une transparence sur les contenus utilisés. Les entreprises technologiques, elles, mettent souvent en avant les bénéfices économiques et scientifiques de l’IA ainsi que la nécessité de disposer de données abondantes.
Michael Miller rejette cette dernière logique lorsqu’elle conduit à utiliser du contenu journalistique sans paiement. Il qualifie une telle évolution de légitimation du vol et conteste l’idée selon laquelle elle serait nécessaire pour attirer de vastes investissements en Australie. Pour lui, promettre des retombées économiques ne peut justifier un transfert de valeur des producteurs de contenus vers les entreprises qui entraînent ou commercialisent des systèmes d’IA.
La formule s’inscrit dans une critique plus large du modèle économique des plateformes. Michael Miller estime que les médias ont déjà vu une part importante de la valeur publicitaire migrer vers les grands acteurs numériques. L’utilisation gratuite de leurs archives, articles et images pour entraîner l’IA constituerait, à ses yeux, une nouvelle phase de cet affaiblissement.
Le rôle revendiqué par les médias d’information
Face à la désinformation, Michael Miller appelle les médias traditionnels à faire front commun. « Le rôle de la presse doit consister à fournir des informations basées sur des faits », a-t-il déclaré. L’objectif affiché est de préserver l’intégrité, la crédibilité et la pertinence de l’information professionnelle dans un environnement où les contenus viraux circulent beaucoup plus vite que les vérifications journalistiques.
Cette défense du journalisme répond aussi à un intérêt économique évident pour News Corp Australia, groupe de presse. C’est pourquoi il faut distinguer deux dimensions dans son discours. D’un côté, il met en avant une fonction démocratique de la presse : enquêter, vérifier, contextualiser et corriger. De l’autre, il défend le droit des éditeurs à être rémunérés lorsque leur travail est exploité par des plateformes ou des systèmes d’IA.
Ces deux dimensions ne sont pas contradictoires. Un média qui ne peut plus financer ses rédactions dispose de moins de moyens pour produire une information originale, notamment locale ou d’investigation. Mais la réponse réclamée par Michael Miller suppose aussi que les médias conservent la confiance du public, par la rigueur de leurs méthodes et par une distinction nette entre information, analyse et opinion.
Lorsqu’il affirme que le secteur partage « un combat commun », il invite les éditeurs à ne pas négocier chacun séparément face aux grands groupes technologiques. L’enjeu est de défendre collectivement la valeur des contenus professionnels, qu’il s’agisse d’articles, de photographies, de vidéos ou de bases d’archives.
Ce qu’il faut surveiller d’ici décembre 2025
La première épreuve sera l’application effective de l’interdiction pour les moins de 16 ans. Son succès dépendra de la capacité des plateformes à empêcher réellement l’accès des mineurs, sans multiplier les atteintes à la vie privée ni créer des procédures impossibles à utiliser pour les familles. Il faudra également observer quelles plateformes seront concernées et comment les autorités évalueront les dispositifs mis en place.
Le second dossier est celui de la responsabilité des entreprises technologiques. L’appel de Michael Miller pose une question appelée à durer : quelles obligations doivent accompagner le pouvoir de recommandation et de distribution de contenus à l’échelle de centaines de millions, voire de milliards d’utilisateurs ? Les réponses peuvent porter sur la sécurité des mineurs, la transparence des systèmes, la modération ou les recours offerts aux citoyens.
Enfin, la discussion australienne sur le droit d’auteur et l’IA sera déterminante pour les médias comme pour les créateurs. Entre l’accès des entreprises d’IA aux données et la rémunération des ayants droit, le choix d’un cadre légal dessinera une partie des rapports de force dans l’économie culturelle et informationnelle. C’est cette convergence entre protection des enfants, souveraineté réglementaire et valeur des contenus que Michael Miller a voulu placer au centre du débat.
Questions fréquentes
Pourquoi News Corp Australia qualifie-t-il les réseaux sociaux de monstres ?
Michael Miller emploie cette formule pour dénoncer les effets qu’il attribue aux plateformes sur les enfants et sur la cohésion sociale. Il met en cause la désinformation, la recommandation algorithmique de contenus biaisés et la formation de bulles informationnelles. Il considère que ces mécanismes peuvent rendre certains jeunes plus vulnérables à des messages simplistes ou nuisibles.
Les réseaux sociaux seront-ils interdits aux moins de 16 ans en Australie ?
L’Australie prévoit d’appliquer en décembre 2025 une interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. La mesure vise les plateformes concernées, qui devront empêcher les mineurs de détenir ou de créer un compte. Elle ne correspond pas à une interdiction générale d’internet, mais son application pratique soulève la question de l’estimation de l’âge.
Que reproche Michael Miller aux algorithmes des réseaux sociaux ?
Le président exécutif de News Corp Australia reproche aux algorithmes de favoriser des contenus susceptibles de retenir l’attention, y compris lorsqu’ils sont biaisés ou simplificateurs. Selon lui, cette logique peut enfermer les utilisateurs, en particulier les jeunes, dans des environnements où ils voient moins de points de vue différents et davantage de contenus similaires.
Quel lien y a-t-il entre le droit d’auteur et l’intelligence artificielle ?
Les systèmes d’IA générative sont développés à partir de très grands volumes de textes, d’images et d’autres œuvres. Michael Miller s’oppose à une modification du droit australien qui autoriserait l’utilisation de contenus protégés sans compensation. Il estime que les éditeurs et créateurs doivent conserver la maîtrise et la valeur économique de leurs œuvres.
Que demande Michael Miller aux médias face aux plateformes ?
Il appelle les médias à agir de manière unie pour défendre leurs contenus et leur rôle dans le débat public. Pour lui, la presse doit se distinguer en produisant des informations fondées sur des faits. Il estime aussi que les éditeurs ne doivent pas laisser les plateformes ou les entreprises d’IA exploiter gratuitement leur travail journalistique.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- News Corp Australia, site institutionnelwww.newscorpaustralia.com
- Melbourne Press Club, organisation ayant accueilli l’interventionwww.melbournepressclub.com
- Législation australienne, Online Safety Amendment (Social Media Minimum Age) Act 2024www.legislation.gov.au/Details/C2024A00126
- eSafety Commissioner, autorité australienne de sécurité en lignewww.esafety.gov.au



