Étude Green IT : l’empreinte environnementale de l’IA multipliée par sept d’ici 2030
Présentée le 30 septembre 2026 au salon Produrable à Paris, la deuxième analyse de cycle de vie de l’association Green IT évalue l’empreinte mondiale des infrastructures d’IA. Elle prévoit 176 gigawatts de puissance installée et 1 169 térawattheures consommés en 2030, soit sept fois plus qu’en 2025. Les auteurs appellent les pouvoirs publics à un plan de sobriété.

L’association Green IT a présenté le 30 septembre 2026, au salon Produrable à Paris, la deuxième édition de son analyse de cycle de vie des infrastructures mondiales d’intelligence artificielle. Son verdict tient en un multiplicateur : sept. Entre 2025 et 2030, la consommation d’électricité, les émissions et les dommages environnementaux de l’IA seraient multipliés par sept, pour atteindre 176 gigawatts de puissance installée, soit environ 42 % de la capacité nucléaire mondiale actuelle. Les auteurs, Auban Derreumaux et Laure Alfonsi, accompagnés du fondateur de l’association Frédéric Bordage, demandent aux pouvoirs publics un plan de sobriété pour contenir l’offre.
Une analyse de cycle de vie, pas un simple comptage d’électricité
La plupart des estimations publiées sur l’IA se limitent à l’électricité consommée par les centres de données. Green IT revendique une approche plus large : une analyse de cycle de vie multicritères, qui suit les serveurs et les infrastructures depuis l’extraction des matériaux jusqu’à la fin de vie, sur 16 indicateurs environnementaux et sanitaires. Le périmètre couvre les serveurs et les centres de données dédiés à l’IA dans le monde ; il exclut les terminaux des utilisateurs, téléphones et ordinateurs, et les réseaux. L’association affirme qu’il s’agit de la seule analyse de ce type menée à cette échelle.
Les chiffres clés de 2025 à 2030
Le tableau ci-dessous reprend les principales valeurs de l’étude pour l’année de référence et pour sa projection.
| Indicateur | 2025 | 2030 (projection) |
|---|---|---|
| Électricité consommée | 174 TWh | 1 169 TWh |
| Puissance installée | 24 GW (environ 27 réacteurs de 900 MW) | 176 GW (environ 196 réacteurs) |
| Parc de processeurs graphiques | plus de 13 millions | environ 25 millions |
| Nombre de serveurs | 1,9 million | 6,2 millions |
| Puissance moyenne d’un processeur graphique | environ 700 W | plus de 2 000 W |
| Émissions de gaz à effet de serre | 99 millions de tonnes équivalent CO2 | 636 millions de tonnes |
| Part de la phase d’usage dans les impacts | 92 % | 96 % |
Deux comparaisons donnent l’échelle. Les 176 GW de 2030 représentent trois fois la puissance du parc nucléaire français. Les 636 millions de tonnes d’équivalent CO2 sont comparables à l’empreinte carbone de la France entière. La consommation d’eau atteindrait 218 milliards de mètres cubes, soit 54 fois la consommation d’eau douce du pays. Cette eau sert au refroidissement des machines, mais surtout à la production de l’électricité qui les alimente, ce que seule une analyse de cycle de vie fait apparaître.
Le levier principal est identifié sans ambiguïté : 96 % des impacts proviennent de la production de l’électricité qui alimente les machines, et non de leur fabrication. La répartition géographique pèse donc lourd. L’étude situe l’essentiel des capacités aux États-Unis (environ 40 %) et en Chine (30 %, avec 58 % d’électricité produite à partir du charbon), l’Europe comptant pour 15 %. Cette dépendance au mix électrique rejoint les constats du débat sur l’IA et la décarbonation ouvert en 2025.
Deux tiers des dommages ne sont pas climatiques
C’est l’apport le plus original de l’étude. En 2030, le réchauffement global ne représenterait que 35 % des impacts totaux. Viennent ensuite l’eutrophisation des eaux douces (24 %), c’est-à-dire leur asphyxie par excès de nutriments, l’épuisement des ressources abiotiques, minérales et fossiles (19 %), et la pollution par les particules fines (15 %). Un serveur d’IA haute performance mobilise 19 kilogrammes de matériaux rares, contre 7 pour un serveur standard, ce qui explique que ces machines pèsent pour 45 % de l’épuisement des ressources. Sur le plan sanitaire, l’étude évalue le nombre de cas de maladies attribuables à ces pollutions à 3 217 en 2025 et 20 639 en 2030, à partir des indicateurs sanitaires de la méthode, dont l’exposition aux particules fines.
« Deux tiers des impacts de l’IA ne sont pas des émissions de gaz à effet de serre », résument les auteurs. Autrement dit, décarboner l’électricité réduirait le problème climatique sans régler la question de l’eau, des matériaux ni des particules.
L’Europe dépasserait son budget soutenable
Pour rendre ces masses lisibles, Green IT les rapporte au « budget soutenable », c’est-à-dire la part des limites planétaires que peut s’allouer une population sans compromettre les équilibres. En 2025, l’IA mondiale consommait déjà l’équivalent de 22 % du budget annuel soutenable de toute l’Union européenne. En 2030, elle en absorberait 156 %, soit le budget de 645 millions de personnes, 1,4 fois la population de l’Union. « Notre étude révèle que le développement de l’IA est insoutenable. Nous devons faire des choix », a déclaré Laure Alfonsi, ingénieure spécialiste du numérique et de l’IA et coautrice, en avertissant que les conséquences seraient irréversibles.
Ce que l’étude établit et ce qu’elle laisse ouvert
Ce que l’étude établit
- Une méthode d’analyse de cycle de vie sur 16 indicateurs, au-delà du seul CO2
- 96 % des impacts liés à la production d’électricité, donc au mix énergétique
- Deux tiers des dommages hors climat : eau, ressources, particules fines
- Un dépassement du budget soutenable européen dès 2030 si la trajectoire se poursuit
Ce qu’elle laisse ouvert
- Des projections fondées sur la poursuite de la trajectoire actuelle
- Un périmètre qui exclut les terminaux des utilisateurs et les réseaux
- Des hypothèses sur les puces, les délais de construction et l’efficacité
- L’effet d’une décarbonation plus rapide du mix électrique
Quotas, bonus-malus, écoconception : les mesures réclamées
L’association ne s’arrête pas au constat. Elle demande aux pouvoirs publics un plan de sobriété agissant sur l’offre : un encadrement strict des centres de données par des quotas de surface, une obligation d’écoconception pour les solutions hébergées en France et en Europe, un bonus-malus ou une taxation ciblant les installations alimentées aux énergies fossiles, et un marquage des services qui utilisent l’IA, dans l’esprit du règlement européen sur l’IA. Ce marquage rendrait visible, pour l’utilisateur, le moment où une fonction fait appel à un modèle, et donc à une infrastructure énergivore. Frédéric Bordage va plus loin et évoque l’interdiction des applications jugées futiles, des quotas d’énergie et une taxation carbone. Green IT plaide aussi pour une « filière française d’excellence » capable de concevoir des modèles moins gourmands.
Côté usages, le message se veut simple : renoncer à l’IA quand elle n’apporte rien, préférer les modèles légers et limiter les requêtes inutiles. La formule retenue par les auteurs : « l’IA, c’est comme les antibiotiques, ce n’est pas automatique ». Ces recommandations prolongent les pistes déjà explorées pour maîtriser le coût énergétique de l’IA en entreprise.
Comment lire ces projections ?
Une projection n’est pas une prévision. Les chiffres de 2030 décrivent ce qui se passerait si la trajectoire actuelle se poursuivait : des processeurs toujours plus puissants, un parc qui double, un mix électrique qui évolue lentement. Ils dépendent d’hypothèses sur les commandes de puces, les délais de construction et les gains d’efficacité, que l’étude ne peut qu’estimer. Le périmètre choisi, qui exclut les terminaux et les réseaux, tend par ailleurs à sous-estimer l’empreinte totale du numérique, pas à la gonfler.
Reste que le mouvement de fond est visible sur le terrain. Les annonces de centres de données de plusieurs centaines de mégawatts se succèdent, comme le site de 165 MW ouvert par Cerebras en Finlande en septembre. L’étude de Green IT arrive au moment où la France et l’Europe cherchent à attirer ces investissements : elle pose la question de ce que ces pays acceptent de consommer, d’eau et d’électricité, pour les accueillir.
Questions fréquentes
Combien d’électricité l’IA consommera-t-elle en 2030 selon Green IT ?
L’étude projette 1 169 térawattheures en 2030, contre 174 en 2025, pour une puissance installée de 176 gigawatts, soit environ 42 % de la capacité nucléaire mondiale actuelle ou trois fois le parc nucléaire français. Ces chiffres couvrent les serveurs et les centres de données dédiés à l’IA dans le monde, hors terminaux des utilisateurs et réseaux.
Pourquoi l’impact de l’IA ne se limite-t-il pas au CO2 ?
Parce que l’analyse de cycle de vie mesure 16 indicateurs. En 2030, le réchauffement global ne pèserait que 35 % des impacts totaux. Le reste vient de l’eutrophisation des eaux douces (24 %), de l’épuisement des ressources minérales et fossiles (19 %) et des particules fines (15 %). Un serveur d’IA mobilise 19 kg de matériaux rares contre 7 kg pour un serveur standard.
Que propose Green IT pour limiter l’empreinte de l’IA ?
Un plan de sobriété agissant sur l’offre : quotas de surface pour les centres de données, écoconception obligatoire des solutions hébergées en France et en Europe, bonus-malus ou taxation des installations alimentées aux énergies fossiles, marquage des services utilisant l’IA, et une filière française de modèles frugaux. Frédéric Bordage évoque aussi l’interdiction d’applications jugées futiles.
Un utilisateur peut-il réduire l’empreinte de ses usages de l’IA ?
Oui, à son échelle. Les auteurs recommandent de renoncer à l’IA quand elle n’apporte pas de bénéfice réel, de préférer les modèles légers aux modèles de pointe pour les tâches simples et de limiter les requêtes inutiles. Ils résument leur conseil par une formule : « l’IA, c’est comme les antibiotiques, ce n’est pas automatique ».
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- IA : des impacts insoutenables, multipliés par 7 d’ici 2030, Green IT, 30 septembre 2026www.greenit.fr/2026/09/30/ia-des-impacts-insoutenables-multiplies-par-7-dici-2030
- IA : son empreinte environnementale pourrait être multipliée par sept d’ici 2030, We Demain, 30 septembre 2026www.wedemain.fr/societe-de-demain/nouvelles-technologies/ia-son-empreinte-environnementale-pourrait-etre-multipliee-par-sept-dici-2030-1157558
- Produrable 2026 : l’essor de l’IA se heurte aux limites planétaires, L’Hémicycle, 30 septembre 2026lhemicycle.com/2026/09/30/produrable-2026-lessor-de-lia-se-heurte-aux-limites-planetaires
- L’IA va dévorer 42 % de la capacité nucléaire mondiale d’ici 2030, L’EnerGeek, 30 septembre 2026lenergeek.com/2026/09/30/environnement-ia-va-devorer-42-capacite-nucleaire-mondiale-ici-2030



