Chrome : l’offre de 34,5 milliards de Perplexity face au risque antitrust
Perplexity a formulé une offre de 34,5 milliards de dollars pour racheter Chrome à Google. Cette initiative survient alors qu’un juge fédéral américain a conclu que Google détenait illégalement un monopole dans la recherche, ouvrant la voie à de possibles remèdes incluant la cession du navigateur.

L’offre paraît hors norme par son montant comme par son auteur. Perplexity, une start-up connue pour son moteur de recherche assisté par intelligence artificielle, propose 34,5 milliards de dollars à Google pour acquérir Chrome. Mais cette proposition ne signifie pas que Google cherche à vendre son navigateur, ni même qu’une transaction est en cours. Elle intervient surtout à un moment où la justice américaine examine les moyens de remédier au monopole de Google dans la recherche en ligne.
Pour Perplexity, récupérer Chrome placerait un outil utilisé quotidiennement pour accéder au web sous la responsabilité d’un opérateur indépendant. Google, de son côté, se retrouve au cœur d’un dossier antitrust majeur susceptible de modifier ses accords de distribution, sa gestion des données de recherche et, potentiellement, la propriété de certains actifs. Entre offre industrielle, stratégie de communication et procédure judiciaire, il faut distinguer ce qui est proposé de ce qui pourrait réellement être imposé.
Une offre de 34,5 milliards de dollars, pas un projet de vente de Google
L’initiative vient de Perplexity, et non de Google. La société a formulé une offre de 34,5 milliards de dollars pour acheter Chrome et en faire un navigateur géré indépendamment. Elle présente cette piste comme un moyen de défendre le web ouvert, la liberté de choix des utilisateurs et la continuité du service pour les personnes qui utilisent déjà Chrome.
Google n’a pas annoncé la mise en vente de son navigateur. Une offre, même très élevée, ne crée donc aucune obligation d’accepter. Sa portée dépend largement du procès antitrust qui oppose Google au gouvernement américain et à plusieurs États. C’est la décision sur les remèdes qui pourrait, ou non, changer les paramètres du débat.
| Date | Événement | Ce que cela implique pour Chrome |
|---|---|---|
| Août 2024 | Le juge fédéral Amit Mehta conclut que Google a illégalement maintenu un monopole dans la recherche générale. | Le dossier passe à une phase consacrée aux mesures correctives. |
| Novembre 2024 | Le Department of Justice, ou DOJ, propose un ensemble de remèdes. | La cession de Chrome figure parmi les mesures demandées. |
| Avril et mai 2025 | Des audiences se tiennent sur les remèdes susceptibles d’être imposés à Google. | Le tribunal examine les conséquences concrètes des options proposées. |
| Août 2025 | Perplexity propose 34,5 milliards de dollars pour Chrome. | L’offre donne un nom et un montant à l’hypothèse d’un navigateur séparé de Google. |
Pourquoi Chrome est-il au centre du dossier Google ?
Un navigateur web n’est pas un simple logiciel permettant d’ouvrir des pages. Il constitue l’une des principales portes d’entrée vers les moteurs de recherche, les services en ligne, la publicité et les usages d’intelligence artificielle sur le web. Lorsqu’un internaute saisit une requête dans la barre d’adresse de Chrome, le moteur configuré par défaut reçoit une occasion très directe de répondre à cette recherche.
Chrome s’inscrit dans un ensemble beaucoup plus large chez Google. Le navigateur est étroitement lié à son moteur de recherche, mais aussi à des services tels que la synchronisation des favoris et des mots de passe, les extensions, les mises à jour de sécurité et l’écosystème Android. Cette intégration explique pourquoi une séparation éventuelle serait complexe à mettre en œuvre.
Dans son jugement rendu en août 2024, le juge Amit Mehta a estimé que Google avait enfreint les règles antitrust américaines en maintenant illégalement son monopole sur les services de recherche générale. La décision met notamment en cause les accords permettant à Google d’être installé comme moteur de recherche par défaut sur de nombreux appareils et navigateurs, ainsi que les mécanismes qui consolident cette position dominante.
Le point essentiel est le suivant : le procès ne repose pas sur l’idée que Chrome serait, par nature, illégal. Il porte sur la manière dont la position de Google dans la recherche est préservée et renforcée par ses canaux de distribution. Chrome est envisagé comme un levier potentiel pour rétablir de la concurrence, parce qu’il donne accès à un très grand nombre de recherches.
Ce que réclame le Department of Justice américain
Après le constat de responsabilité de Google, le procès est entré dans sa phase dite des remèdes. Il ne s’agit plus seulement de déterminer si une violation a eu lieu, mais de décider quelles mesures peuvent empêcher sa répétition et restaurer des conditions de concurrence.
Le DOJ a proposé des mesures particulièrement ambitieuses. Parmi elles figurent la séparation de Chrome, des restrictions sur les accords qui installent Google par défaut dans l’environnement Android, ainsi que des obligations de partage de certaines données de recherche avec des concurrents. L’objectif affiché est de limiter les avantages que Google retire de sa position installée dans les points d’accès au web.
Une cession de Chrome serait le remède le plus spectaculaire, mais aussi l’un des plus difficiles. Le tribunal doit considérer sa nécessité, son efficacité et ses conséquences. Une mesure antitrust n’a pas vocation à punir une entreprise pour sa taille : elle doit répondre aux pratiques jugées anticoncurrentielles et améliorer durablement le fonctionnement du marché.
Cela explique pourquoi une offre comme celle de Perplexity est politiquement et économiquement notable, sans préjuger de l’issue judiciaire. Elle suggère qu’un acquéreur potentiel se dit prêt à gérer Chrome hors de Google. Elle ne répond pas, à elle seule, à toutes les questions techniques, juridiques et financières qu’une séparation imposée soulèverait.
Ce que Perplexity promettrait aux utilisateurs de Chrome
Perplexity affirme vouloir préserver la continuité pour les utilisateurs. Dans l’hypothèse où elle deviendrait propriétaire de Chrome, la société a indiqué qu’elle conserverait Google comme moteur de recherche par défaut, tout en laissant aux utilisateurs la possibilité de modifier ce réglage.
Cette précision est importante. Elle signifie qu’un changement de propriétaire ne conduirait pas automatiquement à remplacer Google par le moteur de Perplexity dans la barre d’adresse de Chrome. En pratique, les internautes pourraient continuer à retrouver un fonctionnement familier, tout en gardant la possibilité de choisir un autre moteur, comme c’est déjà le cas dans les paramètres du navigateur.
Perplexity met également en avant la sécurité des utilisateurs. Cette promesse doit être lue à l’aune de la responsabilité considérable qu’implique un navigateur : déployer rapidement les correctifs contre les failles, protéger les comptes synchronisés, assurer la compatibilité avec les sites et maintenir les outils destinés aux développeurs. Posséder Chrome ne revient pas uniquement à reprendre une marque ou une interface, c’est exploiter une infrastructure logicielle critique.
Chrome chez Google ou sous propriétaire indépendant
Chrome reste chez Google
- Le navigateur demeure intégré aux services, aux comptes et à l’écosystème Google.
- Google conserve un accès direct à un canal majeur de distribution de la recherche.
- Les remèdes antitrust pourraient limiter certains accords de recherche par défaut.
- La continuité technique repose sur l’organisation actuelle de Chrome et Chromium.
Chrome géré indépendamment
- Perplexity propose une acquisition à hauteur de 34,5 milliards de dollars.
- Google resterait le moteur de recherche par défaut selon l’engagement annoncé.
- Le nouvel opérateur devrait assurer mises à jour, sécurité et continuité des services.
- Le soutien à Chromium devrait être préservé pour les autres navigateurs qui l’utilisent.
Chromium, l’infrastructure à ne pas confondre avec Chrome
L’un des engagements avancés par Perplexity concerne le maintien du soutien à Chromium. La nuance est essentielle. Chrome est le navigateur commercial de Google, avec ses services intégrés et ses éléments propres. Chromium est le projet open source sur lequel Chrome repose en grande partie.
Ce socle logiciel est utilisé par d’autres navigateurs, notamment Microsoft Edge et Opera. Il fournit une base commune pour afficher les pages web, exécuter les applications en ligne, gérer les extensions et appliquer de nombreuses évolutions de sécurité. Son développement influe donc sur une part importante de l’écosystème des navigateurs.
Un propriétaire indépendant de Chrome devrait préserver ce rôle sans déstabiliser les autres acteurs qui s’appuient sur Chromium. C’est l’une des raisons pour lesquelles le sujet dépasse largement le sort d’un seul logiciel. Une modification de la gouvernance, du financement ou du rythme de développement de Chromium pourrait avoir des répercussions sur les développeurs, les éditeurs de sites et les entreprises qui fabriquent des navigateurs.
Une opération qui poserait des questions très concrètes
Même si Google acceptait l’offre, ou si une cession était ordonnée par la justice, il resterait de nombreux éléments à clarifier. La valeur de 34,5 milliards de dollars ne résume pas les difficultés d’une telle opération.
La première concerne le périmètre. Que comprendrait exactement une vente de Chrome ? Le code, les équipes, les systèmes de mise à jour, les accords de distribution, les données associées aux services de synchronisation et les outils de sécurité ne forment pas nécessairement un bloc simple à transférer. Le respect de la vie privée et la protection des comptes imposeraient une transition particulièrement encadrée.
La deuxième question porte sur la relation avec Google après une éventuelle vente. Perplexity prévoit de maintenir Google comme moteur par défaut, mais les futurs accords devraient être examinés à la lumière des mesures imposées dans le dossier antitrust. La justice cherche précisément à éviter que certains mécanismes de distribution ne ferment l’accès du marché aux concurrents.
Enfin, l’acquéreur devrait démontrer qu’il peut financer et opérer un navigateur à très grande échelle dans la durée. Les utilisateurs attendent des mises à jour fréquentes, une compatibilité stable et des réponses rapides face aux vulnérabilités. La promesse d’indépendance doit donc s’accompagner de garanties opérationnelles solides.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois
Le premier élément décisif sera la décision du juge Amit Mehta sur les remèdes. Elle dira si Chrome doit rester pleinement au sein de Google, si d’autres restrictions suffisent à modifier le marché de la recherche ou si une séparation devient nécessaire. Le tribunal peut retenir, modifier ou écarter les propositions présentées par les différentes parties.
Il faudra également observer la réaction formelle de Google à l’offre de Perplexity. Une vente volontaire d’un actif aussi stratégique aurait des conséquences majeures sur la stratégie du groupe dans la recherche, la publicité et l’intelligence artificielle. À ce stade, l’existence de l’offre ne permet pas de conclure qu’un accord est proche.
Enfin, le débat rappelle que la concurrence dans la recherche ne se joue pas seulement sur la qualité d’une page de résultats ou d’un assistant conversationnel. Elle dépend aussi de l’endroit où les internautes commencent leur navigation, des réglages par défaut et des choix techniques qui organisent l’accès au web. Chrome est devenu l’un des symboles les plus visibles de cette bataille pour la distribution.
Questions fréquentes
Perplexity a-t-elle vraiment proposé 34,5 milliards de dollars pour Chrome ?
Oui. En août 2025, Perplexity a formulé une offre de 34,5 milliards de dollars pour acquérir le navigateur Chrome auprès de Google. Il s’agit d’une offre non sollicitée : Google n’avait pas annoncé vouloir vendre Chrome. Son existence ne signifie donc ni qu’un accord a été trouvé, ni qu’une vente est imminente.
Pourquoi Google pourrait-il être contraint de vendre Chrome ?
Cette hypothèse découle du procès antitrust américain sur la recherche en ligne. En août 2024, le juge Amit Mehta a conclu que Google avait illégalement maintenu un monopole. Lors de la phase consacrée aux remèdes, le Department of Justice a notamment demandé la cession de Chrome pour favoriser la concurrence.
Google a-t-il déjà accepté l’offre de Perplexity pour Chrome ?
Non. Au 13 août 2025, aucune acceptation de l’offre n’était annoncée. Google n’a pas mis Chrome en vente. La procédure judiciaire peut exercer une pression considérable sur l’entreprise, mais seul le tribunal décidera des remèdes antitrust applicables, et une transaction nécessiterait ensuite de nombreuses précisions pratiques.
Perplexity remplacerait-elle Google dans la barre de recherche de Chrome ?
Pas selon les engagements annoncés par Perplexity. La start-up a indiqué qu’elle maintiendrait Google comme moteur de recherche par défaut dans Chrome, tout en permettant aux utilisateurs de modifier ce choix. Une éventuelle cession ne transformerait donc pas automatiquement Chrome en porte d’entrée vers le moteur de Perplexity.
Quelle différence y a-t-il entre Chrome et Chromium ?
Chrome est le navigateur distribué par Google aux utilisateurs. Chromium est le projet open source qui sert de base technique à Chrome et à d’autres navigateurs, dont Microsoft Edge et Opera. Le maintien de Chromium est important, car ses évolutions de sécurité et de compatibilité concernent un écosystème plus large que Chrome seul.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- CNBC, Perplexity fait une offre de 34,5 milliards de dollars pour Chromewww.cnbc.com
- Department of Justice, victoire dans le dossier antitrust contre Google sur la recherchewww.justice.gov



