Modèles et LLM

Modèles de langage : ce qui change vraiment avec o1, Claude, Gemini et DeepSeek

Les grands modèles de langage progressent vite, avec des systèmes qui ne se limitent plus à rédiger ou résumer des textes. Au 6 mars 2025, o1, Claude 3.7, Gemini 2.0 et DeepSeek-R1 illustrent une course aux capacités de raisonnement, à l’ouverture des modèles et à la fiabilité des réponses.

Chercheuse comparant les réponses de plusieurs modèles de langage sur des écrans de travail.
Illustration : Actu.ai

En quelques années, les grands modèles de langage, ou LLM pour large language models, sont devenus l’une des interfaces les plus visibles de l’intelligence artificielle. Ils peuvent rédiger un courriel, résumer un long document, traduire, produire du code ou dialoguer avec un utilisateur. Mais derrière la facilité apparente d’une conversation se joue une évolution technique rapide : les modèles cherchent désormais moins seulement à répondre vite qu’à mieux traiter les problèmes complexes, tout en devenant plus accessibles.

Au 6 mars 2025, le paysage ne se résume plus à un seul assistant conversationnel. OpenAI, Anthropic, Google, DeepSeek, Meta et Mistral AI proposent des familles de modèles aux objectifs différents. Certains privilégient le raisonnement, d’autres la rapidité, la multimodalité ou la possibilité d’être déployés par une organisation sur ses propres infrastructures. Pour les utilisateurs comme pour les entreprises, l’enjeu est de comprendre ce que ces outils font réellement, et ce qu’ils ne savent toujours pas faire.

Un modèle de langage, qu’est-ce que cela fait réellement ?

Un LLM est un programme entraîné sur de très grands ensembles de textes, et parfois aussi d’images, de sons ou de code. Son principe de base consiste à prédire la suite la plus probable d’une séquence. À partir d’une question, il génère ainsi une réponse mot après mot, en tenant compte du contexte de la conversation.

Cette explication peut sembler modeste, mais l’ampleur de l’entraînement et le nombre de paramètres permettent à ces systèmes de reproduire des formes de raisonnement, de reformulation et de synthèse très utiles. Ils repèrent des régularités dans les langues, les documents techniques, les programmes informatiques ou les échanges de questions-réponses.

Leur fonctionnement ne doit toutefois pas être confondu avec une compréhension humaine. Un modèle ne vérifie pas spontanément chaque fait qu’il avance et ne possède pas, par défaut, une conscience du monde ou de ses propres limites. Il produit avant tout une réponse qui paraît pertinente au regard des données et des consignes reçues.

Les modèles ne sont pas tous conçus pour le même rôle. Les versions compactes visent souvent des réponses rapides et moins coûteuses. Les modèles plus grands peuvent être plus à l’aise sur des consignes nuancées. D’autres, dits multimodaux, analysent à la fois du texte et des images. Enfin, les modèles de raisonnement sont entraînés ou configurés pour consacrer davantage d’étapes de calcul aux tâches difficiles, notamment en mathématiques, en programmation ou en sciences.

Les modèles marquants au 6 mars 2025

Le rythme des annonces rend les comparaisons délicates. Une version peut être proposée en aperçu, réservée à certains abonnements ou accessible uniquement par une interface de programmation. Les noms de modèles ne suffisent donc pas à mesurer leurs capacités pratiques.

Le tableau ci-dessous situe les principales familles évoquées au début de mars 2025. Il ne constitue pas un classement : chaque outil doit être évalué selon l’usage envisagé, la langue, le volume de données et le niveau de contrôle attendu.

Modèle ou familleSituation connue au 6 mars 2025Particularité mise en avantMode de diffusion
OpenAI o1Déployé depuis 2024Raisonnement renforcé pour les tâches complexesService commercial et interfaces d’OpenAI
OpenAI o3 et o3-minio3 présenté en aperçu, o3-mini disponible depuis janvier 2025Nouvelle génération orientée raisonnementAccès progressif selon les versions
Claude 3.7 SonnetAnnoncé en février 2025Raisonnement hybride, contrôlable selon la tâcheService commercial d’Anthropic
Gemini 2.0Famille annoncée fin 2024Multimodalité et usages d’agents IAServices de Google et outils pour développeurs
DeepSeek-R1Publié en janvier 2025Raisonnement et mise à disposition de poids de modèleModèle ouvert et service en ligne
Mistral Small 3Annoncé en janvier 2025Modèle de 24 milliards de paramètres sous licence Apache 2.0Poids accessibles et offres commerciales

Le terme « dernier modèle » peut aussi masquer une distinction essentielle. PaLM 2, par exemple, a joué un rôle important dans la trajectoire de Google, mais les modèles Gemini ont pris le relais dans les annonces récentes du groupe. De même, GPT, Claude, Llama ou Mistral ne désignent pas un unique système immuable : ces familles évoluent par versions, tailles et options d’accès.

Pourquoi le raisonnement devient-il un axe central ?

Pendant longtemps, les progrès visibles des assistants reposaient surtout sur la qualité rédactionnelle, la longueur du contexte ou la capacité à suivre des instructions. La tendance récente porte sur un autre levier : laisser le modèle consacrer plus de temps de calcul à une question avant de répondre.

OpenAI o1 a popularisé cette orientation. Pour certains problèmes, le système peut examiner plusieurs pistes intermédiaires avant de formuler son résultat. L’objectif est d’améliorer les performances sur des tâches où une réponse immédiate est risquée : démonstration mathématique, débogage, planification ou analyse scientifique. Cela ne signifie pas qu’il devient infaillible. Un raisonnement intermédiaire peut partir d’une hypothèse erronée ou aboutir à une conclusion incorrecte.

OpenAI avait présenté o3 et o3-mini en décembre 2024. Au 6 mars 2025, o3 doit être considéré comme un modèle présenté en aperçu, tandis qu’o3-mini a commencé à être proposé en janvier. Cette chronologie est importante : les annonces de performances ne disent pas toujours dans quelles conditions un produit sera accessible au grand public ou aux entreprises.

Anthropic suit une direction comparable avec Claude 3.7 Sonnet, présenté comme un modèle de raisonnement hybride. L’idée est de laisser l’utilisateur privilégier une réponse rapide ou demander au modèle de consacrer davantage d’effort à une tâche. Cette évolution répond à un besoin très concret : un service client n’exige pas le même délai ni le même niveau d’analyse qu’un audit de code ou l’étude d’un contrat.

Les mesures de performance, souvent appelées benchmarks, sont utiles pour suivre les progrès. Elles restent pourtant insuffisantes à elles seules. Un score élevé sur un test de programmation ne garantit ni une bonne maîtrise du français professionnel, ni la fiabilité sur les documents d’une entreprise, ni la capacité à respecter des règles internes. Les évaluations les plus utiles combinent donc tests standardisés et scénarios réels.

Modèles ouverts : une alternative aux services fermés ?

L’essor de DeepSeek-R1, de la famille Llama de Meta et des modèles de Mistral AI illustre l’intérêt grandissant pour des modèles dont les poids peuvent être téléchargés, étudiés ou exécutés sur une infrastructure choisie par l’utilisateur. Pour un laboratoire, une start-up ou une organisation soumise à de fortes exigences de confidentialité, cette possibilité peut être déterminante.

Il faut néanmoins employer les mots avec précision. Un modèle « ouvert » n’est pas automatiquement un logiciel libre au sens strict. L’ouverture peut porter sur les poids, le code, la documentation ou seulement une partie de ces éléments. Les conditions de licence peuvent également varier, notamment pour les usages commerciaux et la redistribution.

DeepSeek-R1 a attiré l’attention par ses capacités de raisonnement et par la publication de ses poids sous licence MIT. Mistral Small 3, modèle de 24 milliards de paramètres, a pour sa part été publié sous licence Apache 2.0. Cette diversité favorise l’expérimentation, le développement de versions spécialisées et la concurrence avec les plateformes propriétaires.

Modèle hébergé par un fournisseur ou modèle à poids ouverts

Service propriétaire dans le cloud

  • Mise en route rapide via une interface ou une API.
  • Infrastructure et mises à jour gérées par le fournisseur.
  • Accès souvent simple aux modèles les plus récents.
  • Données, coûts et conditions d’usage à examiner attentivement.

Modèle à poids ouverts

  • Possibilité d’hébergement sur une infrastructure choisie.
  • Davantage de liberté pour adapter ou étudier le modèle.
  • Contrôle accru, sous réserve des conditions de licence.
  • Matériel, sécurité et maintenance à prendre en charge.

L’ouverture ne fait pas disparaître les difficultés. Héberger un modèle nécessite du matériel informatique adapté, des compétences de déploiement et une politique de sécurité. Affiner un modèle sur des données internes suppose aussi de contrôler la qualité des données, les droits associés et les risques de fuite. Un modèle exécutable localement peut réduire certains transferts vers un fournisseur, mais il transfère davantage de responsabilités à l’organisation qui l’utilise.

Une réponse convaincante peut-elle être fausse ?

Oui. C’est l’une des limites structurelles des LLM. On parle souvent d’« hallucination » lorsqu’un système invente une référence, une date, un chiffre ou une explication avec un ton assuré. Le mot est imagé, mais le problème est réel : le modèle cherche une suite de texte plausible, pas une vérité démontrée.

Cette fragilité est particulièrement importante dans les domaines où la précision prime sur la fluidité, tels que la santé, la finance, le droit ou l’information. Les modèles peuvent aider à préparer un résumé, repérer des éléments dans un dossier ou formuler des hypothèses. Ils ne devraient pas être utilisés comme une autorité autonome pour poser un diagnostic, décider d’un crédit ou interpréter une règle juridique.

Les biais constituent un autre défi. Puisqu’ils apprennent à partir de corpus produits par des humains, les modèles peuvent reproduire des stéréotypes, privilégier certains points de vue ou répondre de manière inégale selon la formulation d’une demande. Ils peuvent aussi être influencés par des instructions trompeuses incluses dans un document ou une page web, un risque particulièrement sensible pour les agents capables de naviguer sur internet ou d’agir sur des outils.

La bonne pratique consiste à organiser une vérification proportionnée au risque : demander les sources lorsqu’elles sont disponibles, confronter les réponses à des documents de référence, limiter les actions automatisées et conserver une validation humaine pour les décisions importantes.

Transparence et provenance : ce que les utilisateurs doivent pouvoir savoir

À mesure que l’IA générative entre dans des secteurs sensibles, la question de la provenance des données prend de l’importance. Elle recouvre au moins deux sujets distincts : savoir d’où viennent les données utilisées pour entraîner un modèle, et pouvoir identifier l’origine d’un contenu généré ou modifié par une IA.

Dans le premier cas, la transparence reste inégale. Les entreprises peuvent publier des informations générales sur leurs méthodes d’entraînement, leurs évaluations de sécurité ou leurs politiques de données, sans détailler tous les corpus utilisés. Dans le second, des métadonnées et des standards de provenance visent à accompagner les images ou les documents créés avec des outils numériques. Ils peuvent aider à retracer l’historique d’un fichier, mais ne constituent pas une garantie absolue : ces informations peuvent être absentes, retirées ou difficilement interprétables.

Pour les entreprises, la transparence ne se résume donc pas à une étiquette « IA ». Elle implique de savoir quelles données sont envoyées au modèle, combien de temps elles sont conservées, si elles servent à l’entraînement, où le service est hébergé et qui peut consulter les résultats. Ces questions sont souvent plus décisives que le seul nom du modèle choisi.

Comment choisir un LLM pour un projet ?

Le modèle le mieux noté n’est pas forcément le plus utile. Un choix pertinent commence par une définition précise du besoin. S’agit-il de rédiger des réponses courtes, d’extraire des informations d’un corpus documentaire, de produire du code, de traduire ou de piloter des actions dans un logiciel ? Les critères changent avec le cas d’usage.

Une méthode simple consiste à tester plusieurs solutions sur un petit jeu d’exemples représentatifs, soigneusement anonymisés si nécessaire. Il faut observer non seulement la qualité de la réponse, mais aussi sa régularité, le temps de réponse, le coût, la capacité à traiter le français et la facilité d’intégration aux outils existants.

Les points à examiner avant un déploiement sont notamment les suivants :

  • la qualité mesurée sur des tâches réellement rencontrées par les utilisateurs ;
  • les règles de confidentialité, de conservation et d’utilisation des données ;
  • les modalités de contrôle humain et de correction des erreurs ;
  • les droits conférés par la licence ou le contrat de service ;
  • les ressources techniques nécessaires, notamment pour un modèle hébergé en interne.

Les étudiants, chercheurs et équipes produits ont un rôle important dans cette phase d’expérimentation. La collaboration entre spécialistes du métier, ingénieurs, juristes et utilisateurs finaux permet d’éviter deux écueils : rejeter l’outil par principe ou le déployer sans garde-fous parce qu’une démonstration paraît impressionnante.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

La trajectoire des LLM se dessine autour de plusieurs tensions. La première oppose l’ambition de systèmes plus capables de raisonner à la nécessité de rendre leurs résultats vérifiables. La deuxième concerne le compromis entre modèles accessibles via le cloud, simples à utiliser, et modèles déployés localement, qui donnent davantage de contrôle mais exigent plus de moyens.

Il faudra également suivre le développement des agents IA. Ces systèmes ne se contentent plus de générer un texte : ils peuvent enchaîner des étapes, consulter des outils ou naviguer dans un environnement numérique. Google a notamment présenté des travaux allant dans cette direction. Cette autonomie potentielle peut accroître la productivité, mais elle rend indispensable la définition de permissions limitées, de journaux d’activité et de mécanismes d’arrêt.

Enfin, les progrès techniques ne régleront pas seuls les questions de confiance. Les utilisateurs auront besoin de modèles performants, mais aussi d’informations compréhensibles sur leurs limites, leurs données et leurs conditions d’utilisation. La valeur durable de ces outils dépendra moins de leur capacité à produire une phrase convaincante que de leur aptitude à assister les humains de façon contrôlable, transparente et responsable.

Questions fréquentes

Quels sont les modèles de langage les plus récents en mars 2025 ?

Au 6 mars 2025, les modèles les plus commentés incluent OpenAI o1 et o3-mini, Claude 3.7 Sonnet, la famille Gemini 2.0, DeepSeek-R1 et Mistral Small 3. Ils ne poursuivent pas tous le même objectif : certains privilégient le raisonnement, d’autres la vitesse, la multimodalité ou l’ouverture des poids du modèle.

Quelle est la différence entre un LLM et un chatbot ?

Un LLM est le moteur linguistique capable de générer et d’analyser du texte. Un chatbot est l’interface conversationnelle qui permet à une personne de l’utiliser. Un même modèle peut alimenter plusieurs chatbots, outils de rédaction, assistants de programmation ou systèmes internes de recherche documentaire.

Les modèles de langage peuvent-ils se tromper malgré des réponses très détaillées ?

Oui. Un modèle peut inventer un fait, une source ou un raisonnement tout en donnant une réponse claire et assurée. La longueur ou la fluidité d’un texte ne prouvent pas son exactitude. Pour la santé, le droit, la finance ou toute décision sensible, il faut vérifier les informations dans des sources fiables et conserver une validation humaine.

Faut-il choisir un modèle open source ou un service comme ChatGPT ou Claude ?

Le choix dépend surtout du contexte. Un service commercial facilite l’accès à des infrastructures puissantes et à des mises à jour régulières. Un modèle à poids ouverts peut offrir plus de contrôle sur l’hébergement et l’adaptation. Dans les deux cas, il faut examiner la confidentialité des données, le coût, la licence, la sécurité et les résultats obtenus sur des cas réels.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, présentation du modèle o1 et de l’approche de raisonnementopenai.com/index/learning-to-reason-with-llms
  2. Anthropic, annonce de Claude 3.7 Sonnetwww.anthropic.com/news/claude-3-7-sonnet
  3. Google, actualités et annonces sur Gemini et l’IAblog.google/technology/ai
  4. DeepSeek, annonce de DeepSeek-R1api-docs.deepseek.com/news/news250120
  5. Mistral AI, annonce de Mistral Small 3mistral.ai/news/mistral-small-3