Régulation et éthique

Affiche retouchée par IA : Juliette de Causans assume un choix de campagne

L’affiche de Juliette de Causans pour les élections européennes de 2024 a suscité des moqueries en raison de retouches réalisées avec l’intelligence artificielle. La candidate les assume, y voyant une façon d’exister dans une campagne où les petites listes peinent à obtenir de la visibilité. L’épisode interroge la frontière entre valorisation de l’image et authenticité politique.

Équipe de campagne comparant un portrait électoral retouché par IA avec une photographie d’origine
Illustration : Actu.ai

Une affiche électorale est conçue pour être vue en quelques secondes. En avril 2024, celle de Juliette de Causans, présidente du parti Europe Égalité Écologie et candidate aux élections européennes, a surtout retenu l’attention pour une autre raison : son visage et sa silhouette ont été jugés très retouchés par de nombreux internautes. Au cœur des réactions, un outil désormais courant dans la production d’images, l’intelligence artificielle.

La candidate ne conteste pas avoir fait modifier son portrait. Elle revendique même ce choix comme une décision de communication destinée à faire exister sa liste dans une campagne dominée par les formations les plus visibles. Mais cette défense ne clôt pas le débat. À mesure que les outils capables de transformer un visage ou un corps deviennent accessibles, la question n’est plus seulement de savoir si une image est « belle ». Elle est aussi de déterminer ce qu’elle donne à croire aux électeurs.

Une affiche dévoilée le 12 avril 2024 et aussitôt commentée

L’affiche de Juliette de Causans a été révélée le 12 avril 2024, pendant la campagne pour les élections européennes du 9 juin. Les réactions sur les réseaux sociaux ont porté sur l’écart perçu entre la candidate et le portrait affiché. Plusieurs commentaires ont pris la forme de moqueries, estimant que les corrections étaient trop visibles.

Le point important est la nature des modifications évoquées. Juliette de Causans n’a pas présenté son affiche comme le produit d’une retouche classique effectuée uniquement avec un logiciel de traitement d’image. Elle a indiqué que les changements avaient été réalisés avec l’aide de l’intelligence artificielle.

Selon ses propres précisions, le travail n’aurait pas consisté à créer de nouveaux éléments. « Sur cette photo, il y a des choses qui ont été enlevées, mais rien n’a été ajouté », a-t-elle déclaré. Les corrections ont notamment concerné l’apparence du ventre ainsi que l’uniformisation du grain de peau.

Cette nuance est centrale dans sa défense. La candidate présente l’opération comme une amélioration de l’existant, et non comme la fabrication d’une personne ou d’une scène fictive. Pour les critiques, en revanche, l’ampleur visuelle de la transformation reste le sujet principal : une image peut ne rien ajouter de factuellement faux tout en donnant une représentation très éloignée du cliché d’origine.

La visibilité, argument central de la candidate

Face aux critiques, Juliette de Causans avance d’abord une explication politique. « C’est le moyen que j’ai trouvé pour faire connaître notre liste, notre projet », a-t-elle déclaré. L’affiche n’est donc pas seulement présentée comme un choix esthétique, mais comme un levier pour attirer l’attention dans une campagne très concurrentielle.

Elle insiste aussi sur les difficultés d’accès aux médias pour les listes situées hors des premières positions. « Aujourd’hui, on n’a le droit qu’à trente secondes de temps de parole à la télévision. Et comme on est plus ou moins neuvième dans les sondages, c’est impossible d’obtenir une interview, on est invités nulle part dans les médias », explique-t-elle.

Cette déclaration traduit un mécanisme familier des campagnes électorales. Les partis et les candidats les mieux installés disposent généralement d’une notoriété antérieure, d’un réseau militant plus étendu et d’une exposition médiatique plus importante. Les autres cherchent des moyens de rendre leur nom, leur visage et leur programme identifiables. Une affiche peut alors devenir un support de différenciation, au même titre qu’un slogan, un clip ou une séquence virale.

Pour autant, l’attention produite par une polémique ne se transforme pas automatiquement en adhésion. Elle peut aider une candidature à sortir de l’anonymat, mais aussi déplacer la discussion : au lieu de porter sur le projet défendu par la liste, le débat se concentre sur la méthode de communication et sur l’apparence de la candidate.

Des retouches déjà présentes dans ses campagnes précédentes

L’épisode de 2024 ne constitue pas une première dans le parcours électoral de Juliette de Causans. La candidate avait déjà été critiquée pour ses visuels lors de précédentes campagnes. Elle y voit aussi la conséquence d’une exigence de qualité dans un espace où l’image est constamment comparée, commentée et repartagée.

PériodeVisuel évoquéÉlément mis en avant par Juliette de Causans ou par les réactions
Élections de 2022Une affiche antérieureLa candidate a décrit une image plus sombre, cadrée de plus près et à moitié floue.
Législatives partielles de 2023Un portrait de campagneL’image avait été jugée très fortement retouchée, au point que la candidate paraissait difficilement reconnaissable.
12 avril 2024Affiche des élections européennesLe recours à l’IA a suscité des moqueries et un débat sur l’authenticité de la représentation.

Juliette de Causans défend une logique simple : une candidature doit montrer « la meilleure version de soi sur l’affiche ». Cette formule reflète une tension qui dépasse son seul cas. En politique, les photographies officielles ont toujours fait l’objet de choix, qu’il s’agisse de l’éclairage, du cadrage, de la pose, du maquillage, du fond ou de la correction de détails techniques.

L’IA change toutefois l’échelle et la facilité de ces modifications. Les outils récents peuvent lisser une peau, modifier des proportions, effacer un objet ou reconstituer une portion d’image en quelques instructions. Leur résultat peut paraître plus naturel qu’une correction maladroite, mais aussi être plus difficile à interpréter pour le public.

Retouche par IA, image générée et deepfake : de quoi parle-t-on ?

Le terme « intelligence artificielle » recouvre des usages très différents. Dans le cas de l’affiche de Juliette de Causans, la candidate décrit une intervention sur une photographie existante. Cette opération n’est pas équivalente à une image intégralement générée à partir d’un texte, ni à un deepfake.

Une retouche assistée par IA peut automatiser des gestes autrefois réalisés manuellement : réduire des imperfections, modifier l’arrière-plan, éclaircir une zone ou supprimer un élément. Une image générée, elle, peut produire un portrait ou un décor qui n’a jamais été photographié. Quant au deepfake, le mot désigne couramment un contenu truqué faisant paraître une personne en train de dire ou de faire quelque chose qu’elle n’a pas dit ou fait.

La frontière technique peut être graduelle. C’est pourquoi il faut éviter deux raccourcis : considérer que toute photo améliorée par IA est un deepfake, ou, à l’inverse, estimer qu’une mention de l’IA rend toute modification sans conséquence sur la perception du public.

Retouche d’affiche et deepfake politique : des effets très différents

Retouche assistée par IA

  • Part d’une photographie réelle déjà existante.
  • Peut lisser la peau, effacer un détail ou modifier l’apparence d’une zone.
  • L’affiche de Juliette de Causans relève de cette catégorie selon ses déclarations.
  • Le débat porte surtout sur l’écart entre l’image et l’apparence perçue de la candidate.

Deepfake politique

  • Peut fabriquer une image, une voix ou une vidéo attribuée à une personne.
  • Peut faire croire à des propos, des gestes ou des événements inexistants.
  • Son risque principal est de tromper sur les actes ou les déclarations d’une personnalité.
  • Il exige une vigilance renforcée lors de sa diffusion sur les réseaux sociaux.

Dans cette affaire, la candidate revendique une démarche de retouche et nie l’ajout d’éléments. Il ne s’agit donc pas, d’après ses déclarations, d’une vidéo fabriquée lui attribuant des paroles ou des actes imaginaires. Pourtant, la polémique montre qu’aux yeux des électeurs, la distinction technique ne suffit pas toujours. Ce qui est aussi évalué, c’est l’écart ressenti entre un portrait de campagne et l’apparence attendue d’une personnalité publique.

Pourquoi l’authenticité visuelle est devenue un enjeu politique

L’affiche électorale ne transmet pas uniquement un nom et une orientation politique. Elle construit une impression de proximité, de sérieux, de dynamisme ou d’autorité. Dans ce contexte, une correction numérique peut être reçue de deux manières opposées.

D’un côté, certains y voient une pratique de présentation comparable à celles utilisées dans la publicité, la mode ou les médias : choisir une image flatteuse et techniquement soignée. De l’autre, des internautes peuvent considérer qu’une transformation trop marquée contredit l’idée de sincérité attendue d’un candidat qui sollicite la confiance des citoyens.

Cette divergence explique la vigueur des réactions. Les critiques ne portent pas seulement sur une peau lissée ou une silhouette modifiée. Elles expriment une interrogation plus large : jusqu’où une personnalité politique peut-elle optimiser son image sans fragiliser le lien de confiance avec son public ?

L’IA rend ce débat plus pressant, car elle réduit la barrière technique. Il n’est plus nécessaire de maîtriser longuement des logiciels complexes pour intervenir sur un portrait. Or, plus une modification est simple à produire, plus le public a besoin de repères pour distinguer une correction esthétique d’un contenu qui pourrait être trompeur sur l’identité, les propos ou les actes d’une personne.

Une controverse révélatrice des nouvelles campagnes numériques

Le cas de Juliette de Causans s’inscrit dans un environnement où les contenus politiques circulent rapidement, souvent détachés de leur contexte initial. Une affiche peut être photographiée, recadrée, détournée, commentée puis repartagée en quelques heures. Dans cette chaîne de diffusion, la qualité d’une image peut autant servir la candidate que nourrir une séquence critique.

Les deepfakes, régulièrement mis en avant sur des plateformes comme TikTok, constituent une autre facette de cette évolution. Ils soulèvent un risque distinct : faire croire à la diffusion d’un discours, d’un geste ou d’une prise de position qui n’a jamais existé. Comparée à ce type de manipulation, une retouche de campagne assumée ne produit pas le même préjudice potentiel. Mais les deux sujets se rejoignent autour d’une même question : comment préserver la capacité des citoyens à faire confiance à ce qu’ils voient ?

La responsabilité ne repose pas sur les seuls candidats. Les équipes de campagne peuvent choisir d’expliciter leurs pratiques visuelles, les plateformes doivent réagir aux contenus manifestement trompeurs, et les internautes ont intérêt à conserver un réflexe de vérification face aux images très spectaculaires ou inhabituellement lisses. Ce réflexe est particulièrement nécessaire lorsqu’un contenu attribue des propos précis à une personne ou prétend montrer un événement dont l’origine n’est pas établie.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines campagnes

L’épisode de l’affiche de Juliette de Causans ne se résume pas à une polémique sur un portrait. Il illustre la place grandissante de l’IA dans la communication politique, y compris pour des usages qui ne relèvent pas nécessairement de la désinformation : amélioration d’un visuel, suppression d’un détail, adaptation d’un format d’affichage ou déclinaison d’une création pour les réseaux sociaux.

La ligne de partage décisive sera celle de la transparence et de l’effet produit sur le public. Une image peut être travaillée tout en restant fidèle à la personne qu’elle représente. À l’inverse, une image techniquement impressionnante peut perdre sa fonction politique si elle donne le sentiment de substituer une identité fabriquée à une candidature réelle.

Pour les électeurs, l’enjeu est moins de rejeter toute retouche que de disposer d’assez d’informations et de recul pour comprendre ce qu’ils regardent. Pour les candidats, la recherche de visibilité devra composer avec une contrainte durable : dans une campagne saturée d’images, une affiche trop transformée peut devenir plus mémorable que le programme qu’elle était censée défendre.

Questions fréquentes

Pourquoi l’affiche de Juliette de Causans a-t-elle été critiquée ?

Dévoilée le 12 avril 2024, l’affiche a provoqué de nombreuses réactions en ligne en raison de retouches jugées très visibles par des internautes. Les critiques ont porté sur l’écart perçu entre le portrait de campagne et l’apparence de la candidate, ainsi que sur l’utilisation revendiquée d’outils d’intelligence artificielle.

Juliette de Causans a-t-elle reconnu avoir utilisé l’intelligence artificielle ?

Oui. Juliette de Causans a expliqué que son affiche avait été modifiée avec l’aide de l’intelligence artificielle. Elle a précisé que des éléments avaient été retirés, notamment concernant l’apparence du ventre et l’uniformisation du grain de peau, mais qu’aucun élément n’avait été ajouté à la photographie.

Comment Juliette de Causans justifie-t-elle les retouches de son affiche ?

La candidate présente cette affiche comme un moyen de faire connaître sa liste et son projet dans une campagne où elle estime disposer d’une faible visibilité. Elle a notamment évoqué trente secondes de temps de parole à la télévision et sa position, selon elle, autour de la neuvième place dans les sondages.

Une affiche retouchée avec l’IA est-elle un deepfake ?

Pas nécessairement. Une retouche assistée par IA modifie une photo existante, par exemple en supprimant ou en lissant certains détails. Un deepfake désigne plus couramment un contenu fabriqué qui fait paraître une personne en train de dire ou de faire quelque chose qu’elle n’a jamais dit ou fait. Les effets sur la confiance peuvent néanmoins se rejoindre.

Peut-on savoir si une photo politique a été beaucoup modifiée ?

Une image isolée ne suffit généralement pas à mesurer avec certitude l’ampleur de ses modifications. Comparer le visuel final au cliché original, connaître les outils employés et disposer d’informations de production permettrait une évaluation plus précise. Face à une image surprenante, il est utile de rechercher son contexte avant de tirer des conclusions.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Le Parisien, média ayant recueilli les déclarations de Juliette de Causanswww.leparisien.fr
  2. CNIL, dossier consacré aux enjeux de l’intelligence artificiellewww.cnil.fr/fr/intelligence-artificielle