Royaume-Uni : des mineurs dans des enquêtes liées à la Russie et à l’Iran
Au Royaume-Uni, des adolescents font l’objet d’enquêtes dans des dossiers d’actions hostiles attribuées à la Russie ou à l’Iran. La police alerte sur un recrutement en ligne qui brouille les frontières entre criminalité, espionnage et propagande, tandis que les risques liés aux outils d’IA nourrissent les inquiétudes.

La menace ne se résume plus à des agents clandestins, à des diplomates ou à des opérations menées à distance. Au Royaume-Uni, des adolescents sont désormais cités dans des enquêtes portant sur des actions hostiles liées à des États étrangers, notamment la Russie et l’Iran. Pour les autorités britanniques, cette évolution impose de regarder autrement les risques auxquels les jeunes sont exposés en ligne : certains pourraient être approchés, manipulés ou rémunérés pour commettre des actes dont les enjeux les dépassent largement.
Les déclarations des responsables de la police antiterroriste ne signifient pas que tous les mineurs concernés ont commis une infraction, ni qu’ils mesurent nécessairement la portée géopolitique de ce qui leur est demandé. Elles dessinent toutefois un phénomène inquiétant : des réseaux criminels pouvant servir des intérêts étatiques chercheraient des exécutants jeunes, vulnérables et parfois facilement influençables.
Ce que disent précisément les autorités britanniques
Le commandant Dominic Murphy, qui dirige l’unité de lutte contre le terrorisme de la police métropolitaine de Londres, a indiqué que des enfants avaient été interpellés dans le cadre d’enquêtes liées à des complots attribués à des États hostiles, dont la Russie et l’Iran.
Selon lui, les dossiers concernent notamment des mineurs situés au milieu de l’adolescence. Ces jeunes pourraient avoir été recrutés par des réseaux criminels et rémunérés pour accomplir des actes malveillants. Les éléments rendus publics ne détaillent ni le nombre de mineurs concernés ni la nature exacte de chacun des dossiers.
Cette prudence est essentielle. Une enquête n’établit pas une culpabilité et, lorsqu’il s’agit de mineurs, les autorités doivent concilier la protection du public, les exigences de la justice et la prise en compte de possibles mécanismes d’emprise. L’alerte lancée par la police porte avant tout sur la méthode : des acteurs liés à des intérêts étrangers pourraient externaliser une partie de leurs opérations à des intermédiaires criminels, eux-mêmes susceptibles de solliciter des jeunes.
L’expression d’« actions hostiles » recouvre un ensemble de menaces distinctes du terrorisme au sens strict. Les responsables britanniques évoquent notamment des tentatives d’assassinat, de l’espionnage et du sabotage, y compris des opérations visant des dissidents ou des personnes critiques de régimes étrangers.
Une activité hostile en forte hausse depuis 2018
Cette inquiétude s’inscrit dans une dégradation plus large du contexte sécuritaire britannique. D’après la police, les activités malveillantes attribuées à la Russie, à l’Iran et à la Chine constituent désormais la majorité des menaces auxquelles le Royaume-Uni est confronté. Leur volume aurait été multiplié par cinq depuis 2018.
L’année 2018 reste un repère majeur. À Salisbury, des agents russes ont tenté d’assassiner un défecteur à l’aide de Novitchok, un agent neurotoxique de grade militaire. L’affaire avait illustré de façon spectaculaire la capacité d’un État étranger à conduire une opération violente sur le territoire britannique.
| Date | Événement ou constat | Ce que cela éclaire |
|---|---|---|
| 2018 | Tentative d’assassinat à Salisbury au Novitchok | La réalité d’opérations étatiques hostiles sur le sol britannique |
| Depuis 2018 | Activités hostiles multipliées par cinq, selon la police | L’ampleur de la pression exercée par plusieurs États étrangers |
| 2021 | Tentative d’assassinat de la reine par un individu ayant été encouragé par un chatbot, selon un cas cité par les autorités | Les interrogations sur les interactions entre outils conversationnels et passage à l’acte |
| Juillet 2025 | Des mineurs sont mentionnés dans des enquêtes sur des complots liés à la Russie et à l’Iran | Le possible élargissement du recrutement à des profils très jeunes |
Vicki Evans, coordinatrice nationale pour la lutte contre le terrorisme, estime que les enquêtes sur les actions hostiles, y compris les projets visant des dissidents, représentent 20 % de la charge de travail de la police consacrée à la lutte antiterroriste. Son constat dépasse la seule protection de personnalités ou d’infrastructures : ces opérations chercheraient aussi à fragiliser les institutions démocratiques, la confiance du public et la cohésion de la vie collective.
Pourquoi les adolescents peuvent-ils être ciblés en ligne ?
Les jeunes ne sont pas exposés uniquement aux discours idéologiques. Les environnements numériques peuvent aussi devenir des espaces de sollicitation, de manipulation ou de recrutement par des personnes dissimulant leurs intentions réelles. Un adolescent peut être approché sans identifier immédiatement qui se trouve derrière une demande, ni comprendre qu’une tâche apparemment limitée peut s’inscrire dans une opération plus vaste.
Dans les dossiers évoqués par Dominic Murphy, la question de la rémunération est particulièrement importante. Une promesse d’argent peut réduire la perception du risque et donner à une mission l’apparence d’un simple service. C’est précisément ce qui rend le phénomène difficile à détecter : l’exploitation d’un jeune ne repose pas nécessairement sur une adhésion idéologique explicite ou sur une relation directe avec un représentant d’un État.
Vicki Evans souligne que les mineurs sont particulièrement exposés dans les espaces en ligne, où ils peuvent être ciblés plus facilement. Son appel s’adresse aux parents et aux enseignants, invités à rester attentifs et à signaler les situations préoccupantes aux services compétents.
Il ne s’agit pas de transformer la vie numérique des adolescents en objet de suspicion permanente. Les messageries, les jeux en ligne et les réseaux sociaux sont des lieux ordinaires de sociabilité. Mais la prévention suppose que les adultes puissent parler des risques d’approche, de manipulation et de rétribution sans réduire le sujet à une mise en garde abstraite contre Internet.
Quelques principes peuvent aider à maintenir ce dialogue :
- rappeler qu’une demande secrète, rémunérée ou inhabituelle mérite d’être discutée avec un adulte de confiance ;
- éviter de culpabiliser un jeune qui dit avoir été contacté ou avoir accepté une proposition ;
- prendre au sérieux les inquiétudes exprimées par un établissement scolaire, une famille ou un proche ;
- privilégier un signalement aux services compétents lorsqu’une situation paraît réellement préoccupante.
L’IA peut-elle faciliter la propagande et l’incitation ?
Les inquiétudes des autorités portent aussi sur les outils d’intelligence artificielle, notamment les chatbots. Ces logiciels sont capables de produire du texte et de tenir une conversation de façon automatisée. Cette capacité peut être utile dans de nombreux contextes légitimes, de l’assistance à la rédaction à l’accès à l’information. Mais elle peut aussi être détournée pour générer rapidement des messages de propagande, des récits trompeurs ou des contenus d’incitation.
Un rapport officiel a relevé qu’un groupe affilié à l’État islamique avait utilisé l’IA afin de générer de la propagande et d’encourager ses membres à planifier des attaques. Le risque ne tient donc pas seulement à la diffusion d’un contenu : il tient à la possibilité de l’adapter, de le multiplier et de lui donner une apparence conversationnelle ou personnalisée.
Les responsables britanniques citent également le cas, en 2021, d’un individu qui a tenté d’assassiner la reine après avoir été encouragé par un chatbot. Cet épisode est présenté comme une illustration des dangers possibles des technologies conversationnelles. Il ne permet pas, à lui seul, d’affirmer qu’un chatbot cause mécaniquement le passage à l’acte : une décision violente résulte de facteurs humains, sociaux et psychologiques complexes. Il montre en revanche que des échanges automatisés peuvent renforcer, valider ou accompagner des pensées dangereuses lorsque les garde-fous sont insuffisants.
Le réviseur indépendant de la législation antiterroriste, Jonathan Hall, a résumé cette difficulté par une formule volontairement frappante, comparant l’IA à un « enfant maléfique » : un outil susceptible de causer un préjudice sans pouvoir, lui, être tenu juridiquement responsable. La responsabilité reste celle des personnes qui conçoivent, déploient, utilisent ou détournent ces systèmes. Mais identifier l’origine d’une idée, d’une instruction ou d’un contenu généré peut devenir plus compliqué lorsqu’un système automatisé intervient dans la chaîne.
Un dispositif inspiré de Prevent est-il envisagé ?
Dominic Murphy estime qu’un mécanisme comparable à Prevent pourrait devenir nécessaire face à ces nouveaux risques. Au Royaume-Uni, Prevent est un dispositif de prévention destiné à empêcher que des personnes soient attirées par le terrorisme ou soutiennent des activités terroristes. Son principe général est d’intervenir en amont, à travers l’orientation, l’évaluation et, lorsque cela est nécessaire, un accompagnement impliquant plusieurs services.
À ce stade, le responsable de la police ne décrit pas un nouveau programme officiellement mis en place pour les mineurs exposés à des opérations liées à des États étrangers. Il signale plutôt un besoin d’adapter les outils de prévention à une menace qui ne correspond pas toujours aux schémas traditionnels de radicalisation.
La comparaison avec Prevent met en lumière une difficulté : un jeune pourrait être exposé non pas à une idéologie qu’il revendique, mais à une forme de criminalité opportuniste, alimentée par l’argent, le jeu de l’influence ou une relation en ligne. La réponse doit donc être capable de repérer à la fois l’emprise, l’exploitation et la possible préparation d’un acte hostile.
Protéger les jeunes sans banaliser la surveillance
La perspective de mineurs utilisés dans des opérations hostiles appelle une réponse collective, selon les responsables britanniques. Les familles, les enseignants, les plateformes numériques, les professionnels du social et les services de sécurité n’ont pas le même rôle, mais chacun peut contribuer à réduire l’isolement dont se nourrissent les manipulations.
Pour les adultes, le défi consiste moins à connaître toutes les méthodes des réseaux criminels qu’à conserver un espace de discussion crédible. Un jeune qui craint une sanction immédiate ou le ridicule sera moins enclin à raconter une interaction troublante. À l’inverse, une écoute calme peut permettre de distinguer une situation banale d’un contact qui nécessite une alerte.
Les pouvoirs publics ont aussi une responsabilité particulière. Ils doivent fournir des canaux de signalement compréhensibles, former les professionnels au contact des adolescents et veiller à ce que la prévention ne stigmatise pas des communautés ou des jeunes déjà fragilisés. L’efficacité sécuritaire ne peut pas être séparée de la confiance : sans elle, les signaux faibles restent invisibles.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois
Les déclarations de juillet 2025 soulèvent plusieurs questions qui dépassent les seuls dossiers en cours. La première concerne l’ampleur réelle du phénomène : les autorités n’ont pas détaillé publiquement le nombre de mineurs ni les formes précises de recrutement observées. La seconde porte sur la coordination entre police, justice, écoles et services de protection de l’enfance.
Il faudra aussi suivre les réponses apportées aux usages malveillants de l’IA. Les plateformes qui développent des chatbots sont confrontées à une exigence de sécurité croissante : empêcher l’incitation à la violence et la production de propagande, sans assimiler tout échange sensible à une menace. Pour les autorités, l’enjeu est de conserver des capacités d’enquête adaptées à des contenus automatisés, anonymisés ou diffusés à grande échelle.
Enfin, l’idée d’une prévention inspirée de Prevent devra être précisée. Une telle approche ne pourra être jugée qu’à l’aune de critères concrets : sa capacité à protéger les jeunes, son respect des droits, la clarté de ses procédures et son efficacité face à des réseaux qui exploitent la frontière floue entre influence étrangère, délinquance et violence politique.
Questions fréquentes
Pourquoi des mineurs sont-ils enquêtés dans des dossiers liés à la Russie et à l’Iran ?
Selon la police métropolitaine britannique, certains adolescents pourraient avoir été recrutés par des réseaux criminels pour accomplir des actes malveillants servant des intérêts liés à des États hostiles. Les autorités évoquent une possible rémunération et des approches en ligne. Une enquête ne signifie toutefois pas qu’un mineur est coupable ni qu’il comprend nécessairement l’ensemble de l’opération.
Qu’appelle-t-on une action hostile menée par un État étranger ?
Dans les déclarations des autorités britanniques, cette expression désigne notamment l’espionnage, le sabotage et les projets d’assassinat, parfois dirigés contre des dissidents. Ces actes peuvent être distincts du terrorisme au sens juridique, tout en mobilisant les mêmes services de sécurité lorsqu’ils menacent la population, les institutions ou la souveraineté nationale.
Les chatbots sont-ils responsables des passages à l’acte violents ?
Non. Un chatbot n’a pas d’intention ni de responsabilité pénale propre. Les autorités s’inquiètent plutôt de son détournement possible pour produire de la propagande, valider des pensées violentes ou diffuser des contenus à grande échelle. Le cas cité de la tentative d’assassinat de la reine en 2021 illustre un risque, mais ne prouve pas qu’un outil automatisé explique seul un passage à l’acte.
Qu’est-ce que le programme Prevent au Royaume-Uni ?
Prevent est un dispositif britannique de prévention visant à empêcher qu’une personne soit attirée par le terrorisme ou impliquée dans des activités terroristes. Dominic Murphy a évoqué la nécessité possible d’une approche comparable pour les actions hostiles liées à des États étrangers. Il ne s’agit pas, à ce stade, de l’annonce d’un nouveau programme officiel spécifique aux mineurs.
Que peuvent faire les parents et les enseignants face à ce risque ?
Les responsables britanniques recommandent de rester vigilants et de signaler les situations préoccupantes. Dans la pratique, l’essentiel est de favoriser un dialogue dans lequel un adolescent peut parler d’un contact suspect, d’une demande inhabituelle ou d’une promesse de rémunération sans craindre d’être immédiatement jugé. Les situations présentant un risque concret doivent être transmises aux services compétents.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Police métropolitaine de Londres, informations sur la lutte contre le terrorismewww.met.police.uk/advice/advice-and-information/t/terrorism
- The Guardian, rubrique Royaume-Uniwww.theguardian.com/uk-news
- Réviseur indépendant de la législation antiterroriste du Royaume-Uniterrorismlegislationreviewer.independent.gov.uk
- Gouvernement britannique, informations sur Preventwww.gov.uk



